The Project Gutenberg eBook of Antiquités d'Herculanum, Tome IV. Bronzes
Title: Antiquités d'Herculanum, Tome IV. Bronzes
Author: Tommaso Piroli
Release date: December 5, 2005 [eBook #17234]
Most recently updated: January 26, 2021
Language: French
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Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
ANTIQUITÉS D'HERCULANUM.
GRAVÉES
PAR TH. PIROLI
AVEC
UNE EXPLICATION PAR S.-PH. CHAUDÉ;
ET PUBLIÉES
PAR F. ET P. PIRANESI, FRÈRES.
TOME IV.
BRONZES
À PARIS
CHEZ:
PIRANESI, Frères, place du Tribunat, n°. 1354;
LEBLANC, Imprimeur-Libraire, place et maison
Abbatiale St.-Germain-des-Prés, n°. 1121.
AN XIII. = 1805.
AVERTISSEMENT.
Nous suivons, dans cette Édition, la classification adoptée par les Académiciens d'Herculanum. La peinture a occupé trois volumes; deux volumes renfermeront ce que la Statuaire a vu ressusciter des fouilles de la Campanie, c'est-à-dire, les Bronzes, Bas-reliefs, Bustes et Statues; car, selon Pline, cette dénomination s'applique particulièrement à l'art de jeter en bronze, et les productions du ciseau appartiennent à la sculpture. La rareté des bronzes a fait compter pour une richesse précieuse, ceux qui ont été recueillis dans ces villes antiques et souterraines. Si l'on trouve dans ces ouvrages moins de recherche que dans les productions du pinceau, ils offrent peut-être plus de finesse, plus de sentiment, un goût plus épuré, et surtout à un degré plus sensible, cette vive empreinte qui décèle le génie et la science profonde de l'artiste. Cette collection se rend également intéressante, sous le rapport de l'art et de l'histoire civile et religieuse.
Pour ne point interrompre la suite des Bustes et des Statues, nous les ferons précéder de quelques Bas-reliefs, qui ne sont point en assez grand nombre pour former une série particulière: les Bas-reliefs avec les Bustes formeront le premier volume; le second renfermera les Statues.
PLANCHE I.
(P. 257, t. V de l'Edition royale.)
Tout concourt à donner un grand prix à ce bas-relief; la matière, le travail, la variété des objets, la beauté de la composition, l'expression des figures et le choix du sujet. La plaque est d'argent, en forme de bouclier, avec un crochet au revers pour la suspendre: c'était sur des boucliers semblables que les anciens faisaient représenter les images et les actions de leurs ancêtres. La mort de Cléopâtre parait faire le sujet de cette composition, toute pittoresque. Cette reine infortunée, dont la beauté n'a pu désarmer son vainqueur, a fait couler la mort dans ses veines. Ses derniers soupirs sont encore pour l'amant qu'elle a perdu; assise, affaissée par l'effet du poison, la tête penchée sur l'épaule, les yeux mourans, elle expire dans les bras de l'une de ses fidelles esclaves; c'est Carmione, la plus âgée, elle qui prit soin de l'étendre sur le lit royal, parée d'habits somptueux, et qui la suivit chez les morts après avoir rempli ces derniers devoirs. Debout, considérant sa maîtresse dans l'attitude de la douleur, est la jeune Irais, qui la suivit la première. Un Amour, accablé de tristesse, est appuyé sur les genoux de la reine, et déplore sa fin malheureuse. C'est ainsi que nous avons vu ce même Dieu pleurant l'infortune d'Ariadne (Peint. t. II, pl. XV) et éteignant son flambeau devant Narcisse (Id. t. III, pl. XLVI et XLVII). Aux pieds de Cléopâtre est le panier de figues renversé, sensible allusion au récit de Plutarque. Les accessoires représentent l'intérieur d'un appartement; c'est ce que désignent le lit, dont on voit une partie, la draperie tendue (aulœa) et la petite statue élevée sur une colonne tronquée. La pomme, le vase, la guirlande de myrte et les deux colombes, désignent clairement Vénus dans cette image. Malgré l'heureuse application que l'on peut faire à la mort de Cléopâtre, de plusieurs traits de notre bas-relief, l'explication n'en est pas pleinement satisfaisante; M. Visconti pense que ce sujet appartient à la Mythologie; la figure allégorique de l'Amour ou de Cupidon, ne paraît pas convenir une histoire; la statue de Vénus et l'offrande des colombes, ne paraissent pas convenir à celle de Cléopâtre: il croit donc que le sujet est Phèdre avec la nourrice, comme sur plusieurs bas-reliefs où l'on voit de même la figure de Cupidon; ses offrandes n'ont pu lui rendre Vénus favorable, et le panier renversé indique qu'elle veut se laisser mourir de faim.
Diamètre, 5 pouces 8 lignes.
PLANCHE II.
(P. 261, t. V de l'Edition royale.)
