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Abrégé de l'Histoire universelle depuis Charlemagne jusques à Charlequint (Tome 1) cover

Abrégé de l'Histoire universelle depuis Charlemagne jusques à Charlequint (Tome 1)

Chapter 13: DE LA RELIGION.
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About This Book

The work offers a concise synthesis of medieval and late-medieval history, arranged by centuries and thematic chapters that balance political events with social mores, laws, religious institutions, and cultural practices. It begins with sketches of distant lands and faiths before turning to European developments: the emergence of papal authority, the revival of imperial structures in the West, and everyday customs, justice, and legal peculiarities of early medieval societies. Subsequent sections follow northern seaborne peoples and southern incursions, consider Italy, England, Spain, and Byzantium, and trace Norman conquests alongside the evolving arts and institutions that shape later European life.

RENOUVELLEMENT DE L'EMPIRE EN OCCIDENT.

Le Royaume de Pépin s'étendait du Rhin aux Pyrénées et aux Alpes; Charlemagne son fils aîné recueillit cette succession toute entière car un de ses frères était mort après le partage, et l'autre s'était fait Moine auparavant au Monastère de St. Sylvestre. Une espèce de piété qui se mêlait à la barbarie de ces temps, enferma plus d'un Prince dans le Cloître; ainsi Rachis Roi des Lombards, Carloman frère de Pépin, un Duc d'Aquitaine, avaient pris l'habit de Bénédictin. Il n'y avait presque alors que cet Ordre dans l'Occident. Les Couvents étaient riches, puissants, respectés. C'étaient des asiles honorables pour ceux qui cherchaient une vie paisible. Bientôt après ces asiles furent les prisons des Princes détrônés.

Pépin n'avait pas à beaucoup près le domaine direct de tous ces États: l'Aquitaine, la Bavière, la Provence, la Bretagne Pays nouvellement conquis, rendaient hommage et payaient tribut.

Deux Voisins pouvaient être redoutables à ce vaste État, les Germains Septentrionaux et les Sarrasins. L'Angleterre, conquise par les Anglo-Saxons partagée en sept dominations, toujours en guerre avec l'Albanie qu'on nomme Écosse, et avec les Danois, était sans politique et sans puissance. L'Italie faible et déchirée n'attendait qu'un nouveau Maître qui voulût s'en emparer.

Les Germains Septentrionaux étaient alors appelés Saxons. On connaissait sous ce nom tous ces Peuples qui habitaient les bords du Weser et ceux de l'Elbe, de Hambourg à la Moravie, et de Mayence à la Mer Baltique. Ils étaient Païens, ainsi que tout le Septentrion. Leurs Moeurs et leurs Lois étaient les mêmes que du temps des Romains. Chaque Canton se gouvernait en République, mais ils élisaient un Chef pour la Guerre. Leurs Lois étaient simples comme leurs moeurs: leur Religion grossière: ils sacrifiaient dans les grands dangers, des hommes à la Divinité, ainsi que tant d'autres Nations; car c'est le caractère des Barbares, de croire la Divinité malfaisante, les hommes font Dieu à leur image. Les Français, quoique déjà Chrétiens, eurent sous Théodebert cette superstition horrible, ils immolèrent des victimes humaines en Italie au rapport de Procope, et les Juifs avaient commis quelquefois ces sacrilèges par piété. D'ailleurs ces Peuples cultivaient la justice, ils mettaient leur gloire et leur bonheur dans la liberté. Ce sont eux qui sous le nom de Cattes, de Chéruskes et de Bructéres avaient vaincu Varus, et que Germanicus avait ensuite défait.

Une partie de ces Peuples vers le Ve Siècle appelée par les Bretons insulaires contre les habitants de l'Écosse, subjugua la Bretagne qui touche à l'Écosse, et lui donna le nom d'Angleterre. Ils y avaient déjà passé au IIIe Siècle; car au temps de Constantin les côtes de cette Île étaient appelées les Côtes Saxoniques.

Charlemagne, le plus ambitieux, le plus politique et le plus grand guerrier de son Siècle, fit la guerre aux Saxons trente années avant de les assujettir pleinement. Leur Pays n'avait point encore ce qui tente aujourd'hui la cupidité des Conquérants. Les riches Mines de Goflar, dont on a tiré tant d'argent, n'étaient point découvertes, elles ne le furent que sous Henri l'Oiseleur. Point de richesses accumulées par une longue industrie, nulle Ville digne de l'ambition d'un Usurpateur. Il ne s'agissait que d'avoir pour esclaves des millions d'hommes qui cultivaient la terre sous un climat triste, qui nourrissaient leurs troupeaux, et qui ne voulaient point de Maîtres.

Ils étaient mal armés; car je vois dans les Capitulaires de Charlemagne une défense rigoureuse de vendre des cuirasses aux Saxons. Cette différence des armes, jointe à la discipline, avait rendu les Romains vainqueurs de tant de Peuples, elle fit triompher enfin Charlemagne.

Le Général de la plupart de ces Peuples était ce fameux Vitiking, dont on fait aujourd'hui descendre les principales Maisons de l'Empire; Homme tel qu'Arminius, mais qui eut enfin plus de faiblesse. Charles prend d'abord la fameuse Bourgade d'Eresbourg; car ce lieu ne méritait ni le nom de Ville, ni celui de Forteresse. Il fait égorger les habitants. Il y pille et rase ensuite le principal Temple du Pays, élevé autrefois au Dieu Tanfana, Principe universel, et dédié alors au Dieu Irminsul; Temple révéré en Saxe comme celui de Sion chez les Juifs. On y massacra les Prêtres sur les débris de l'Idole renversée. On pénétra jusqu'au Weser avec l'armée victorieuse. Tous ces Cantons se soumirent. Charlemagne voulut les lier à son joug par le Christianisme, tandis qu'il court à l'autre bout de ses États à d'autres conquêtes, il leur laisse des Missionnaires pour les persuader, et des soldats pour les forcer. Presque tous ceux qui habitaient vers le Weser, se trouvèrent en un an Chrétiens et esclaves.

Vitiking retiré chez les Danois qui tremblaient déjà pour leur liberté et pour leurs Dieux, revient au bout de quelques années. Il ranime ses compatriotes, il les rassemble. Il trouve dans Brème, Capitale du Pays qui porte ce nom, un Évêque, une Église, et ses Saxons désespérés, qu'on traîne à des autels nouveaux. Il chasse l'Évêque, qui a le temps de fuir et de s'embarquer. Il détruit le Christianisme, qu'on n'avait embrassé que par la force. Il vient jusqu'auprès du Rhin suivi d'une multitude de Germains. Il bat les Lieutenants de Charlemagne.

Ce Prince accourt. Il défait à son tour Vitiking, mais il traite de révolte cet effort courageux de liberté. Il demande aux Saxons tremblants qu'on lui livre leur Général, et sur la nouvelle qu'ils l'ont laissé retourner en Danemark, il fait massacrer 4500 prisonniers au bord de la petite Rivière d'Aire. Si ces prisonniers avaient été des sujets rebelles, un tel châtiment aurait été une sévérité horrible; mais traiter ainsi des hommes qui combattaient pour leur liberté et pour leurs lois, c'est l'action d'un Brigand, que d'illustres succès et des qualités brillantes ont d'ailleurs fait Grand-homme.

Il fallut encore trois victoires avant d'accabler ces Peuples sous le joug. Enfin le sang cimenta le Christianisme et la Servitude. Vitiking lui-même lassé de ses malheurs fut obligé de recevoir le baptême, et de vivre désormais tributaire de son Vainqueur. Le Roi pour mieux s'assurer du Pays, transporta des Colonies Saxonnes jusqu'en Italie, et établit des Colonies de Francs dans les terres des vaincus, mais il joignit à cette politique sage la cruauté de faire poignarder par des espions les Saxons qui voulaient retourner à leur culte. Souvent les Conquérants ne sont cruels que dans la guerre. La paix amène des moeurs et des lois plus douces. Charlemagne au contraire fit des lois qui tenaient de l'inhumanité de ses conquêtes.

Ayant vu comment ce Conquérant traita les Allemands idolâtres, voyons comment il se conduisit avec les Mahométans d'Espagne. Il arrivait déjà parmi eux ce qu'on vit bientôt après, en Allemagne, en France et en Italie. Les Gouverneurs se rendaient indépendants. Les Émirs de Barcelone et ceux de Saragosse s'étaient mis sous la protection de Pépin. L'Émir de Saragosse en 778 vient jusqu'à Paderborne prier Charlemagne de le soutenir contre son Souverain. Le Prince Français prit le parti de ce Musulman, mais il se donna bien garde de le faire Chrétien. D'autres intérêts, d'autres soins. Il s'allie avec des Sarrasins contre des Sarrasins; mais après quelques avantages sur les frontières d'Espagne, son arrière-garde est défaite à Roncevaux, vers les montagnes des Pyrénées par les Chrétiens mêmes de ces montagnes, mêlés aux Musulmans. C'est là que périt Roland son neveu. Ce malheur est l'origine de ces fables qu'un Moine écrivit au IIe Siècle, sous le nom de l'Archevêque Turpin, et qu'ensuite l'imagination de l'Arioste a embellies. On ne sait point en quel temps Charles essuya cette disgrâce, et on ne voit point qu'il ait tiré vengeance de sa défaite. Content d'assurer ses frontières contre des ennemis trop aguerris, il n'embrasse que ce qu'il peut retenir, et règle son ambition sur les conjonctures qui la favorisent.

