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Antiquités d'Herculanum, Tome V. Bronzes cover

Antiquités d'Herculanum, Tome V. Bronzes

Chapter 48: PLANCHE XL.
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About This Book

A detailed illustrated catalogue of small bronze statuettes recovered from Herculaneum, offering plate-by-plate descriptions of deities and mythic figures, stylistic attributions (Etruscan versus archaic Greek), physical measurements, and notes on restorations. The commentary explains iconography—scepter and thunderbolt for Jupiter, pomegranate or apple for Junonine figures, owl and aegis for Minerva, and cornucopia and patere for Concordia—links attributes to ancient literary authorities, and highlights craftsmanship such as inlaid silver, elegant drapery folds, and winged helmets. Observations discuss religious and civic symbolism, parallels with coinage and gems, and cautious identification where attributes or provenance remain uncertain.



PLANCHE XXVI.

(P. 47 et suiv, t. VI de l'Édition royale.)

Les quatre enfans ou génies que nous rassemblons dans cette planche, faisaient encore partie de la décoration de la fontaine; les instrumens qu'ils portent servaient à en répandre les eaux.

Dans le premier, on reconnaît un petit Faune d'un aspect gracieux; les cornes commencent naître sur son front; d'une main, il tient une corne, vase à boire; de l'autre, un petit outre. On faisait des outres de la peau de divers animaux, et de différentes dimensions; les plus portatives se nommèrent d'abord chez les grecs ascoi, ensuite flascoi, flacons. Parmi les vases antiques, dits improprement étrusques, on en trouve beaucoup qui ont conservé la forme de ce vase primitif qu'ils ont remplacé.

Les deux autres Génies s'appuient sur un masque supporté par une petite colonne. L'arrangement des cheveux dans ces Génies, mérite quelqu'attention: c'est une coiffure qui appartient l'enfance; elle se nommait vulgairement scorpion, de la forme que prenait la touffe de cheveux liés sur le sommet du front, lorsque les pointes se divisaient en deux boucles: les Athéniens l'appelaient aussi crobilos, quand la touffe n'offrait qu'une seule pointe conique, ressemblant à une pomme de pin. On remarque cette même coiffure dans les images de la jeunesse, sur les médailles. Nous pourrions considérer ces enfans comme des génies de Fleuves. Les Fleuves n'étaient pas toujours représentés sous la figure d'un vieillard barbu. Le fleuve Agrigente en Sicile, le fleuve Melès de Smyrne, se montraient sous l'aspect d'un enfant riant et gracieux: les médailles nous offrent souvent les Fleuves sous cette image agréable. On sait encore que les jeunes garçons étaient chéris des nymphes; elles enlevèrent Hylas; elles prirent soin de l'enfance de Jupiter, de Bacchus, de Pan, d'Aristée, d'Énée, et de plusieurs autres. L'enfance près des eaux est du-moins un emblême ingénieux de leur fécondité.

Des deux autres enfans, l'un tient un dauphin sous le bras, l'autre porte sur l'épaule un vase, proprement dit hydria.

Hauteur, 1 P. 2 p°.



PLANCHE XXVII.

(P. 52, t. VI de l'Edition royale.)

FIG. I. On peut reconnaître un Dieu Lare dans cette figure de style étrusque. Les images certaines des Lares, qui présidaient aux quartiers de Rome, et que plusieurs bas-reliefs, accompagnés d'inscriptions, nous ont fait connaître, ne nous laissent aucun doute sur le véritable sujet de ce bronze. Toutes les collections et les cabinets des curieux en possèdent de semblables, mais ordinairement plus petites. La corne d'abondance est le symbole de la bonté de ces divinités domestiques et locales; la patère paraît demander des libations et recommander leur culte; l'habit succinct les présente comme des ministres des grands Dieux, employés sans cesse à parcourir la terre et à y répandre leurs bienfaits. M. Visconti, dans ses savantes explications du musée Pio-Clémentin (t. IV, pl. dernière) a fixé le caractère qu'offrent les images des dieux Lares: nous aurons occasion d'en parler encore au sujet de la planche suivante. La robe gonflée par le vent est une particularité qui semble indiquer que la divinité protectrice est en grand mouvement ou placée dans un vestibule: on remarque encore une draperie qui lui pend sur l'épaule, et dont une partie lui sert de ceinture; c'est une espèce de palliolum ou petit manteau. La chaussure est le socque proprement dit: c'est le soulier qui ne passait pas la cheville du pied, et qui, étant en Italie la chaussure la plus commune, est devenue l'emblème de la comédie; sur le soulier est une languette destinée à recouvrir les attaches: c'est ce qui donne lieu à une plaisanterie d'un poète comique, rapportée par Athénée, et qui, de nos jours, ne paraîtra pas d'un bon sel, «que les femmes ont de la langue jusque sur leurs souliers». (Ath. XV, 6. p. 677).

FIG. II. Ce bronze, d'un excellent travail, représente un Echanson, proprement dit Pocillateur, tenant d'une main un rhyton, terminé en forme d'animal, et de l'autre une coupe. L'habit succinct est relatif à ses fonctions, et le reste de son ajustement rappelle ce que dit Pétrone d'un bel enfant qui servait à table dans le festin de Trimalchion, couvert des attributs de Bacchus; c'est précisément ce qu'on remarque ici dans les brodequins passés sur les souliers, dans le diadème, dans les feuilles et les corymbes de lierre, et sur-tout dans les cornes postiches.

