The Project Gutenberg eBook of Antiquités d'Herculanum, Tome V. Bronzes
Title: Antiquités d'Herculanum, Tome V. Bronzes
Author: Tommaso Piroli
Release date: December 5, 2005 [eBook #17235]
Most recently updated: January 26, 2021
Language: French
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Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
ANTIQUITÉS D'HERCULANUM.
GRAVÉES
PAR TH. PIROLI
AVEC
UNE EXPLICATION PAR S.-PH. CHAUDÉ;
ET PUBLIÉES
PAR F. ET P. PIRANESI, FRÈRES.
TOME V.
BRONZES
À PARIS
CHEZ:
PIRANESI, Frères, place du Tribunat, n°. 1354;
LEBLANC, Imprimeur-Libraire, place et maison
Abbatiale St.-Germain-des-Prés, n°. 1121.
AN XIII. = 1805.
PLANCHE I.
(Pl 2, 3, t. VI de l'Édition royale.)
FIG. I. Nous suivons un ordre naturel en commençant la suite des figures entières par les Divinités. Jupiter, le souverain des Dieux, doit paraître le premier; on le reconnaît facilement à ce caractère donné de grandeur et de majesté, à sa chevelure touffue, à sa barbe épaisse et profonde, et au foudre dont il reste un fragment dans sa main droite. Tout le nu du bras gauche est une restauration moderne. L'artiste, par imitation de quelques statues antiques, n'a mis dans la main du Dieu qu'une portion du sceptre. Le sceptre est donné avec raison à Jupiter, comme l'un de ses principaux attributs. Quelques fois ce n'est qu'un long bâton (hasta) marque d'honneur des premiers rois: souvent il est surmonté d'un aigle, d'un petit globe ou d'un fleuron. Ovide peint Jupiter appuyé sur un sceptre d'ivoire (Mét. I. 180.). Les Pythagoriciens croyaient ce sceptre, de bois de cyprès, arbre consacré à la mort qui sert de passage à l'immortalité. Le sceptre seul était quelquefois l'emblème de Jupiter, et c'est dans ce sens redoutable qu'on l'employait dans les alliances et les traités de paix (Serv. 12. Œn. 206.)
On s'est dispensé de donner ici quatre autres petites figures de Jupiter qui suivent celle-ci dans l'édition royale.
FIG. II. Cette idole, de style étrusque, ayant sur la tête un voile et une couronne radiée, paraîtrait, avec assez de vraisemblance, représenter Junon. Elle tient une pomme ou plutôt une grenade, fruit mystérieux consacré à Junon Argive. Sous ce nom, Junon avait un temple fameux fondé par Jason, chez les Toscans, dans le Picentin. La grenade que Philostrate croit révérée comme un symbole de fécondité, était aussi un attribut de Vénus Genitrix. On sait que, sous ce titre, Vénus, était souvent confondue avec Junon.
FIG. I.—Hauteur, 7 p°.
FIG. II.—1 P. 5 lig.
PLANCHE II.
(P. 4, 5, t. VI de l'Edition royale.)
FIG. I. On retrouve encore dans ce bronze le style étrusque. Cette dénomination de style étrusque ou toscan, peut, comme nous l'avons observé ailleurs, se rapporter au style grec antérieur Phidias. Les Etrusques n'ont fait que copier ce style primitif; de là on a donné à ce style le nom de tuscanicus. A remarquer seulement la couronne surmontée de petites pommes, et la corne d'abondance, on serait porté à reconnaître ici une figure de Pomone; mais la réunion de tous les attributs paraît peu lui convenir. Ce n'est pas non plus une Junon; les rapports qu'on a essayé de trouver entre cette Déesse et la figure, ne sont pas exacts. Une Déesse avec la corne d'abondance et avec la patère, est constamment désignée sur les médailles par le nom de Concordia, en grec Homonoia. La patère signifie les libations et les rites sacrés qui avaient lieu dans les alliances; la corne d'abondance signifie les biens qui sont l'effet de la concorde et de la paix. Les globules de la couronne paraissent représenter des gemmes; l'un des bracelets en est orné, l'autre est un ophis; les pendans d'oreilles sont d'une forme particulière. L'habillement se termine vers le cou par une espèce de collet, ornement qui en paraît détaché. Tous ces détails ramènent encore l'idée des richesses produites par la concorde.
