PLANCHE XLVIII.
(P. 82, t. VI de l'Édition royale.)
Il faut encore compter cette statue de bronze parmi les sujets inconnus; elle est plus grande que nature et d'une belle exécution. La partie de la draperie qui vient former un voile sur la tête, est une restauration moderne. Découverte avec la précédente dans les fouilles de Résine, on n'a pu lui rapporter avec succès une inscription trouvée quelque temps auparavant dans le même lieu, et appartenant à un monument consacré à Agrippine, fille de Germanicus, et mère de Néron: c'est vraisemblablement une prêtresse ou une femme de distinction, représentée par adulation sous un caractère sacré. L'anneau qu'on remarque à la seconde phalange de l'index de la main droite, était d'un usage répandu, et qui, selon Pline, s'étendait jusqu'aux simulacres des Dieux; il ne donne aucun éclaircissement sur la figure. Cet usage paraît avoir été particulièrement réservé aux femmes; les hommes, en le suivant, s'exposaient au reproche de se montrer efféminés. L'anneau était souvent le gage d'une promesse solennelle; entre deux amans, c'était celui de la fidélité. Celle qui avait donné ou qui s'était laissé ravir son anneau, se croyait religieusement engagée à de plus tendres faveurs; aussi les jeunes gens cherchaient-ils souvent à surprendre ce gage fortuné. C'est ainsi qu'Horace exhortait son jeune ami à faire ce larcin, dans les jeux de la veillée, au doigt méchamment opiniâtre d'une jeune fille (I. Od. IX.) Celles qui voulaient se bien défendre portaient, sans doute, l'anneau à la troisième phalange, et peut-être les plus indulgentes auront-elles introduit l'usage de le porter à la seconde. Cet usage, un peu libre dans le principe, ayant une fois passé en mode, a pu être adopté comme une élégance par les femmes les plus sévères.
Hauteur, 5 P. 11 p°.
PLANCHE XLIX.
(P. 83, t. VI de l'Édition royale.)
Cette statue excède les proportions humaines; le sujet nous en est inconnu, et nous nous bornerons à en considérer le mérite comme ouvrage de l'art. La beauté du travail brille sur-tout dans l'agencement des draperies; toute la figure respire un air de gravité qui semble convenir à un personnage sacré; la situation des mains se rapporte à quelque cérémonie, et semble ranger, selon l'opinion de M. Visconti, cette statue parmi celles que Pline désigne sous le nom d'Adorantes, femmes en prière. Nous avons déjà fait la même remarque à l'égard de la statue expliquée pl. XLII de ce volume. Nous ajouterons que l'on voit des statues érigées aux épouses des Empereurs romains, dans cette même attitude. Telle est la Livie du musée du Vatican, trouvée à Otricoli, qui fait le pendant de la statue d'Auguste voilé, c'est-à-dire, en habit de sacrificateur. Si la physionomie de la tête ne laisse pas reconnaître ici une Impératrice, ce sera quelque femme de l'une des familles les plus nobles et les plus puissantes de la Campanie, telles que la Calatoria, Mammia, Nonia, etc.
Cette figure porte, comme la précédente, un anneau à l'extrémité de l'index de la main gauche.
Hauteur, 6 P. 2 pouces.
PLANCHE L.
(P. 84, t. VI de l'Édition royale.)