FIG. I.—Hauteur, 1 P. 11 p°.

FIG. II.—Hauteur, 1 P. 2 p°.



PLANCHE XXVIII.

(P. 54, 55, t. VI de l'Édition royale.)

La première de ces figures tenant un rhyton et une patère, ayant une couronne et l'habit succinct, est un dieu Lare; l'autre, plus richement vêtue, la tête ceinte d'une bandelette dont les bouts retombent sur les épaules, paraît être un Camille ou ministre des sacrifices. Les images des dieux Lares n'étaient pas seulement placées dans les carrefours, dans les vestibules et les pièces intérieures des maisons, elles servaient encore à décorer les buffets et les tables mêmes; quand elles ont cette destination, on ne les voit guère sans quelqu'attribut de Bacchus; et le plus commun, le plus caractéristique est précisément le rhyton, ce vase primitif. L'usage suivi dans les festins servirait encore appuyer cette opinion, si elle n'avait pour elle l'autorité de plusieurs monumens connus. «Après le premier service, on enlevait les tables, on jetait au feu tous les restes; un enfant appelait les Dieux propices; on apportait de nouvelles tables couvertes de fruits et de vases de vin; on posait les dieux Lares sur la table; quelquefois on les promenait dans la salle en les donnant à baiser aux convives; ensuite on portait les saluts au bon Génie ou Bacchus, aux autres Dieux, et aux hommes qu'on voulait honorer» (Serv. in Æn. liv. 730.—Petron. cap. 60). Le respect qu'on portait à ces Dieux familiers, témoins de toutes les actions privées et secrètes, était peut-être le sentiment religieux le plus profond. On peut en voir une preuve dans le soin que fait prendre Virgile au vieux Anchise, de sauver ses dieux Lares de sa ville embrâsée, comme son plus cher trésor.

FIG. I.—Hauteur, 5 pouces 6 lignes.

FIG. II.—Hauteur, 5 pouces 10 lignes.



PLANCHE XXIX.

(P. 56, 57 t. VI de l'Édition royale.)

FIG. I. Ce bronze, d'un excellent travail, représente un beau jeune homme qu'on reconnaîtra facilement encore pour un Camille ou Pocillateur sacré. Il porte un sceau (situla) et un éventail formé de plumes, qui désignent ses fonctions; il a l'habit succinct à demi-manches; ses cheveux arrangés avec soin, sont ornés d'une couronne dont les bandelettes retombent sur les épaules. Sa figure est d'une grande beauté, et donne penser que, suivant l'usage rapporté par Athénée, il a été choisi dans la fleur de la jeunesse pour porter les choses sacrées. Les prêtres et les ministres du culte devaient être exempts de toute imperfection; ceux qui approchaient les Dieux devaient leur plaire par un extérieur agréable: c'était un noble hommage qu'on faisait à la Divinité de ses propres dons. «En effet, la beauté est le plus riche de nos biens, le plus agréable aux Dieux et aux hommes; tous les autres font naître l'envie et produisent des ennemis; la beauté se concilie la bienveillance de tous (Dion. Chris. Or. XXIX), à moins qu'il n'en soit quelquefois autrement parmi les femmes (Luc. in char.). Le beau n'est autre chose que ce qui plaît, et ce qui déplaît n'est pas beau (Xenoph. in conv.).» Cette passion du beau était, chez les anciens, un sentiment religieux, et nous voyons, par leurs ouvrages, combien ce sentiment a élevé et fécondé leur génie.

FIG. II. Ce bronze paraît être d'un bon style étrusque. C'est encore un Camille ou un Pocillateur; son action seule peut déterminer son caractère; les palmes tournées vers le ciel conviennent au moment de la prière, il tourne sur la pointe des pieds, et on peut supposer que ce personnage exécute une danse religieuse. Cette action pourrait aussi convenir au danseur d'un banquet; les cheveux bouclés en longs anneaux (calamistrati) appartiennent à un personnage de cette profession.

Il paraît que cette dernière figure avait une coupe ou une patère dans la main gauche.

FIG. I.—Hauteur, 8 p°. 4 lig.

Fie. II.—Hauteur, 8 pouces.



PLANCHE XXX.

(P. 58, 59, t. VI de l'Édition royale.)

Nous réunissons, dans une seule planche, ces deux excellentes statues de bronze, qui, opposées l'une à l'autre, forment une action parfaite. Ce sont deux lutteurs en présence qui rassemblent leurs forces dans une pose étudiée, tout prêts à s'attaquer. La description que fait Héliodore (X, p. 505) de Théagène s'apprêtant à la lutte, s'adapte merveilleusement au sujet. «Théagène, dit-il, prit de la poussière, s'en frotta les bras et les épaules tout humides de sueur; ensuite, étendant les deux bras en avant, affermi sur les pieds, les genoux un peu pliés, courbant et voûtant le dos et les épaules, fléchissant le cou d'un côté; enfin, renforçant et rassemblant toutes les parties de son corps, il attendait avec impatience le moment de la lutte». En voyant nos athlètes, on retrouve tous les traits de cette vive peinture. Leur beauté répond à l'idée qu'on se forme, d'après les écrits des anciens, des jeunes gens dont la force, la grâce et l'agilité s'étaient développées dans les exercices de la gymnastique, et notamment de la palestre, qui avait pour but de faire valoir tous les avantages du corps. Aucune de leurs formes n'est altérée par l'effort de leur vigueur concentrée, c'est en cela que réside la perfection de cet art: qu'on les anime, la force ou l'adresse décidera de la victoire; mais le spectateur est content, et l'esprit satisfait ne demande rien au-delà de ces belles poses.