C'est à Rome et à l'Empire d'Occident que cette ambition aspirait. La puissance des Rois de Lombardie était le seul obstacle; l'Église de Rome et toutes les Églises sur lesquelles elle influait, les Moines déjà puissants, les Peuples déjà gouvernés par eux, tout appelait Charlemagne à l'Empire de Rome. Le Pape Adrien né Romain, homme d'un génie adroit et ferme, aplanit la route. D'abord il l'engage à répudier la fille du Roi Lombard Didier, et Charlemagne la répudie après un an de mariage, sans en donner d'autre raison, sinon qu'elle ne lui plaisait pas. Didier qui voit cette union fatale du Roi et du Pape contre lui, prend un parti, courageux. Il veut surprendre Rome et s'assurer de la personne du Pape, mais l'Évêque habile fait tourner la guerre en négociation. Charles envoie des Ambassadeurs pour gagner du temps. Enfin il passe les Alpes, une partie des troupes de Didier l'abandonne. Ce Roi malheureux s'enferme dans Pavie sa Capitale, Charlemagne l'y assiège au milieu de l'hiver. La Ville réduite à l'extrémité se rend après un siège de six mois. Didier pour toute condition obtient la vie. Ainsi finit ce Royaume des Lombards qui avaient détruit en Italie la puissance Romaine, et qui avaient substitué leurs lois à celles des Empereurs. Didier le dernier de ces Rois fut conduit en France dans le Monastère de Corbie, où il vécut et mourut captif et Moine, tandis que son fils allait inutilement demander des secours dans Constantinople à ce fantôme d'Empire Romain détruit en Occident par ses ancêtres. Il faut remarquer que Didier ne fut pas le seul Souverain que Charlemagne enferma, il traita ainsi un Duc de Bavière et ses enfants.

Charlemagne n'osait pas encore se faire Souverain de Rome. Il ne prit que le titre de Roi d'Italie, tel que le portaient les Lombards. Il se fit couronner comme eux dans Pavie d'une couronne de fer qu'on garde encore dans la petite Ville de Monza. La justice s'administrait toujours à Rome au nom de l'Empereur Grec. Les Papes même recevaient de lui la confirmation de leur élection. Charlemagne prenait seulement ainsi que Pépin le titre de Patrice, que Théodoric et Attila avaient aussi daigné prendre; ainsi ce nom d'Empereur, qui dans son origine ne désignait qu'un Général d'armée, signifiait encore le Maître de l'Orient et de l'Occident. Tout vain qu'il était, on le respectait, on craignait de l'usurper, on n'affectait que celui de Patrice, qui autrefois voulait dire Sénateur Romain.

Les Papes déjà très puissants dans l'Église, très-grands Seigneurs à Rome et Princes temporels dans un petit Pays, n'avaient dans Rome même qu'une autorité précaire et chancelante. Le Préfet, le Peuple, le Sénat, dont l'ombre subsistait, s'élevaient souvent contre eux. Les inimitiés des familles qui prétendaient au Pontificat, remplissaient Rome de confusion.

Les deux neveux d'Adrien conspirèrent contre Léon III son successeur, élu Pape selon l'usage par le Peuple et le Clergé Romain. Ils l'accusent de beaucoup de crimes, ils animent les Romains contre lui: on traîne en prison, on accable de coups à Rome celui qui était si respecté partout ailleurs. Il s'évade, il vient se jeter aux genoux du Patrice Charlemagne à Paderborne. Ce Prince qui agissait déjà en maître absolu, le renvoya avec une escorte et des Commissaires pour le juger. Ils avaient ordre de le trouver innocent. Enfin Charlemagne, maître de l'Italie comme de l'Allemagne et de la France, juge du Pape, arbitre de l'Europe vient à Rome en 801. Il se fait reconnaître et couronner Empereur d'Occident, titre qui était éteint depuis près de 500 années.

Alors régnait en Orient cette Impératrice Irène, fameuse par son courage et par ses crimes, qui avait fait mourir son fils unique, après lui avoir arraché les yeux. Elle eût voulu prendre Charlemagne; mais trop faible pour lui faire la guerre, elle voulut l'épouser et réunir ainsi les deux Empires. Tandis qu'on ménageait ce mariage, une révolution chassa Irène d'un trône qui lui avait tant coûté. Charles n'eut donc que l'Empire d'Occident. Il ne posséda presque rien dans les Espagnes; car il ne faut pas compter pour domaine le vain hommage de quelques Sarrasins. Il n'avait rien sur les côtes d'Afrique, tout le reste était sous sa domination.

S'il eût fait de Rome sa Capitale, si ses Successeurs y eussent fixé leur principal séjour, et surtout si l'usage de partager ses États à ses enfants n'eût point prévalu chez les Barbares, il est vraisemblable qu'on eût vu renaître l'Empire Romain. Tout concourut depuis à démembrer ce vaste corps, que la valeur et la fortune de Charlemagne avait formé, mais rien n'y contribua plus que ses descendants.

Il n'avait point de Capitale, seulement Aix-la-Chapelle était le séjour qui lui plaisait le plus. Ce fut-là qu'il donna des audiences avec le faste le plus imposant aux Ambassadeurs des Califes et à ceux de Constantinople. D'ailleurs il était toujours en guerre ou en voyage, ainsi que vécut Charlequint longtemps après lui. Il partagea ses États et même de son vivant, comme tous les Rois de ce temps-là.

Mais enfin quand de ses fils qu'il avait désignés pour régner, il n'y resta plus que ce Louis si connu sous le nom de Débonnaire, auquel il avait déjà donné le Royaume d'Aquitaine, il l'associa à l'Empire dans Aix-la-chapelle et lui commanda de prendre lui-même sur l'autel la Couronne Impériale, pour faire voir au monde que cette Couronne n'était due qu'à la valeur du Père et au mérite du fils, et comme s'il eût pressenti qu'un jour les Ministres de l'autel voudraient disposer de ce diadème.

Il avait raison de déclarer son fils Empereur de son vivant; car cette Dignité acquise par la fortune de Charlemagne, n'était point assurée au fils par le droit d'héritage; mais en laissant l'Empire à Louis, et en donnant l'Italie à Bernard fils de son fils Pépin, ne déchirait-il pas lui-même cet Empire qu'il voulait conserver à sa postérité? N'était-ce pas armer nécessairement ses successeurs les uns contre les autres? Était-il à présumer que le neveu Roi d'Italie obéirait à son oncle Empereur, ou que l'Empereur voudrait bien n'être pas le Maître en Italie?

Il paraît que dans les dispositions de sa famille, il n'agit ni en Roi ni en Père; Partager les États, est-il d'un sage Conquérant? Et puisqu'il les partageait, laisser trois autres enfants sans aucun héritage, à la discrétion de Louis, était-il d'un Père juste?

Il est vrai qu'on a cru que ces trois enfants ainsi abandonnés, nommés
Drogon, Thierri et Hugues, étaient bâtards; mais on l'a cru sans preuve.
D'ailleurs les enfants des concubines héritaient alors. Le grand Charles
Martel était bâtard, et n'avait point été déshérité.

Quoi qu'il en soit, Charlemagne mourut en 813, avec la réputation d'un Empereur aussi heureux qu'Auguste, aussi guerrier qu'Adrien, mais non tel que les Trajans et les Antonins, auxquels nul Souverain n'a été comparable.

Il y avait alors en Orient un Prince qui l'égalait en gloire comme en puissance; c'était le célèbre Calife Aaron Rachild, qui le surpassa beaucoup en justice, en science, en humanité.

J'ose presque ajouter à ces deux hommes illustres le Pape Adrien, qui dans un rang moins élevé, dans une fortune presque privée, et avec des vertus moins héroïques, montra une prudence à laquelle ses successeurs ont dû leur agrandissement.

La curiosité des hommes qui pénètre dans la vie privée des Princes, a voulu savoir jusqu'au détail de la vie de Charlemagne et au secret de ses plaisirs. On a écrit qu'il avait poussé l'amour des femmes jusqu'à jouir de ses propres filles. On en a dit autant d'Auguste: mais qu'importe au Genre-humain le détail de ces faiblesses, qui n'ont influé en rien sur les affaires publiques!

J'envisage son règne par un endroit plus digne de l'attention d'un citoyen. Les Pays qui composent aujourd'hui la France et l'Allemagne jusqu'au Rhin, furent tranquilles pendant près de cinquante ans, et l'Italie pendant treize, depuis l'avènement à l'Empire. Point de révolution en France, point de calamité pendant ce demi-Siècle, qui par là est unique. Un bonheur si long ne suffit pas pourtant pour rendre aux hommes la Politesse et les Arts. La rouille de la Barbarie était trop forte, et les Âges suivants l'épaissirent encore.

DES USAGES DU TEMPS DE CHARLEMAGNE

Je m'arrête à cette célèbre époque pour considérer les Usages, les Lois, la Religion, les Moeurs, l'Esprit qui régnaient alors.

J'examine d'abord l'Art de la guerre, par lequel Charlemagne établit cette puissance que perdirent ses enfants.

Je trouve peu de nouveaux règlements, mais une grande fermeté à faire exécuter les anciens. Voici à peu près les lois en usage, que sa valeur fit servir à tant de succès, et que sa prudence perfectionna.

