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Aphorismes du temps présent

Chapter 34: II LES ILLUSIONS DÉMOCRATIQUES
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About This Book

A series of concise aphorisms distills reflections on individual psychology, collective behavior, and social life into sharp propositions. The pieces examine how character arises from layered hereditary and environmental influences, how unconscious impulses and habitual suggestions often govern action more than conscious reason, and how affective, mystical, and collective sentiments shape beliefs, politics, and historical movements. The author treats education, leadership, revolutions, and national mentalities through psychological laws, defends the aphoristic form for its mnemonic force, and cautions that such brevity often conceals longer demonstrations found in fuller works.

II
LES ILLUSIONS DÉMOCRATIQUES

La démocratie, qui se croit d’origine rationnelle, tire en réalité sa force d’éléments affectifs et mystiques indépendants de la raison.


Le mot démocratie correspond, dans les classes populaires et chez les lettrés, à des idées fort différentes.


Dominée par le besoin d’égalité, la démocratie populaire repousse la fraternité entre classes et ne manifeste aucun souci de la liberté. La démocratie des intellectuels est au contraire avide de liberté et très peu d’égalité.


Le vrai démocrate est un être collectif, n’ayant d’autre individualité que celle de son groupe.


Contrairement aux idées démocratiques, la psychologie enseigne que l’entité collective, nommée Peuple, est très inférieure à l’homme isolé.


Les empiètements successifs de la classe ouvrière rappellent ceux de la noblesse et du clergé, contre lesquels les anciens rois eurent tant de peine à lutter.


La haine du despotisme et l’amour de la liberté, furent toujours proclamés chez des peuples supportant fort bien le despotisme et très mal la liberté.


Les principes démocratiques font partie de ces idées, volontiers imposées aux autres, mais rarement acceptées pour soi.


Plus les lois proclament l’égalité, plus se développe le besoin des signes extérieurs d’inégalité.


Le démocratique besoin de paraître est le plus coûteux et le moins profitable des besoins.


La soif d’égalité n’est souvent qu’une forme avouable du désir d’avoir des inférieurs et pas de supérieurs.


La notion artificielle d’égalité a fait naître la haine de toutes les supériorités qui constituent la grandeur d’un pays.


Les démocraties arriveront à remplacer les guerres intermittentes entre peuples, par des luttes continues entre classes.


La nature ne connaît pas l’égalité. Elle n’a réalisé ses progrès que par des inégalités croissantes.


Loin de tendre à l’égalisation des hommes, la civilisation les différencie chaque jour davantage.


En lui attribuant des pouvoirs imaginaires, la démocratie a fini par faire de la science un faux dieu.