PLANCHE XXVII.
Ce Centaure sans barbe enseigne à jouer de la lyre à un jeune homme qu'il soutient légèrement. La nuance de la partie inférieure est un bai-clair; les draperies sont violettes; le thyrse et le tympanum que l'on y voit suspendus, désignent un suivant de Bacchus. La lyre dont il donne des leçons, nous rappelle Chiron, qui montre au jeune Achille l'art de jouer de cet instrument; d'ailleurs, les suivans de Bacchus cultivent tous les genres de musique, et il n'est pas rare de voir la lyre entre les mains des Centaures attelés à son char. Les cheveux hérissés du Centaure sont assez dans le caractère des êtres rustiques que les anciens poëtes rangent dans le cortége du Dieu de l'Ivresse, tels que les Faunes, les Satyres, etc.
Hauteur, 11 p°.—Largeur, 1 P. 3 p°. 6 lig.
PLANCHE XXVIII.
Le sujet que nous admirons ici n'a rien qui ne rappelle le pinceau qui a produit les trois précédens; mais il est sensible que l'artiste s'est surpassé lui-même dans les grâces et la délicatesse de l'exécution. Ce charme inexprimable qui, au rapport de Lucien, donnait tant de prix à la Centauresse de Zeuxis, se reproduit dans celle-ci. Il réside dans l'union subtile des deux natures de cet être imaginaire; la blancheur répandue sur la carnation délicate de l'une, se distingue de celle qui brille sur le manteau poli de la seconde; mais l'œil se perd dans les nuances incertaines qui les séparent. Cette finesse, ces coups de pinceau qui décèlent si souvent une main de maître, nous prouvent bien que ces anciens artistes avaient une connaissance profonde de l'art; leurs fautes n'étaient que des négligences; on s'aperçoit quelquefois de leurs repentirs par les couches de couleur qui se retrouvent sur l'enduit; mais souvent ils ne prenaient pas la peine de corriger les premiers traits de leur pinceau. Ici le fini de l'exécution répond au mérite d'une heureuse invention. L'attitude du groupe est admirable et le mouvement plein de charmes. Le jeune homme, légèrement soutenu d'une main sur l'épaule de sa belle compagne, lui présente une cymbale dorée quelle est prête à frapper de la sienne, en-même-temps qu'elle touche avec grâce les cordes de sa lyre. Leurs regards semblent se rencontrer comme leurs instrumens harmonieux; l'arrangement de la chevelure dans notre Centauresse semble, comme dans celle d'Ovide, annoncer le dessein de plaire; son collier (phalera) forme une parure agréable et qui semble sur-tout lui convenir, en rappelant ceux dont on parait les plus nobles coursiers; la draperie qui voltige sur son bras est violette, celle du jeune homme est jaune.
Hauteur, 11 p°.—Largeur, 1 P, 3 p°. 6 lig.
PLANCHE XXIX.
Ces deux peintures d'un excellent coloris furent trouvées dans les fouilles de Résine, le 31 août 1748; elles représentent deux Siéges majestueux enrichis d'ornemens recherchés, et accompagnés de marche-pieds couleur d'or; cet accessoire nous autorise à voir ici cette espèce de Siége qu'on appelait proprement un trône; il convient aux dieux et aux souverains. Les attributs et les amours ou génies qu'on remarque aux côtés, nous apprennent à quelles divinités ces deux trônes sont consacrés; sur l'un repose la colombe de Vénus; le coussin est couleur de rose; la draperie jetée sur le dossier et qui retombe sur les bras, est de couleur verte changeante. L'un des génies y suspend une guirlande qui paraît formée de feuilles de myrte; l'autre porte le sceptre: ce trône attend la Reine des Amours. Le second appartient à son belliqueux amant. Le casque de Mars, surmonté d'un panache, est déposé sur le coussin; l'un des génies soutient son grand bouclier; et l'autre arrange une guirlande qui paraît composée de laurier, récompense de la valeur. Rien n'est plus gracieux que la pose des quatre génies; l'opposition que le peintre leur a donnée dans ces deux peintures qui font pendant, est d'une heureuse intention. Les colliers et les cercles d'or dont sont ornés le cou, les bras et les jambes de ces beaux enfans, sont une parure distinguée.