Des Ducs amovibles gouvernaient les Provinces, et levaient les troupes à peu près comme aujourd'hui les Beglierbeis des Turcs. Ces Ducs avaient été institués en Italie par Dioclétien. Les Comtes dont l'origine me paraît du temps de Théodose, commandaient sous les Ducs, et assemblaient les troupes, chacun dans son Canton. Les Métairies, les Bourgs, les Villages fournissaient un nombre de soldats proportionné à leurs forces. Douze Métairies donnaient un cavalier armé d'un casque et d'une cuirasse, les autres soldats n'en portaient point, mais tous avaient le bouclier carré long, la hache d'armes, le javelot et l'épée. Ceux qui se servaient de flèches, étaient obligés d'en avoir au moins douze dans leur carquois. Leur habit me paraît ressembler à celui des troupes Prussiennes d'aujourd'hui. La Province qui fournissait la milice, lui distribuait du blé et les provisions nécessaires pour six mois, le Roi en fournissait pour le reste de la campagne. On faisait la revue au premier de Mars ou au premier de Mai. C'est d'ordinaire dans ces temps qu'on tenait les Parlements. Dans les sièges de Ville on employait le bélier, la baliste, la tortue, et la plupart des machines des Romains. Les Seigneurs nommés Barons, leudes richeomes, composaient avec leurs suivants le peu de cavalerie qu'on voyait alors dans les armées. Les Musulmans d'Afrique et d'Espagne avaient plus de cavaliers.

Charles avait des forces navales aux embouchures de toutes les grandes Rivières de son Empire; avant lui on ne les connaissait pas chez les Barbares, après lui on les ignora longtemps. Par ce moyen et par la police guerrière il arrêta ces inondations des peuples du Nord, il les contint dans leurs climats glacés, mais sous ses faibles descendants ils se répandirent dans l'Europe.

Les affaires générales se réglaient dans des assemblées, qui représentaient la Nation. Sous lui ses Parlements n'avaient d'autre volonté que celle d'un Maître qui savait commander et persuader.

Il fit fleurir le Commerce, parce qu'il était le Maître des Mers; ainsi les Marchands des Côtes de Toscane, et ceux de Marseille allaient trafiquer à Constantinople chez les Chrétiens et au Port d'Alexandrie chez les Musulmans, qui les recevaient, et dont ils tiraient les richesses de l'Asie.

Venise et Gênes, si puissantes depuis par le Négoce, n'attiraient pas encore à elles les richesses des Nations; mais Venise commençait à s'enrichir et à s'agrandir. Rome, Ravenne, Milan, Lyon, Arles, Tours, avaient beaucoup de Manufactures d'Étoffes de laine. On damasquinait le Fer à l'exemple de l'Asie. On fabriquait le Verre, mais les Étoffes de Soie n'étaient tissées dans aucune Ville de l'Empire d'Occident.

Les Vénitiens commençaient à les tirer de Constantinople, mais ce ne fut que près de quatre cents ans après Charlemagne que les Princes Normands établirent à Palerme une Manufacture de Soie. Le Linge était peu commun. Saint Boniface dans une Lettre à un Évêque d'Allemagne, lui mande qu'il lui envoie du drap à longs poils pour se laver les pieds. Probablement ce manque de linge était la cause de toutes ces maladies de la peau, connues sous le nom de lèpre, si générales alors; car les Hôpitaux nommés Léproseries étaient déjà très nombreux.

La Monnaie avait à peu près la même valeur que celle de l'Empire Romain depuis Constantin. Le Sou d'or était le solidum romanum. Ce sou d'or équivalait à quarante deniers d'argent. Ces deniers tantôt plus forts, tantôt plus faibles, pesaient l'un portant l'autre trente grains.

Le sou d'or vaudrait aujourd'hui 1740 environ quinze francs, le denier d'argent trente sous de compte.

Il faut toujours en lisant les Histoires, se ressouvenir qu'outre ces monnaies réelles d'or et d'argent, on se servait dans le calcul d'une autre dénomination. On s'exprimait souvent en monnaie de compte, monnaie fictive, qui n'était comme aujourd'hui qu'une manière de compter.

Les Asiatiques et les Grecs comptaient par Mines et par Talens; les Romains par grands Sesterces, sans qu'il y eût aucune monnaie qui valût un grand sesterce ou un talent.

La Livre numéraire du temps de Charlemagne, était réputée le poids d'une livre d'argent de douze onces. Cette livre se divisait numériquement comme aujourd'hui en vingt parties. Il y avait à-la-vérité des sous d'argent semblables à nos écus, dont chacun pesait la 20. ou 22. ou 24. partie d'une livre de douze onces, et ce sou se divisait comme le nôtre en douze deniers. Mais Charlemagne ayant ordonné que le sou d'argent serait précisément la 20. partie de douze onces, on s'accoutuma à regarder dans les comptes numéraires 20 sous pour une livre.

Pendant deux Siècles les Monnaies restèrent sur le pied où Charlemagne les avait mis; mais petit à petit les Rois dans leurs besoins tantôt chargèrent les sous d'alliage, tantôt en diminuèrent le poids; de sorte que par un changement qui est presque la honte des Gouvernements de l'Europe, ce sou qui était autrefois ce qu'est à peu près un écu d'argent, n'est plus qu'une légère pièce de cuivre avec un 11e d'argent tout au plus; et la livre qui était le signe représentatif de douze onces d'argent, n'est plus en France que le signe représentatif de 20 de nos sous de cuivre. Le Denier qui était la 124. partie d'une livre d'argent, n'est plus que le tiers de cette vile monnaie qu'on appelle un liard: supposé donc qu'une Ville de France dût à une autre 120 livres de rente, c'est-à-dire 1440 onces d'argent du temps de Charlemagne, elle s'acquitterait aujourd'hui de sa dette en payant ce que nous appelons un écu de six francs.

La Livre de compte des Anglais, celle des Hollandais, ont moins varié.
Une Livre sterling d'Angleterre vaut environ 22 francs de France, et une
Livre de compte Hollandaise vaut environ 12 francs de France; ainsi les
Hollandais se sont écartés moins que les Français de la Loi primitive, et
les Anglais encore moins.

Toutes les fois donc que l'Histoire nous parle de Monnaie sous le nom de livres, nous n'avons qu'à examiner ce que valait la livre au temps et dans le Pays dont on parle, et la comparer à la valeur de la nôtre. Nous devons avoir la même attention en lisant l'Histoire Grecque et Romaine. C'est par exemple un très-grand embarras pour le Lecteur, d'être obligé de réformer à chaque page les comptes qui se trouvent dans l'Histoire ancienne d'un célèbre Professeur de l'Université de Paris, et dans tant d'autres Auteurs. Quand ils veulent exprimer en Monnaie de France les talens, les mines, les sesterces, ils se servent toujours de l'évaluation que quelques Savants ont fait avant la mort du grand Colbert. Mais le Marc de 8 onces, qui valait sous ce Ministre 26 francs et dix sous, vaut depuis longtemps 49 francs, ce qui fait une différence de près de la moitié. Ces fautes donnent une idée des forces des anciens Gouvernements, de leur Commerce, de la paye de leurs Soldats, extrêmement contraire à la vérité.

Il paraît qu'il y avait alors autant d'argent à peu près en France, en Italie et vers le Rhin, qu'il y en a aujourd'hui. On n'en peut juger que par le prix des denrées, et je le trouve presque le même; 24 livres de pain blanc valaient un denier d'argent par les Capitulaires de Charlemagne. Ce denier était la 40. partie d'un sou d'or, qui valait environ 15 francs de notre Monnaie; ainsi la livre de pain revenait à près de cinq liards, ce qui ne s'éloigne pas du prix ordinaire dans les bonnes années.

Dans les Pays Septentrionaux l'argent était beaucoup plus rare, le prix d'un boeuf fut fixé par exemple à un sou d'or. Nous verrons dans la suite comment le commerce et les richesses se sont étendues de proche en proche. En voilà déjà trop pour un abrégé.

DE LA RELIGION.

La querelle des Images est ce qui s'offre de plus singulier en matière de Religion. Je vois d'abord que l'Impératrice Irène, Tutrice de son malheureux fils Constantin Porphyrogénète, pour se frayer le chemin à l'Empire, flatte le Peuple et les Moines, à qui le Culte des Images proscrit par tant d'Empereurs depuis Léon l'Isaurien plaisait encore. Elle y était elle-même attachée, parce que son mari les avait eu en horreur. On avait persuadé à Irène que pour gouverner son mari, il fallait mettre sur le chevet de son lit les Images de certaines Saintes. La plus ridicule crédulité entre dans les esprits politiques. L'Empereur son mari en avait puni les auteurs. Irène après la mort de son mari donne un libre cours à son goût et à son ambition. Voilà ce qui assemble en 786 le second Concile de Nicée, septième Concile OEcuménique, commencé d'abord à Constantinople. Elle fait élire pour Patriarche un Laïc Secrétaire d'État, nommé Taraise. Il y avait eu autrefois quelques exemples de Séculiers élevés ainsi à l'Évêché, sans passer par les autres grades; mais alors cette coutume ne subsistait plus.

Ce Patriarche ouvrit le Concile. La conduite du Pape Adrien est très-remarquable. Il n'anathématise pas ce Secrétaire d'État qui se fait Patriarche. Il proteste seulement avec modestie dans ses Lettres à Irène contre le titre de Patriarche Universel, mais il insiste qu'on lui rende les patrimoines de la Sicile. Il redemande hautement ce peu de bien, tandis qu'il arrachait ainsi que ses prédécesseurs le domaine utile de tant de belles Terres données par Pépin et par Charlemagne. Cependant le Concile OEcuménique de Nicée, auquel président les Légats du Pape et ce Ministre Patriarche, rétablit le Culte des Images.