Ce bas-relief, sur une lame d'argent, est d'un bon travail; on y voit un Satyre aux longues cornes, ceint de la nébride, faisant une offrande devant un Hermès, posé sur un autel rustique. Il est assis, attitude qui convient à une cérémonie religieuse, et joue d'une lyre à sept cordes: quoiqu'il soit rare de voir les Satyres avec la lyre, on les retrouve cependant dans plusieurs monumens, avec cet instrument qui n'est point étranger aux suivans de Bacchus. L'Hermès barbu, et ayant les cheveux roulés autour de la tête, pourrait représenter Bacchus Indien; mais l'objet du sacrifice semble désigner une divinité champêtre d'un ordre inférieur, peut-être Sylvain, souvent représenté sous la forme d'un Hermès. L'autel est ceint d'une guirlande; contre l'arbre est posé un pedum, ou plutôt le bâton de chasseur, dit lagobolos parce qu'il servait à assommer les lièvres; sur l'autel est une coupe, qu'on peut supposer pleine de lait; aux branches de l'arbre est suspendue une peau d'animal, dont les oreilles allongées semblent être celles d'un lièvre; on voit encore sur la pierre où le Satyre est assis, la peau d'un animal sauvage, tel qu'un tigre ou une panthère. Ce Satyre paraît donc offrir à la divinité un sacrifice en reconnaissance d'une heureuse chasse, et de la fécondité des troupeaux.
Il paraît probable que ces petits bas-reliefs en argent, et quelquefois en bronze, de forme ronde, ont servi de fonds à des miroirs métalliques. Le Musée Napoléon en possède un en bronze doré, trouvé dans un tombeau, avec le miroir rond métallique.
Trouvé à Portici, et gravé de la grandeur de l'original.
PLANCHE III.
(P. 263, t. V de l'Edition royale.)
Ces trois Fortunes, relevées en bosse sur argent, sont parfaitement semblables entre elles, et ont les mêmes attributs. Cette réunion des trois figures rappelle qu'il y avait à Rome un temple aux trois Destinées (tria fata) qu'on révérait, comme on faisait trois Parques et trois Grâces, divinités qui se confondent dans l'antiquité reculée. Le boisseau sur la tête de la Fortune, comme sur celles d'Isis et de Sérapis, est l'emblême de l'abondance; cet emblême se retrouve encore avec plus d'extension dans la corne d'Amalthée. Le timon désigne la part que prend la Fortune dans le gouvernement des empires et des affaires humaines; le croissant et l'étoile expriment sa domination sur tout l'univers, et peut-être ces signes, qui accompagnent presque toujours la déesse, expriment-ils l'opinion de quelques philosophes, qui attribuaient à l'influence des corps célestes, et surtout de la lune, tous les événemens heureux et malheureux. Chaque figure est encâdrée dans le frontispice d'un petit temple; dans le fronton de celui du milieu, on voit une partie du Capricorne, signe qui se retrouve dans les médailles comme horoscope, avec les autres emblêmes de la fortune d'Auguste, et qui semblerait désigner ici particulièrement la fortune de ce prince.
Trouvées à Civita, et gravées de la grandeur de l'original.
PLANCHE IV.
(P. 264, t. V de l'Edition royale.)
Ce petit bronze, d'un travail délicat, est plaqué d'argent dans les reliefs; il représente Esculape avec sa fille Hygie ou Salus, déesse de la santé. On reconnaît facilement le dieu à sa barbe, à ses cheveux, et a la verge entourée d'un serpent. Sa compagne porte pour attribut la tasse sacrée, d'où l'on voit sortir un serpent, particularité qui donne beaucoup de prix à ce petit monument. La déesse tient aussi dans sa main une petite branche qui n'a point été observée par les Académiciens d'Herculanum, et que l'on peut croire être la panacée. Les figures posent sur un autel, et sont encâdrées par un ornement de feuilles de laurier et de festons. Le laurier était consacré aux trois divinités qui présidaient à la médecine, Esculape, Hygie et Telesphore: on attribuait aux feuilles de cet arbre une vertu extraordinaire; on l'employait dans les triomphes pour purifier les soldats du sang versé dans les combats; on s'en servait dans les lustrations; on disait de celui qui était rassuré contre les dangers, qu'il portait un bâton de laurier. Dans les Hiéroglyphes, le symbole d'une guérison miraculeuse était une colombe qui tenait dans son bec une branche de laurier. L'usage de consacrer des tablettes de métal et de marbre pour solution d'un vœu à une divinité dont on croyait avoir obtenu quelque grace ou faveur, était très-répandu, et l'on peut regarder celle-ci comme l'une de ces représentations votives. Trouvé à Portici, et gravé de la grandeur de l'original.
PLANCHE V.
(Préface de l'Edition originale, page 37.)
La main votive dont nous donnons ici la figure sous un double aspect, se rend, par la multiplicité des symboles, plus curieuse que celles déjà connues. Comme dans les autres, les trois premiers doigts sont ouverts, et les deux derniers fermés. On remarque près de la base, dans une cavité, une femme avec un petit enfant; il semble que le sujet du vœu soit exprimé par ces figures, et qu'il se rapporte à un heureux accouchement. L'homme assis, les pieds posés sur une tête de bélier, tenant élevé l'index de chaque main, revêtu du costume phrygien ou persan, habit que les anciens ont donné, par convention, à tous les Orientaux, paraît être ici, sous la figure d'un ministre ou d'un prophête, le symbole du culte mithriaque. Le serpent, la grenouille, le lézard, la balance, la fleur, le fouet, le tympanum, le sistre, les cymbales, etc. font allusion aux Divinités révérées par l'auteur de l'offrande, ou à sa croyance religieuse, Il serait difficile de tirer un sens clair et précis de ces sortes d'énigmes, qui, peut-être, n'en avaient pas un bien formé pour ceux même qui les inventaient; on peut les regarder comme les rêves d'esprits blessés par la superstition, ou exaltés par une pieuse reconnaissance, qui voulaient remercier ou appaiser tous les Dieux qu'ils avaient implorés, ou dont ils craignaient le courroux. Aussi n'a-t-on réuni, dans l'explication de ces sortes de monumens, que des conjectures qui semblent se combattre comme les idées superstitieuses qui les ont produits. Le lecteur curieux pourra recourir aux auteurs qui en ont parlé; Lorenzo Pignorio, Tommassini, Delachausse, Gori, Montfaucon, Caylus, etc. Les Antiquaires donnent à ces mains votives le nom de Mains de bronze ou de Mains Panthées, c'est-à-dire, consacrées à tous les Dieux.
