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Antiquités d'Herculanum, Tome IV. Bronzes cover

Antiquités d'Herculanum, Tome IV. Bronzes

Chapter 52: PLANCHE XLI.
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About This Book

The volume presents engraved plates and explanatory notes of bronzes, bas‑reliefs, busts, and small metal votive objects unearthed at Herculaneum, offering careful, plate‑by‑plate descriptions of composition, iconography, technique, and provenance; individual entries analyze scenes (for example a silver shield‑like relief interpreted as a dying queen or a mythological figure, a satyr making an offering, groups of three personifications of Fortune, and a compact image of Asclepius with Hygieia), discuss ritual and domestic contexts, and assess artistic attributes such as material, execution, and symbolism.


PLANCHE XXI.

(P. 31, 32, t. V de l'Edition royale.)

Le caractère sombre, farouche et méprisant de cette tête, est à-peu-près la seule autorité qui puisse la faire attribuer à Héraclite; cette expression, plutôt qu'une ressemblance marquée dans les traits, est le seul rapport que ce bronze ait avec les figures antiques que l'on croit, et non sans beaucoup d'incertitude, celles de ce personnage. Trouvé dans les fouilles de Résine, en 1723, dans un même lieu avec le buste de la planche suivante, qui lui servait de pendant, et qu'on a dit être un Démocrite, on peut encore déduire de cette opposition quelque vraisemblance, pour faire de celui-ci un Héraclite. Ce philosophe, fils de Blison d'Ephèse, florissait vers la 69e olympiade, et mourut d'hydropisie à l'âge de 60 ans (Laërce, X, 1 et 3). Il affecta d'écrire avec obscurité; ce qui lui fit donner le nom de Scoteinos, obscur, auquel Lucrèce (I, 640) fait allusion par ce jeu de mots, Clarus ob obscuram linguam. Son système se réduisait établir le feu pour principe de tout. Laërce le peint comme un homme altier, dédaigneux, atrabilaire «portant par-tout des yeux inquiets, prêt fuir à la moindre trace des pas humains»; une dureté inflexible semble avoir fait le fond de son caractère. Il jugeait tous ses compatriotes dignes de mort, pour avoir exilé Hermodore, son ami: on sait avec quel mépris il rejeta les prières des Ephésiens, qui lui demandaient des lois. Comment concilier une telle misanthropie avec ces sentimens de pitié et de compassion, partant d'une âme généreuse, qui l'auraient fait pleurer sur les folies des hommes! On ne doit voir, dans cette opinion, qu'une métaphore adoptée par le vulgaire, dont Lucien et Juvénal se sont emparés, comme d'une arme tranchante du ridicule; qu'une erreur déjà reçue par les peintres du temps de Sidonius Apollinaris, qui rapporte (l. IX, p. 9) qu'on peignait Héraclite les yeux fermés, à cause de ses pleurs continuels. Plutarque regarde ce récit comme une fable, et Bayle en démontre l'invraisemblance.

Hauteur, 2 pieds 9 lig.


PLANCHE XXII.

(P. 33, 34, t. V de l'Edition royale.)

Ce buste mis en opposition avec le précédent, pourrait, comme nous l'avons annoncé, représenter un Démocrite. Les artistes et les poètes satyriques ont pris plaisir à opposer un rieur au pleureur atrabilaire. Suivant Sidonius Apollinaris, déjà cité, on peignait Démocrite les lèvres ouvertes par le rire. Ce philosophe vraîment grand, d'un caractère gai et plaisant, fut regardé comme un fou par ses compatriotes, les Abdéritains, qui cependant l'aimaient beaucoup, et lui érigèrent des statues de bronze. On n'en connaît point d'images authentiques. La tête de Démocrite et celle d'Héraclite étaient des sujets de caprice, et pour ainsi-dire de convention, pour exprimer une opposition morale. Laërce rapporte que le philosophe d'Abdère vécut cent neuf ans; il paraît du-moins certain qu'il arriva à un âge très-avancé. Les statues érigées en l'honneur des hommes célèbres, après leur mort, portent le caractère du dernier âge du personnage. Les artistes se faisaient un devoir d'une fidélité scrupuleuse, et suivaient les premiers modèles, ou du-moins la tradition. La jeunesse de notre buste paraîtrait donc peu convenir à Démocrite. D'après cette remarque, on a cherché d'autres rapprochemens, et l'on a imaginé que la physionomie de ce buste pouvait se rapporter à Aristippe: si l'expression de gaîté qu'on y remarque ne répugne point au caractère de ce voluptueux philosophe, on doit considérer que les portraits attribués à ce dernier n'ont aucun degré d'authenticité; et nous croyons plus sage de demeurer dans l'incertitude, que d'adopter une opinion erronée.

Trouvé à Résine avec les deux précédens, en 1753.

Hauteur, 2 pieds 1 pouce 10 lig.


PLANCHE XXIII.

(P. 35, 36, t. V de l'Edition royale.)

L'extrême ressemblance de ce buste avec les têtes antiques, que l'on croit être celles de Sénèque, peut faire reconnaître ici cet illustre philosophe. On n'en connaît point de très-authentiques, et les Antiquaires n'ont guère eu pour comparaison que le portrait dont ils ont pris les traits dans ses écrits même, et dans ceux des auteurs qui en ont parlé. Cependant on a cité un médaillon du genre des Contorniates, qui portait le nom de Sénèque, avec une tête semblable à celle que nous examinons. On peut voir les rapprochemens donnés pour éclaircir la question, dans le musée Capitolin (t. II, p. 6). On a aussi élevé quelques doutes sur les têtes qui portaient la barbe, en raison de ce que Sénèque vivait à la cour, dans un temps où tout le monde se rasait; cependant la barbe peut se trouver dans les images de Sénèque, comme un attribut philosophique et, en quelque sorte, conventionnel.