C'est une chose avouée de tous les sages Critiques, que les Pères de ce Concile, qui étaient au nombre de 350, y rapportèrent beaucoup de Pièces évidemment fausses; beaucoup de Miracles, dont le récit n'aurait que scandalisé dans d'autres temps; beaucoup de Livres apocryphes. Mais ces Pièces fausses ne firent point de tort aux vraies, sur lesquelles on décida.

Mais quand il fallut faire recevoir ce Concile par Charlemagne et par les Églises de France, quel fut l'embarras du Pape? Charles s'était déclaré hautement contre les Images. Il venait de faire écrire les Livres qu'on nomme Carolins, dans lesquels ce culte est anathématisé. Il assemblait en 794 un Concile à Francfort, composé de 300 Évêques ou Abbés tant d'Italie que de France, qui rejetait d'un consentement unanime le service et l'adoration des Images. Ce mot équivoque d'adoration était la source de tous ces différends, car si les hommes définissaient les mots dont ils se servent, il y aurait moins de dispute, et plus d'un Royaume a été bouleversé pour un mal-entendu.

Tandis que le Pape Adrien envoyait en France les Actes du second Concile de Nicée, il reçoit les Livres Carolins opposés à ce Concile, et on le presse au nom de Charles de déclarer hérétique l'Empereur de Constantinople et sa mère. On voit assez par cette conduite de Charles, qu'il voulait se faire un nouveau droit de l'hérésie prétendue de l'Empereur, pour lui enlever Rome sous couleur de justice.

Le Pape partagé entre le Concile de Nicée qu'il adoptait et Charlemagne qu'il ménageait, prit, me semble, un tempérament politique qui devrait servir d'exemple dans toutes ces malheureuses disputes qui ont toujours divisé les Chrétiens. Il explique les Livres Carolins d'une manière favorable au Concile de Nicée, et par là réfute le Roi sans lui déplaire; il permet qu'on ne rende point de culte aux Images; ce qui était très raisonnable chez les Germains à peine sortis de l'Idolâtrie, et chez les Français grossiers qui avaient peu de Sculpteurs et de Peintres. Il exhorte en même temps à ne point briser ces mêmes Images. Ainsi il satisfait tout le monde, et laisse au temps à confirmer ou à abolir un culte encore douteux. Attentif à ménager les hommes et à faire servir la Religion à ses intérêts, il écrit à Charlemagne. «Je ne peux déclarer Irène et son fils hérétiques après le Concile de Nicée, mais je les déclarerai tels s'ils ne me rendent les biens de Sicile».

On voit la même prudence de ce Pape dans une dispute encore plus délicate, et qui seule eût suffi en d'autres temps pour allumer des guerres civiles. On avait voulu savoir si le St. Esprit procède du Père et du Fils, ou du Père seulement? Toute l'Église Grecque avait toujours cru qu'il ne procédait que du Père. Tout l'Empire de Charlemagne croyait la procession du Père et du Fils. Ces mots du Symbole qui ex patre filioque procedit, étaient sacrés pour les Français, mais ces mêmes mots n'avaient jamais été adoptés à Rome. On presse de la part de Charlemagne le Pape de le déclarer. Le Pape répond qu'il est de l'avis du Roi, mais ne change rien au Symbole de Rome: Il apaise la dispute en ne décidant rien, en laissant à chacun ses usages. Il traite en un mot les affaires spirituelles en Prince, et trop de Princes les ont traité en Évêques.

Dès lors la politique profonde des Papes établissait peu à peu leur puissance. Ce même Adrien fait paraître adroitement au jour un recueil des faux Actes connus aujourd'hui sous le nom de fausses Décretales. Il ne se hasarde pas à les donner lui même. C'est un Espagnol nommé Isidore qui les digère. Ce sont les Évêques Allemands, dont la bonne foi fut trompée, qui les répandent et les font valoir. Dans ces fausses Décretales on suppose d'anciens Canons, qui ordonnent qu'on ne tiendra jamais un seul Concile Provincial sans la permission du Pape; et que toutes les Causes Ecclésiastiques ressortiront à lui. On y fait parler les successeurs immédiats des Apôtres. On leur suppose des écrits. Il est vrai que tout étant de ce mauvais style du VIIe Siècle, tout étant plein de fautes contre l'Histoire et la Géographie, l'artifice était grossier; mais c'était des hommes grossiers qu'on trompait. Ces fausses Décretales ont abusé les hommes pendant huit Siècles; et enfin quand l'erreur a été reconnue, les usages par elle établis, ont subsisté dans une partie de l'Église: l'antiquité leur a tenu lieu de vérité.

Dès ces temps les Évêques d'Occident étaient des Seigneurs temporels, et possédaient plusieurs Terres en fief, mais aucun n'était Souverain indépendant. Les Rois de France nommaient aux Évêchés; plus hardis en cela et plus politiques que les Empereurs des Grecs, et les Rois de Lombardie, qui se contentaient d'interposer leur autorité dans les élections.

Les premières Églises Chrétiennes s'étaient gouvernées en Républiques sur le modèle des Synagogues. Ceux qui présidaient à ces assemblées, avaient pris insensiblement le titre d'Évêque, d'un mot Grec, dont les Grecs appelaient les Gouverneurs de leurs Colonies. Les Anciens de ces assemblées se nommaient Prêtres, qui signifie en Grec Vieillard.

Charlemagne dans sa vieillesse accorda aux Évêques un droit dont son propre fils devint la victime. Ils firent accroire à ce Prince que dans le Code rédigé sous Thédose une loi portait que si de deux Séculiers en procès, l'un prenait un Évêque pour juge, l'autre était obligé de se soumettre à ce jugement sans en pouvoir appeler. Cette loi qui jamais n'avait été exécutée, passe chez tous les Critiques pour supposée. Elle a excité une guerre civile sourde entre les Tribunaux de la Justice et les Ministres du Sanctuaire, mais comme en ce temps-là tout ce qui n'était pas Clergé était en Occident d'une ignorance profonde, il faut s'étonner qu'on n'ait pas donné encore plus d'empire à ceux qui seuls étant un peu instruits, semblaient seuls mériter de juger les hommes.

Ainsi que les Évêques disputaient l'autorité aux Séculiers, les Moines commençaient à la disputer aux Évêques, qui pourtant étaient leurs maîtres par les Canons. Ces Moines étaient déjà trop riches pour obéir. Cette célèbre Formule de Marculfe était déjà bien souvent mise en usage, moi, pour le repos de mon âme, et pour n'être pas placé après ma mort parmi les boucs, je donne à tel Monastère, etc. Elle avait enrichi ceux qui s'étaient consacrés à la pauvreté. Des Abbés Bénédictins longtemps avant Charlemagne étaient assez puissants pour se révolter. Un Abbé de Fontenelle avait osé se mettre à la tête d'un parti contre Charles Martel, et assembler des troupes. Le Héros fit trancher la tête au Religieux; exécution juste, qui ne contribue pas peu à toutes ces révélations que tant de Moines eurent depuis de la damnation de Charles Martel.

Avant ce temps on voit un Abbé de St. Rémy de Reims[8] et l'Évêque de cette Ville susciter une guerre civile contre Childebert au VIe Siècle: crime qui n'appartient qu'aux hommes puissants.

[Note 8: «Rheims» dans l'édition originale de Jean Neaulme (1753).]

Les Évêques et les Abbés avaient beaucoup d'esclaves. On reproche à l'Abbé Alewin d'en avoir eu jusqu'à vingt mille. Ce nombre n'est pas incroyable. Alewin avait trois Abbayes, dont les terres pouvaient être habitées au moins par vingt mille hommes. Ces esclaves connus sous le nom de serfs, ne pouvaient se marier ni changer de demeure sans la permission de l'Abbé. Ils étaient obligés de marcher 50 lieues avec leurs charrettes, quand il l'ordonnait. Ils travaillaient pour lui trois jours de la semaine, et il partageait tous les fruits de la terre.

«En France et en Allemagne plus d'un Évêque allait au combat avec ses serfs. Charlemagne dans une Lettre à une de ses femmes, nommée Frastade, lui parle d'un Évêque qui a vaillamment combattu auprès de lui, dans une bataille contre les Avares, Peuples descendus des Scytes, qui habitaient vers le Pays qu'on nomme à présent l'Autriche. Je vois de son temps 14 Monastères qui doivent fournir des Soldats; pour peu qu'un Abbé fût guerrier, rien ne l'empêchait de les conduire lui-même. Il est vrai qu'en 603 un Parlement se plaignit à Charlemagne du trop grand nombre de Prêtres qu'on avait tué à la guerre. Il fut défendu alors aux Ministres de l'Autel d'aller aux combats. Il n'était pas permis de se dire Clerc sans l'être, de porter la tonsure sans appartenir à un Évêque. De tels Clercs s'appelaient acéphales. On les punissait comme vagabonds. On ignorait cet état aujourd'hui si commun, qui n'est ni Séculier ni Ecclésiastique. Le titre d'Abbé, qui signifie Père, n'appartenait qu'aux Chefs des Monastères.

Les Abbés avaient dès lors le Bâton Pastoral que portaient les Évêques, et qui avait été autrefois la marque de la Dignité Pontificale dans Rome Païenne. Telle était la puissance de ces Abbés sur les Moines, qu'ils condamnaient quelquefois aux peines afflictives les plus cruelles. Ils furent les premiers qui prirent le barbare usage des Empereurs Grecs, de faire brûler les yeux; et il fallut qu'un Concile leur défendît cet attentat, qu'ils commençaient à regarder comme un droit.

La Messe était différente de ce qu'elle est aujourd'hui, et plus encore de ce qu'elle était dans les premiers temps.