Celle-ci fut trouvée dans les fouilles de Résine, en 1746.
Hauteur, 6 pouces.
PLANCHE VI.
(P. 1re, t. V de l'Edition royale.)
Chez tous les peuples, nous voyons la religion s'envelopper de mystères; parmi les anciens Grecs et Romains, l'idée d'un Être suprême, seul moteur de toutes les causes et régulateur de l'univers, était, pour ainsi-dire, le secret des philosophes, et cette grande vérité paraissait trop sublime pour être communiquée au vulgaire grossier, dont la superstition se nourrissait de toutes les erreurs du polythéisme. On en retrouve les traces plus ou moins développées dans leurs écrits; mais c'est sur-tout dans les monumens que les opinions religieuses se cachent sous les symboles. Le bronze que nous avons sous les yeux, semblerait appartenir à ces sortes de monumens mystérieux; il représente un Croissant, surmonté de deux petits bustes, avec l'aigle portant la foudre au milieu; cet aigle annonce, dans les médailles et dans les pierres gravées, la présence invisible du grand Jupiter. La tête de Diane, de Proserpine ou d'Isis au milieu du croissant, annonce la puissance de la Divinité manifestée dans cet astre. Ici le symbole de Jupiter semble le montrer comme le régulateur des temps figurés dans les têtes du Soleil et de la Lune, qui, en séparant le jour et la nuit, forment le mois exprimé par le croissant. Les mutations constantes de la Lune ont été les premières observées, et le cours de cet astre est la mesure la plus sensible et la plus antique qui ait servi à diviser l'année. «Le mouvement perpétuel du Soleil, dit le poète Aristide (Hym. in Jov. p. 13) au-dessus et au-dessous de la terre, est le commandement donné par Jupiter au Soleil, d'éclairer tout le monde; et les cours de la Lune et les révolutions de toutes les étoiles, sont une disposition de Jupiter». Ce passage s'applique merveilleusement à notre bronze, et pourrait aussi aider à l'explication d'autres monumens, où l'on voit la tête même de Jupiter avec le croissant. C'est aussi comme régulateur des jours et des nuits, que Jupiter recevait chez les Romains le nom de Lucetius et de Diespiter (Diei pater); cependant, en adoptant une explication plus simple, et qui a été appliquée avec autorité des monumens du même genre, on pourrait voir, dans notre bronze, l'apothéose de deux personnages révérés, ou un hommage votif pour la naissance de deux jumeaux, ou peut-être encore le symbole de Jupiter, d'Hécate, ou de Castor et Pollux.
Sur la même planche, on voit un buste de Pallas, avec le casque et l'égide, et une femme aîlée qui peut représenter une Victoire.
PLANCHE VII.
( P. 2 et 3, t. V de l'Edition royale.)
Le premier de ces quatre bustes appartient Jupiter. On reconnaît le père et le maître des Dieux, à son épaisse chevelure, à sa barbe touffue, au diadême qu'il porte, et mieux encore à ce visage majestueux, conforme à l'idée qu'en ont laissée les poètes et les anciens artistes. Ce bronze ressemble au fameux buste du capitole, et nous ferons remarquer ici, d'après l'observation du savant éditeur de ce Musée (Mus. cap. t. II), quel soin, quelle exactitude apportaient les anciens, non-seulement à retracer les véritables images des hommes illustres, mais encore à conserver dans les têtes de leurs Dieux et des héros, une ressemblance souvent idéale, mais consacrée par la description des poètes, ou par les premières images que l'art avait produites. Il y avait, dans cette attention, un certain principe de religion qui conserva long-temps ce sentiment du vrai beau, d'où l'esprit de l'homme, après l'avoir trouvé, ne tend que trop, par l'effet de son inconstance naturelle, à s'écarter; on connaît ce passage d'Homère (Il. a. v. 528): «Le fils de Saturne abaissa ses noirs sourcils, les cheveux vénérables du roi s'agitèrent sur sa tête immortelle, et il fit trembler le vaste olympe». C'est d'après cette description, a remarqué un ancien, qu'Euphranor forma, avec son pinceau, l'image de Jupiter, et que Phidias la jeta en bronze. «Nous connaissons la face des Dieux, dit Cicéron (de N. D. I. 30), comme l'ont voulu les peintres et les modeleurs, et non-seulement leur visage, mais encore leurs ornemens, leur âge, leurs vêtemens; ainsi l'on peut dire que Jupiter est barbu, qu'Apollon est imberbe, que Minerve a les yeux bleus, et Neptune, verdâtres». Des idées ainsi consacrées s'établissent, avec le temps, comme la vérité même.