FIG. II. Pallas tenant une patère, et dans l'attitude de s'appuyer sur une lance qui manque. Ce bronze, d'un excellent travail, reçoit encore un nouveau prix de l'argent, habilement employé former les écailles de l'égide, les ornemens du cimier, les boutons de l'habit, l'anneau, les yeux, et les ongles des pieds et des mains. Les draperies, dont les plis sont de la plus grande élégance, se rapportent à la description que Pausanias fait de la statue de Pallas à Athènes. Cette Déesse prenait le nom de Pallas de ce qu'elle était sortie toute armée du cerveau de Jupiter: sous le nom de Minerve, c'était la fille de la Mémoire, l'intelligence suprême ou la sagesse, cette force secrète avec laquelle la nature agit d'elle-même et produit tout, suivant l'explication d'Athénagore (in Apolog. p. 209); c'est ce que signifiait cette inscription posée dans le temple de Saïs en Égypte, où elle était adorée: «Je suis tout ce qui fut, ce qui est, ce qui sera, et nul mortel n'a encore soulevé mon voile». (PLUT, De Is. et Os.).
FIG. I.—Hauteur, 9 p°.
FIG. II.—Hauteur, 7 p°. 6 lig.
PLANCHE III.
(P. 6, t. VI de l'Edition royale.)
La finesse du travail, la grâce et la vérité de la pose, nous ont engagé a présenter cette petite statue de Pallas sous un double aspect. La main gauche élevée devait tenir la pique. On avait cherché, dans l'isolement de l'index, une intention, une expression religieuse qu'on a remarquée, avec plus de justesse, dans quelques autres statues antiques. Si ce mouvement était ici l'effet d'un geste déterminé, il ne serait pas donné à la main gauche. La naissance de Minerve est le plus bel emblême que la Mythologie nous offre de la sagesse ou de la Providence divine; c'est par excellence «la seule fille d'un seul père». (Arist. Hym. in Min.). »L'auteur, le souverain de l'univers, n'avait point d'égale en dignité avec qui il pût la créer; il se recueillit en lui-même et de soi-même, l'engendra et l'enfanta». La Déesse porte sur une patère la chouette, l'un de ses attributs distinctifs. La patère, dans la main d'une Divinité, annonce qu'elle est favorable, et l'oiseau symbolique semble désigner particulièrement que ses faveurs se répandent sur son peuple d'Athènes. Phidias, pour flatter le peuple, n'avait point dédaigné d'exposer la chouette à la vénération publique avec là statue de Minerve.
Hauteur, 5 p°. 5 lig.
PLANCHE IV.
(P. 7, 8, t. VI de l'Edition royale.)
FIG. I. Minerve tenant une chouette dans la main. C'est ainsi qu'on représentait la Déesse sous le nom d'Archegetis (conductrice ou plutôt auteur de l'origine). La chouette, emblême de la vigilance et de la prudence, d'attribut de la divinité protectrice d'Athènes, était devenue en quelque sorte le symbole du peuple même. La figure de cet oiseau était frappée sur les monnaies; elle servait de marque et de sceau public, et, dans la main de Minerve, signifiait la ville protégée par elle.
FIG. II. Pallas tenant sa lance d'une manière offensive. On peut la considérer ici comme vengeresse.
FIG. III. Autre Pallas d'un très-bon travail. Il manque la main droite, et probablement la lance.
FIG. IV. Autre Minerve, curieuse par le cimier aîlé qu'elle porte sur la tête. On trouve sur quelques gemmes des figures de Minerve avec des aîles au cimier, emblême de la vélocité et d'une irrésistible impétuosité. L'égide de côté se rapporte au même sens; la Déesse la porte toujours ainsi lorsqu'elle est aîlée. Le casque de Minerve est aîlé sur presque toutes les médailles d'argent de la République Romaine. Les Etrusques donnaient aussi des aîles leurs Minerves, quelques fois sur le cimier, quelques fois aux épaules; ici le cimier a la forme du bonnet phrygien. On le voit de même dans un vase étrusque publié par Demster (tome I, pl. 30 et 32).
Hauteur de chaque Figure, 3 p°. 4 lig.
PLANCHE V.
(P. 9, 10, t. VI de l'Edition royale.)
FIG. I. On peut, avec beaucoup de vraisemblance, reconnaître un Neptune dans cette petite statue d'un très-bon travail, et dont la base est enrichie d'ornemens en argent. C'est dans cet aspect féroce, dans ces cheveux hérissés, dans cette barbe touffue, dans cette large poitrine, dans cette complexion ferme et robuste, qu'il faut chercher les traits qui caractérisent le Dieu souverain des mers. Les poètes appelaient les hommes farouches et cruels, les fils de Neptune, comme ils disaient fils de Jupiter, les hommes magnanimes et généreux; la mer était l'image de la violence et de la fureur. Neptune, au-lieu du trident, son attribut distinctif, porte ici une longue lance pointue, dans laquelle on peut reconnaître cet instrument nautique désigné sous le nom de contus, qui servait à sonder les rivages et à dégager les vaisseaux. Pausanias (VI, 25) en parlant d'une statue de Neptune jeune, en Elide, dit que le Dieu était appuyé de ses deux mains sur une lance; on voyait encore à Athènes, au rapport du même auteur (I, 2) la statue de Neptune combattant à cheval une lance à la main. On a déduit de ce témoignage et de quelques passages pris dans les poètes, que l'antiquité honorait Neptune équestre, en reconnaissance de l'art de dompter les chevaux, art inventé par ce Dieu. Mais, sans avoir recours à des applications forcées, il nous suffira de faire remarquer ici que la figure parle d'elle-même, et que d'ailleurs on trouve dans le bronze l'indication d'une pièce transversale qui formait probablement le trident endommagé par le temps.