Hauteur, 8 p°. 3 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XXX.
On découvrit dans les fouilles de Résine, au mois de septembre 1748, ces peintures et les suivantes, où sont représentés les Génies de la danse et de la musique, des jeux de l'enfance, de quelques arts mécaniques et de divers exercices. Dans le premier tableau, l'un des petits danseurs est en mouvement, tenant d'une main une espèce de roseau fendu, dont le bruit paraît devoir marquer la mesure; l'autre, prêt à partir, ajuste une couronne de myrte sur sa tête, à l'envi de son compagnon déjà couronné. Dans le second tableau, l'un, presque en repos, tient aussi un roseau fendu; l'autre, en mouvement, porte sur l'épaule un long sceptre, orné au bout d'une pomme ou d'une balle, et tient un disque ou plutôt un petit tambour suspendu à un cordon. On peut considérer ce sceptre comme destiné à servir de balancier, ou à faire briller l'adresse du danseur. On sait à quel point les anciens ont porté le goût de la danse. Cet art, également consacré par la religion et par le plaisir, faisait partie de l'éducation publique chez plusieurs peuples; et les artistes ont pris souvent plaisir à nous retracer les modèles qu'il leur offrait.
Hauteur, 8 p°. 3 lig—Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XXX1.
Ces deux peintures offrent l'union de la danse et de la musique. Dans la première, l'un des Génies joue d'une flûte double garnie de clefs pour en varier les modulations; l'autre saute ou danse sur un seul pied avec un bâton ou peut-être un balancier sur l'épaule, pour conserver l'équilibre. Dans la seconde peinture, l'enfant armé d'un instrument, dont l'extrémité fendue est retenue par un anneau, pourrait représenter une espèce de danse que Pollux nomme fissilia trahere; nous remarquerons au reste plusieurs instrumens peu connus, et qui paraissent tous répondre à la même intention, celle de produire un certain bruit qui marque le temps ou la mesure. L'autre danseur accompagne ses pas du son d'une lyre à six cordes dont il touche avec grâce.
Hauteur, 8 p°. 3 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XXXII.
La première de ces peintures nous offre deux Génies dont l'action vive et gracieuse retrace le même exercice que les précédentes. L'un porte sur l'épaule un instrument à dix cordes dont la forme rappelle le trigone antique, quoiqu'il ne soit point fermé par un troisième côté; il danse et pince en-même-temps les cordes de la main droite. Son compagnon paraît danser au son du même instrument; il tient dans chaque main deux clous de bronze, espèce de crotales, dont on tirait des sons en les frappant en cadence.
Dans la seconde peinture, on voit trois petits Génies occupés au même jeu. Celui du milieu est l'acteur principal; il doit enlever le piquet planté en terre, et vers lequel il doit arriver en suivant la corde qui y est attachée. Les deux autres, armés de baguettes, s'y opposent avec vivacité, l'un en poursuivant l'acteur, l'autre en le tirant à lui, par le moyen de la corde, pour le frapper de son côté. La composition de ce tableau est aussi piquante qu'animée.
Hauteur, 8 p°. 3 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XXXIII.
Ces deux sujets font suite aux jeux enfantins. Le premier représente un char à deux roues, tiré par deux enfans, et guidé par un troisième. La forme du petit char (Birotum) est semblable à celle des chars en usage dans les jeux du cirque, telle qu'elle se rencontre souvent dans les monumens et sur les médailles. Celui-ci n'a qu'un seul timon, comme destiné ordinairement à l'attelage d'un seul couple; on sait que les timons se multipliaient quelquefois à raison de chaque attelage. Cet exercice donnait aux enfans l'envie de paraître au cirque, et de se distinguer dans ces jeux célèbres.