Le second buste est celui de Junon, qu'on reconnaît à sa couronne radiée, et au voile qui couvre sa poitrine.
Dans le troisième, on voit un Hercule, distingué par la couronne de peuplier, attachée avec une bandelette ou diadême, sorte de consécration, et dont les traits se rapportent aux portraits connus.
Dans le quatrième, est figurée une Diane, dont les cheveux tressés sans ornement étranger, viennent former sur sa tête deux crochets allusifs au croissant; elle porte le carquois et une peau de chèvre ou l'égide.
FIG. supérieure.—Hauteur, environ 3 p°. 4 lig.
FIG. inférieure.—Hauteur, environ 4 p°.
PLANCHE VIII.
(P. 3 et 4, t. V de l'Edition royale.)
Il serait difficile de fixer le caractère de ce premier buste; c'est un fragment d'une statue entière. La coiffe et le diadême peuvent désigner une Junon, une Vesta ou une Diane. Le buste casqué représente le dieu Mars sans barbe, comme ce Dieu est représenté le plus souvent. Le troisième buste représente un suivant de Bacchus, couronné de feuilles de lierre et de corymbes; sa barbe épaisse, la nébride qu'il porte en écharpe, et son âge, qui est celui de la vigueur, indiquent un Faune ou Satyre d'un âge mûr: les Grecs les appelaient du nom commun de Silènes. La figure du quatrième buste est moins équivoque; elle appartient à Silène, le nourricier de Bacchus; le front chauve, l'enfoncement du front à la naissance du nez, l'enchâssement exhorbitant de la prunelle, sa barbe descendant en touffes régulières et longues, tous ces traits sont dans le caractère; la bandelette lui convient aussi, comme prêtre et ministre de Bacchus: tel était le Silène que Bacchus enfant lutinait dans ses jeux. Le Dieu arrache, en badinant, les poils qui hérissent la poitrine de Silène, ou lui pince ses oreilles pointues; il lui claque sa tête chauve et son court menton, et de son pouce délicat lui presse ses narines de singe (Nemesianus, Ecl. III, 31).
PLANCHE IX.
(P. 5 et 6, t. V de l'Edition royale.)
Au premier coup-d'œil, on croirait reconnaître un Faune dans ce buste; mais, avec un peu d'attention, on remarquera que, dans cette nature mixte, tout ce gui n'appartient point à la nature humaine a un rapport évident avec les formes d'un taureau, et nullement avec celles d'un chevreau ou d'un bouc. Une expression divine, quoique féroce, répandue sur cette figure, et tous les traits qui la caractérisent, doivent s'appliquer à Bacchus lui-même. Mais alors c'est Bacchus Sabazius, le fils de Jupiter et de Proserpine, proprement dit Zagreus, ce Bacchus tué par les Titans, et qui cependant reparut depuis sous différentes formes. Ce n'est plus ce Bacchus dont la beauté est celle d'une tendre Vierge; c'est celui dont Athénée a conservé le portrait (II, 1, p. 35) «adolescent, indompté, ayant l'aspect d'un taureau; jeune et non jeune». Euripide voulant représenter Bacchus courroucé, le fait aussi paraître avec la figure d'un taureau; c'est le caractère qu'on peut saisir dans le regard, dans les lèvres épaisses, dans les traits ramassés, dans la touffe de poil naissante sur le front et dans l'oreille extraordinaire de la figure. Les cornes et le serpent appartiennent particulièrement à ce Dieu, qui semble offrir le symbole d'une ivresse immodérée et furieuse.
Les formes grasses et potelées, les cheveux longs du second buste, semblent désigner une femme; le caractère de la figure appartient à l'espèce des Faunes; la couronne de lierre avec les corymbes la classe évidemment parmi les suivans de Bacchus; la grenade qu'elle porte à la main rend ce bronze rare et précieux. Quoique ce fruit soit compté au nombre des objets contenus dans la ciste mystique, il n'a point encore été remarqué sur aucun des monumens relatifs aux mystères. Suivant un ancien Mythe, la grenade naquit du sang de Bacchus Zagréus, mis en pièces par les Titans, et il était défendu d'en manger les fruits dans les fêtes de Cérès.
CHAQUE BUSTE.—Hauteur, 7 p°. 9 lig.
PLANCHE X.
(P. 7, t. V de l'Edition royale.)
L'expression riante et animée de cette figure, et ses attributs, appartiennent clairement à Bacchus; ses cheveux touffus sont tressés avec des branches de lierre garnies de corymbes, et un large diadême dont les bandes retombant par devant, semblent en faire partie; le bras resserré dans l'une de ces bandes, peut être l'emblême de l'enchaînement des forces par l'ivresse. Mais ce que cette figure a plus de remarquable, ce sont les aîles qu'on lui voit très-rarement. «Les Amycléens, dit Pausanias (III, 19) adoraient spécialement Bacchus, auquel ils donnaient, autant qu'il me semble, le surnom de Psylas; les Doriens appellent les aîles de ce nom Psylas, le vin soulève les hommes et rend l'esprit léger, comme les aîles portent les oiseaux». Ce passage qu'on a cité en faveur de ce bronze, donne plutôt l'explication du sens moral que peuvent offrir à l'esprit les aîles ajoutées à Bacchus, comme symboles, qu'il ne prouve que le Dieu ait été adoré sous la forme aîlée; nous remarquerons seulement que ces figures aîlées doivent, en général, être plutôt considérées comme les génies des Dieux, que comme les divinités mêmes. Parmi les génies de Bacchus, l'ancienne Mythologie a fait une mention distinguée d'Acratus: son nom signifie Merum, ou le vin sans mélange d'eau; c'est le génie de l'ivresse.