FIG. II. Victoire portant un trophée, monument étrusque, comme le démontrent le style et les ornemens de la figure. Les Toscans décoraient leur Victoire de colliers, différant en cela des Grecs et des Romains qui leur donnaient la palme pour attribut. Les bracelets à gemmes, les colliers et les couronnes radiées étaient la parure des divinités étrusques; celle-ci porte en écharpe une tresse où paraissent des feuilles et des croissans: nous avons déjà remarqué ces croissans comme servant d'ornemens aux harnais des chevaux (Peint, tom. II, pl. 44). La chaussure fermée est encore du costume. La Victoire est ici sans aîles, comme on la représentait à Athènes et dans l'Élide.
FIG. I.—Hauteur, 8 p°.
FIG. II.—Hauteur, 7 p°. 9 lig.
PLANCHE VI.
(P. 11, 12, t. VI de l'Édition royale.)
Ce bronze d'une grande beauté, que nous donnons sous deux aspects différens, représente une Diane chasseresse avec ses attributs les plus distincts. Ses cheveux soigneusement relevés, sont retenus par de longues tresses qui se terminent sur le sommet de la tête en forme de croissant. Son vêtement est l'habit succinct; relevé dans la ceinture, il la recouvre, et, retombant à double étage, il s'arrête au-dessus du genou: on croit reconnaître, dans le bronze, ces rayures qui font appeler par Callimaque la robe de Diane, robe rayée; la peau d'une bête fauve lui ceint la taille et prête aussi un ornement à ses brodequins; cette chaussure est étroitement lacée et garnie de boutons, c'est l'endromide des chasseurs. La Déesse est dans l'attitude de décocher une flèche.
Cette figure de Diane est suivie, dans l'édition royale, de quatre autres petites qui offrent peu d'intérêt, et que nous nous dispensons de rapporter ici.
Hauteur, I P. 5 lig.
PLANCHE VII.
(P. 14, t. VI de l'Édition royale.)
On peut dire ce petit bronze d'un fini précieux et d'une délicatesse exquise; il représente une Vénus appuyée du bras gauche sur un tronc autour duquel s'enlace un Dauphin, tandis que de la main droite la Déesse s'apprête à ôter ou à remettre sa sandale. Elle porte au bras un large bracelet, et au bas des jambes l'ornement dit periscélis. La grâce et la beauté de cette figure rappelle les plus beaux modèles; l'action annonce Vénus au bain; c'est le motif que saisit Praxitèle pour excuser l'innovation hardie de représenter sans voile la plus belle des Divinités: un exemple si favorable pour faire briller les ressources de l'art, fut suivi par tous les grands maîtres et par leurs imitateurs. Le Dauphin placé près de Vénus rappelle le mythe de sa naissance. Cette allégorie n'est nulle part mieux exprimée que dans la belle statue dite la Vénus de Médicis, où l'on voit sur le Dauphin les deux Amours présens sa naissance, Himeros et Eros. Le Dauphin désigne donc par-tout Vénus aphrodite ou marine. On peut encore étendre plus loin l'emblème de ce poisson, de tous le plus sensible à la volupté; comme le ramier, il connaît les douceurs de l'union conjugale (Pline. IX, 8.); il quitte les grottes profondes pour venir à la surface des eaux entendre une voix mélodieuse, et suivre les humains; c'est enfin dans l'empire de Neptune, le messager des affaires amoureuses, et sa figure brille parmi les constellations célestes, par la reconnaissance d'Amphitrite (Igin. Astr. poet. II. 17.)
Hauteur, 5 p°.
PLANCHE VIII.
FIG. I. VÉNUS, d'une exécution précieuse. Près d'elle est un vase couvert d'une draperie qu'elle soulève. On voit souvent placés près de Vénus, ces sortes de vases, assez grands, qu'on a mal-à-propos confondus avec les albâtres servant à contenir des parfums. Il est peu d'amateurs d'antiquités qui ne possèdent de ces petits flacons nommés albâtres, de la matière dont ils étaient primitivement formés, faits ensuite de toutes sortes de pierres précieuses, de terre cuite même, et d'or et d'argent. On peut encore en prendre une idée par la comparaison que fait Pline de ces flacons, à des perles taillées en forme de poire, et à des boutons de rose. Les grands vases ne sont autre chose que des aiguières (hydriæ); donnés comme attribut distinctif à Vénus, ils rappellent ces soins délicats qui entretiennent l'éclat de la beauté, comme la rosée nourrit la fraîcheur des filles du printemps.