Ces deux figures, de grandeur naturelle, ont été trouvées ensemble dans les fouilles de Portici, en 1754; et comme ces sortes de statues servaient de décoration aux gymnases, on est porté à croire que celles-ci ont décoré le gymnase d'Herculanum. Il n'y avait presque point de ville grecque qui n'eût un gymnase. Celui de Naples était très antique et très-célèbre, et une ville aussi florissante qu'Herculanum n'a pas dû être privée d'un tel monument.

FIG. I.—Hauteur, 4 P. 7 p°.

FIG. II.—Hauteur, 3 P. 2 p°.



PLANCHE XXXI.

(P. 60, t. VI de l'Édition royale.)

Cette petite statue déjà précieuse par le travail, le deviendrait encore davantage, si, parmi les héros auxquels conviennent ses attributs, on pouvait déterminer celui qu'elle représente. Le pied posé sur une pierre, le genou plié, le coude appuyé sur le genou, la tête levée et le regard fixe, son attitude, expriment le repos et l'attention. Cette attitude de choix se trouve répétée dans quelques monumens antiques. Rien dans les formes n'appartient au beau idéal; c'est l'expression naïve de la nature. Le diadême, les cornes de taureau qui paraissent sur sa tête, la chlamide héroïque, semblent être une espèce d'apothéose en faveur du personnage. Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer que les cornes de taureau étaient l'emblème de la force et de la puissance; nous les avons vu faire partie d'une armure dans un trophée. Démétrius Poliocerte est représenté dans quelques médailles avec des cornes de taureau, soit par allusion à son habileté, comme inventeur de machines guerrières, soit par imitation des attributs de Bacchus, dont il affectait de suivre les traces. On voit aussi dans les médailles, Alexandre avec des cornes de bélier, en mémoire de Jupiter Ammon, dont il voulait passer pour fils, on voit Lysimaque et Magas paraître dans leurs images avec le même signe. Dans un oracle antique rapporté par Pausanias (X, 15), Attale, roi de Pergame, vainqueur des Gaulois, est nommé fils du taureau. Séleucus Nicator (ou vainqueur) fondateur du royaume et de la race des Séleucides, s'était rendu célèbre par un acte de vigueur et de force digne des temps héroïques; seul il avait pris et rapporté à l'autel un taureau sauvage qui s'était échappé d'un sacrifice offert par Alexandre. Les Athéniens lui érigèrent, en mémoire de cette prouesse, une statue de bronze avec des cornes de taureau (Lib. in Antioch. p. 351. Paus. I, 16.); et c'est ainsi que le représentent ses médailles. On penche à voir ce prince dans notre bronze, et l'on rapporte son attitude au moment où il prend les augures sur le mont Casius pour la fondation de Séleucie, ou sur le mont Sylphius pour la fondation d'Antioche. La trop grande jeunesse du héros représenté dans ce bronze, est la circonstance seule, mais bien remarquable, qui paraît s'opposer à cette dernière explication.

Hauteur, 1 pied.



PLANCHES XXXII et XXXIII.

(P. 51, t. VI de l'Édition royale.)

On reconnaîtra facilement Alexandre-le-Grand dans cette statue équestre de petite proportion, que nous donnons sous un double aspect. On a pour comparaison la tête en marbre placée dans le musée Napoléon, et un assez grand nombre de pierres gravées et de médailles, quoique ces derniers monumens ne puissent pas être regardés comme contemporains de l'illustre conquérant. L'empereur Caracalla, qui voulut se faire passer pour un autre Alexandre, prit soin d'en renouveler la mémoire, en faisant élever, dans tous les temples, des statues à double face, comme celles de Janus, présentant sa tête d'un côté, et de l'autre celle du Héros. La nôtre, aussi belle que rare, est l'ouvrage d'un excellent artiste, ou du moins une copie faite avec la plus grande habileté sur un précieux original. On sait qu'Alexandre, par une fierté digne de sa grandeur, ne voulut point permettre de retracer son image à d'autres qu'à Apelles, en peinture, à Pyrgotélès en pierres fines, et à Lysippe en bronze. Le statuaire représenta son illustre modèle dans toutes ses actions, en le prenant à l'enfance; «lui seul, dit Plutarque (De fort. Alex., Or. II), il sut exprimer dans le bronze le caractère d'Alexandre, sa beauté, et en-même-temps son courage, tandis que les autres artistes, ne voulant imiter l'inflexion de son cou, la vivacité et la placidité de ses yeux, ne savaient point conserver cet aspect viril et d'un lion». Voilà le trait principal qui distinguait Alexandre et le rendait supérieur aux autres hommes, quoique d'une taille médiocre. Il avoit le front élevé, les yeux bien fendus et brillans, le nez aquilin, les joues gracieusement colorées, les cheveux blonds et bouclés; une sorte de négligence n'ôtait rien en lui, à une certaine majesté qui résultait d'une exacte proportion des parties du corps; il portait la tête penchée sur l'épaule gauche, comme dans l'habitude de regarder le ciel; c'est ce que Lysippe avait saisi avec tant d'habileté, et une épigramme de l'Anthologie en conserve aussi la vive expression (IV, 8, ép. 87). «Lysippe a rendu l'audace d'Alexandre et toute sa beauté. Quelle force n'a pas ce bronze! les yeux tournés vers le ciel, il semble dire: la terre est à moi; ô Jupiter! règne dans le ciel». Il serait hors de propos de parler ici des faits glorieux qui ont signalé la carrière de notre Héros; l'histoire en est assez connue: comme nos observations doivent se borner aux monumens que nous expliquons, nous rappellerons seulement les dates qui fixent une époque célèbre dans l'histoire des arts. On place la naissance d'Alexandre l'an Ier de la 106e olympiade, le 6 du mois hécatombéon, qui revient au 20 juillet de l'an 356 avant J.-C., vers l'an 400 de la fondation de Rome, la nuit même que le temple de Diane à Ephèse fut incendié. Les historiens sont moins d'accord sur l'époque précise de sa mort; tous conviennent qu'il mourut peine âgé de 33 ans, vers l'an Ier de la 114e olympiade, qui revient à l'an 324 avant J.-C. Cette courte vie parut remplie d'un tel bonheur qu'on s'en forma une idée superstitieuse, d'après laquelle ceux qui portaient l'image d'Alexandre, croyaient devoir réussir dans toutes leurs entreprises; on sait qu'Auguste lui-même se servait de cette image pour cachet. Cette opinion a contribué à en multiplier les copies.