Hauteur, 10 p°.
PLANCHE XI.
(P. 8, t. V de l'Edition royale.)
Le diadême, les corymbes de lierre, le voile qui couvrent la tête de cette figure, indiquent, selon les Académiciens d'Herculanum, un prêtre de Bacchus; les prêtres sacrifiaient aux dieux la tête voilée, usage venu à Rome de la Phrygie. Les ministres du culte affectaient aussi dans leur costume d'imiter leurs divinités, et cette coiffure, mitra, dont Bacchus était l'inventeur, lui avait fait donner le surnom de mitrophore; le geste expressif de l'index élevé, est, sans-doute, relatif aux mystères; on a cité à ce propos ce vers d'Orphée: «Jupiter, Pluton, le Soleil et Bacchus ne sont qu'un seul»: comme si tous ces Dieux se trouvaient réunis dans Bacchus. C'est pour cela qu'il a été considéré comme le Dieu universel, et qu'il a été appelé Panthée (Auson. ép. 29 et 30). Cependant les accessoires qui peuvent déterminer le caractère de ce buste, servent à M. Visconti pour appuyer une opinion différente; c'est Hercule, habillé en femme, à la cour d'Omphale, et célébrant, avec la reine de Lydie, les fêtes de Bacchus. La célèbre pierre gravée, du cabinet d'Orléans, où Hercule jeune paraît voilé jusqu'au menton, de la même manière, rend cette opinion presque démontrée.
Hauteur, 8 p°.
PLANCHE XII.
(P. 9 et 10, t. V de l'Edition royale.)
La figure du premier buste est couronnée de feuilles, de corymbes de lierre et de grappes de raisin; dans un pan de sa draperie, elle porte des raisins et des figues, et de la main droite elle penche un vase sur les fruits, comme si elle les arrosait. L'expression gracieuse et délicate de la tête, la jeunesse dont elle brille, conviennent à Bacchus, qui partage avec Apollon le don d'une beauté toujours nouvelle; mais les fibules qui attachent la draperie sur les bras, portent à croire que c'est une nymphe, l'une des nourrices ou compagnes du Dieu, et qui tempère sagement la force de ces fruits par le mélange de l'eau; ce mélange était sacré chez les peuples polis de la Grèce; il n'appartenait qu'aux barbares de boire le vin pur, et c'est ce qu'Anacréon appelle boire à la scythique. De-là, peut-être, cette différence du Bacchus sauvage et furieux dont nous avons parlé précédemment (pl. IX), et du Bacchus vainqueur et législateur des peuples de l'Orient, portant dans sa beauté immortelle le caractère d'une divinité bienfaisante. La proportion du mélange était ordinairement de trois parties d'eau sur deux de vin, et les plus sobres suivaient celle de cinq à deux.
Le style du second buste peut le faire croire de travail étrusque, ou, pour s'exprimer avec plus de justesse, d'ancien style grec; les lignes droites, l'adhérence des membres au corps qui en font le caractère, attestent la jeunesse de l'art; les Etrusques reçurent, à une époque très-reculée, les arts de la Grèce, ils conservèrent long-temps, avec une espèce de religion, ce même style, sans le changer ni l'améliorer. Comme imitateurs, ils eurent dans l'exécution quelque chose de plus lourd, et qui distingue encore aux yeux exercés, leurs ouvrages de ceux de leurs premiers maîtres. La figure est une Pomone, qu'on reconnaît aux différens fruits qu'elle porte dans son giron; elle est coiffée d'un voile, posé sur une élévation formée par les cheveux sur le front. C'est cette élévation qu'on nomme tutulus, et qui se rencontre souvent dans les figures dites étrusques. Le collier, orné de bulles, est aussi un ornement étrusque; ce collier et les yeux sont en argent.
CHAQUE BUSTE.—Hauteur, 6 p°.
PLANCHE XIII.
(P. 11, 12, t. V de l'Edition royale.)
Ce buste précieux porte le nom du personnage célèbre qu'il représente, du prince des orateurs. Démosthène naquit à Athènes, environ trois siècles avant celui d'Auguste. L'amour de la patrie arma son éloquence contre les rois de Macédoine. Après une vie agitée, forcé, par la fureur d'Antipâtre, de chercher un asyle dans une terre étrangère, il n'en trouva plus que dans la mort même, et prit du poison dans l'île de Calaurie, l'an III de la 114e olympiade (le 16 octobre, 122 ans avant l'ère chrétienne). «Voilà, dit Pausanias (l. VIII) où cet amour extrême de Démosthène pour les Athéniens, le conduisit; et il me semble qu'on a dit avec raison, qu'un homme trop dévoué à l'intérêt public, et qui se fie trop à la faveur populaire, meurt bien rarement tranquille». Ce buste fut découvert, en 1753, dans les fouilles de Résine, dans le même édifice où l'on trouva les Papyrus et la plus grande partie des bustes. A cette époque, on ne connaissait point de portrait authentique du célèbre orateur. Un marbre trouvé à Tarragon, cité par Fabri (Ill. imag. n°. 55) et par Bellori (Ill. rhét. n°. 79), portait le nom de Démosthène; mais la jeunesse et la privation de la barbe semblaient indiquer, dans cette tête, un autre Démosthène, peut-être le fils d'Alcisthène, capitaine des Athéniens, commandant une flotte au siége de Syracuse, où il perdit la vie, selon Thucydide (l. III, p. 9l) et autres historiens. On a remarqué que, dans l'inscription, la forme de l'epsilon et du sigma répondait à celle du temps d'Auguste. Si ce n'est point un signe assez certain pour fixer l'âge de ce bronze, l'excellence du travail ne l'en place pas moins aux beaux temps de l'art.