Trouvé à Résine, en 1754.

Hauteur, 1 pied 4 p.º 9 lignes.


PLANCHE XXIV.

(P. 37, 38, t. V de l'Edition royale).

On a cru, sur de faibles conjectures, voir dans ce bronze l'image de la célèbre Sapho de Mytilène, également renommée par l'excellence de ses poésies et par ses amours. Si l'on doit, avec quelques auteurs anciens, reconnaître une autre Sapho de la ville d'Erèse en l'île de Lesbos; si l'on sépare celle dont les vers de feu ont été dictés par Apollon et par l'Amour, de celle qui éteignit, dans les flots de Leucade, sa funeste passion pour Phaon; c'est toujours la première qui doit s'offrir à nos yeux dans les images attribuées à Sapho, tel que le bronze que nous publions. La ville de Mytilène voulut attacher sa propre gloire à Sapho, en en faisant frapper la figure sur sa monnaie: mais la tête de profil qui se voit sur quelques rares médailles, n'a pas, pour faire preuve, une ressemblance assez décidée avec les têtes en sculpture, auxquelles un ciseau moderne a ajouté le nom de cette femme célèbre. Elle florissait vers la 42e. olympiade. Fille de Scamandronyme, elle demeura encore jeune, veuve d'Arcolas, homme riche, dont elle eut une fille, nommée Chlidé. Dans un passage conservé par Stobée (Serm. XLIX) elle-même se dit vieille, expression qu'on doit, peut-être, regarder comme métaphorique, et désignant qu'elle avait passé le premier âge des amours. On croit qu'elle cessa de vivre vers l'âge de trente-cinq ans; elle fut aimée d'Alcée, d'Anacréon, d'Archiloque et d'Hipponacte. Il n'est resté de ses poésies que deux Odes et quelques passages conservés par les Rhéteurs. Il n'est personne qui ne connaisse cette peinture si vive, si profonde et si vraie des tourmens de l'amour, que Boileau a fait passer dans notre langue. On peut encore chercher quelque trace du génie de Sapho dans l'Héroïde d'Ovide (Epist. XV): les érudits la croient formée de traits empruntés à la Muse Grecque; on l'a dit petite, très-brune, ayant les yeux étincelans et l'air mâle. Une épigramme de l'Anthologie nous réconcilie avec son visage, dont on a supposé trop gratuitement la laideur (IV, 27, Ep. 19.). «Peintre, la nature même devenue en toi artisan, a fait la Muse de Mytilène; le feu s'élance de ses yeux et découvre cette libre pensée, féconde en vives images; la carnation vraie et sans recherche conserve sa simplicité native; et ce visage où la vivacité se confond avec la gravité, nous montre une Muse dans une Vénus».

Trouvé à Résine, en 1758.

Hauteur, 1 P. 8 p°. 10 lig.


PLANCHE XXV.

(P. 39, 40, t. V de l'Edition royale.)

En commençant la série des bustes, nous avons exposé les images de plusieurs personnages illustres dans les lettres et dans la philosophie, que des inscriptions ou des autorités nous ont fait reconnaître avec plus de certitude que nous n'en apporterons dans l'explication des figures qui en forment la suite; celles-ci peuvent généralement être attribuées à des personnages recommandables par leurs vertus guerrières, par leur rang ou par leur fortune. Le bronze que nous avons sous les yeux, comparé avec une tête en marbre noir, expliquée par Fabri (n°. 49) peut, comme ce monument, représenter Scipion l'Africain l'ancien (P. Cornelius) qui vainquit Annibal, rendit Carthage tributaire; qui, cité dans sa vieillesse par les tribuns du peuple, refusa de répondre à une accusation dont la honte retombait sur ses concitoyens, et vint mourir à Liternum, près de Cumes, aujourd'hui Patria. Fabri n'a pas laissé connaître les motifs qui l'avaient déterminé à croire que la tête en question était le portrait de ce grand homme. Le seul motif de l'avoir trouvée à Liternum, où, selon le témoignage de Tite-Live (XXXVIII, 56) on voyait le monument de Scipion avec sa statue, n'avait pas paru suffisant aux académiciens d'Herculanum pour leur faire adopter cette dénomination. Ils penchaient, comme a fait depuis Winckelmann, à reconnaître dans les deux antiques, l'Emilien, destructeur de Carthage. M. Carlo Fea, dans ses notes à l'Histoire des Arts de Winckelmann (t. II, p. 365, Paris, 1802) a développé d'une manière judicieuse toutes les raisons qui peuvent dissiper les doutes; et, d'après ses discussions, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître dans les têtes en question, le portrait certain de Scipion l'Africain l'ancien.

Hauteur, 1 pied 9 pouces.


PLANCHE XXVI.

(P. 41, 42, t. V de l'Edition royale.)