Nous revenons à l'examen de notre beau bronze; l'artiste, en représentant le Héros combattant à cheval, la tête nue, a, sans doute, voulu conserver tous les traits et le caractère de la tête, en-même-temps qu'il démontre l'intrépidité du guerrier. Il est armé d'une épée, et cette épée rappelle le fer admirable par sa trempe et sa légèreté, présent du Roi des Citiéens, et dont Plutarque le représente armé la bataille d'Arbelle; cet auteur fait aussi mention d'un riche ceinturon, ouvrage antique d'Hélicon, présent de la ville de Rhodes; le Roi en porte un sur sa cuirasse. Sur son épaule est suspendue la chlamide macédonienne, différente de l'ancien manteau des temps héroïques, dit Chlaina, en ce qu'elle est plus large par le bas. Pompée, qui trouva la chlamide d'Alexandre parmi les richesses de Mithridate, en fit l'un des plus beaux ornemens de son triomphe. Cette chlamide est encore célèbre, en ce que l'architecte Dinocrates en donna, par adulation, la forme au plan d'Alexandrie. Le cheval, richement harnaché, offre, dans sa tête animée, dans son large poitrail, l'idée du fameux Bucéphale; il se trouve rassemblé par l'arrêt que le héros lui imprime, prêt à foudroyer un ennemi; l'attitude donnée au héros est aussi hardie que savante.

Trouvé à Portici en 1761.

FIG. I.—Hauteur, 1 P. 6 p°.

FIG. II.—Hauteur, idem.



PLANCHES XXXIV et XXXV.

(P. 63, 64, t. VI de l'Édition royale.)

Une Amazone à cheval, prête à lancer un javelot, est le sujet de ce bronze dont nous donnons un double dessin. Quelques auteurs ont regardé l'histoire des Amazones comme fabuleuse: elle est liée à l'histoire des temps héroïques; sous ce rapport, elle appartient aux arts; et, sans entrer dans les discussions des critiques, nous devons la considérer comme consacrée par les monumens. Cette nation de femmes guerrières semble s'éteindre ou se perdre dans l'obscurité, après sa reine Thalestris qui se présenta à Alexandre pour avoir une postérité d'une si belle source: c'est, en effet, l'époque où les progrès des sciences et des lumières mettent un terme aux belles fictions dont s'emparait le génie de la poésie et des arts. Marpésie est leur première reine en Scythie; elle eut quatre filles célèbres, Orithye, Antiope, Melanippe et Hippolyte. Hercule pénétra dans leur pays en l'absence d'Orithye; il désarma Melanippe, arracha à Antiope sa ceinture, sauve-garde ou symbole de la virginité dont les Amazones étaient extrêmement jalouses. Hippolyte fut prisonnière de Thésée qui l'épousa; la vengeance arma ses compagnes; de-là cette célèbre guerre des Amazones dans l'Attique, guerre qui devint l'objet des fameuses peintures du Pécile à Athènes. Après Orithye régna Penthésilée, qui fut tuée par Achille au siège de Troie: ce combat est représenté sur les pierres gravées. L'un des plus beaux ouvrages de Phidias était son Amazone appuyée sur une longue lance. Dans un vase grec admirable, du cabinet de M. Durand, illustré par MM. Visconti et Millin, on voit Hippolyte à cheval, armée de la lance, combattant contre Thésée. L'arme la plus ordinaire des Amazones est la hache à deux tranchans; on les voit aussi avec l'arc et le javelot comme dans notre bronze même. Presque tous les Grecs s'accordent à dire que les Amazones se brûlaient la mamelle droite pour être plus habiles à tirer de l'arc, et que leur nom dérivait de cette mutilation. On voit, malgré cela, dans les monumens, les Amazones avec la mamelle droite bien entière, mais découverte, comme on le remarque ici. L'arme défensive de ces guerrières était le bouclier échancré en forme de croissant (pelta). La nôtre porte un cothurne qui ne revêt qu'une partie de la jambe, et qui laisse le pied à découvert. Son vêtement est la robe courte avec la ceinture. Son attitude est pleine d'aisance; elle manie son cheval avec dextérité, et le coursier impétueux obéit bien à la main qui le guide. Le harnais est composé d'une selle plate à laquelle tient le poitrail, d'une large sangle, et d'une bride complète avec le mors. Ce grouppe est d'une belle exécution.