La Confession Auriculaire commençait à s'introduire. Les Évêques exigèrent d'abord que les Chanoines se confessassent à eux. Les Abbés fournirent leurs Moines à ce joug, et les Séculiers peu à peu le portèrent. La Confession publique ne fut jamais en usage dans l'Occident; car lorsque les Barbares embrassèrent le Christianisme, les abus et les scandales qu'elle entraînait après elle, l'avaient abolie en Orient, sous le Patriarche Nectaire, à la fin du IVe Siècle; mais souvent les Pécheurs publics faisaient des pénitences publiques dans les Églises d'Occident, surtout en Espagne, où l'invasion des Sarrasins redoublait la ferveur des Chrétiens humiliés.

La Religion Chrétienne ne s'était point encore étendue au Nord plus loin que les conquêtes de Charlemagne. La Scandinavie, le Danemark, qu'on appelait le Pays des Normands, étaient plongés dans une idolâtrie grossière. Ils adoraient Odin, et ils se figuraient qu'après leur mort le bonheur de l'homme consistait à boire dans la salle d'Odin de la bière dans le crâne de ses ennemis. On a encore de leurs anciennes chansons traduites, qui expriment cette idée. C'était beaucoup pour eux que de croire une autre Vie. La Pologne n'était ni moins barbare, ni moins idolâtre. Les Moscovites, plus sauvages que le reste de la grande Tartarie, en savaient à peine assez pour être Païens; mais tous ces Peuples vivaient en paix dans leur ignorance: heureux d'être inconnus à Charlemagne, qui vendait si cher la connaissance du Christianisme!

Les Anglais commençaient à recevoir la Religion Chrétienne. Elle y avait été apportée un peu auparavant par Constance Chlore, protecteur secret de cette Religion alors persécutée. Elle n'y domina point, l'Idolâtrie eut le dessus encore longtemps. Quelques Missionnaires des Gaules cultivèrent grossièrement un petit nombre de ces Insulaires. Le fameux Pélage, trop zélé défenseur de la Nature Humaine, était né en Angleterre; mais il n'y fut point élevé, et il faut le compter parmi les Romains.

L'Irlande qu'on appelait Écosse et l'Écosse connue alors sous le nom d'Albanie, ou du Pays des Pictes, avait reçu aussi quelques semences du Christianisme, étouffées toujours par l'idolâtrie, qui dominait. Le Moine Colombon né en Irlande, était du VIe Siècle; mais il paraît par sa retraite en France, et par les Monastères qu'il fonda en Bourgogne, qu'il y avait peu à faire et beaucoup à craindre pour ceux qui cherchaient en Irlande et en Angleterre de ces établissements riches et tranquilles, qu'on trouvait ailleurs à l'abri de la Religion.

Après une extinction presque totale du Christianisme dans l'Angleterre, l'Écosse et l'Irlande, la tendresse conjugale l'y fit renaître. Etherbert, un des Rois Barbares Anglo-Saxons de l'Eptarchie d'Angleterre, qui avait son petit Royaume dans la Province de Kent, où est Cantorbery, voulut s'allier avec un Roi de France. Il épousa la fille de Chérébert Roi de Paris. Cette Princesse Chrétienne, qui passa la mer avec un Évêque de Soissons, disposa son mari à recevoir le baptême, comme Clotilde avait soumis Clovis. Le Pape Grégoire le Grand envoya Augustin avec d'autres Moines Romains en 598. Ils firent peu de conversions; car il faut au-moins entendre la langue du Pays, pour en changer la Religion; mais favorisés par la Reine ils bâtirent un Monastère.

Ce fut proprement la Reine qui convertit le petit Royaume de Cantorbery. Ses sujets Barbares, qui n'avaient point d'opinions, suivirent aisément l'exemple de leurs Souverains. Cet Augustin n'eut pas de peine à se faire déclarer Primat par Grégoire le Grand. Il eût voulu même l'être des Gaules; mais Grégoire lui écrivit qu'il ne pouvait lui donner de juridiction que sur l'Angleterre. Il fut donc premier Archevêque de Cantorbery, premier Primat de l'Angleterre. Il donna à l'un de ses Moines le titre d'Évêque de Londres, à l'autre celui de Rochester. On ne peut mieux comparer ces Évêchés, qu'à ceux d'Antioche et de Babylone, qu'on appelle Évêques in partibus infidelium. Mais avec le temps, la Hiérarchie d'Angleterre se forma. Les Monastères surtout étaient très-riches au VIIIe et au IXe Siècle. Ils mettaient au catalogue des Saints tous les grands Seigneurs qui leur avaient donné des terres, d'où vient que l'on trouve parmi leurs Saints de ce temps-là, sept Rois, sept Reines, huit Princes, seize Princesses. Leurs Chroniques disent que dix Rois et onze Reines finirent leurs jours dans des Cloîtres; mais il est croyable que ces dix Rois et ces onze Reines se firent seulement revêtir à leur mort d'habits religieux, et peut-être porter à leurs dernières maladies dans des Couvents, mais non pas qu'en effet ils aient en santé renoncé aux affaires publiques, pour vivre en Cénobites.

SUITE DES USAGES DU TEMPS DE CHARLEMAGNE,

DE LA JUSTICE, DES LOIS ET COUTUMES SINGULIÈRES.

La Justice se rendait ordinairement par les Comtes nommés par le Roi. Ils avaient leurs districts assignés. Ils devaient être instruits des Lois, qui n'étaient ni si difficiles ni si nombreuses, que les nôtres. La procédure était simple, chacun plaidait sa cause en France et en Allemagne. Rome seule et ce qui en dépendait, avait encore retenu beaucoup de Lois et de formalités de l'Empire Romain. Les Lois Lombardes avaient lieu dans le reste de l'Italie citérieure.

Chaque Comte avait sous lui un Lieutenant, nommé Viguier, sept Assesseurs, Scabini, et un Greffier, Notarius. Les Comtes publiaient dans leur juridiction l'ordre des marches pour la guerre, enrôlaient les soldats sous des Centeniers, les menaient aux rendez-vous, et laissaient alors leurs Lieutenants faire les fonctions de Juge.

Les Rois envoyaient des Commissaires avec Lettres expresses, missi Dominici, qui examinaient la conduite des Comtes. Ni ces Commissaires, ni ces Comtes ne condamnaient presque jamais à la mort, ni à aucun supplice; car si on en excepte la Saxe, où Charlemagne fit des Lois de sang, presque les délits se rachetaient dans le reste de son Empire. Le seul crime de rébellion était puni de mort, et les Rois s'en réservaient le jugement. La Loi Salique, celle des Lombards, celle de Ripuaires, avaient évalué à prix d'argent la plupart des autres attentats.

Leur Jurisprudence qui paraît humaine, était en effet plus cruelle que la nôtre. Elle laissait la liberté de mal faire à quiconque pouvait la payer. La plus douce loi est celle qui mettant le frein le plus terrible à l'iniquité, prévient ainsi le plus de crimes.

Par les anciennes Lois Ripuaires rédigées sous Théodoric, et depuis sous le Roi des Francs Dagobert, il en coûtait cent sous pour avoir coupé une oreille à un homme, et si la surdité ne suivait pas, on était quitte pour cinquante sous.

Le troisième Chapitre de la Loi Ripuaire permettait au meurtrier d'un Évêque de racheter son crime avec autant d'or qu'en pouvait peser une tunique de plomb, de la hauteur du coupable, et d'une épaisseur déterminée.

La Loi Salique remise en vigueur sous Charlemagne, fixe le prix de la vie d'un Évêque à neuf cents sous d'or.

On donnait la question, mais seulement aux esclaves; et celui qui avait fait mourir dans les tourments de la question l'esclave innocent d'un autre Maître, était obligé de lui en donner deux pour toute satisfaction.

Charlemagne qui corrigea les Lois Saliques et Lombardes, ne fit que hausser le prix des crimes. Ils étaient tous spécifiés. On distinguait ce que valait un coup qui avait ôté seulement un os de la tête, d'avec un coup qui laissait voir la cervelle.

Je trouve qu'une Sorcière convaincue d'avoir mangé de la chair humaine, était condamnée à deux cents sous: et cet article est un témoignage bien humiliant pour la Nature Humaine.

Il en coûtait sept cents sous pour le meurtre d'une Femme grosse, deux cents pour celui d'une Fille non encore adulte.

Tous les outrages à la pudicité avaient aussi leurs prix fixes. Le rapt d'une Femme non mariée ne valait que deux cents sous. Si on avait violé une Fille sur le grand-chemin on ne payait que quarante sous, et on la rendait à son Maître. De ces lois barbares la plus sévère était précisément celle qui devait être la plus douce. Charlemagne lui-même au VIe Livre de ses Capitulaires, dit que d'épouser sa Comère est un crime digne de mort, et qui ne peut se racheter qu'en passant toute sa vie en pèlerinage.

Parmi ces Lois Saliques, il s'en trouve une qui marque bien expressément dans quel mépris étaient tombés les Romains chez les Peuples barbares. Le Franc qui avait tué un Citoyen Romain, ne payait que mille cinquante deniers, et le Romain payait pour le sang d'un Franc deux mille cinq cents deniers.

Dans les Causes criminelles indécises, on se purgeait par serment. Il fallait non seulement que la partie accusée jurât, mais elle était obligée de produire un certain nombre de témoins qui juraient avec elle. Quand les deux parties opposaient serment à serment, on permettait quelquefois le combat, mais ce combat n'était point ce qu'on appela depuis combat à outrance.