Les traits de ce bronze offrent une grande ressemblance avec les médailles de Sylla et avec quelques autres monumens antiques qu'on rapporte à ce personnage (Tesoro. br. tom. II, p. 168.—Fabri, n°. 50.—Morelli, fam. corn. pl. 4, nº 1 et 2.—Mus. rom. sect. II, pl. 56). Seulement ici on le retrouve plus jeune, différence qui peut rappeler une époque antérieure au consulat auquel il parvint à l'âge de 49 ans. Il s'était déjà rendu célèbre par la guerre contre les alliés, dans laquelle il ruina les mêmes villes où nous avons trouvé tant d'objets précieux, Herculanum, Pompéia et Stabia. Il avait obtenu la couronne civique de gramen, pour avoir défait une nombreuse armée avec la perte d'un seul homme, s'il en faut croire ce trait et plusieurs autres semblables d'un bonheur extraordinaire. Ce bonheur frappa tellement ses contemporains, que Sylla en reçut le nom de Felix; et, certes, on peut regarder comme la preuve d'un bonheur bien rare, que l'inventeur des proscriptions, celui qui fit périr dans les guerres civiles soixante mille citoyens romains, qui fit massacrer froidement, dans Rome, sept mille de ses concitoyens supplians et désarmés, vécût et mourût tranquillement au milieu de tant d'ennemis, après avoir abdiqué l'autorité. «Jamais sa fortune, dit Salluste (Bell. Jug. p. 129) ne fut au-dessus de son habileté, et on a douté s'il fut plus fort ou plus heureux». On remarque bien dans notre bronze l'expression de cette audace et de cette présence d'esprit qui rendirent Sylla victorieux dans toutes ses entreprises, et pour achever de se le figurer, on peut ajouter à ces traits ce qu'en a dit un ancien: «Ses yeux bleus avaient quelque chose de farouche, que la couleur de son visage rendait encore plus terrible; c'était une rougeur âpre comme semée de blanc, ce qui donna lieu à ce mot d'un bouffon d'Athènes: Sylla est une mûre saupoudrée de farine (Plut. in Syll.)».

Hauteur, 1 pied 10 pouces 6 lig.


PLANCHE XXVII.

(P. 43, 44, t. V de l'Edition royale.)

On ne peut donner sur ce bronze qu'une conjecture très-hasardée, en s'attachant à une ressemblance éloignée avec les médailles de M. Emilius Lépidus, l'un des triumvirs (voyez Vaillant, fam. Rom., t. I, fam. Æm. 6.—Morelli, fam. Æm. 2. Fabri, n°. 1). La faveur de César, proclamé dictateur par Lépide, lorsque celui-ci n'était encore que préteur, fut la source de sa fortune. Sans aucun mérite personnel, il fut deux fois consul, triompha sans avoir jamais combattu, se trouva à la tête de plus de vingt légions, incapable de les commander; non-seulement triumvir, mais arbitre de la fortune de ses deux compagnons, il sut si peu faire usage de son pouvoir, qu'il fut dépouillé du commandement par Antoine, qui s'était jeté dans ses bras en suppliant, et réduit ensuite par Octave, qui, seul et désarmé, entra dans son camp et déchira ses drapeaux, à demander qu'il lui laissât seulement la vie. C'est bien à ce personnage qu'on peut appliquer cette épigramme de l'Anthologie: «Non, la fortune n'a point voulu t'élever pour son plaisir, mais seulement pour montrer qu'elle peut tout, puisqu'elle a pu t'élever».

Hauteur, 2 pieds.


PLANCHE XXVIII.

(P. 45, 46, t. V de l'Edition royale.)

Ce beau bronze offre assez de ressemblance avec la figure très-connue d'Auguste, pour faire reconnaître ici cet Empereur (voyez mus. Cap. t. II, pl. 2). Octave, neveu de C. César par sa mère, prit le nom de C. Cæsar Octavianus, après avoir été adopté par son oncle, et, par la suite, celui d'Auguste, qui lui fut décerné par le sénat. Le portrait qu'en donne Suétone (Oct. 79) peut compléter l'idée qu'on s'en forme d'après les monumens. Ses traits, d'une grande beauté, avaient encore une grâce que l'âge n'altéra jamais; son visage était calme et serein, soit qu'il parlât, soit qu'il gardât le silence; il avait les yeux clairs et brillans, les dents rares, petites et cariées, les cheveux légèrement bouclés et tirant sur le roux, les sourcils réunis, les oreilles médiocres; son nez saillant par le haut, fléchissait par le bas. Il avait le teint brun-clair et était petit de stature. L'inscription grecque qu'on lit sur notre bronze (Apollonius, fils d'Archias, Athénien, le fit) nous offre un nom que plusieurs artistes ont rendu célèbre. Les principaux sont Apollonius de Rhodes, qui fit, avec Tauriscus, le groupe fameux, dit vulgairement le taureau Farnèse; l'Athénien, auteur du torse du Belveder, mais fils de Nestor et non d'Archias; et un autre Apollonius, dont on lit le nom sur une gemme du musée Farnèse (Stosch. Pierres gr. pl. 12) représentant une Diane. Si le nôtre n'est pas le même que ce dernier, il mérite au-moins, au jugement des connaisseurs, de prendre place dans cette liste honorable.

On peut remarquer que l'artiste s'est exprimé dans l'inscription au temps parfait fit, et non faisait, ainsi qu'on le voit le plus souvent; on a regardé cette locution comme une preuve de confiance que d'habiles artistes se permettaient rarement, comme s'ils n'osaient point croire leurs ouvrages parfaits ou finis; cependant elle n'est pas si rare qu'on a paru le croire d'après Pline, qui n'en reconnaissait que trois exemples, et il serait facile d'en citer un assez grand nombre.

Hauteur, 1 pied 11 pouces 4 lig.


PLANCHE XXIX.

(P. 47, 48, t. V de l'Edition royale.)