FIG. II. Autre Vénus. Elle est occupée à arranger ses cheveux; une draperie qui paraît avoir glissé par négligence, s'est arrêtée au-dessous de la ceinture.
Nous omettons trois petites figures de la même Divinité, peu intéressantes.
Hauteur de chaque Figure, 5 p°. 3 lig.
PLANCHE IX.
(P. 18, 23, t. VI de l'Édition royale.)
FIG. I. Un jeune homme nu, le casque en tête, sans aucun autre ornement ni attribut. Les mains sont placées de sorte qu'elles paraissent avoir tenu quelque objet, peut-être une lance; la poitrine large et relevée est un signe de force. L'opinion la plus vraisemblable est que cette figure représente le dieu Mars. Nous l'avons déjà vu nu et imberbe dans une peinture (tome III, pl. 15). Nous avons aussi fait quelques remarques sur un casque ras assez semblable à celui-ci (Bronz. t. IV, pl. 43). Eschyle distingue Mars par ce seul nom, la Divinité au casque d'or. Il faut considérer ici le casque, seul attribut donné à ce bronze, comme celui du Dieu de la guerre. Parmi les différens surnoms donnés cette Divinité, on remarque celui d'Enyalius; sous ce nom, quelques Mythologues ont cru retrouver une autre Divinité; un fils du dieu Mars, adoré ou confondu avec celui-ci.
FIG. II. Ce bronze également précieux par le travail et la rareté, représente un Cabire, que l'on reconnaît au fer ou ciseau qu'il tient à la main, et principalement au bonnet pointu qui lui est propre. Nous avons eu occasion de parler de ces Divinités dans les peintures (tome III, pl. 23). Quoique leur culte mystérieux ait été universellement répandu, leurs images sont extrêmement rares. De toutes les recherches qui ont été faites à leur sujet, on peut déduire qu'il s'était établi sous le patronage des Cabires, une sorte de confrérie ou de société philantropique, dont l'esprit dérivait du respect qu'inspiré l'utilité des arts mécaniques. Les attributs des Cabires étaient le bonnet pointu et le marteau de Vulcain. On retrouve l'esprit de cette société dans tous les âges, il s'est du-moins perpétué chez les modernes dans différentes institutions, et, en remontant à son origine, on le voit sortir des montagnes de la Phrygie, dites Cabires, c'est-à-dire du sein des peuples les plus anciens qui soient connus par l'histoire profane. Les mystères cabiriques étaient proprement dits samothraciens de l'île de Samothrace, où régnait le culte des Cabires, et où se faisaient les initiations.
FIG. I.—Hauteur, 9 p°. 6 lig.
FIG. II.—Hauteur, 8 p°. 6 lig.
PLANCHE X.
(P. 19, t. V de l'Édition royale.)
FIG. I. Pallas. Il lui manque la main droite, et la lance ou un autre instrument qu'elle tenait de la gauche.
FIG. II. Apollon tenant son carquois fermé et son arc débandé, signe de clémence et de faveur, comme nous avons déjà eu occasion de l'observer ailleurs.
FIG. III. Hercule avec la peau du lion et la massue.
FIG. IV. Esculape avec une patère et le serpent entortillé à son bâton.
Ces quatre Divinités appartiennent à la médecine. On sait qu'Apollon en fut l'inventeur, et qu'Esculape son fils en fit un art. Hercule était le médecin des Messéniens dans toutes leurs maladies (Arist. in Hert. p. 61.); il était surnommé Alexicacus (qui repousse les maux). Dans une inscription, il est appelé Salutifer (Muratori, LXII, 9.—LXV. 5.).
Minerve avait des temples dans la Grèce sous le nom d'Ophthalmitis et d'Hygea, et à Rome sous le nom de Medica: on indique encore les ruines de ce dernier temple.
Hauteur de chaque Figure, 3 p°. 10 lig.
PLANCHE XI.
(P. 20, t. VI de l'Édition royale.)
Cette figure d'Hercule joint le mérite de la conservation au mérite de l'exécution. La peau du lion, la massue, servent moins encore à la faire reconnaître, que le caractère imprimé à ce bronze. Nous avons déjà fait remarquer combien les anciens observaient religieusement, dans les images de leurs Dieux, la physionomie une fois reçue: «d'un aspect terrible, d'une taille élevée, robuste, nerveux, les cheveux crépus, le teint basané, le nez aquilin et des yeux d'azur lançant une flamme foudroyante,» tel est le portrait d'Hercule, tracé par les écrivains; ces mêmes traits se retrouvent facilement dans tous les monumens de la peinture, de la sculpture et de la statuaire.