Ces combats étaient appelés, comme on sait, le jugement de Dieu; c'est aussi le nom qu'on donnait à une des plus déplorables folies de ce Gouvernement barbare. Les accusés étaient fournis à l'épreuve de l'eau froide, de l'eau bouillante, ou du fer ardent. Le célèbre Étienne Baluze a rassemblé toutes les anciennes cérémonies de ces épreuves. Elles commençaient par la Messe, on y communiait l'accusé. On bénissait l'eau froide, on l'exorcisait. Ensuite l'accusé était jeté, garrotté, dans l'eau. S'il tombait au fond, il était réputé innocent. S'il surnageait, il était jugé coupable. Mr. de Fleury dans son Histoire Ecclésiastique dit que c'était une manière sûre de ne trouver personne criminel. J'ose croire que c'était une manière de faire périr beaucoup d'innocents. Il y a bien des gens qui ont la poitrine assez large et les poumons assez légers, pour ne point enfoncer, lorsqu'une grosse corde qui les lie avec plusieurs tours, fait avec leur corps un volume moins pesant qu'une pareille quantité d'eau. Cette malheureuse coutume, proscrite depuis dans les grandes Villes, s'est conservée jusqu'à nos jours dans beaucoup de Provinces. On y a très-souvent assujetti même par sentence de Juge, ceux qu'on faisait passer pour Sorciers: car rien ne dure si longtemps que la Superstition, et il en a coûté la vie à plus d'un malheureux.

Le jugement de Dieu par l'eau chaude s'exécutait en faisant plonger le bras nu de l'accusé dans une cuve d'eau bouillante. Il fallait prendre au fond de la cuve un anneau béni. Le Juge en présence des Prêtres et du Peuple enfermait dans un sac le bras du patient, scellait le sac de son cachet, et si trois jours après il ne paraissait sur le bras aucune marque de brûlure, l'innocence était reconnue.

Tous les Historiens rapportent l'exemple de la Reine Teutberge, bru de l'Empereur Lothaire petit-fils de Charlemagne, accusée d'avoir commis un inceste avec son frère Moine et Sous-diacre. Elle nomma un champion qui se soumit pour elle à l'épreuve de l'eau bouillante, en présence d'une Cour nombreuse. Il prit l'anneau béni sans se brûler. Plusieurs hommes crédules, fondés sur de telles histoires, pensent qu'il y a des secrets qui peuvent rendre la peau insensible à l'action de l'eau bouillante; mais il n'y en a aucun; et tout ce qu'on peut dire sur cette aventure, et sur toutes celles qui lui ressemblent, c'est qu'elles ne sont pas vraies, ou que les Juges fermaient les yeux sur les artifices dont on se servait, pour faire croire qu'on plongeait la main dans l'eau chaude, car on pouvait aisément faire une cuve à double fond, l'air échauffé pouvait par des tuyaux soulever l'eau à peine tiède et la faire paraître bouillante. Il y a bien des manières de tromper, mais aucune d'être invulnérable.

La troisième épreuve était celle d'une barre de fer ardent, qu'il fallait porter dans la main l'espace de neuf pas. Il était plus difficile de tromper dans cette épreuve que dans les autres, aussi je ne vois personne qui s'y soit soumis dans ces Siècles grossiers.

À l'égard des Lois Civiles, voici ce qui me paraît de plus remarquable. Un homme qui n'avait point d'enfants, pouvait en adopter. Les époux pouvaient se répudier en Justice, et après le divorce il leur était permis de passer à d'autres noces. Nous avons dans Marculfe le détail de ces lois.

Mais ce qui paraîtra peut-être plus étonnant, et ce qui n'en est pas moins vrai, c'est qu'au Livre II de ces Formules de Marculfe, on trouve que rien n'était plus permis ni plus commun que de déroger à cette fameuse Loi Salique, par laquelle les Filles n'héritaient pas. On amenait sa fille devant le Comte ou le Commissaire, et on disait «ma chère fille, un usage ancien et impie ôte parmi nous toute portion paternelle aux filles, mais ayant considéré cette impiété, j'ai vu que, comme vous m'avez été donnés tous de Dieu également, je dois vous aimer de même; ainsi, ma chère fille, je veux que vous héritiez par portion égale avec vos frères dans toutes mes Terres, etc.»

On ne connaissait point chez les Francs qui vivaient suivant la Loi
Salique et Ripuaire
, cette distinction de Nobles et de Roturiers, de
Nobles de nom et d'armes, et de Nobles ab avo ou gens vivant noblement.
Il n'y avait que deux ordres de Citoyens, les Libres et les Serfs, à peu
près comme aujourd'hui dans les Empires Mahométans et à la Chine.

LOUIS LE DÉBONNAIRE.

L'Histoire des grands évènements de ce Monde n'est guère que l'Histoire des crimes. Je ne vois point de Siècle que l'ambition des Séculiers et des Ecclésiastiques n'ait rempli d'horreurs.

À peine Charlemagne est-il au tombeau, qu'une guerre civile désole sa
Famille et l'Empire.

Les Archevêques de Milan et de Crémone allumèrent les premiers feux. Leur prétexte est que Bernard, Roi d'Italie, est le Chef de la Maison Carolingienne[9], le fils de l'aîné de Charlemagne. On voit assez la véritable raison dans cette fureur de remuer et dans cette frénésie d'ambition, qui s'autorise toujours des lois même faites pour la réprimer. Un Évêque d'Orléans entre dans leurs intrigues, l'oncle et le neveu lèvent des armées. On est prêt d'en venir aux mains à Châlons sur Saône, mais le parti de l'Empereur gagne par argent et par promesses la moitié de l'armée d'Italie. On négocie, c'est-à-dire on veut tromper. Le Roi est assez imprudent pour venir dans le camp de son oncle. Louis qu'on a nommé le Débonnaire, parce qu'il était faible, et qui fut cruel par faiblesse, fait crever les yeux à son neveu, qui lui demandait grâce à genoux. Le malheureux Roi meurt dans les tourments du corps et de l'esprit, trois jours après cette exécution cruelle. Alors Louis fait tondre et enfermer dans un Monastère ses trois frères, dans la crainte qu'un jour le sang de Charlemagne, trop respecté en eux, ne suscitât des guerres. Ce ne fut pas tout. L'empereur fait arrêter tous les partisans de Bernard, que ce Roi avait nommés sous l'espoir de sa grâce. Ils éprouvent le même supplice que le Roi. Les Ecclésiastiques sont exceptés de la sentence. On les épargne, eux qui étaient les auteurs de la guerre. La déposition ou l'exil sont leur seul châtiment. Louis ménageait l'Église, et l'Église fit bientôt sentir qu'il faut être ferme pour être respecté.

[Note 9: «Carlovingienne» dans l'édition originale de Jean Neaulme (1753).]

Dès l'an 817 Louis avait suivi le mauvais exemple de son père, en donnant des Royaumes à ses enfants; et n'ayant ni le courage d'esprit de son père, ni l'autorité que ce courage donne, il s'exposait à l'ingratitude. Oncle barbare et frère trop dur, il fut un père trop facile.

Ayant associé à l'Empire son fils aîné, Lothaire, donné l'Aquitaine au second nommé Pépin, la Bavière à Louis son troisième fils, il lui restait un jeune enfant d'une nouvelle femme. C'est ce Charles le Chauve, qui fut depuis Empereur. Il voulut après le partage, ne pas laisser sans État cet enfant d'une femme qu'il aimait.

Une des sources du malheur de Louis le Débonnaire, et de tant de désastres plus grands qui depuis ont affligé l'Europe, fut cet abus qui commençait à naître, d'accorder de la puissance dans le monde à ceux qui ont renoncé au monde.

Cette scène mémorable commença par un Moine nommé Vala: c'était un de ces hommes qui prennent la dureté pour la vertu, et l'opiniâtreté pour la confiance; qui fiers d'une dévotion mal entendue se croient en droit d'éclater avec scandale contre des abus moins grands que celui qui leur laisse cette liberté; et qui factieux par zèle pensent remplir leur devoir en faisant le mal avec un air de Christianisme.

Dans un Parlement tenu en 823 à Aix-la-chapelle, Parlement où étaient entrés les Abbés, parce qu'ils étaient Seigneurs de grandes Terres, ce Vala reproche publiquement à l'Empereur tous les désordres de l'État: «c'est vous, lui dit-il, qui en êtes coupable». Il parle ensuite en particulier à chaque membre du Parlement avec plus de sédition. Il ose accuser l'Impératrice Judith d'adultère. Il veut prévenir et empêcher les dons que l'Empereur veut faire à ce fils, qu'il a eu de l'Impératrice. Il déshonore et trouble la Famille Royale, et par conséquent l'État, sous prétexte du bien de l'État même.

Enfin l'Empereur irrité renvoie Vala dans son Monastère, dont il n'eût jamais dû sortir. Il se résout pour satisfaire sa femme, à donner à son fils une petite partie de l'Allemagne vers le Rhin, le Pays des Suisses et la Franche-Comté.

Si dans l'Europe les Lois avaient été fondées sur la puissance paternelle; si les esprits eussent été pénétrés de la nécessité du respect filial comme du premier de tous les devoirs, ainsi que je l'ai remarqué de la Chine; les trois enfants de l'Empereur, qui avaient reçu de lui des couronnes, ne se seraient point révolté contre leur père, qui donnait un héritage à un enfant du second lit.