Ce buste, trouvé avec le précédent dans les fouilles de Portici, en 1753, semble lui servir de pendant; et si, dans le premier, on reconnaît Auguste, on peut voir dans celui-ci son épouse Livie. Parmi les médailles assez rares qui portent le nom de cette princesse (Patin, à Suet. cap. 63, XI, n°. 4. Vaillant, num. col. t. I, p. 77). Plusieurs offrent un rapport assez exact avec les traits et la coiffure de cette figure, pour favoriser cette opinion. La jeunesse qui brille dans les deux têtes, nous offrirait ce couple illustre à l'époque de son union. Livie Drusilla, fille de Livius Drusus Claudianus, épousa, à peine sortie de l'enfance, Tibère Néron, dont elle eut Tibère, qui fut ensuite empereur. Son premier fils avait trois ans, et elle était enceinte de son second fils Drusus, quand son mari fut obligé de la céder à Auguste, avec lequel elle avait déjà une intrigue amoureuse. L'oracle consulté sur ce mariage, si nous devions nous en rapporter à Prudence, poète chrétien du 5.e siècle, ne contraria point la suprême puissance, et fit cette réponse adroite qui renferme autant de sel que de complaisance: «Que les torches de l'hyménée ne pouvaient jamais s'allumer plus à propos que lorsque la nouvelle épouse apportait dans l'union conjugale, des marques de sa fécondité». En conciliant les opinions différentes des écrivains, on trouve que Livie n'avait pas plus de vingt ans quand elle passa dans les bras d'Auguste, qui en avait alors vingt-cinq; l'âge des personnages dans les deux bronzes, se rapporte assez à cette remarque. D'autres ont cru voir dans le dernier, Julie, fille d'Auguste et de Scribonia, souvent confondue dans les médailles avec sa belle-mère; mais en laissant des conjectures qui peuvent toujours être combattues, peut-être devrait-on plutôt reconnaître dans ces bustes en forme d'Hermès, quelques divinités, à-moins que l'on ne se plût à considérer cette forme même, comme un signe d'adulation, comme l'indice de l'apothéose.

Hauteur, 1 P. 4 p°. 4 lignes.


PLANCHE XXX.

(P. 49, 50, t. V de l'Edition royale.)

Sans recourir à des conjectures recherchées, on pourrait reconnaître dans ce bronze une tête de Mercure; les cheveux crépus, l'inclinaison de la tête; le rapport facile à saisir entre ses traits et ceux du Mercure précédemment dénommé l'Antin, favoriseraient cette explication. On a vu dans la sévérité de cette figure, une expression mélancolique qui convenait au portrait moral de ce neveu chéri d'Auguste, son fils adoptif, ce prince vertueux, digne de la fortune à laquelle il était destiné, moissonné dans la fleur de la jeunesse, les amours du peuple romain: «Marcellus adolescent, dit Sénèque, d'un esprit vif, d'un génie puissant, d'une frugalité et d'une retenue bien admirables dans son temps et dans sa fortune, patient dans le travail, éloigné des voluptés, capable de porter tout le poids que son oncle lui aurait imposé, et pour parler ainsi, tout l'édifice de la grandeur qu'Auguste eut voulu fonder sur lui (Sen. ad Marc. 2). Il tomba, et sa vingtième année s'arrêta devant lui (Prop. III, E. XII, 35). Jeune homme distingué par sa beauté et ses armes brillantes; mais le front peu joyeux et le visage abattu (Virg. Æn. VI, 863)». Si rien ici ne répugne à ce portrait touchant, si quelques gemmes antiques ayant avec notre bronze un grand degré de ressemblance, ont mérité la même application (Fabri, n°. 87.—Mus. Fiorent, t. I, tav. II, n° 5.—Mus. Cap. t. II, tav. IV, etc.); nous devons dire aussi qu'aucune autorité suffisante ne l'a confirmée, et nous ne rapportons cette opinion que parce que la mémoire se repose agréablement sur un prince regretté de son siècle, et dont la conservation eut peut-être sauvé le peuple romain de l'oppression et de l'avilissement où il tomba sous ses maîtres après Auguste.

Hauteur, 1 pied 7 p°.


PLANCHE XXXI.

(P. 51, 52, t. V de l'Edition royale.)

On a trouvé, dans ce buste, quelques traits de ressemblance avec le buste de Caïus Cæsar, fils aîné de M. Agrippa, et de Julie, fille d'Auguste. Ces rapprochemens incertains cèdent à un examen plus exact qui nous fait reconnaître la figure de Drusus, fils unique de Tibère. Les traits de ce jeune prince sont bien assurés par les médailles romaines qui présentent sa tête de profil, et ils se rapportent d'une manière évidente à ceux représentés par notre bronze. Né violent et cruel, il a pu, dans le cours d'une vie peu glorieuse, abrégée par le poison, être jugé plus digne de son père que de son rang. Il s'exposa au mépris du peuple, en prostituant sa dignité dans les danses publiques, dans les spectacles et dans la débauche. Indigné de l'élévation monstrueuse de Séjan, il sut trop peu le ménager, et, s'étant emporté jusqu'à le frapper, il augmenta, par la soif de la vengeance, la fureur du ministre, déjà irrité de rencontrer un tel obstacle à son ambition. Séjan s'associa dans son crime, l'épouse adultère du prince, et Drusus mourut empoisonné. Tibère crut long-temps, ou parut croire que la mort de son fils avait été causée par ses excès; et telle était l'opinion qu'on avait de cette cour infâme, que l'on soupçonna l'empereur d'avoir eu part à un crime si odieux; et si, par la suite, ce soupçon s'évanouit, ce fut moins par l'horreur qu'il devait inspirer, que par la connaissance de la vérité, qui éclata par l'aveu de la femme répudiée de Séjan. Tibère déploya alors une sévérité qui ne parut en lui qu'un prétexte de cruauté. Il voulut cependant épargner Livie, mais en vain; Antonia, la mère de la perfide adultère, la fit mourir de faim.

Hauteur, 2 pieds.


PLANCHE XXXII.

(P. 53, 54, t. V de l'Edition royale.)