Hauteur, 6 p°. 3 lig.
PLANCHE XIV.
(P. 13, 14, t. V de l'Edition royale.)
La ressemblance qu'on saisit entre ce buste et le précédent, peut y faire reconnaître le même personnage, Démosthène. Plus grand, mieux conservé, on remarque dans les traits plus de jeunesse et une expression plus vive; mais, dans tous les deux, on trouve ce trait caractéristique qui rappelle cette difficulté dans l'articulation, vaincue par la constance de l'orateur, la lèvre inférieure très-mince, et comme attachée aux dents. Plutarque, dans la vie de Démosthène (l. II, p. 847) fait mention de deux statues, qu'on voyait à Athènes en deux lieux différens. On lisait au bas de la statue de bronze, cette inscription, posée par les Athéniens: «Si la valeur de Démosthène eût égalé son éloquence, la Grèce ne serait point encore vaincue ni asservie au Macédonien. Sa statue, ajoute-t-il, est placée près le Perischœnasma (ou enceinte de cordes) à l'autel des douze Dieux: c'est l'ouvrage de Polyeucte. Par la suite, et après sa mort, les Athéniens lui érigèrent une statue dans le Forum, sous l'archonte Gorgias». On pourrait croire que, entre ces deux statues, il existait la même différence que l'on remarque dans nos deux bustes. Dans le premier, Démosthène est calme et serein, tel sans-doute qu'il parut après avoir pris le poison, ainsi que le décrit Lucien, intrépide et riant. Dans celui-ci, c'est l'orateur foudroyant, tel que le peint une épigramme de l'Anthologie (V. 3.) d'après une statue de bronze: «Mais il n'était point tranquille; enveloppé dans de grandes pensées, il roulait dans son esprit de profonds desseins; tel il s'élevait en fureur contre les Macédoniens. Certes, cette image morte semblait lancer de ses lèvres les paroles ardentes; mais l'art l'en empêchait, l'art qui l'avait enchaîné dans le bronze le forçait à se taire».
Hauteur, 11 p°.
PLANCHE XV.
(P. 15, 16 de l'Edition royale.)
Le nom de Zénon se fait lire sur la base de ce buste; mais l'inscription ne suffit pas pour désigner clairement le personnage. Diogène Laërce nomme huit Zénon; d'autres en comptent jusqu'à quinze. Les plus célèbres sont Zénon d'Elée et Zénon de Cittium, petite ville de l'île de Chypre; le premier dialecticien subtil passe pour fils ou pour disciple de Parménide, et pour maître de Périclès; en parlant de ce philosophe, Platon dit qu'il était de l'âge d'environ quarante ans, d'une taille élevée, et d'une figure agréable. Le second, chef et fondateur de la secte des Stoïciens, était, suivant le portrait qu'en donne Laërce (liv. VII) petit, très-brun, faible, délicat et maigre, ayant les jambes grosses, et le cou penché d'un côté; du reste, l'air sombre, dur et amer. Les Athéniens, l'honorèrent pour son savoir et sa probité; ils lui confiaient la garde des clés de la ville; ils lui décernèrent une couronne d'or et une statue de bronze. Ses compatriotes lui rendirent le même honneur, pensant que l'image d'un tel homme était l'ornement de leur cité; et cette statue, respectée par Caton, seule, ne fut point vendue dans la confiscation du royaume de Chypre (D. Laërce, VII, 6, Pline, XXXIV, 8.) Zénon de Cittium ne commença à s'appliquer la philosophie qu'à l'âge de trente ans, il suivit pendant plus de vingt ans Cratès, Stilpon et Xénocrate; il est probable qu'il était sexagénaire quand il ouvrit son école au portique. Il mourut âgé de 98 ans; d'où il suit que ses portraits doivent porter l'empreinte d'une vieillesse très-avancée. Il ne paraît point que notre bronze réponde à l'idée qu'on doit se faire de ces deux personnages; les monumens connus sous le nom de Zénon, n'offrent pas de point de comparaison assez frappant, pour fixer ici l'incertitude. Trouvé dans la maison d'un Epicurien, ce buste semblerait être celui de l'un des Zénon de cette secte. L'un des plus illustres philosophes qui lui appartinrent, fut Zénon le Sidonien, le huitième nommé par Laërce (VII, 35) disciple d'Apollodore; il se distingua par la clarté de ses pensées et de ses discours, et laissa beaucoup d'écrits (id. X, 25). Cicéron parle aussi d'un Zénon qu'il entendait souvent à Athènes, «Notre Philon, dit-il, avait coutume de l'appeler le coryphée des Epicuriens (De N. D. I. 21)». On sait que l'école d'Épicure était suivie des personnages les plus distingués du siècle d'Auguste; et les sectateurs se faisaient, sans-doute, un honneur de posséder les images de leurs maîtres.