L'autre peinture offre le jeu vulgairement appelé cligne-mussette. On y voit trois petits Génies; l'un d'eux se couvre les yeux avec les mains pour donner aux autres le temps de se cacher; un second court avec empressement pour se cacher, et retourne la tête pour s'assurer s'il n'est point observé; le troisième, déjà tapi derrière une porte, épie avec impatience celui qui doit chercher. Ces figures sont pleines de grâce et de naïveté.
Hauteur, 8 p°. 3 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XXXIV.
Dans la première peinture, on voit un enfant qui fait peur à un autre avec un masque. Ce pauvre petit est tombé à la renverse, et tout dans son mouvement exprime ingénuement sa frayeur; un troisième paraît venir à son secours, et gronder celui qui l'a effrayé. Le caractère du masque est chargé; il paraît avoir les traits d'un singe. Cette espèce de masque était appelée mormolycea, et son nom seul servait aux nourrices pour faire peur aux enfans.
L'autre peinture a quelque chose de très-curieux; elle représente deux Génies exerçant le métier de menuisier. On voit dans la boutique l'établi avec le fer crochu ou valet pour assujétir les planches, la scie, le marteau, et une boîte à mettre les outils. Sur un support attaché au mur est un petit vase destiné, peut-être, à contenir de l'huile pour les outils. Chaque profession mécanique avait ses Dieux protecteurs, auxquels les inscriptions donnent le nom de Génies; celle des charpentiers et des menuisiers formait, à Rome, l'une des principales communautés. On appelait aussi Génie l'inclination qu'on sentait pour exercer un art. L'intention du peintre peut se rapporter l'un de ces motifs.
Hauteur, 8 p°. 3 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XXXV.
La première de ces peintures est très-curieuse, en ce qu'elle nous retrace une opération rustique, avec des détails que les Auteurs anciens ne nous ont transmis qu'avec beaucoup d'obscurité. Ces Génies représentent les travaux des pressureurs, qui formaient à Rome une communauté sous le nom latin de Capulatores. Un plateau, deux chevrons plantés en terre, réunis par un troisième dans la partie supérieure, quelques traverses et des coins de bois composent toute la machine, et forment le pressoir. Il est du genre de ceux qu'on peut appeler pressoirs à poids, plus anciens et plus simples que les pressoirs à vis. Deux Génies, frappant en sens contraire avec des maillets, enfoncent les coins, et font descendre les traverses dont la pression écrase le raisin; on voit le moût couler par la rigole et tomber dans un grand vase. Un Génie à part semble occupé à faire cuire le moût, qu'il remue avec une spatule dans un vase placé sur un fourneau.
L'autre peinture représente une boutique de cordonnier. Deux Génies assis sur des escabelles devant une table, exercent ce métier. On voit quelques brodequins sur une tablette attachée au mur; de l'autre côté est une armoire où sont rangés des formes et des vases qui peuvent contenir la couleur dont on teignait les chaussures.
Hauteur, 8 p°. 3 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XXXVI.
On ignorait tout-à-fait quel était le sujet du premier tableau. M. Visconti en a donné une explication heureuse fondée sur un rapprochement de passages anciens et de plusieurs monumens. (Voyez Museo Pio-Clem. Tome IV page 2, note 2). Ces Génies s'occupent autour d'un métier à former une espèce de festons de laine qui devaient être interrompus par de petits noeuds en ruban pourpre. Ces festons étaient proprement dits vittae; ils formaient la parure ordinaire des temples, des victimes, et de presque tous les objets du culte. Pour faciliter le travail de ces petits ouvriers, des écheveaux de laine sont suspendus autour du métier, sur la table duquel paraît un grand nombre de petits anneaux de ruban pour en former les noeuds que nous venons d'indiquer. Ces Génies font précisément l'opération que Stace a décrite dans l'hémistiche suivant (THEB. II, v. 738):
... Nectunt discrimine vittas.
Dans le second tableau, on voit deux petits Génies dans une attitude gracieuse qui s'amusent à pêcher à la ligne.
Hauteur, 8 p°. 3 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°. 8 lig.
PLANCHE XXXVII.