COMME on avait penché à voir dans le bronze précédent la figure de Caïus Cæsar, on s'attachait à saisir dans celui-ci les traits de ressemblance qu'il pouvait offrir avec les médailles de Lucius Cæsar, son frère puîné (Noris, p. 86, 92, 164, Patin. Vaill. Morelli). Ce dernier, mort à Marseille à l'âge de 18 ans, partagea avec son frère, qui ne lui survécut que deux ans, les regrets de l'empereur, regrets si vifs, qu'Auguste ne put s'empêcher de les témoigner dans son testament, en instituant Tibère son successeur, bien qu'il appelle ce dernier moitié de lui-même. C'est à cette affection, plutôt qu'au mérite des deux frères, qu'on doit attribuer cette marque insigne d'adulation que leur donna la colonie de Nîmes, en leur dédiant le beau monument, vulgairement nommé la Maison quarrée, qu'on admire encore de nos jours dans cette même ville. On peut voir à ce sujet les savantes dissertations publiées par M. Legrand dans la magnifique édition des Antiquités de la France, sur les dessins de M. Clérisseau, page 64 (Paris, Didot aîné, 1804).

En montrant un Drusus à la place de Caïus, nous avons, en partie, détruit l'analogie qui militait en faveur du présent bronze. L'autorité tirée des médailles est, comme on le voit, très-difficile à appliquer aux monumens que le défaut d'inscriptions rend incertains. Sans ce secours, les médailles mêmes exigent une critique très-sévère et très-approfondie. La diversité des artistes, la différence de leur habileté, l'âge successif des personnages représentés, concourent à multiplier les difficultés, et à augmenter l'incertitude. Au-lieu d'un personnage romain, M. Visconti ne serait pas éloigné de reconnaître dans cette antique une tête d'Hercule jeune.

Hauteur, 1 P. 8 p°. 3 lignes.


PLANCHE XXXIII.

(P. 55, 56, t. V de l'Edition royale.)

Si l'induction qu'on a tirée de la comparaison avec plusieurs médailles, rencontre juste (Haym. t. I, p. 240.—Séguin, Sel. num. p. 319 et autres), ce buste pourrait être celui de la première Agrippine, dite majeure, pour la distinguer de celles qui l'ont suivie, d'Agrippine, fille de M. Agrippa, et de Julie, épouse de Germanicus, femme d'un courage et d'une habileté supérieurs à son sexe: ayant ensemble les vertus d'un grand homme et celles d'une honnête femme, on la vit remplir, contre les Germains, la charge d'un bon capitaine, et sauver l'armée; d'une chasteté impénétrable suivant l'expression de Tacite, son âpre fermeté servit de sauve-garde à sa famille, et la défendit contre Séjan. Exilée par Tibère dans l'île Pandataire, elle donna, en se laissant périr de faim, une dernière preuve de cette rare constance qui fit le fonds de son caractère. Mère trop féconde cependant, et digne d'une meilleure postérité, elle compta parmi ses enfans le farouche Caligula et trois filles incestueuses, dont l'une fut cette infâme Agrippine, mère de Néron. Notre bronze offre encore une ressemblance peu légère avec l'image de cette dernière, bien connue par les médailles, et encore quelque rapport avec le buste suivant de Caligula, circonstances qui viennent à l'appui de notre conjecture.

Hauteur, 7 p°.


PLANCHE XXXIV.

(P. 57, 58, t. V de l'Edition royale.)

Nous avons, dans l'explication précédente, annoncé ce buste comme celui de C. Caligula. Cette dénomination est également confirmée par la comparaison des médailles et par le portrait que les historiens ont laissé de cet empereur, portrait qui s'applique parfaitement au bronze que nous avons sous les yeux. Tout l'extérieur de Caligula répondait à la cruauté brutale et farouche de son âme.

«Il était d'une taille élevée et disproportionnée, ayant le corps énorme, le cou et les jambes extrêmement minces, les tempes enfoncées, les yeux creux et fixes, le front large et irrégulier, les cheveux rares, et manquant sur le sommet de la tête; ajoutez qu'il affectait de rendre atroce une physionomie que la nature n'avait déjà rendu que trop affreuse (Suet. Calig. 50); en un mot, son seul aspect était le plus horrible des tourmens (Sen. de irâ, III, 18)». Ce monstre, dont aucun autre n'égale l'insolence et la brutalité, qui osa prononcer l'horrible vœu que le peuple romain n'eût qu'une seule tête pour la trancher d'un seul coup, termina sa vie sous les poignards d'une conjuration à l'âge de 28 ans. Élevé dans les camps, Caïus avait reçu le nom de Caligula de celui d'une chaussure, espèce de brodequin, qu'il affectait de porter pour plaire à la soldatesque.

Hauteur, 1 pied 2 pouces.


PLANCHE XXXV.

(P. 59, 60, t. V de l'Édition royale.)

La noblesse égyptienne portait les cheveux bouclés, comme on le voit ici, jusqu'à l'âge de puberté: mais par une fausse application du costume et d'autres remarques, on a attribué des têtes semblables à Ptolomée Apion, roi de Cyrène; cette dénomination s'est trouvée dénuée de fondement, et nous croyons qu'on rencontrera plus juste, en prenant pour terme de comparaison les médailles connues de la première Bérénice, dite la grande, qui, femme d'un obscur Macédonien, devint celle du premier Ptolomée, surnommé Soter. Ne laissant rien à la fortune des faveurs qu'elle put obtenir, elle fixa la couronne sur la tête de son fils Ptolomée Philadelphe, que le roi, par complaisance pour elle, au mépris des enfans qu'il avait eus de ses trois premières femmes, plaça lui-même sur son trône; ce grand prince en descendit après un règne glorieux de trente-neuf ans, disant qu'il était plus beau d'être père d'un roi, que roi lui-même. Les médailles de Bérénice acquièrent toute l'authenticité possible par l'effigie de Ptolomée Soter qu'on voit au revers (Musée du baron Ronchi); et en remarquant le rapport qu'elles ont avec notre bronze, nous ajouterons encore que la physionomie de cette figure a une expression douce et délicate, qui ne décèle rien de viril, et qui paraît appartenir à la célèbre reine, avec plus de vraisemblance qu' Ptolomée Appion.

