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Aphorismes du temps présent

Chapter 21: X L’ART
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About This Book

A series of concise aphorisms distills reflections on individual psychology, collective behavior, and social life into sharp propositions. The pieces examine how character arises from layered hereditary and environmental influences, how unconscious impulses and habitual suggestions often govern action more than conscious reason, and how affective, mystical, and collective sentiments shape beliefs, politics, and historical movements. The author treats education, leadership, revolutions, and national mentalities through psychological laws, defends the aphoristic form for its mnemonic force, and cautions that such brevity often conceals longer demonstrations found in fuller works.

X
L’ART

La naissance des arts a toujours précédé celle de la philosophie et des sciences. Fils de besoins affectifs et mystiques, antérieurs à l’âge de la raison, ils peuvent fleurir aux époques de barbarie.


Les arts, la musique surtout, sont le langage de l’affectif et du mystique ; les mots, celui du rationnel.


L’artiste est médiocre quand il raisonne au lieu de sentir.


L’art dérivant des sentiments n’est accessible aux interprétations intellectuelles, que dans ses éléments techniques.


Comme la politique l’art est guidé par quelques meneurs, suivis d’une foule de menés.


Le beau, c’est ce qui nous plaît, et ce qui nous plaît se détermine moins par le goût personnel, que par la sensibilité de personnes influentes, dont la contagion mentale impose le jugement.


Il n’y a pas de lois esthétiques invariables. Les monuments gothiques et les œuvres de certains peintres, très admirés aujourd’hui, furent méprisés pendant longtemps.


A certaines époques semble se créer une véritable atmosphère de goûts et de sentiments, qui s’impose aux esprits les plus indépendants.


La contagion mentale est si puissante en art, qu’elle donne aux œuvres d’une époque un air de famille, permettant de reconnaître le moment de leur création.


L’art subit tellement l’influence du milieu et de la race qu’il n’y a pas dans l’histoire, malgré certaines apparences contraires, de peuple ayant adopté les arts d’un autre sans les transformer.


Une grande œuvre artistique est inconsciente. Consciente, elle deviendrait personnelle et ne traduirait plus les sentiments et les idées d’une époque.


Évoquant des idées indécises, accompagnées de sensations fortes, la musique agit facilement sur les êtres d’intelligence faible mais de sensibilité vive. On a dit avec raison, qu’elle est l’art des femmes et des foules.


L’homme, confiné par la nature dans l’éphémère, rêve d’éternité. En élevant des temples et des statues, il se donne l’illusion de créer des choses qu’on ne verra pas périr.


Le véritable artiste crée, même en copiant.