Le Génie de la Chasse ne peut être représenté avec plus de vie, avec plus de grâce. Il tient deux javelots de la main gauche; de l'autre, il lance le trait qui va percer l'un des cerfs fugitifs; le battement de ses aîles et sa draperie flottante répondent à la vivacité de son action. Les cerfs sont d'une belle forme et s'élancent avec rapidité. Les chiens sont tels que les décrit un auteur ancien (NEMESIANUS, v. 108 et suiv.) «Elevés sur les jambes, la poitrine large, les flancs effilés vers la croupe, la queue recourbée et les oreilles flottant avec souplesse dans leur course». Le peintre n'a rien négligé pour exprimer cet exercice chéri des rois et des héros, et qui préparait les Romains la gloire, en développant leurs forces et en entretenant leurs membres dans la vigueur. (Voy. HOR. I, ép. XVIII).
L'autre peinture offre deux Génies chacun sur un char tiré par des dauphins accouplés à un timon; le second, cédant au sommeil et prêt tomber dans la mer, semble faire allusion à l'aventure du fameux nocher d'Enée.
Hauteur, 8 p°. 3 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XXXVIII.
La première de ces peintures offre un Génie assis dans un char et jouant de la lyre. Le char est traîné par deux griffons guidés par un autre Génie qui marche devant, et porte un bassin rempli de fruits. Le fond du tableau est une draperie verte relevée dans le milieu par un gros noeud, et dont les plis indiquent une suite de festons. Cet appareil, cette marche solennelle, ces quadrupèdes ailés consacrés à Apollon, semblent annoncer le fils de Latone. Ces Génies sont évidemment lés Génies d'Apollon; la draperie peut faire allusion au pavillon sacré décrit par Euripide dans l'Ion et que l'on érigeait à Delphes dans les fêtes de ce Dieu. La lyre désignerait l'harmonie que ce Dieu puissant entretient dans la nature, et le bassin de fruits serait l'hommage offert pour les bienfaits qu'il répand sur la terre en la fécondant. Ce que cette peinture a pu laisser à désirer pour le fini de l'exécution et la beauté du coloris, est racheté par le mérite de l'invention, le mouvement et la vie des figures. Elle fut trouvée dans les fouilles de Résine en 1748. La suivante fut trouvée au même lieu en 1749; elle nous offre également un sujet religieux, expliqué par l'inscription très-rare qu'on lit sur le fond du tableau: GENIUS HUJUS LOCI MONTIS, Génie de cette montagne. Ce jeune homme nu, couronné de feuillages et tenant une branche à la main, vient de déposer son offrande sur l'autel rustique qui s'élève au sommet de la montagne. Son action indique le silence qui convient au mystère, à l'instant propice attendu religieusement, où le serpent vient dévorer les fruits consacrés. On connaît le respect des anciens pour ce reptile; né de la terre, il représente ici le Génie du lieu. Un passage de Virgile se rapporte merveilleusement au sujet. (ÆN. V. v. 97).
Il dit, et de la tombe un serpent monstrueux
Sort en développant sept plis majestueux,
Embrasse mollement la tombe paternelle;
D'un or mêlé d'azur son écaille étincelle,
Et son émail changeant jette un éclat pareil
A l'écharpe brillante où s'empreint le soleil.
On s'étonne à sa vue; et lui sans violence,
Parmi les vases saints s'avançant en silence,
Glisse, effleure les mets, et, rassemblant ses nœuds,
Rentre au fond de la tombe et disparaît aux yeux.
Quel est, dit le héros, ce serpent tutélaire?
Est-ce un gardien sacré du tombeau de mon père?
Serait-ce de ces lieux le Génie inconnu?
DELILLE
Hauteur, 8 p°. 3 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XXXIX.