Hauteur, 1 P. 8 p°. 6 lig.


PLANCHE XXXVI.

(P. 61, 62, t. V de l'Edition royale.)

Le rapport qu'on avait cherché entre cette belle tête et celle de Ptolomée Philadelphe, se trouve dénué de fondement. Les médailles de ce prince offrent un portrait tout différent: on se rangera donc avec plus de raison, du sentiment de ceux des académiciens d'Herculanum qui ont cru cette figure celle d'un athlète couronné, ou de l'opinion de M. Visconti, qui a démontré le rapport évident qu'elle offre avec les têtes d'Hercule jeune, et particulièrement avec un herméracle à deux faces, du musée Pio-Clémentin (tome 6, p. 22). Cette double tête est ceinte d'une couronne tortillée, d'où sortent, de distance en distance, des feuilles de peuplier, comme ici on en voit sortir, des feuilles de laurier avec de grosses baies. L'Hermès en question devient encore pour nous d'une grande autorité, en ce qu'il était placé dans un lieu où la jeunesse grecque, après les exercices de la palestre, se ceignait la tête de cette espèce de couronne qu'on doit reconnaître pour un ornement athlétique. Si quelque chose rend ici son espèce moins douteuse, ce sont les feuilles du laurier qui paraît être celui que Pline nomme laurier Delphique: «Plus vert, à grosses baies rouges, dont on couronnait à Delphes les vainqueurs, et à Rome les triomphateurs (XV, 30)». Ceci pourrait encore servir à confirmer la remarque que nous avons faite au sujet des pommes (mela) dont parle l'épigramme de l'Anthologie, rapportée dans cet ouvrage (tome III, 56). Ces pommes, ainsi dites par une dénomination générale, ne sont autre chose que les baies du laurier Delphique. Les couronnes athlétiques, différentes des couronnes agonales, auxquelles se rapportent celles garnies de rubans pendants (lemniscatœ), sont quelquefois dites roulées; alors on peut les regarder comme plus semblables à celle d'une autre tête d'Hercule (mus. Pio-Clem. à l'endroit cité) où l'on remarque, de distance en distance, des nœuds en forme de fleurs, tirés des bandelettes qui composent la couronne. Ce sont ces mêmes nœuds qui, selon l'explication qu'en donne Pascalio (de Coronis, l. III, c. 12) paraissent désignés par l'expression de tori, dont s'est servi Ciceron (Orat. §. 6.)

Hauteur, 1 P. 11 p°. 2 lignes.


PLANCHE XXXVII.

(P. 63, 64, t. V de l'Edition royale.)

On s'est attaché à saisir quelque ressemblance entre ce beau bronze et la tête qu'on voit avec le nom de Bérénice sur une médaille publiée dans l'édition royale. Plusieurs reines ont illustré ce nom; celle de la médaille serait la seconde Bérénice, femme de Ptolomée Evergète, princesse vertueuse et guerrière, celle qui, au retour du roi victorieux, se coupa les cheveux et les déposa, en accomplissement d'un vœu, dans le temple d'Arsinoé; peu de temps après la chevelure disparut, et l'astronome Conon publia que la chevelure de Bérénice avait été transportée au ciel, où elle formait une constellation de sept étoiles, situées en triangle près la queue du lion, flatterie ingénieuse qui attacha un souvenir immortel au sacrifice de la vanité d'une bonne épouse, et le rendit plus sûrement célèbre que des faits éclatans confiés à des monumens périssables. Si l'on reconnaît ici Bérénice, il faut supposer que la reine prit soin de l'ornement dont elle avait su faire un si beau sacrifice, et qu'elle a recouvré sa parure; les tresses relevées d'une manière élégante viennent former sur la tête une espèce de diadême. La figure a une espression virginale et sévère: et si l'on remarque avec nous qu'elle est d'une beauté idéale, on ne sera pas éloigné, peut-être, de voir dans ce bronze une image de Diane.

Hauteur, 2 pieds 4 lignes.


PLANCHE XXXVIII.

(P. 65, 66, t. V de l'Edition royale.)