D'abord ils se plaignirent: aussitôt le Moine de Corbie se joint à l'Abbé de Saint Denis, plus factieux encore, et qui ayant les Abbayes de Saint Médard, de Soissons et de Saint-Germain-des-Prés[10], pouvait lever des troupes, et en leva ensuite. Les Évêques de Vienne, de Lyon, d'Amiens, unis à ces Moines, poussent les Princes à la guerre civile, en déclarant rebelles à Dieu, à l'Église, ceux qui ne seront pas de leur parti. En vain Louis le Débonnaire, au lieu d'assembler des armées, convoque quatre Conciles, dans lesquels on fait de bonnes et d'inutiles lois. Ses trois fils prennent les armes. C'est, je crois, la première fois qu'on a vu trois enfants soulevés ensemble contre leur père. L'Empereur arme à la fin. On voit deux camps remplis d'Évêques, d'Abbés et de Moines. Mais du côté des Princes est le Pape Grégoire IV dont le nom donne un grand poids à leur parti. C'était déjà l'intérêt des Papes d'abaisser les Empereurs. Déjà un Étienne, prédécesseur de Grégoire, s'était installé dans la Chaire Pontificale sans l'agrément de Louis le Débonnaire. Brouiller le père avec les enfants, semblait le moyen de s'agrandir sur leurs ruines. Le Pape Grégoire vient donc en France, et menace l'Empereur de l'excommunier. Cette cérémonie d'excommunication n'emportait pas encore l'idée qu'on voulut lui attacher depuis. On n'osait pas prétendre qu'un excommunié dût être privé de ses biens par la seule excommunication. Mais on croyait rendre un homme exécrable, et rompre par ce glaive tous les liens qui peuvent attacher les hommes à lui.

[Note 10: «Saint Germain des-prez» dans l'édition originale de Jean
Neaulme (1753).]

Les Évêques du parti de l'Empereur se servirent de leur droit, et font dire courageusement à l'Évêque, SI EXCOMMUNICATURUS VENIET, EXCOMMUNICATUS ABIBIT, S'il vient pour excommunier, il retournera excommunié lui-même. Ils lui écrivent avec fermeté, en le traitant à-la-vérité de Pape, mais en même temps de Frère. Grégoire plus fier encore leur mande «le terme de Frère sent trop l'égalité, tenez-vous en à celui de Pape, reconnaissez ma supériorité, sachez que l'autorité de ma chaire est au-dessus de celle du trône de Louis». Enfin il élude dans cette Lettre le serment qu'il a fait à l'Empereur son Maître.

Au milieu de cette guerre on négocie. La supériorité devait donc être du côté du Pape. Il était Prêtre et Italien, Louis était faible. Le Pontife le va trouver dans son camp. Il y a le même avantage que Louis avait autrefois sur Bernard. Il séduit ses troupes. À peine le Pape est-il sorti du camp, que la nuit même la moitié des Troupes Impériales passe du côté de Lothaire son fils. Cette désertion arriva près de Bâle, et la Plaine où le Pape avait négocié, s'appelle encore le Champ du mensonge. Alors le Monarque malheureux se rend prisonnier à ses fils rebelles, avec sa femme Judith, objet de leur haine. Il leur livre son fils Charles âgé de dix ans, prétexte innocent de la guerre. Dans des temps plus barbares, comme sous Clovis et ses enfants, ou dans des Pays tel que Constantinople, je ne serais point surpris qu'on eût fait périr Judith et son fils, et même l'Empereur. Les Vainqueurs se contentèrent de faire raser l'Impératrice, de la mettre en prison en Lombardie, de renfermer le jeune Charles dans le Couvent de Prum, au milieu de la Forêt des Ardennes, et de détrôner leur père. Il me semble, qu'en lisant le désastre de ce père trop bon, on ressent au moins une satisfaction secrète, quand on voit que ses fils ne furent guère moins ingrats envers cet Abbé Vala, le premier auteur de ces troubles, et envers le Pape qui les avait si bien soutenus. On voit avec plaisir le Pape retourner à Rome, méprisé des Vainqueurs, et Vala se renfermer dans un Monastère en Italie.

Lothaire d'autant plus coupable qu'il était associé à l'Empire, traîne son père prisonnier à Compiègne. Il y avait alors un abus funeste, introduit dans l'Église, qui défendait de porter les armes et d'exercer les fonctions civiles pendant le temps de la pénitence publique. Ces pénitences étaient rares, et ne tombaient guère que sur quelques malheureux de la lie du peuple. On résolut de faire subir à l'Empereur ce supplice infamant, sous le voile d'une humiliation Chrétienne et volontaire, et de lui imposer une pénitence perpétuelle, qui le dégraderait pour toujours.

Louis est intimidé. Il a la lâcheté de condescendre à cette proposition qu'on a la hardiesse de lui faire. Un Archevêque de Reims, nommé Elbon, tiré de la condition servile, malgré les lois élevé à cette dignité par Louis même, dépose ainsi son Souverain et son bienfaiteur. On fait comparaître le Souverain entouré de trente Évêques, de Chanoines, de Moines, dans l'Église de Notre Dame de Soissons. Lothaire son fils présent y jouit de l'humiliation de son père. On fait étendre un cilice devant l'autel. L'Archevêque ordonne à l'Empereur d'ôter son baudrier, son épée, son habit, et de se prosterner sur ce cilice. Louis le visage contre terre, demande lui-même la pénitence publique, qu'il ne méritait que trop en s'y soumettant. L'Archevêque le force de lire à haute voix un papier, dans lequel il s'accuse de sacrilège et d'homicide. Le malheureux lit posément la liste de ses crimes, parmi lesquels il est spécifié qu'il avait fait marcher ses troupes en Carême, et indiqué un Parlement un Jeudi Saint. On dresse un procès verbal de toute cette action: monument encore subsistant d'insolence et de bassesse. Dans ce procès verbal on ne daigne pas seulement nommer Louis du nom d'Empereur: il y est appelé DOMINUS LUDOVICUS, noble homme, vénérable homme.

Louis fut enfermé un an dans une cellule du Couvent de Saint Médard de Soissons, vêtu du sac de pénitent, sans domestiques, sans consolation, mort pour le reste du monde. S'il n'avait eu qu'un fils, il était perdu pour toujours; mais ses trois enfants disputant ses dépouilles, leur désunion rendit au père sa liberté et sa couronne.

En 834, transféré à Saint Denis, deux de ses fils, Louis et Pépin, vinrent le rétablir, et remettre entre ses bras sa femme et son fils Charles.

En 835, l'Assemblée de Soissons est anathématisée par une autre à Thionville; mais il n'en coûta à l'Archevêque de Reims que la perte de son Siège, encore fut-il jugé déposé dans la Sacristie. L'Empereur l'avait été en public aux pieds de l'Autel. Quelques Évêques furent déposés aussi. L'Empereur ne put ou n'osa les punir davantage.

Bientôt après un de ces mêmes enfants qui l'avaient rétabli, Louis de Bavière, se révolta encore. Le malheureux père mourut de chagrin dans une tente auprès de Mayence, en disant, Je pardonne à Louis, mais qu'il sache qu'il m'a donné la mort. (20 Juin 840)

Il confirma solennellement par son testament la donation de Pépin et de
Charlemagne à l'Église de Rome. Il y ajouta la Corse, la Sardaigne et la
Sicile. Dons inutiles autant que pieux: les Mahométans, comme je le dirai,
envahissaient déjà ces Provinces.

Les présents de l'Istrie, de Bénévent, du Territoire de Venise, faits par Charlemagne, n'ont pas eu plus d'effet. Ils étaient occupés par des Seigneurs particuliers, qui s'en disputaient la propriété. C'était en effet donner aux Papes des Terres à conquérir.

ÉTAT DE L'EUROPE APRÈS LA MORT DE LOUIS LE DÉBONNAIRE.

Bientôt après la mort du fils de Charlemagne son Empire éprouva ce qui était arrivé à celui d'Alexandre, et que nous verrons bientôt être la destinée de celui des Califes. Fondé avec précipitation, il s'écroula de même, les guerres intestines le divisèrent.

Il n'est pas surprenant que des Princes qui avaient détrôné leur père, se soient voulu exterminer l'un l'autre. C'était à qui dépouillerait son frère. Lothaire, Empereur, voulait tout. Charles le Chauve Roi de France et Louis Roi de Bavière s'unissent contre lui.

En 841, un fils de Pépin, ce Roi d'Aquitaine fils du Débonnaire, et devenu Roi après la mort de son père, se joint à Lothaire. Ils désolent l'Empire, ils l'épuisent de soldats.

Enfin deux Rois contre deux Rois, dont trois sont frères, et dont l'autre est leur neveu, se livrent une bataille à Fontenay dans l'Auxerrois, dont l'horreur est digne de guerres civiles. (842)

Plusieurs Auteurs assurent qu'il y périt cent mille hommes. Il est vrai que ces Auteurs ne sont pas contemporains, et que du moins il est permis de douter que tant de sang ait été répandu. L'Empereur Lothaire fut vaincu. Il donna alors au monde l'exemple d'une politique toute contraire à celle de Charlemagne.

Le Vainqueur des Saxons les avait assujettis au Christianisme comme à un frein nécessaire. Quelques révoltes et de fréquents retours à leur culte avaient marqué leur horreur pour une Religion qu'ils regardaient comme leur châtiment. Lothaire pour se les attacher, leur donne une liberté entière de conscience. La moitié du Pays redevint idolâtre, mais fidèle à son Roi. Cette conduite et celle de Charlemagne son grand-père, firent voir aux hommes combien diversement les Princes plient la Religion à leurs intérêts.