Cette peinture et les suivantes, ayant pour sujet des décorations d'architecture, furent trouvées dans les fouilles de Résine. On chercherait vainement, dans ces compositions bizarres, les principes ou l'application, des règles de l'art; on ne doit y considérer que l'essor d'une imagination capricieuse, dont une grâce séduisante excuse à peine les écarts. La peinture, qui n'est que l'ombre des arts plus imposans, de la sculpture et de l'architecture, a pu jouer avec les formes les plus sévères et produire des prestiges brillans, comme fait l'imagination avec les ombres légères d'un songe. Les décorateurs, qui n'avaient pour but que de remplacer la longue uniformité d'une surface par des objets agréables à la vue, se sont abandonnés sans scrupule tous leurs caprices. Vitruve, ce grand maître de l'antiquité, dont le livre conserverait encore les principes, si tous les monumens avaient péri, s'est élevé avec une grande sévérité contre ces écarts qu'il croyait pernicieux au bon goût. Il rappelle la peinture à sa première destination, celle de représenter ce qui existe; il veut qu'elle soit aussi vraie dans la représentation de l'architecture, que dans l'imitation de tous les objets pris dans la nature; il ne peut souffrir ces fûts de candélabres, ni ces cannes légères (calami) qui prennent la place des colonnes, ni ces formes de crochets (harpaginetuli) substitués au faîte imposant d'un édifice, tels qu'on les voit au couronnement de la rotonde dans notre peinture, à laquelle on peut parfaitement appliquer la critique de l'auteur latin. Cette rotonde paraît former le milieu d'un ensemble de colonnades disposées d'une manière pittoresque. Il manque la partie gauche et tout ce qui répondrait au côté droit. L'arrangement des guirlandes et des feuillages jette de l'agrément dans les espaces et sert à marquer les distances. L'ordre ressemble à l'ionique, s'il peut être déterminé malgré le défaut de proportions. On ne peut s'empêcher de reconnaître dans ces peintures une vivacité singulière, réunie à tant de franchise et d'esprit, dans les touches des ombres et des lumières, que Vitruve qualifiait d'aspérité le relief qu'elles produisaient. Et si l'on veut revenir contre la condamnation du critique latin, on se rappellera que Raphaël a adopté ce genre de peinture pour la décoration; et le goût général avec lequel les anciens et les modernes l'ont affectionné, semble faire, avec ce jugement implicite de Raphaël, une autorité qui contre-balance l'opinion trop sévère que Vitruve avait de ce même genre.
Hauteur, 3 P. 3 lig.—Largeur, 4 P. 9 p°. 6 lig.
PLANCHE XL.
Cette décoration, du même goût que la précédente, est également tronquée. Elle règne sur une bande qui forme comme le socle de la salle; cette bande est divisée en trois parties. La partie inférieure qui sert d'architrave, est ornée d'aîles et de bandelettes disposées alternativement. La partie supérieure est agréablement ornée et figure la corniche. Celle du milieu peut passer pour la frise (zophorus, ainsi dite, parce qu'elle est ornée d'animaux); les modillons sont figurés par des têtes ou mascarons, et les métopes par des cygnes et d'autres oiseaux qui tiennent des couronnes suspendues sur un pavillon ou sur une coquille; le portique quadrilatère forme le milieu de la décoration; il est flanqué de deux autres de forme triangulaire, égaux entre eux. Tous les trois sont couronnés d'une espèce de pavillon, et reposent sur un soubassement propre à chacun d'eux: les chapiteaux désignent l'ordre ionique; mais les colonnes effilées n'ont point de base comme dans le dorique. A quelque distance des portiques, on en voit naître un quatrième, dont on distingue seulement une colonne et un contre-pilastre sur une base isolée des premières; l'intervalle entre ces deux suites est occupé par une espèce de dais décoré intérieurement de caissons, et sur le front, d'une frise et d'un tableau représentant une biche marine. Sous le dais se voit un panier sacré ressemblant ceux des Canephores, avec ses anses et son couvercle. Ce panier est suspendu par une guirlande qui s'attache au pavillon principal en traversant les colonnes avec élégance, et dont le second feston paraît devoir aller joindre une partie semblable au côté visible.
Hauteur, 3 P.—Largeur, 4 P. 9 p°. 6 lig.
PLANCHE XLI.