Plusieurs bustes de cette suite ont paru appartenir à la race des Ptolomée; mais les caractères n'en sont pas toujours assez frappans pour réunir, dans leur dénomination, le sentiment des antiquaires. Les académiciens d'Herculanum se contentent d'indiquer un léger rapport des médailles avec ce bronze, en faveur du VIIe Ptolomée. Ce prince, distingué par des vertus éminentes, est connu sous le nom de Philométor (ami de sa mère), qu'il prit en reconnaissance des soins prudens et généreux avec lesquels Cléopâtre administra le royaume pendant sa minorité. M. Visconti reconnaît dans ce buste le portrait de Ptolomée Ier, fils de Lagus, l'un des généraux d'Alexandre-le-Grand, fondateur de la dynastie des Lagides, et du royaume grec d'Égypte, si nous pouvons nous servir de cette expression pour exprimer la révolution qui se fit dans les mœurs et dans le gouvernement de ce peuple, après la conquête des Grecs. Chacun des Ptolomée se trouve particulièrement désigné par un surnom; celui-ci eut le surnom glorieux de Soter ou de Sauveur, qui lui fut décerné avec des honneurs divins, par la reconnaissance des Rhodiens, dont il conserva la liberté contre les entreprises de Démétrius. Son premier nom, moins fastueux, n'en est pas moins célèbre; il l'honora lui-même en l'imprimant à sa race; peu sensible au reproche qu'un grammairien osa lui adresser sur l'obscurité ou le mystère de sa naissance, il sentit, sans-doute, que le nom du plus grand capitaine qui servit sous Alexandre, était assez illustre. Il donnait à ce nom un nouvel éclat par la splendeur de la puissance, par la gloire immortelle qui résulte de la protection des lettres et des arts, et par cette véritable grandeur qui naît de la modération: en effet, le fils de Lagus eut la plus belle part dans l'héritage du conquérant de l'Asie, fonda la bibliothèque d'Alexandrie, et, de son vivant, fit monter sur son trône l'un de ses fils, en disant qu'il était plus beau d'être père de roi, que roi soi-même.

Hauteur, 2 P. 7 p°.


PLANCHE XXXIX.

(P. 67, 68, t. V de l'Edition royale.)

On a cru voir, dans ce buste, Ptolomée Lathyre, fils de Ptolomée Physcon, le VIIIe de sa race. Ce surnom de Lathyre, celui que, parmi plusieurs autres, les historiens emploient le plus généralement, paraît, par sa signification grecque (pois-chiche) tirer son application d'un signe qu'avait ce prince au visage, comme on vit appeler à Rome, pour une cause pareille, les ancêtres de M. Tullius, du nom de Cicéron. Ce prince guerrier passa presque tout son règne à défendre sa couronne, et principalement contre son frère puîné, Ptolomée Alexandre, qu'au préjudice de ses droits, Cléopâtre avait investi de la puissance royale. M. Visconti trouve, dans la comparaison des médailles, une autorité plus forte en faveur du portrait d'Antiochus Théos (Dieu), roi de Syrie, fils d'Antiochus, Ier Soter, et père de Séleucus II. Le nom de Théos fut décerné à ce prince par les Milésiens, qu'il avait délivrés de leur tyran Timarque. Antiochus II ne couvrit point, par sa gloire personnelle, cet excès de l'adulation; malheureux dans ses guerres, il se vit dépouiller, par la révolte des Parthes, de toutes les provinces qu'il possédait au-delà de l'Euphrate. Cette époque mémorable est celle de l'établissement de l'empire des Parthes, fondé par Arsace, et qui devint si redoutable à tout l'Orient, et aux Romains même. Les historiens placent cette époque trois ans avant la 133e olympiade, environ trois cents ans avant Jésus-Christ.

Hauteur, 2 pieds 1 p°.


PLANCHE XL.

(P. 69, 70, t. V de l'Edition royale.)

On reconnaît dans ce bronze, avec quelque vraisemblance, le portrait de Ptolomée Alexandre, frère de Lathyre. Ce prince n'eut de roi que le nom, tandis que sa mère Cléopâtre, qui le mit sur le trône pour régner elle-même, en eut toute l'autorité. Cette Cléopâtre figure parmi les illustres criminels de l'ambition: après avoir, par un artifice atroce, attiré la haîne du peuple d'Alexandrie sur son fils Lathyre, qu'elle fit expulser, elle osa conspirer contre la vie d'Alexandre, qu'elle soutenait à sa place. Victime elle-même d'un crime aussi affreux, elle périt assassinée par les ordres de ce même fils. Le parricide fut chassé du trône où remonta son frère, et il périt en combattant pour s'emparer du royaume de Cypre, vacant par le retour de Lathyre.

Hauteur, 2 P. 4 lignes.


PLANCHE XLI.

(P. 61, 62, t. V de l'Edition royale.)

Ce buste, tout-à-fait inconnu, n'a de remarquable que la coiffure. Les cheveux, qui paraissent naturellement crépus, sont disposés en anneaux sur le front et sur les tempes; ils sont assujétis sur le sommet de la tête qui reste lisse, par deux longues tresses partant des oreilles, et formant un double tour. Ce costume et les traits de la figure, annoncent un habitant de l'ancienne Mauritanie. Strabon parle du soin extrême que prenaient ces peuples, de l'arrangement de leurs cheveux. On a fait cette remarque à l'égard d'une tête du roi Juba; et, quoiqu'on ait observé que les peuples de l'Asie, les Grecs, les Toscans, et des Romains même, avaient l'usage de boucler leurs cheveux, le caractère de notre buste ne peut être attribué qu'à un Maure ou à un Ethiopien.

Hauteur, 1 P. 8 p.º


PLANCHE XLII.

(P. 63, 64, t. V de l'Edition royale.)

Le personnage que peut représenter ce buste est inconnu. Ses cheveux longs et bouclés naturellement, peuvent seuls lui assigner un caractère. On sait que les jeunes Grecs conservaient leur chevelure jusqu'à l'âge de puberté. A cet âge, on la coupait pour l'offrir à Hercule, à Apollon ou à quelque fleuve. Les enfans la conservaient aussi chez les Romains; de-là on les appelait Capillati ou Comati. Il paraît que la famille des Cincinnatus conservait particulièrement cette parure, comme une devise qui rappelait son premier auteur et l'origine de son nom. Suétone accuse Caligula d'avoir enlevé cette distinction à un Cincinnatus. La chevelure longue était particulièrement considérée comme une marque de molesse qui distinguait les mignons et les jeunes gens adonnés aux plaisirs. Anacréon, Horace, Pétrone, tous les poètes voluptueux vantent les cheveux longs de leurs favoris. C'est ainsi que sont peints les jeunes gens célèbres par leurs amours dans la fable, Hyacinthe, Ganymède, Nirée, Achille et Thésée; Thésée qui, voulant, selon l'usage, consacrer sa chevelure dans le temple d'Apollon Delphes, se la fit seulement couper sur le front. La tête de notre bronze n'a rien dans les traits qui convienne à l'un de ces personnages renommés par leur beauté; on peut penser, avec quelque vraisemblance, qu'elle représente un mignon, ou un jeune homme qui n'avait point encore quitté les bancs de l'école.