L'inscription gravée sur la base de cette belle statue, nous apprend qu'elle a été érigée à Marcus Calatorius, fils de Marcus Quartio, par les citoyens et les habitans, à leurs frais. Quand le public décernait une statue, c'était lui qui en faisait les frais par une contribution qui était ordinairement d'un as par tête. Souvent celui qui recevait cet honneur faisait remise de la dépense; ce qui s'exprimait par cette formule assez fréquente dans les inscriptions: Honore contentus impensam remisit. Notre personnage a au-dessous de l'œil une verrue, défaut qui, selon un passage d'Horace (I. Sat. V, 60.) paraîtrait avoir été commun dans la Campanie; il est revêtu de la toge et porte un anneau avec le signe du lituus, qui se rapporte, ainsi que nous l'avons dit, à quelque dignité sacerdotale. La main gauche est pliée comme si elle tenait un volume, attribut qui désigne souvent un orateur, un homme de lettres ou un magistrat. L'inscription ne fait mention d'aucune dignité; et nous devons avertir que le bras, ayant été trouvé séparément parmi plusieurs autres débris de statues, pourrait fort bien, quoiqu'il s'adapte avec justesse à la proportion colossale du corps, ne pas lui appartenir, et qu'on ne peut tirer aucune induction en faveur de la figure, ni de l'anneau, ni du volume supposé: la tête même est rapportée, elle était détachée; mais il n'y a point de doute qu'elle n'appartienne au buste. La tête d'Auguste était de rapport comme celle-ci, et, quoique adhérente à la statue, elle s'en détacha par la dissolution de la soudure, lorsqu'elle eut été exposée au soleil. On changeait souvent les têtes des statues. Nous en avons un exemple fameux dans le colosse de Néron, auquel l'empereur Commode fit enlever la tête pour y substituer la sienne. De-là vint, parmi les artistes, l'usage de faire les statues de manière que l'on pût facilement enlever les têtes et les remplacer par de nouvelles. La connaissance de ce fait doit engager à apporter une grande attention dans l'examen des monumens antiques, et peut servir à expliquer l'opposition ou le peu d'accord qui se rencontre quelquefois entre les attributs et la figure.
Trouvée à Résine en 1743.
Hauteur, 6 P. 6 pouces.
PLANCHE LI.
(P. 85, t. VI de l'Édition royale.)
Le sujet de ce bronze, de même proportion que le précédent, auquel il ne cède point en perfection, se fait également connaître par une inscription: A Lucius Mammius Maximus Augustal, les citoyens et les habitons, à leurs frais. La famille Mammia paraît, par les inscriptions recueillies Herculanum, avoir été l'une des plus distinguées de la cité; elle était entrée par adoption dans la famille Annia, très-considérée à Rome, à Naples, et dans toute la Campanie. On apprend encore, par les mêmes autorités, que notre Lucius Mammius Maximus vivait vers les dernières années de Claude, et qu'il devait être riche, ayant élevé des statues à l'impératrice Livie, à Germanicus, à Antonia, mère de Claude, et à Agrippine, épouse de cet empereur. La dignité, exprimée par le titre d'Augustal, était un sacerdoce institué par Tibère, en l'honneur d'Auguste (Sodales Augustales), conféré par le sort à des personnes d'un rang distingué dans Rome. On en créa ensuite dans toutes les villes de l'Italie et de l'empire, en l'honneur de tous les Empereurs: c'était dans l'origine une charge, militaire créée par Auguste lui-même, et sous ce rapport, les augustaux étaient inférieurs aux décurions: sous le rapport religieux, ils formaient un ordre distingué, exerçant une jurisdiction dans les choses sacrées, et ayant une place assignée dans les spectacles publics: c'est ce qu'on relève de diverses inscriptions publiées par Muratori (MMXXV, 3, et CCCCLXXV, 3); Gruter (CCXV, 2); Fabretti (Insc. C. 3, n. 324, p. 170.) etc. Notre personnage porte un anneau dont la pierre est sans incision. Cette statue, trouvée avec la précédente, dont elle forme le pendant, était dans son intégrité, à l'exception de l'avant-bras droit qui s'en trouvait détaché, mais qui lui appartient.
Hauteur, 6 P. 6 pouces.
PLANCHE LII.
(P. 90, t. VI de l'Édition royale.)
À ses grosses lèvres et à son nez écrasé, on reconnaît, dans cette petite figure, un Éthiopien, ou du-moins un homme de quelqu'une de ces nations africaines, que les anciens confondaient, à raison de leur ressemblance entr'elles, et de leur voisinage. Ces nations fournissaient le monde de saltimbanques, qui faisaient métier de leur souplesse et de leur adresse. On les appelait dans les festins pour servir de divertissement. Lucien peint ainsi un petit homme difforme, dansant, faisant mille contorsions, récitant des vers avec des gestes ridicules, et affectant la prononciation égyptienne. Celui-ci représente la même action; il a pour vêtement une espèce de chemise sans manches, qu'Arrien donne pour vêtement aux Indiens (Hist. Ind. 16, p. 380.)
Hauteur, 6 pieds.
PLANCHE LIII.
(Vignettes p. 9, 11 et 3, 413, 414 de l'Édit. royale.)