Au premier aspect, ce portique promet un édifice régulier; mais, avec quelque attention, on y découvre les mêmes défauts et les mêmes bizarreries que dans les décorations précédentes. Les colonnes, toujours en forme de candélabres, paraissent tenir à l'ordre composite, si l'on se borne à considérer le chapiteau, sa forme et sa proportion. Les bases sont attiques et reposent sur un socle ou soubassement orné en partie comme un piédestal avec une grande ouverture horizontale dans le milieu. Le portique semble fermé par une enceinte à hauteur d'appui, dans le genre de ceux qu'on appelait chez les anciens plutei; ils étaient ordinairement de marbre ou de bois. Dans le fond, on voit un autre portique d'ordre ionique dont la corniche, ornée de triglyphes et de métopes, quoique d'un goût bizarre, tient beaucoup au dorique. Toute la colonnade, comme les précédentes, est réunie par une guirlande qui couronne un tympanum ou un bouclier qu'on suspendait aux portes des temples; cette remarque peut conduire à penser qu'on a voulu figurer ici le pronaos ou le vestibule d'un temple.
Hauteur, 4 P. 1 p°.—Largeur, 3 P.
PLANCHE XLII.
Cette planche présente deux fragmens de peintures différentes. La première semble offrir le vestibule d'un grand palais. La colonne en avant de la perspective, décorée d'ornemens bizarres, peut faire supposer un autre édifice isolé. Les deux colonnes sur la droite du tableau et l'espèce de therme ou de cariatide, placée à l'angle saillant, indiquent des parties correspondantes qui concourent soutenir la frise et la corniche d'une grande richesse; à travers la porte, on découvre une colonnade ionique qui donne l'idée d'un portique ou d'une cour (peristylium). La disposition des parties et la dégradation des teintes dans ce tableau curieux, prouvent bien, contre une opinion hasardée, la connaissance que les anciens avaient de la perspective et de ses effets.
L'autre peinture, très-intéressante, semble offrir trois parties distinctes et réunies par le seul caprice du décorateur; l'édifice semble indiquer le pronaos d'un temple qu'on peut supposer de Bacchus, à cause de la statue de panthère, placée au pied d'une colonne. On peut reconnaître le nombre impair des gradins, exigé par Vitruve (III, 3); le pluteus et la porte bien singulière, divisée en trois parties ou battans; il n'y a de véritable que celui du milieu, les deux autres étant dormans; aussi l'escalier n'a-t-il la largeur que de la seule partie qui s'ouvre.
Hauteur, 8 p°. 3 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XLIII.
On ne peut considérer, sans plaisir, cette peinture singulière. Sur un portique d'ordre ionique, dont on ne voit que les chapiteaux avec la corniche et la frise ornée de dauphins et de tritons, s'élève un édifice construit en bois. Le chapiteau tient du corinthien; la corniche, le frontispice et le toît ont quelque chose de fantasque et d'agréable. Sur le flanc, se détache un morceau de travail semblable, consistant en deux pilastres qui descendent jusqu'en bas de l'édifice inférieur, et dont l'entablement porte un beau vase à deux anses et à col rétréci. On pourrait penser que cet édifice représente un coenaculum, ou une espèce de belveder sur la plateforme d'une maison de plaisance. (Voy. VITRUVE, lib. II, cap. 8). Les arbres qui l'environnent et dont on ne voit que les sommités, confirment cette opinion.
On admirera dans la seconde peinture (pl. 47 de l'édition royale) l'imagination et le caprice ingénieux de l'artiste. Il a représenté d'une manière très-gracieuse, un perroquet attelé à un petit char et guidé par un grillon qui tient les rênes entre ses dents; on trouve des pierres gravées avec de semblables fantaisies qui pourraient bien renfermer quelques allusions satiriques à des noms propres, ou bien des anecdotes relatives à l'époque où vivait l'artiste.
1er SUJET.—Hauteur, 3 P. 4 p°.—Largeur, 3 P. 6 p°. 6 lig. 2e SUJET,—Hauteur, 1 P, 2 p°.—Largeur, 3 P. 6 p°.