Ce bronze est actuellement dans le Cabinet de S.M. l'Impératrice et Reine, à la Malmaison. Les proportions de cette statue sont un peu lourdes.
Hauteur, 2 pieds 2 pouces.
PLANCHE XII.
(P. 24, t. VI de l'Édition royale.)
Ce bronze précieux par la beauté du travail et par sa rareté, représente une jeune femme qui, de la pointe de ses pieds réunis, se tient debout sur un globe. Cette seule indication toute particulière, semble suffire pour faire reconnaître la Fortune. Souvent on voit cette inconstante Déesse représentée avec une roue ou un globe auprès d'elle, et quelques fois sous le nom de Redux, avec le globe à la main. Nous ne connaissons point de monumens où elle soit posée sur le globe; mais cet emblème se retrouve dans d'anciennes traditions et d'anciens écrits. Dans le tableau de Cébès, la Fortune est ainsi décrite: «Quelle est cette femme qui paraît être comme une aveugle et une furieuse, et qui se tient debout sur une pierre ronde?—C'est la Fortune non-seulement aveugle, mais encore folle et sourde, et cet attribut dévoile bien sa nature.—Quel est-il cet attribut?—De rester debout sur une pierre ronde.—Eh! qu'est-ce que cela signifie?—Qu'aucun de ses dons n'est sincère ni stable, et que la chute sera profonde et cruelle à qui osera se fier à elle». C'est cette pierre ronde des anciens artistes que leurs successeurs ont remplacé par une roue. L'antiquité du symbole reproduit dans ce bronze, peut faire penser qu'il est d'ouvrage étrusque. L'union des jambes si agréablement motivée, s'accorde avec cette opinion, confirmée par le collier de gemmes et de rayons. Cette figure pourrait être la déesse Nortia des Toscans, reconnue communément pour être la même que la Fortune. Ses cheveux sont rassemblés sans recherche dans un nœud fixé derrière la tête; une tunique courte sans manches, soutenue sur les épaules par deux agraffes; une seconde tunique tombant sur les pieds, forment son vêtement souple et léger; d'une main elle tient avec grâce l'un des bouts de la première; de l'autre, elle soulève un pan de la seconde, et les plis cèdent, sur tout son corps, l'aspérité des formes de la jeunesse. C'est encore l'image de la Fortune Vierge, décrite par Varron, et revêtue de deux robes ondoyantes.
Le globe sur lequel pose la figure, est orné d'un feston de feuilles de laurier: cette particularité fait douter M. Viscontí de l'explication donnée. Ce globe ne serait-il pas une cortine, un couvercle de trépied, et la danseuse ne serait-elle pas la prêtresse de Delphes, saisie de l'inspiration du Dieu?
Hauteur, 1 pied 1 pouce 6 lig.
PLANCHE XIII.
(P. 25, 26, t. VI de l'Édition royale.)
Cette Fortune, ouvrage d'un excellent artiste, se présente, avec ses attributs les plus connus, le timon et la corne d'abondance. Elle porte de plus, sur la tête, le groupe des symboles qui appartiennent à Isis, la fleur du lotus (ciselée en argent), les plumes, le modius ou boisseau. Nous avons déjà fait remarquer (Tome IV, pl. III) que la Fortune partageait avec la Divinité des Égyptiens, les emblêmes de l'abondance; et en effet, Apulée (Met. XI) ne fait d'Isis et de la Fortune qu'une même Divinité; mais c'est, pour emprunter ses expressions, «cette Fortune clairvoyante qui, de l'éclat de sa lumière, illumine tous les autres Dieux», Déesse opposée à la Déesse aveugle, la divine Providence elle-même. On sait combien les opinions sur la Fortune ont été variées; les uns lui ont donné l'empire de toutes les choses accidentelles; les autres, des choses suivies, qui dépendent de l'ordre de l'univers soumis à l'immuable destin. Elle était adorée comme versant ses influences sur les sexes, les ordres de l'état, les villes, les nations entières et les souverains qui les gouvernent: de-là les temples élevés à la Fortune virile, à celle des femmes (Muliebris), à la Fortune équestre, à la Fortune d'Antium, de Préneste, à la Fortune du peuple Romain, à celle d'Auguste; on honorait jusqu'à la Fortune de la journée. Nous croyons pouvoir nous dispenser de rapporter plusieurs petites figures de la Fortune, qui suivent dans l'édition originale celle que nous donnons ici en deux dessins. Ce beau bronze réunit tout ce qui peut satisfaire la curiosité. Nous ferons encore remarquer le bracelet en forme de serpent; il ne paraît pas ici un ornement ordinaire. Symbole de la santé, symbole de la Divinité chez les Égyptiens, on le voit encore attribué à d'autres images de la Fortune. On admirera l'élégance et la belle distribution des plis de la draperie; l'écharpe dentelée qui forme un nœud sur la poitrine, se rencontre souvent dans les figures d'Isis. Enfin, cette belle figure peut être considérée comme l'emblème le plus complet de la Divinité qui préside à la félicité humaine.