Les trois petites statues équestres réunies dans cette planche, sont de bas-relief. Trouvées avec les débris du char dont nous avons fait mention pl. 36 de ce volume, il est vraisemblable qu'elles lui appartenaient comme ornement. L'une représente un vieillard qu'on reconnaît pour un Belge ou pour un ancien Gaulois; un barbare, suivant l'expression romaine. Son costume est bien celui que décrit Strabon (VI, p. 196:) «Les cheveux longs; au lieu de la tunique, un habit court à manches, descendant jusqu'aux reins; les culottes ou pantalons (braccæ)»; d'où vint à la Gaule le nom particulier de braccata. Le cheval qu'il monte n'a, comme celui du premier cavalier, aucune espèce de harnais. Son maître le gouverne de la voix, ou par la pression des genoux; quelques peuples se servaient, à cet effet, d'une baguette: c'était l'usage des Numides, des Gètes, et en général des Indiens.—La troisième figure se rapporte parfaitement à ce que dit Agathias, historien grec (liv. III), du costume des Francs: «La poitrine et les épaules nues, ayant des pantalons qui remontent jusqu'aux hanches, et leur couvrent les jambes».—Le second cavalier est un guerrier en costume grec ou romain; son casque est orné d'un panache ou autre ornement écarté en forme de fleur: il est revêtu d'une cuirasse et d'une saie à trois rangs; ses jambes sont couvertes de brodequins; sa chlamyde volante annonce la rapidité de la course; sa main élevée est supposée tenir une lance ou une autre arme; son cheval a sur le dos un double tapis.—Le cheval isolé a un harnais qui fait en-même-temps sangle et poitrail; ce harnais qu'on remarque sur beaucoup de chevaux antiques, semble avoir précédé l'invention de la bride, et avoir servi de moyen pour retenir ou attacher le cheval. On trouve, dans des figures de la colonne Trajane, quelques rapports sensibles avec celles que nous venons de décrire.
FIG. I.—Hauteur, 4 pouces.
FIG. II.—Hauteur, 4 pouces 6 lig.
FIG. III.—Hauteur, 5 pouces.
FIG. IV.—Hauteur, 5 pouces.
PLANCHE LIV.
(Préface de l'Édition royale, page 9.)
Ce bronze curieux n'est point un produit des fouilles d'Herculanum ni des environs; mais il a mérité une place parmi les monumens les plus précieux rassemblés au musée de Portici. Il fut trouvé, en 1764, dans l'île d'Elbe, sur les confins du territoire de Rio, entre Longone et Porto-Ferrajo, dans l'ancien port, célèbre sous le nom d'Argo, qu'on croit avoir été ainsi appelé du vaisseau des Argonautes qui y relâchèrent dans leur voyage. On reconnaît, dans ce bronze, le style étrusque pris l'époque la plus reculée, se rapprochant, dans sa simplicité et dans sa timidité, du style égyptien, dont le caractère principal est d'accoler au corps les bras et les jambes, et d'unir les doigts des pieds et des mains, souvent d'une longueur démesurée. Ce rapport qu'offre le goût dans les arts apportés en Italie par les Colonies grecques, avec le goût des Égyptiens, est le monument le plus irrécusable qui décèle la source des premières inventions, quoique la Grèce, ingénieuse et jalouse, en ait fait disparaître la trace par la perfection qui, d'un art humain, a fait un art presque divin. La toge qui sert d'habit à la figure, était propre aux Toscans auxquels les Romains l'ont depuis empruntée. Elle était, dans l'origine, étroite et ouverte; elle enveloppait le corps, et, laissant libres le bras et l'épaule droite, elle revenait sur l'épaule gauche. Toga picta exprimait l'ornement en broderie, qu'on appelait peint à cause de sa perfection; cet ornement est tracé avec soin sur notre bronze. Les sandales sont aussi une chaussure tout-à-fait étrusque. Le sujet de ce bronze, peu facile à déterminer, est vraisemblablement une idole qui correspond au lieu où elle a été trouvée. On croit que l'île d'Elbe, nommée Ilva par les Latins, Æthalia par les Grecs, a été habitée par une Colonie de la ville de Populonia, sur la côte opposée de l'Étrurie. Si la Colonie apporta le culte de ses dieux, dont les principaux paraissent avoir été Minerve, Mercure et Vulcain, ce dernier fut probablement le plus honoré dans l'île d'Elbe, dont la richesse est toute entière dans ses mines: il serait donc possible que cette figure fût celle de Vulcain ou d'un Cabire.
Hauteur, 10 p°. 7 lignes.