Trouvé dans les premières fouilles de Portici.

FIG. I.—Hauteur, 9 pouces. FIG. II.—Hauteur, idem.



PLANCHE XXXVI.

(P. 66, t. VI de l'Édition royale.)

Ce beau cheval de bronze est le seul morceau entier et bien conservé, d'un quadrige découvert en 1736 dans les fouilles de Résine, près le théâtre. On sait que les quadriges se plaçaient en l'honneur des dieux, ainsi que des généraux qui avaient bien mérité de la patrie, sur le sommet des temples et des arcs-de-triomphe, dans le forum et dans les lieux les plus remarquables d'une cité: il est vraisemblable que celui-ci décorait le portique du théâtre. La caisse du char était d'un excellent travail: nous donnons dans la planche suivante trois figures qui servaient d'ornement à cette caisse.

Ce cheval, dont la conservation a paru merveilleuse au milieu du désastre qui a mis en pièces ses compagnons, a été placé au milieu de la cour du Musée royal de Portici, avec cette inscription imitée de celle qu'on lisait en Elide, au rapport de Pausanias, sur une colonne de bois, seule échappée de l'incendie du palais d'Enomaiis, embrâsé par la foudre:

EX QVADRIGA ÆNEA

SPLENDIDISSIMA

CVM SVIS JVGALIBVS

COMMINVTA AC DISSIPATA

SVPERSTES ECCE EGO VNVS

RESTO

NONNISI REGIA CVRA

REPOSITIS APTE SEXCENTIS

IN QVÆ VESVVIVS ME

ABSYRTI

INSTAR DISCERPSERAT

MEMBRIS.



Hauteur, 7 pieds.



PLANCHE XXXVII.

(P. 67, 68 et 69, t. VI de l'Édition royale.)

Les trois figures réunies dans cette planche sont de bas-relief, et servaient d'ornement à la caisse du char dont nous avons fait mention dans l'explication précédente.

FIG. I. Junon Reine, dont l'attribut distinctif est ici la couronne radiée. L'expression sérieuse de la figure, l'austérité du costume, conviennent encore au caractère de cette Déesse, mais sur-tout l'agencement de cet ample manteau qui vient lui former un voile sur la tête. On sait que cette coiffure était celle des matrones, et on la voit très-souvent donnée, sur les médailles, aux images de Junon. Les manches de la tunique sont fermées par un rang de fibules, ornement qui n'est pas rare dans les monumens antiques.

FIG. II. Jupiter imberbe. Cette figure n'est pas celle d'Apollon, comme les Académiciens d'Herculanum penchaient à le croire; elle n'en a aucun des attributs; la forme de la chevelure et le jet du manteau conviennent à Jupiter; la draperie d'Apollon, dans les figures demi-nues, est une chlamyde. L'attitude est celle que nous présente un grand nombre d'images de Jupiter; la foudre était dans la main droite, la patère dans la gauche: on voit presque toujours Jupiter avec une barbe majestueuse et touffue; mais on l'adorait aussi comme enfant, adolescent et jeune homme: on le trouve imberbe dans quelques monumens assez rares à-la-vérité. Cette privation de la barbe est surtout reconnue par le nom d'Axur, sous lequel Jupiter était révéré chez les Grecs et chez les Romains. Ici il se présente, selon l'opinion de M. Visconti, une raison de plus pour représenter ce Dieu sans barbe; c'est que l'intention de l'artiste peut avoir été d'offrir, sous l'emblême de la Divinité, quelqu'empereur romain. Nous en verrons un exemple authentique dans la planche XLIII de ce volume. On pourrait, peut-être, également retrouver une princesse romaine, dans la figure de Junon.

FIG. III. La tête de ce dieu Mars est évidemment un portrait romain, et vient à l'appui de notre première conjecture. Les Romains n'ont que rarement représenté ce Dieu à demi-nu, avec la chlamyde seule, la lance à la main et le casque en tête: leurs médailles lui donnent la cuirasse, et l'offrent tout armé, à-peu-près comme il est ici.

FIG. I.—Hauteur, 2 P. 1 p°.

FIG II. et III.—Hauteur, 2 P. 1 p°. 8 lig.



PLANCHE XXXVIII.

(P. 71, t. VI de l'Édition royale.)