Hauteur: 1 P. 2 p°.
PLANCHE XIV.
(P. 29, t. VI de l'Édition royale.)
Les connaisseurs ont regardé cette statue comme l'ouvrage en bronze le plus précieux et le plus parfait qui reste de l'antiquité, digne en quelque sorte d'entrer en comparaison avec les chefs-d'œuvre de la sculpture en marbre. Pline, parmi les nombreuses statues en bronze les plus estimées de son temps, cite les Mercures de Polyclète, de Naucydès, de Cephissodore et de Pisicrate; c'est une chose vraîment remarquable que, de tant de fameuses statues de bronze de Polyclète, de Silanion, de Pythagoras, de Lysippe et d'autres excellens statuaires, aucune ne soit parvenue jusqu'à nous. On doit, sans-doute, en attribuer la cause aux incendies, aux saccages dont les cités, et Rome particulièrement, furent si fréquemment la proie, et sur-tout à l'avidité des barbares qui ne voyaient que du métal dans les œuvres du génie; le marbre, inutile pour eux, fut plus respecté, et des merveilles de l'art qui ont survécu à tant de nations, font encore aujourd'hui la gloire de celles qui les possèdent. Ce Mercure, ainsi que d'autres monumens plus fragiles, que nous avons déjà exposés, n'a dû sa conservation qu'à l'engloutissement d'une cité toute entière, qui, après plusieurs siècles, rend toutes ses richesses à la terre d'où elle avait été effacée. Oh! combien il est consolant pour le génie qui tend à l'immortalité de voir par quels miracles dans tout l'univers la gloire des arts échappe encore au temps destructeur!
Trouvé à Portici, le 3 août 1758.
Hauteur, 4 Pieds.
PLANCHE XV.
(P. 31, t. VI de l'Édition royale.)
Voici la même statue de Mercure que nous offrons sur un autre point de vue. Les aîles au talon, se trouvant le seul attribut de la figure, auraient pu la faire prendre pour l'image de Persée, si de la comparaison des monumens, il ne résultait une opinion bien établie en faveur du messager des Dieux. On voit dans Béger (Thes. Brand, t. III, p. 236) une figure semblable assise sur un rocher, n'ayant pour tout attribut que les talonnières et une bourse à la main, qui ne peut convenir à Persée. Notre Mercure tient dans la main droite un fragment qui paraît appartenir au caducée ou à la verge avec laquelle le Dieu conduisait les ames aux enfers. L'état de repos ne paraît pas convenir à ce messager si bien employé; cependant ce choix d'attitude, quoique rare, n'est pas sans exemple; Pausanias (II, 3) fait mention d'une statue de bronze que possédaient les Corinthiens, représentant Mercure assis, ayant à ses côtés un bélier. Béger donne encore une très rare médaille de Tibère, où l'on voit au revers Mercure assis sur un promontoire; l'antiquaire observe qu'en Afrique, sur le promontoire de Mercure, était située la ville de Clupea, à laquelle appartient peut-être cette médaille. On élevait des temples sur les promontoires, et on y consacrait des statues de Mercure; on regardait, sans doute, ces lieux comme un point de repos pour le divin messager. Ainsi Virgile le peint se reposant sur le mont Atlas, et de-là se précipitant vers les flots comme un oiseau (Æn. IV, p. 252). Le poète l'appelle Cyllénius du mont Cyllène en Arcadie, où Mercure était né; ce lieu lui était cher, et peut encore servir à motiver la pose où il est ici représenté. Nous devons observer que le rocher est moderne; on n'a point trouvé la pierre ou le bronze antique qui servait d'appui à la figure; mais la restauration paraît suffisamment justifiée par toute l'attitude.
Hauteur, 4 Pieds.
PLANCHE XVI.
(P. 35, t. VI de l'Édition royale.)