PLANCHE XLIV.
La première peinture paraît offrir un vestibule; le caprice y règne comme dans les précédentes, et n'exclut pas un certain agrément. Les colonnes à chapiteaux ioniques, mais sans bases, portent la couverture et une corniche que l'ornement presque en triglyphe et les modillons rapprochent du dorique. La lionne ou panthère, le disque d'argent auquel sont suspendus des festons entrelacés de rubans rouges, le tableau au-dessus de l'édifice représentant une marine, sont clés ornemens disposés pour la grâce et l'effet pittoresque.
Dans le premier tableau (pl. 50 de l'édit. royale) qui est au-dessous, on voit Osiris ou quelqu'un de ses prêtres avec un masque à tête d'épervier, surmontée de la fleur mystérieuse du lotus; il porte une lance (hasta); vis-à-vis est un prêtre d'Isis avec une longue barbe et tenant en main un serpent; ce symbole, bien connu d'Isis, a rapport la faculté de guérir, attribuée à cette divinité universelle; au milieu est un autel avec le vase de l'eau du Nil, autre emblème propre à la même déesse.
La peinture qui fait pendant représente aussi Osiris et Isis. Le premier a une longue barbe; chacune de ces divinités porte une lance, et de l'autre main quelque chose de difficile à distinguer, probablement le tau ou la clef des digues, symbole du débordement annuel du Nil qu'on croyait dû à Isis et à Osiris; au milieu on voit une table sur laquelle est un oiseau qui semble s'élancer vers Isis; cet oiseau peut rappeler les fables égyptiennes qui faisaient mention de la métamorphose d'Isis en hirondelle; les vêtemens réticulaires sont les mêmes que ces divinités portent sur la table isiaque ou dans d'autres monumens.
1er SUJET.—Hauteur, 2 P. 2 lig.—Largeur, 2 P. 9 lig. 2e et 3e SUJETS—Hauteur, 1 P.—Largeur, 1 P. 2 lig.
PLANCHE XLV.
LE premier tableau représente un combat entre deux vaisseaux de guerre; un autre, chargé de gens armés, paraît s'éloigner, tandis qu'un quatrième, brisé contre un rocher et dévoré par les flammes, est prêt disparaître, et ne montre plus que des débris. Parmi les flammes et les flots on distingue une femme; on en reconnaît d'autres sur le troisième vaisseau, ce qui n'a rien d'extraordinaire, puisqu'elles étaient reçues sur les vaisseaux de guerre. Dans la petite île s'élève une chapelle (Sacellum) avec une statue de Neptune; près de là est un guerrier, le casque en tête et armé d'une pique. Il paraît que ces vaisseaux sont des birêmes; on y distingue facilement les deux rangs de rames; le premier est évident, le second est visible aussi vers le bout des vaisseaux, où l'on aperçoit les rames dans leur largeur: on voit ici clairement que les rames ne composent pas un seul rang. Les boucliers suspendus aux vaisseaux étaient un ornement ordinaire de la marine militaire. La tour qui domine sur l'un des vaisseaux peut indiquer le vaisseau Prétorien, c'est-à-dire, celui que montait le commandant. Dans l'autre tableau sont peintes différentes espèces de poissons.
Chaque Sujet.—Hauteur, 1 P. 3 p°. 6 lig.—Largeur, 9 p°.
PLANCHE XLVI.
La variété des objets donne au premier de ces deux paysages beaucoup d'intérêt. Sur le rivage est un édifice, avec des arbres d'un côté, et de l'autre un pilastre qu'on pourrait prendre pour un phare, s'il avait plus de corps et de solidité. En mer sont quatre vaisseaux chargés d'équipages et de soldats. Trois ont sur les flancs une espèce de parapet sur lequel sont suspendus des boucliers; le quatrième est décoré d'une balustrade; le rameau de laurier planté sur la poupe indique vraisemblablement quelque victoire. Des figures humaines en forme de mascarons ornent les proues. L'autre rive offre un paysage agréable, orné de collines, de plaines, et de fabriques. Celle qui se fait remarquer par une longue colonnade pourrait être un prætorium ou château.