Les Canephores dont nous avons déjà parlé dans le Ier volume de cet ouvrage, étaient, à proprement parler, de jeunes Athéniennes qui, dans les fêtes de Minerve, portaient dans des corbeilles des objets sacrés et peu connus: on a donné ensuite ce nom à celles qui, dans les fêtes de Bacchus et de Cérés, portaient aussi les cistes mystiques et les corbeilles où étaient renfermées les offrandes et les choses destinées aux sacrifices. Le développement que donnait aux grâces naturelles du corps l'attitude et le mouvement de ces femmes religieuses, choisies parmi les plus nobles et les plus belles d'une cité, offrait des modèles aux artistes qui se plaisaient à les répéter. Les objets que doivent porter ces figures manquent souvent dans les monumens, soit par les ravages du temps, soit par une négligence des artistes. Le nom de Canephores ou de Cistophores, porteuses de corbeilles ou de cistes mystiques, semble être devenu un nom de convention, leurs fonctions pouvant être de porter tout autre objet, comme un vase, une aiguière, et leur dénomination variant alors chez les anciens Grecs, suivant les attributs. Ainsi Pline a nommé la Canephore une statue de Scopas; et Cicéron décrit, sous le même nom, deux statues de bronze, ouvrage de Polyclète, volées par Verrès. Celle que nous avons sous les yeux porte les cheveux longs, arrangés avec soin, resserrés sur les épaules avec un ruban, et frisés par le bout en longs anneaux; cette particularité la distingue des ménades et des pleureuses dans les fêtes d'Adonis, qui portaient leurs cheveux longs et épars, les unes en signe de fureur, les autres en signe de deuil; son vêtement qui lui laisse les bras nus, est composé d'une tunique longue et d'un peplum.

Trouvée, ainsi que les suivantes, dans les fouilles de Portici.

Hauteur, 5 P. 8 p°.



PLANCHE XXXIX.

(P. 70, t. VI de l'Édition royale.)

Les Canephores étaient assistées dans les processions par des personnages d'un rang inférieur. Les étrangers qui formaient à Athènes une classe à part, sous la dénomination d'Epelydes, n'étaient admis aux sacrifices qu'en faveur de ce service; les hommes portaient des vases, leurs femmes une hydria ou aiguière, et leurs filles un parasol, un siège pliant ou d'autres ustensiles. Ils payaient un certain tribut pour ces privilèges, qui étaient plutôt une marque de bienveillance que d'orgueil de la part des Athéniens. En rapportant cet usage, qui pourrait expliquer quelque figure antique, nous n'en ferons point d'application à ces deux figures; les ranger dans la classe des Epelydes, ce serait donner une conjecture trop hasardée, et que ne peut motiver suffisamment la situation de leurs mains. Il n'y a aucun motif qui porte penser ici aux cérémonies des Panathénées, et nous nous bornons à considérer ces figures comme de jeunes femmes employées à une pompe ou cérémonie religieuse.

FIG. I.—Hauteur, 5 P.

FIG. II.—Hauteur, 4 P. 9 p°.



PLANCHE XL.

(P. 78, 74, t. VI de l'Édition royale.)

Nous donnons deux dessins de cette statue pour faire voir l'ajustement du petit peplum, espèce de manteau particulièrement à l'usage des femmes, qui descendait jusqu'à la ceinture, et s'attachait sur les épaules avec des agraffes. Cet habillement laissait les bras découverts, et quand la tunique était sans manches, comme dans ce bronze, on disait de ce costume, aller à la dorique. Cet usage était celui des filles de Sparte, qu'une humeur austère semblait plutôt défendre, que ne faisaient les voiles de la pudeur. Un étranger s'écriait en voyant passer une Spartiate: Ah! quel beau bras!—Mais il n'est pas public, répondit-elle. Quand les tuniques avaient des manches, on appelait le vêtement à l'ïonienne; c'était la mode suivie à Athènes. Ce bronze nous paraît représenter une Canephore, ou une femme qui s'apprête pour une cérémonie religieuse. Ses cheveux flottent en longs anneaux sur son cou, et sa tête est ceinte d'un riche diadême.

Hauteur, 5 P. 5 p°.



PLANCHE XLI.

(P. 76, t. VI de l'Édition royale.)

Le costume de cette figure semble la ranger dans la même classe que les précédentes; il est cependant plus riche. Le diadème qui ceint sa chevelure ondoyante est parsemé de pierreries, représentées dans le bronze par des ornemens relevés en argent; c'est la couronne que Virgile donne aux princesses royales (Æn. I, 659.) Les bouts du diadème sont réunis et cachés par un nœud formé avec les cheveux; la tresse employée à cet usage laisse à découvert le milieu du cou, sur lequel flotte avec élégance le reste des cheveux divisés en boucles. La tunique longue est ornée par le bas d'un bord couronné de rayons; les mêmes rayons se trouvent répétés au bas du manteau, dessus et au revers. Cette femme, qui est une prêtresse ou un personnage de grande distinction, paraît occupée d'une cérémonie sacrée, à laquelle on doit attribuer la pose remarquable dans laquelle elle étend les deux bouts de son manteau. Le bout qui enveloppe la main gauche, dont on distingue les doigts, indique que l'étoffe est transparente.

Hauteur, 5 P. 2 p°.



PLANCHE XLII.

(P. 76, t. VI de l'Édition royale.)

Le petit peplum des femmes grecques n'était pas toujours succinct; il avait quelquefois des aîles qui descendaient jusqu'aux talons. Dans notre bronze, on voit le manteau court par devant, tomber par derrière jusqu'à terre. C'est une prêtresse ou une femme représentée dans une action religieuse. L'attitude des mains renversées et tournées vers le ciel, pourrait se rapporter à la prière; mais elle n'est cependant pas assez prononcée pour qu'on y reconnaisse absolument cet acte de piété. La prière se trouve indiquée sans équivoque dans d'autres figures de femmes, auxquelles Pline a donné le nom d'adorantes, et dont M. Visconti a indiqué dans ses œuvres plusieurs copies antiques: un objet que tiendrait la figure entre ses mains, comme une bandeau sacré (vitta ou infula) pourrait aussi expliquer son attitude. Les figures précédentes sont pieds nus; celle-ci porte une espèce de sandales pour chaussure.