On reste indécis, après avoir examiné ce bronze, s'il représente Mercure ou Persée; les attributs du Dieu et du Héros peuvent aisément se confondre. On voit le plus souvent Mercure coiffé du chapeau, ou Pétase aîlé, rarement le fils de Danaé porte ce chapeau: cependant c'est quelquefois son seul attribut, et quelquefois le fils de Maïa n'en a pas d'autre que les talonnières. Béger a publié un Mercure avec le diadème (Th. Brand. t. III, p. 236). Cet ornement qu'on remarque ici paraîtrait devoir plutôt appartenir au roi d'Argos. La figure portait, sans doute, quelque objet qui l'aurait fait reconnaître d'une manière plus assurée: à considérer le mouvement de la main repliée, on pourrait présumer que l'objet qu'elle renfermait était rond; si l'on suppose que c'était une pomme, il faut se décider en faveur de Mercure apportant au berger Pâris la pomme qu'il doit décerner, pour prix de la beauté, à l'une des trois Déesses.
Ce superbe bronze se voit actuellement à la Malmaison, dans le Cabinet de S.M. l'Impératrice et Reine.
Hauteur, 2 P. 8 p°.
PLANCHE XVII.
(P. 36, t. VI de l'Edition royale.)
La beauté, la délicatesse des formes, mieux encore que le thyrse, font reconnaître dans cet excellent bronze, une figure de Bacchus. Ses cheveux longs et relevés avec une sorte de négligence appartiennent encore à ce même caractère de mollesse: «Toujours semblable à lui-même, ses traits répondent à sa nature; parmi les garçons c'est une fille, parmi les filles c'est un garçon; parmi les adultes il est imberbe; il charme toujours (Arist. H. in Bacc. p. 53)». Sa main élevée avec grâce paraît devoir tenir un vase. Ce Bacchus rappelle celui du tome II des peintures, pl. 33.
Hauteur, 1 P. 4 p°.
PLANCHE XVIII.
(P. 38, t. VI de l'Edition royale.)
Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer les traits caractéristiques auxquels on peut distinguer entre eux les Faunes, les Satyres et les Silènes, dont les attributs ont été souvent confondus. (Voyez Peint, tom. I, pl. 16.). Ce bronze représente un Faune, dont l'action vive et pétulante fait le caractère; comme un air sauvage, le front étroit, les oreilles longues et la queue au bas du dos, en désignent l'espèce: la queue est sur-tout leur signe distinctif. On rencontre souvent, dans les monumens bachiques, ces figures exprimant la joie folle et emportée de l'ivresse. Les Faunes représentaient les antiques et sauvages habitans des campagnes et des forets. Vêtus de la dépouille des bêtes fauves, laissant à ces peaux les parties saillantes, comme les oreilles, les pattes et la queue, l'imagination a pris plaisir à confondre cet extérieur bizarre avec leurs personnes; c'est ainsi qu'on se forma l'idée des Centaures, en voyant les premiers hommes à cheval. Ces images enfantées par la peur ou par la superstition, furent consacrées par le langage métaphorique des poètes, et ce qui demeura, pour les sages de l'antiquité, un emblême ingénieux du dérèglement des passions, fut, pour le vulgaire, l'objet d'un culte extravagant. Tous les êtres monstrueux dont on forma la suite de Bacchus, se perpétuèrent encore dans l'imagination par les représentations théâtrales; et les poètes se servirent adroitement, et souvent avec trop de licence, de ces personnages, pour répandre à pleines mains le sel de leurs sarcasmes. C'est cet abus choquant dans un siècle plus poli, qu'Horace a combattu en réglant le caractère convenable aux Faunes introduits sur la scène (Art. poét. 244.).
PLANCHE XIX.
(P. 40, t. VI de l'Édition royale.)
Ce beau bronze représente encore un jeune Faune; assis sur un tas de pierres, un bras replié sur la tête, l'autre pendant, il est dans l'abandon du sommeil. Outre les cornes naissantes, il a sous le cou deux excroissances de chair en forme de figues, semblables à celles qu'on remarque quelquefois dans les chevreaux; ce signe est commun aux Faunes et aux Satyres. Delà est venu, chez les Latins, le nom de Ficarius Faunus donné au dieu Faune.
Hauteur, 3 P. 6 p°.
PLANCHE XX.
(P. 41, t. VI de l'Édition royale.)
Ce bronze, d'un goût et d'un fini précieux, représente un Marsyas, ou, pour s'exprimer plus généralement, un Silène; la couronne de lierre (dont les feuilles sont en argent); les oreilles de chèvre, seul signe qui s'écarte de la nature humaine, le front chauve, la barbe épaisse, et la maturité de l'âge qui se fait sentir dans le visage et dans tout le corps, tout concourt à le caractériser. La position des mains et des doigts, la contraction de la bouche et les plis du front indiquent qu'il jouait de la flûte, quoique l'instrument soit perdu. Le socque qu'il a sous le pied droit paraît destiné marquer la mesure, et c'est peut-être le Crupèze décrit par Pollux (VII, 87) dont les Béotiens se servaient habilement, et qui les faisait appeler Crupezophores.