La seconde peinture (pl. 50 de l'édition royale) représente un édifice champêtre sur le bord du Nil. L'Égypte est évidemment indiquée par le crocodile et l'hippopotame, ainsi que par l'oie qui se rencontre fréquemment dans la table isiaque et dans les autres monumens égyptiens.
1er SUJET.—Hauteur, 1 P. 11 p-°—Largeur, 4 P. 2e SUJET.—Hauteur, 1 P. 2 p°.—Largeur, 3 P. 4 p°.
PLANCHE XLVII.
On a réuni ici les deux arbres avec les bandes qui occupent deux planches dans l'édition royale (pl. 48 et 49 ); au-dessus de chaque arbre est suspendu un bouclier d'or avec une tête de Méduse; du pied de l'un des chênes s'élève une Dryade armée d'une coignée, comme attribut de la nymphe gardienne de la forêt.
Le premier des petits tableaux qui sont au-dessous représente un petit temple égyptien auquel on arrive par cinq degrés. La porte est ornée d'un feston; on voit un buste dans la frise de l'architrave, et sur le faîte un serpent de bronze désignant peut-être le serpent d'Isis. Les degrés sont flanqués de deux bases longues sur lesquelles sont deux crocodiles également de bronze; à gauche du temple, dans une niche trés-élevée, est une Idole égyptienne; l'édifice qui fait suite paraît tenir au temple; et sur le cordon qui règne autour, siège Anubis en forme de chien, comme pour veiller à sa garde (latrator Anubis ). On remarque différens personnages et un groupe plein de naïveté; c'est un paysan conduisant un âne chargé de bouteilles, comme l'atteste la transparence de la liqueur rouge qu'elles contiennent, et qui s'efforce, en tirant l'animal par la queue, de le sauver de la gueule du crocodile.
L'autre peinture n'est pas moins intéressante; c'est une vue du Nil avec différens édifices, des tours et une espèce de moulin près d'une grande maison de campagne; sur le devant on remarque une conserve pour les eaux, défendue par une enceinte de palissades; au-dehors, une machine curieuse pour puiser de l'eau, et dont un homme, assis sous une grande tente, fait usage; plus loin, on voit un homme portant une lance et un bouclier, qui attaque un crocodile.
1er et 2e SUJETS.—Hauteur, 3 P.—Largeur, 1 P. 8 p°. 3e et 4e SUJETS.—Hauteur, 1 P. 2 p°.—Larg. 3 P. 4 p°.
PLANCHE XLVIII.
CETTE planche réunit quatre morceaux servant d'ornemens dans l'édition royale, aux pages ci-après citées. Le premier rond (pag. 174) offre un paysage avec deux colonnes de front qui soutiennent un architrave faisant ruines. Dans l'autre rond (p. 251) sur une base élevée, on voit une statue qui pourrait être une Leucothée; en mer est un vaisseau, et dans le lointain une maison de plaisance. Le troisième de forme longue (pag. 151) représente une maison de campagne magnifique, avec plusieurs personnages; sur une base s'élève une statue de Neptune: Dans le quatrième (page 143) on voit une tour quarrée avec des fenêtres; un édifice somptueux soutenu dans l'eau sur des arcades; l'horizon, d'autres fabriques, parmi lesquelles on distingue une pyramide qui pourrait être un tombeau. On remarque dans cette peinture les deux figures portant des culottes, pièce de vêtement qu'on n'avait pas vu paraître jusqu'ici sur des monumens d'une date aussi ancienne, qui répond au règne de Titus, ou même qui le devance. La colonne Trajane en offre d'autres exemples; cependant, les auteurs de l'âge d'Auguste font déjà mention des campestria, espèce de culottes, et ils en supposent l'usage bien plus ancien.
1er et 2e SUJETS.—Diamètre, 1 P. 3e et 4e SUJETS.—Hauteur, 10 p°. 3 lig;—Largeur, 2 P. 2 p°.
FIN DU PREMIER VOLUME