Hauteur, 6 p°. 3 lig.
PLANCHE XVI.
(P. 17, 18, t. V de l'Edition royale.)
Le successeur d'Épicure, Hermarque, revit dans ce buste précieux; nous y trouvons non-seulement les traits de cet illustre philosophe, mais encore son véritable nom, qui paraît avoir été altéré par les auteurs grecs et latins, qui, en le nommant, ont supprimé la lettre r. L'inscription du bronze fait une autorité victorieusement confirmée par un Papyrus trouvé dans le même lieu, et dans lequel on lit le nom du philosophe écrit de la même manière. Diogène Laërce a conservé le testament d'Épicure, qui légua à son ami son jardin, ses livres et son école.... «A condition, dit-il, qu'ils assigneront (il parle de ses héritiers) le jardin et tout ce qui en dépend, à Hermaque (on trouve par-tout le nom ainsi altéré), fils d'Agemarque de Mytilène, et à ceux qui, avec lui, s'appliquent la philosophie, et à ceux qu'Hermaque laissera pour successeurs dans la philosophie, afin qu'ils s'y exercent à la philosophie...; de plus, qu'Aminomaque et Timocrate (ses héritiers) donneront la maison située à Mélite (quartier d'Athènes) pour habitation, à Hermaque et à ses compagnons dans la philosophie, tant qu'Hermaque vivra...; qu'ils donneront tous nos livres à Hermaque...; qu'ils partageront tous les revenus avec Hermaque, afin que tout se fasse avec le conseil du même Hermaque, qui a vieilli avec nous dans la philosophie, et qui a été laissé par nous pour chef et maître de tous ceux qui philosophaient avec nous». Voilà, sans-doute, un bel éloge de la vie, du savoir et du caractère de notre Hermarque. Laërce dit ailleurs (l. X, 13.): «Il était fils d'un père pauvre, et, dans le principe, il s'était appliqué à l'art oratoire. On a de lui ces beaux ouvrages: vingt-deux lettres d'Empedocle, un traité des Disciplines, un traité contre Platon, un autre contre Aristote. Il mourut de paralysie, et fut un homme vraîment illustre». Cicéron (de Finib. lib. III, p. 30) rapporte un lettre écrite Hermarque par Épicure, le jour même qu'il mourut; il lui recommanda les fils de Métrodore, en lui disant: «Comme il est digne de cette affection que tu as conçue dès l'enfance pour moi et pour la philosophie, etc.» Nous aimons à rapporter toutes ces preuves d'une longue amitié entre des hommes célèbres: une longue amitié est l'éloge le plus touchant qui suive leur mémoire.
Hauteur, 7 p°. 8 lignes.
PLANCHE XVII.
(P. 19, 20, t. V de l'Edition royale.)
La ressemblance parfaite de ce buste qui porte le nom d'Épicure, avec l'Hermès du Capitole, qu'on pouvait regarder comme le seul portrait connu de ce philosophe, fait une double autorité en faveur de ces monumens, et confirme les remarques judicieuses de l'auteur du musée Capitolin. (Voyez pl. V et XI, et pag. 14, t. I.) Peu de noms sont aussi fameux dans la philosophie, et il n'est point de secte qui ait eu d'aussi nombreux partisans dans l'antiquité. L'indulgence extrême des principes de son fondateur, ou, pour mieux dire, l'abus que les disciples firent des préceptes de leur maître, flatta le goût de la volupté, entraîna plus d'esprits que la sagesse qui les modérait, et appela l'animadversion des hommes sévères sur les Epicuriens. Subjugué par une indolence naturelle qui, peut-être, prenait sa source dans la faiblesse de son tempérament, Épicure se livra à une philosophie contemplative. Concevant la béatitude dans le plus parfait loisir, qui consiste à n'incommoder ni soi-même, ni les autres, il crut indigne de la majesté divine, de se mêler des affaires du monde; il abandonna tout au hasard. Les atômes formèrent l'univers par des combinaisons fortuites; les lois du mouvement et le poids intrinsèque de la matière qui avait tout formé, suffisaient également pour tout gouverner. Du reste, la vie et les mœurs d'Épicure et de ses partisans méritèrent des respects. Cicéron en fait lui-même un bel éloge (de Finib. II. 25.) en disant... «et de ce qu'il fut (Epicure) un excellent homme, de ce que plusieurs Épicuriens furent et sont aujourd'hui fidèles en amitié, constans dans toute la vie, graves, modérant leur conduite, non sur la volupté, mais sur le devoir; il me semble y reconnaître plus de principes d'honnêteté que de volupté. En effet, plusieurs vivent de manière, que leur vie réfute leurs discours; et comme on estime que les autres hommes parlent mieux qu'ils n'agissent, ceux-ci me semblent, au contraire, agir mieux qu'ils ne parlent». Ce célèbre philosophe naquit à Gargethe (contrée de l'Attique) l'an III de la 109e. olympiade, et mourut âgé de soixante-deux ans, la seconde année de la 127e. olympiade. Ses sectateurs célébraient sa fête au mois de janvier de chaque année, et faisaient un repas solennel, le 20 de chaque mois, en mémoire de Métrodore, ami d'Épicure, et d'Épicure lui-même, comme il l'avait prescrit par son testament.