Hauteur, 10 pouces.
PLANCHE XXI.
(P. 42, t. VI de l'Édition royale.)
Ce bronze est compté parmi les plus belles statues du Musée Royal; c'est un Silène ou un Faune étendu sur une peau de bête fauve, et appuyé sur une outre. L'abandon de l'ivresse ne peut être rendu avec plus de vérité, et la nature de ce suivant de Bacchus a permis à l'artiste de la montrer, pour ainsi-dire, dans toute sa nudité. Il est encore bien caractérisé par le diadême et les corymbes, par les oreilles pointues et les deux excroissances qui lui pendent sous le cou. Anacréon (Od. 38) se compare à Silène, qui, quoique vieux, boit et danse à l'égal des jeunes gens, et qui, pour sceptre, tient une outre au-lieu de la férule. Si notre Silène ne s'est point fait un sceptre de son outre, il s'en fait un coussin digne de son trône et de sa joyeuse indolence.
Hauteur, 4 P. 6 p°.
PLANCHE XXII.
(P. 43, t. VI de l'Edition royale.)
Nous donnons un second dessin du Silène ivre, qui fait le sujet de la planche précédente. On saisira mieux, dans celui-ci, toute l'expression et le geste remarquable que fait le personnage bachique avec les doigts de la main droite. L'index déployé, il presse le doigt du milieu sur le pouce pour produire ce claquement, signe de mépris et d'insouciance. Ce jeu des doigts était une circonstance remarquable dans la célèbre statue de Sardanapale, décrite par Aristobule, chez Athénée (XII, 7). La statue en marbre de ce roi voluptueux était élevée sur son tombeau; il faisait ce même geste; dans l'inscription on lisait: Mange, bois, divertis-toi; et le geste semblait dire: Tout le reste ne vaut pas cela.
Hauteur, 4 P. 6 p°.
PLANCHE XXIII.
(P. 44, t. VI de l'Edition royale.)
Cette figure curieuse servait à la décoration d'une fontaine, découverte dans les fouilles de Portici au mois de décembre 1754; elle tenait le milieu parmi dix autres plus petites, toutes servant au dégorgement des eaux. Le vieux Faune ou Silène, comme on voudra l'appeler, couronné de lierre, la barbe divisée en longues moustaches, est à cheval, d'un air très-sérieux, sur une outre qu'il tient par les oreilles, et dont la large bouche donnait passage à l'eau. Il se tient en bon écuyer, le corps droit et les jambes pendantes, approchant du ventre de sa monture, ses talons armés d'une chaussure grossière. Ces figures bachiques étaient souvent employées à répandre les eaux des fontaines. Le caprice de l'artiste en variait à son gré les intentions. Si l'on voulait supposer ici quelque intention allégorique, on pourrait rappeler le proverbe grec: «Le vin est un bon cheval pour qui a du chemin à faire»; mais il faudrait penser aussi que le bon Silène croit tenir entre les jambes une outre plus généreuse, et qui épanche autre chose que le trésor des nymphes.
Hauteur, 1 P. 3 p°. 6 lig.
PLANCHE XXIV.
(P. 45, t. VI de l'Édition royale.)
Comme le précédent, ce Faune ou Silène faisait partie de la décoration dont nous avons parlé; couronné de lierre, ayant des oreilles de chèvre, la barbe longue et bouclée, sa corpulente virilité n'a rien de plus gracieux. L'eau s'épanchait de l'outre sur laquelle il s'appuie. De l'usage fréquent de ces figures était dérivé le nom de Silanus (le même que Silenus) pour exprimer le tuyau d'une fontaine.
Hauteur, 11 pouces 7 lignes.
PLANCHE XXV.
(P. 46, t. VI de l'Édition royale.)
Autre Faune de la même fontaine. On remarque en lui les mêmes attributs bachiques, les mêmes signes de virilité, exprimés dans ses compagnons. Cette poitrine large, hérissée de poils, ne désigne pas seulement une nature robuste et sauvage, c'est aussi l'emblème des qualités généreuses qui suivent une forte complexion, le courage, la prudence et la sagesse. Homère et les anciens poètes se plaisent, dans leur langage mâle et naïf, à peindre les grands cœurs sous cette rude enveloppe. Si l'observation n'a point d'application pour ces figures muettes et grotesques, on pourra cependant se souvenir que le masque de Silène en est, pour ainsi-dire, le type, et que ce précepteur de Bacchus est l'un des premiers sages de l'antiquité. Notre Faune caresse une panthère qui vomissait de l'eau; un autre Faune semblable lui servait de pendant.
Hauteur, 1 pied 8 lignes.