Hauteur, 3 P. 10 p°.



PLANCHE XLIII.

(P. 77, t. VI de l'Édition royale.)

Le sceptre et la foudre caractérisent ce beau bronze de proportion colossale, pour une statue de Jupiter, et c'est Auguste, le maître du monde, dont les traits sont ici divinisés avec les attributs du maître des Dieux. Tous les poètes contemporains ont appelé Auguste dieu ou divin. Il eut de son vivant même, dans les provinces de l'empire, des temples et des prêtres comme une divinité. On doit être peu surpris de le voir paraître ici avec les emblêmes de la puissance de Jupiter. Il faut attribuer cette idée au respect qu'imprimait sa puissance, qui parut surnaturelle à tout l'univers soumis. Dans les médailles d'Auguste, les mêmes signes, une étoile et la couronne radiée sont les marques de l'apothéose; dans ces médailles, quoique frappées après sa mort, on le voit représenté avec les traits de la jeunesse, quand il est surnommé Divus. Qu'il soit imberbe, lorsqu'il paraît sous la figure de Jupiter, il n'y a rien de contraire aux traits caractéristiques de la divinité, comme nous l'avons fait remarquer dans une explication précédente, pl. XXXVII de ce volume. Notre Auguste porte une bague au doigt annulaire de la main gauche. On donnait l'anneau aux figures des rois et des héros; nous l'avons vu au doigt de Thésée (tome I, pl. V); il est plus rare de le trouver au doigt d'une divinité: l'anneau de la statue porte pour signe la forme du lituus, ou bâton augural. Les empereurs romains étaient revêtus de la dignité d'augures. Ce bronze fut trouvé en 1741, dans les fouilles de Résine; il était placé dans un temple ou plutôt dans un forum, qu'on peut supposer avoir été la cour de la basilique augustale d'Herculanum (curia basilicæ augustæ): on sait que Naples possédait un monument consacré sous ce titre. La statue était placée au milieu de l'édifice; c'est ce qu'on appelait templum tenere, expression qu'on retrouve dans Virgile à propos même d'Auguste (Georg. III, 16). On doit encore attribuer à cette situation la proportion colossale de la statue.

Hauteur, 9 Pieds.



PLANCHE XLIV.

(P. 78, t. VI de l'Édition royale)

Cette autre statue colossale, érigée en l'honneur de l'empereur Claude, est d'un excellent travail, et fut trouvée avec celle d'Auguste dans le même lieu. Auguste est représenté comme une divinité, et Claude comme un héros; c'est ce qui paraît par la nudité totale du corps et le sceptre ou bâton de lance (hasta pura) sur laquelle il s'appuie. Le bâton de lance était originairement un prix décerné à la valeur par les généraux romains (Polybe VI, 37); il devint ensuite un signe d'honneur: on remarque ce signe sur les médailles qu'Auguste fit frapper en l'honneur de ses petits-fils, Lucius et Caïus Cæsar, princes de la jeunesse. Le bâton de lance et la nudité distinguaient les statues héroïques auxquelles les jeunes gens des gymnases servaient de modèles, et qu'on nommait du nom d'Achille, achilleæ (Plin. XXXIV, 5.) L'empereur porte au doigt annulaire une bague avec le signe du lituus, comme dans le premier bronze. L'inscription qu'on a trouvée sur une lame de bronze qui revêtissait la base sur laquelle la statue était posée, confirme les rapprochemens que l'on peut faire de la tête avec les traits connus de Claude. Voici l'inscription telle qu'elle est figurée sur la base, avec les lettres suppléées pour en donner le sens parfait:

TIberio. CLAVDIO. DRVSI. Filio. CAISARI. AVGVSTo.

GERMANICO. PONTIFici. MAXimo. TRibunitia. PotesTate.

VIII. ImPeratori XVI. COnsuli IIII. PatRi. PATRIæ. ceNSori.

EX TESTAMENTO.... mESSI. Lucii Filii Marci Nepotis

SENECÆ. MILITis. COHORtis. XIII. VRBANÆ ET

DEDICATioNI. EIVS. LEGAVIT MVNICIPIBus SINGVLIS.

HS. IIII. Nummos.

On voit par-là que ce bronze a été érigé en vertu du testament d'un certain Messius, soldat de la treizième cohorte de la garde de Rome (urbanæ), lequel avait légué pour la dédicace de la statue quatre sesterces (environ 16 sous de notre monnaie) par tête de chacun de ses concitoyens. Ce legs de quatre sesterces par tête était la libéralité assez ordinairement en usage pour la dédicace des statues, comme l'attestent plusieurs inscriptions; elle contribuait aux frais d'un repas public, ou servait à des largesses qui en tenaient lieu sous le nom de sportulæ: l'inscription, en énumérant les dignités de l'empereur, détermine aussi l'époque du monument qu'on peut rapporter à la 6e année de son règne, l'an 802 de Rome, et 49 de l'ère vulgaire.