Les disgrâces de Lothaire en fournirent un autre exemple: ses deux frères, Charles le Chauve et Louis de Bavière, assemblèrent un Concile d'Évêques et d'Abbés à Aix-la-chapelle. (842)

Ces Prélats d'un commun accord déclarèrent Lothaire déchu de son droit à la couronne, et ses sujets déliés du serment de fidélité: promettez-vous de mieux gouverner que lui? disent-ils aux deux frères Charles et Louis: nous le promettons, répondirent les deux Rois: et nous, dit l'Évêque qui présidait, nous vous permettons par l'autorité divine, et nous vous commandons de régner à sa place.

En voyant les Évêques ainsi donner les couronnes, on se tromperait, si on croyait qu'ils fussent alors tels que des Électeurs de l'Empire. Ils étaient puissants à-la-vérité, mais aucun n'était Souverain. L'autorité de leur caractère et le respect des peuples étaient des instruments dont les Rois se servaient à leur gré. Il y avait dans ces Ecclésiastiques bien plus de faiblesse que de grandeur à décider ainsi du droit des Rois suivant les ordres du plus fort.

On ne doit pas être surpris, que quelques années après un Archevêque de Sens avec vingt autres Évêques ait osé dans des conjonctures pareilles déposer Charles le Chauve, Roi de France. (859)

Cet attentat fut commis pour plaire à Louis de Bavière. Ces Monarques, aussi méchants Rois que frères dénaturés, ne pouvant se faire périr l'un l'autre, se faisaient anathématiser tour à tour; mais ce qui surprend, c'est ce que ce même Charles le Chauve exprime dans un Écrit qu'il daigna publier contre l'Archevêque de Sens: au moins cet Archevêque ne devait pas me déposer avant que j'eusse comparu devant les Évêques qui m'avaient sacré Roi: il fallait qu'auparavant j'eusse subi leur jugement, ayant toujours été prêt à me soumettre à leurs corrections paternelles et à leur châtiment. La race de Charlemagne réduite à parler ainsi, marchait visiblement à sa ruine.

Je reviens à Lothaire, qui avait toujours un grand parti en Germanie, et qui était maître paisible en Italie. Il passe les Alpes, fait couronner son fils Louis, qui vient juger dans Rome le Pape Sergius II. (844)

Le Pontife comparaît, répond juridiquement aux accusations d'un Évêque de Metz, se justifie, et prête ensuite serment de fidélité à ce même Lothaire déposé par ses Évêques. Lothaire même fit cette célèbre et inutile Ordonnance, que pour éviter les séditions trop fréquentes, le Pape ne sera plus élu par le Peuple, et que l'on avertira l'Empereur de la vacance du Saint Siège.

Leur sentence ne fut qu'un scandale de plus ajouté aux désolations de l'Europe. Les Provinces depuis les Alpes au Rhin ne savaient plus à qui elles devaient obéir. Les Villes changeaient chaque jour de tyrans, les Campagnes étaient ravagées tour à tour par différents partis. On n'entendait parler que de combats, et dans ces combats il y avait toujours des Moines, des Abbés, des Évêques qui périssaient les armes à la main. Hugues, un des fils de Charlemagne, forcé jadis à être Moine, et depuis Abbé de Saint Quentin, fut tué devant Toulouse avec l'Abbé de Ferriére, deux Évêques y furent faits prisonniers.

Cet incendie s'arrêta un moment, pour recommencer avec fureur. Les trois frères Lothaire, Charles et Louis firent de nouveaux partages, qui ne furent que de nouveaux sujets de division et de guerre.

L'Empereur Lothaire, après avoir bouleversé l'Europe sans sujet et sans gloire, se sentant affaibli, vint se faire Moine dans l'Abbaye de Pram. Il ne vécut dans le froc que six jours, et mourut imbécile après avoir vécu en tyran.

À la mort de ce troisième Empereur d'Occident il s'éleva de nouveaux Royaumes en Europe, comme des monceaux de terre après les secousses d'un grand tremblement.

Un autre Lothaire, fils de cet Empereur, donna son nom de Lotharinge à une assez grande étendue de Pays nommé depuis par contraction Lorraine, entre le Rhin, l'Escaut, la Meuse et la Mer. Le Brabant fut appelé la basse Lorraine, le reste fut connu sous le nom de la haute. Aujourd'hui de cette haute Lorraine il ne reste qu'une petite Province de ce nom, engloutie depuis peu dans le Royaume de France.

Un second fils de l'Empereur Lothaire, nommé Charles, eut la Savoie, le Dauphiné, une partie du Lyonnais, de la Provence et du Languedoc. Cet État composa le Royaume d'Arles du nom de la Capitale, Ville autrefois opulente et embellie par les Romains; mais alors petite et pauvre, ainsi que toutes les Villes en-deçà des Alpes.

Un Barbare, qu'on nomme Salomon, se fit bientôt après Roi de la Bretagne, dont une partie était encore Païenne; mais tous ces Royaumes tombèrent aussi promptement qu'ils furent élevés.

Le fantôme d'Empire Romain subsistait. Louis, second fils de Lothaire, qui avait eu en partage une partie de l'Italie, fut proclamé Empereur par Sergius II en 855. Il fut le seul de tous ces Empereurs qui fixa son séjour à Rome; mais il ne possédait pas la neuvième partie de l'Empire de Charlemagne, et n'avait en Italie qu'une autorité contestée par les Papes et par les Ducs de Bénévent, qui possédaient alors un État considérable.

Après sa mort arrivée en 875, si la Loi Salique avait été en vigueur dans la Maison de Charlemagne, c'était à l'aîné de la Maison qu'appartenait l'Empire. Louis de Bavière, aîné de Charlemagne, devait succéder à son neveu mort sans enfants; mais des troupes et de l'argent firent les droits de Charles le Chauve. Il ferma les passages des Alpes à son frère, et se hâta d'aller à Rome avec quelques troupes. Reginus, les Annales de Metz et de Fulden assurent qu'il acheta l'Empire du Pape Jean VIII. Le Pape non seulement se fit payer, mais profitant de la conjoncture il donna l'Empire en Souverain, et Charles le reçut en Vassal, protestant qu'il le tenait du Pape, ainsi qu'il avait protesté auparavant en France en 859, qu'il devait subir le jugement des Évêques, laissant toujours avilir sa dignité pour en jouir.

Sous lui l'Empire Romain était donc composé de la France et de l'Italie. On dit qu'il mourut empoisonné de son Médecin, un Juif nommé Sédécias; mais personne n'a jamais dit par quelle raison ce Médecin commit ce crime. Que pouvait-il gagner en empoisonnant son Maître? Auprès de qui eût-il trouvé une plus belle fortune? Aucun Auteur ne parle du supplice de ce Médecin. Il faut donc douter de l'empoisonnement, et faire réflexion seulement, que l'Europe Chrétienne était si ignorante, que les Rois étaient obligés de chercher pour leurs Médecins des Juifs et des Arabes.

On voulait toujours saisir cette ombre d'Empire Romain, et Louis le Bègue Roi de France, fils de Charles le Chauve, le disputait aux autres descendants de Charlemagne. C'était toujours au Pape qu'on le demandait. Un Duc de Spoléte, un Marquis de Toscane, investis de ces États par Charles le Chauve, se saisirent du Pape Jean VIII et pillèrent une partie de Rome, pour forcer, disaient-ils, à donner l'Empire au Roi de Bavière, Carloman l'aîné de la race de Charlemagne. Non seulement le Pape Jean VIII était ainsi persécuté dans Rome par des Italiens, mais venait en 877 de payer vingt-cinq mille livres pesant d'argent aux Mahométans possesseurs de la Sicile et du Carillan. C'était l'argent dont Charles le Chauve avait acheté l'Empire. Il passa bientôt des mains du Pape en celles des Sarrasins, et le Pape même signa un Traité authentique de leur en payer autant tous les ans.

Cependant ce Pontife tributaire des Musulmans et prisonnier dans Rome, s'échappe, s'embarque, passe en France. Il vient sacrer Empereur Louis le Bègue dans la Ville de Troyes, à l'exemple de Léon III, d'Adrien et d'Étienne III persécuté chez eux, et donnant ailleurs des couronnes.

Sous Charles le Gros, Empereur et Roi de France, la désolation de l'Europe redoubla. Plus le sang de Charlemagne s'éloignait de sa source, et plus il dégénérait. Charles le Gros fut déclaré incapable de régner par une assemblée de Seigneurs Français et Allemands, qui le déposèrent auprès de Mayence dans une Diète convoquée par lui-même. Ce ne sont point ici des Évêques, qui en servant la passion d'un Prince, semblent disposer d'une couronne; ce furent les principaux qui crurent avoir le droit de nommer celui qui devait les gouverner, et combattre à leur tête. On dit que le cerveau de Charles le Gros était affaibli. Il le fut toujours sans-doute, puisqu'il se mit au point d'être détrôné sans résistance, de perdre à la fois l'Allemagne, la France et l'Italie, et de n'avoir enfin pour subsistance que la charité de l'Archevêque de Mayence, qui daigna le nourrir. Il paraît bien qu'alors l'ordre de la succession était compté pour rien, puisqu'Arnould, bâtard de Carloman, fils de Louis le Bègue, fut déclaré Empereur, et qu'Eudes ou Odon Comte de Paris fut Roi de France. Il n'y avait alors ni droit de naissance, ni droit d'élection reconnu. L'Europe était un chaos dans lequel le plus fort s'élevait sur les ruines du plus faible, pour être ensuite précipité par d'autres.