Hauteur, 1 pied 6 p.º


PLANCHE XLIII.

(P. 65, 66, t. V de l'Edition royale.)

Cette tête, d'un grand caractère, n'est donnée à aucun personnage connu. Trouvée avec celle de Sylla, on pourrait présumer qu'elle est celle de quelque chef de la ligue italienne dans la guerre des alliés, où le capitaine Romain s'illustra. L'espèce de casque dont la tête est couverte, n'est point sans exemple dans les monumens, quoique assez rare. Homère peint Diomède partant pour espionner dans le camp ennemi, avec un casque rase, sans aucun ornement; il nomme ce casque Cataityx; on a cru que l'armure ainsi désignée se rapportait beaucoup à celle dite Cassis, en usage chez les Etrusques et les Romains. Plutarque rapporte que Camille fit faire à ses soldats des casques de fer lisses, afin que l'épée de l'ennemi glissât dessus, et parât la force du coup. On retrouve l'usage de cette armure dans des temps plus rapprochés, puisqu'on la remarque dans des figures de la colonne Trajane (Fabretti, col. tr. p. 213).

Hauteur, 2 P. 6 p°.


PLANCHE XLIV.

Nous terminerons ce volume en rassemblant dans quatre planches divers petits bronzes représentant des animaux et des masques, et dont les figures servent de vignettes et de culs-de-lampe à l'édition royale. La naïveté qui règne dans ces petits sujets, et souvent la perfection avec laquelle ils sont traités, prouvent combien le goût des anciens savait se plier à tous les genres.

FIG. I (Préf. pag. 3, 273 de l'Edition royale.)

Sphinx grec. Cette espèce de Sphinx se distingue par les aîles et par les mamelles; le Sphinx égyptien était sans aîles: des Sphinx comme celui-ci se trouvent souvent dans les monumens grecs, où ils sont un attribut de Bacchus. Une pareille figure était l'emblème de l'île de Chio, et paraît constamment sur les monnaies de cette île.

FIG. II (pag. 71, 278, t. V de l'Edition royale.)

Truie votive avec une inscription. La truie fut la première victime qu'on offrit dans les sacrifices. On l'immolait dans les traités de paix, dans les noces, et généralement dans les lustrations et les expiations. Chez les Romains, on sacrifiait une truie pleine à Hercule et à Cérès avant le douzième jour des kalendes de janvier (Macr. Sat. III, 2). Parmi les conjectures nombreuses données pour l'explication de l'inscription, voici celle qui paraît la plus simple:

HERculi VOEsius Marci Libertus.

A Hercule, Vœsius affranchi de Marcus.

On sait que les affranchis joignaient à leur nom propre le nom de leur patron, et que souvent ils prenaient ce nom seul. On en peut voir des exemples dans Muratori et dans Gruter; ce dernier fait mention de la famille Vœsia (P. CCCLXXIX, 12).

FIG, III (ibid. pag. 4, 273).

Chameau avec un double panier; c'est ce qu'on appelait proprement Clitellœ.

FIG. IV (ibid. pag. 95, 279).

Biche d'un excellent travail.


PLANCHE XLV.


Fig. I (pag. 25, 274, t. V de l'Édition royale.)

UN Amour assis sur le nœud que forment les queues de deux chevaux marins; dans les jambes de ceux-ci on remarque deux dauphins. Ce joli groupe, d'une excellente exécution, semble offrir l'allégorie de la puissance de l'Amour sur la terre et sur la mer. C'est dans ce sens qu'une épigramme de l'Anthologie le peint tenant une fleur d'une main et de l'autre un Dauphin.

«Cet Amour nu, pourquoi rit-il? pourquoi est-il tranquille? pourquoi n'a-t-il pas son carquois et ses flèches de feu? Ce n'est pas en vain qu'il tient dans sa main un Dauphin et une fleur: dans celle-ci, il tient la terre, et dans l'autre, la mer».

Fig. II (ibid. pag. 57, 77. )

Deux Mascarons, têtes de tigres. On en conserve au musée de Portici onze autres semblables; ils furent trouvés tous ensemble dans les fouilles de Résine en 1759; ils étaient disposés autour d'un grand réservoir d'eau, ou vivier en quarré long, tout doublé en lames de plomb. A la gueule de chaque tête, correspondait un tuyau en plomb pour servir à la décharge du réservoir. Ces sortes de Mascarons, employés pour l'écoulement des eaux dans les fontaines ou dans les vasques, prenaient leurs noms des diverses figures qu'on leur donnait; de-là, ces noms de Sylvains, de Marsyas, d'Atlas, de Chiron et de Canthare, pris de la forme d'un vase, qu'on lit dans plusieurs auteurs. Vitruve dit que l'extrémité des tuiles, servant à l'écoulement des eaux sur les toîts, était en forme de têtes de lion ou d'autres animaux; et, en effet, on a trouvé une grande quantité de ces sortes de tuiles au temple d'Isis à Pompéia. Tout le monde sait que l'usage ingénieux de ces figures, quoique moins général, n'a pas été négligé par l'architecture moderne.