Hauteur, 8 P. 6 p°.



PLANCHE XLV.

(P. 79, t. VI de l'Édition royale.)

En s'attachant à la ressemblance qu'offre la tête de cette belle statue avec les images connues de Néron-Claudius-Drusus, on y reconnaîtra, avec quelque certitude, cet illustre personnage représenté en habit de sacrificateur. L'usage des Romains était de se couvrir la tête dans les sacrifices, sans doute pour se recueillir en présence de la divinité, et pour ne pas entendre des mots qui pouvaient être de mauvais augure, malè ominata verba. Comme ils allaient tête nue quand ils étaient vêtus de la toge, ils se servaient d'un pan même de la robe pour se couvrir; cette remarque est confirmée par les médailles, et quelques monumens: l'un des plus beaux que nous puissions citer, est la statue en marbre du sacrificateur, au musée Napoléon, salle des Romains. L'anneau que porte Drusus a pour signe le bâton augural (lituus) et confirme le caractère sous lequel nous envisageons cette statue, et la dignité d'augure dans la personne du prince. Aucun écrivain ne fait mention de cette dignité, et nous n'en connaissons aucun monument. Drusus, fils de Tibère-Claude-Néron et de Livie, était né trois mois après le mariage de Livie avec Auguste, qui avait forcé son mari à la répudier. Auguste ne se prévalut point du don que lui faisait la fortune, suivant le proverbe qui se répandit à cette occasion: «Aux hommes heureux, il vient des fils après trois mois». Le fils de Livie fut renvoyé à Néron. Drusus reçut de ses victoires sur les Germains le nom de Germanicus, qui, par le décret du sénat, devint le nom propre de son fils aîné; il couvrit de gloire une courte vie. Sa beauté personnelle, l'aménité de ses mœurs, lui gagnaient tous les cœurs. Juste envers lui-même et envers les autres, il sut se faire et se conserver des amis (Vell. Pater. II, 97), et laissa une mémoire aussi recommandable par ses vertus privées, que par ses vertus guerrières.

Les draperies sont traitées avec un art admirable. Trouvé dans les fouilles de Résine, en 1741.

Hauteur, 8 P. 10 pouces.



PLANCHE XLVI.

(P. 80, t. VI de l'Édition royale).

Ce bronze offre quelque ressemblance avec les médailles d'Antonia, fille de Marc-Antoine, nièce d'Auguste par sa sœur Octavie, et femme de Néron-Drusus, princesse vertueuse et digne de son illustre époux; elle fut mère de Germanicus, de l'empereur Claude et de Liville, femme du second Drusus, qu'elle força à mourir de faim pour avoir empoisonné son époux. Elle-même, dans sa vieillesse, fut forcée par son petit-fils Caligula, à périr de ce genre de mort, suivant Dion, et par le poison, suivant Suétone. Si les traits de ce bronze n'appartiennent pas à cette princesse, il paraît du-moins par une inscription détachée, trouvée dans les fouilles de Résine, qu'elle eut une statue à Herculanum. La coiffure est celle que lui donnent les médailles. Une main étendue, l'autre à demi-fermée, elle devait porter quelques attributs comme une divinité. Nous avons vu que ces honneurs étaient souvent accordés aux empereurs, aux impératrices et aux princes et princesses de leur sang. Sur quelques médailles, on voit Antonia sous la figure de Cérès, couronnée d'épis; sur d'autres, on voit Faustine tenant une pomme, avec la légende à Venus-Augusta: c'est encore ainsi qu'on croit reconnaître Julie, fille d'Auguste, dans la Cérès du musée Napoléon. L'anneau dont nous donnons la figure à part, sur la même planche, porte un chaton où l'on remarque un creux: cette gravure offre la figure d'un pavot; ce qui peut faire conjecturer que les attributs de Cérès distinguaient cette statue d'Antonia, à-moins que le creux n'indique la place d'une pierre précieuse, incrustée jadis dans le chaton.



PLANCHE XLVII.

(P. 81, t. VI de l'Édition royale.)

On peut ranger cette statue, plus grande que nature, et d'un bon travail, parmi les sujets inconnus. Elle fut découverte à Résine en 1741, près du lieu où était la statue de Vespasien, et on trouva dans le voisinage, parmi un grand nombre de débris de statues de marbre et de bronze, deux inscriptions, dont l'une portait: DOMITIÆ. CN. F. DOMITIANI. CÆSARIS. D. D.; et l'autre, FLAVIÆ. DOMITILLÆ..... VESPASIANI. CÆSAR. Mais ces inscriptions détachées ne peuvent servir d'autorité pour reconnaître dans notre bronze quelque femme de la famille de Vespasien, quand on ne trouve dans les monumens aucun rapprochement à faire à l'appui de cette opinion. Cette figure voilée avec une partie de son manteau ou palla, a, par le costume, quelque rapport avec deux statues en marbre du musée Napoléon, salle des Romains, connues sous la dénomination de vestales ou de matrones. La nôtre porte un anneau ayant pour signe la forme du lituus. Cette particularité remarquable nous montre que le sujet doit être une matrone de la plus grande distinction, honorée du sacerdoce, et révérée comme une flaminique, sorte de prêtresses qui se multipliaient à mesure que, par l'apothéose des Césars, on peuplait le ciel de nouvelles divinités.

Hauteur, 6 P. 8 p°.