Hauteur, 7 p.º 8 lig.
PLANCHE XVIII.
(P. 25, 26, t. V de l'Edition royale.)
Un marbre du Capitole portant le nom de Métrodore, offre assez de ressemblance avec ce buste, pour lui faire donner le même nom. Ce philosophe, né à Lampsaque, fut l'ami fidèle d'Épicure, et n'en fut séparé que par la mort, qui l'enleva sept ans auparavant, à l'âge de cinquante-trois ans: «Homme de bien en toutes choses, et qui ne se laissa point avilir devant l'adversité ni devant la mort même», il partagea les respects des Epicuriens avec leur fondateur. Épicure le voulut lui-même; et par son testament, après avoir assuré le sort des enfans de Métrodore, il ordonna que, le 20 de chaque mois, ses disciples honoreraient la mémoire de son ami avec la sienne; ce qui fut religieusement observé tant que dura la secte Épicurienne: preuve touchante d'une amitié profonde, legs généreux et unique par lequel un ami rappelle un ami, qui s'était éteint avant lui, à une succession inaliénable, à une portion de cette gloire qui fait le patrimoine des grands hommes dans la postérité. Métrodore aimait, et prit pour concubine ou pour femme, la courtisanne Léontium, disciple elle-même d'Epicure, célèbre par sa beauté, par l'élégance de ses mœurs, par son esprit, et par ses lettres contre Théophraste. Il mourut d'hydropisie, et s'il paraît ici plus jeune et plus sec que dans le marbre du Capitole (voyez Mus. Cap. tom. I. pl. 5.), on peut supposer que notre buste le représente avant sa maladie.
Trouvé à Résine, ainsi que les cinq qui précèdent, en 1753.
Hauteur, 6 p°. 10 lignes.
PLANCHE XIX.
(P. 27, 28, t. V de l'Edition royale.)
Des têtes attribuées à Platon, sur la foi de quelques inscriptions apocryphes, ont fait regarder comme des portraits de ce philosophe, des figures à longue barbe, avec les cheveux artistement arrangés, marques de mollesse qui paraissent à peine convenir aux plus efféminés des hommes. La même erreur a eu son application dans le bronze que nous avons sous les yeux. M. Visconti, dans son explication de la statue appelée le Sardanapale (Mus. Pio-Clem. t. II, pl. 41), a prouvé que toutes ces images représentent Bacchus pogon ou barbu. Cette opinion se fortifie par la comparaison des monumens; c'est ainsi qu'on retrouve dans le bas-relief, connu auparavant sous le nom du Festin de Trimalchion, le Bacchus Indien, parfaitement semblable au prétendu Sardanapale. D'autres figures antiques citées par l'éditeur du musée Pio-Clémentin, portent ces mêmes signes de mollesse, que les peuples de l'Orient attribuèrent au Dieu qui les soumit par les plaisirs. M. d'Hancarville (t. I, pl. 104) avait été du même avis, par rapport au bronze qui fait le sujet de cette planche, et qui, pour l'excellence de l'art, comme pour la finesse de l'exécution, est l'un des plus parfaits que les siècles aient respectés. L'inclinaison de la tête est un attribut divin qui, comme on sait, désigne les Dieux favorables, se penchant vers les mortels (respicientes). La bandelette qui sert à retenir plusieurs touffes de cheveux, est un ornement dont on voit rarement privées les têtes de Bacchus; c'est le diadême qu'il inventa, ou, si l'on veut, le credemnon, espèce de voile qui couvrait quelquefois toute la tête, et quelquefois se portait plissé ou roulé en forme de turban. On peut voir le rapprochement de plusieurs images du Bacchus barbu, dans les Monumens antiques du musée Napoléon, publiés par F. et P. PIRANESI, frères. Paris, 1804, t. II, pl. 3 et suiv.
Trouvé à Résine, en 1759
Hauteur, 2 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XX.
(P. 29, 30, t. V de l'Edition royale.)
On ne trouve à faire, dans les monumens connus, aucun rapprochement assez exact pour déterminer quel est ce personnage. Le seul rapport qu'on croyait y saisir était avec Architas de Tarente. Cette dénomination n'était appuyée que sur l'ajustement de la coiffure, qui paraissait ressembler à celle d'une tête que l'on voyait sur une médaille attribuée par Fulvius Ursinus à ce philosophe. Il a été prouvé postérieurement, que la tête représentée sur la médaille ne pouvait pas être le portrait d'Architas: d'ailleurs, nous observerons, en adoptant l'opinion de M. Visconti, que la coiffure en question, ou cette espèce de turban, ne se voit ordinairement que sur les têtes d'Esculape. Il a cru pouvoir en inférer que ce buste et le portrait en marbre du Capitole ayant la même coiffure, mais une physionomie bien différente, sont les portraits de quelques médecins célèbres. Ce bonnet leur a été donné comme à des personnes obligées de marcher malgré l'intempérie des saisons, et aux heures de la nuit, ayant, d'ailleurs, particulièrement soin de leur santé; par cette même raison, Galien a le bonnet sur la tête dans un médaillon de Commode, du cabinet impérial.
Hauteur, 1 pied 10 p°.