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Aphorismes du temps présent

Chapter 6: III LE PLAISIR ET LA DOULEUR
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About This Book

A series of concise aphorisms distills reflections on individual psychology, collective behavior, and social life into sharp propositions. The pieces examine how character arises from layered hereditary and environmental influences, how unconscious impulses and habitual suggestions often govern action more than conscious reason, and how affective, mystical, and collective sentiments shape beliefs, politics, and historical movements. The author treats education, leadership, revolutions, and national mentalities through psychological laws, defends the aphoristic form for its mnemonic force, and cautions that such brevity often conceals longer demonstrations found in fuller works.

III
LE PLAISIR ET LA DOULEUR

L’homme ne possède que deux certitudes absolues : le plaisir et la douleur. Elles orientent toute sa vie individuelle et sociale.


Les codes religieux et sociaux n’ont jamais pu trouver d’autres soutiens à leurs prescriptions, que l’attrait du plaisir et la crainte de la douleur : châtiments ou récompenses, paradis ou enfer.


Les variations possibles de la sensibilité n’étant pas très étendues, les bornes du plaisir et de la douleur sont bientôt atteintes.


La répétition fréquente des mêmes sensations, engendre un effet physiologique qu’on pourrait qualifier loi de lassitude. Elle oblige les êtres sensibles à varier souvent leurs désirs.


Les croyants reconnaissent que l’attrait du paradis serait moins vif sans la crainte de l’enfer.


Le plaisir étant éphémère, et le désir durable, les hommes sont plus facilement menés par le désir que par le plaisir.


Le bonheur est surtout de l’espérance réalisable, mais non réalisée encore.


L’homme qui, suivant le conseil du bouddhisme, tuerait en lui le désir perdrait toute raison d’agir.


Le désir établit l’échelle de nos valeurs. L’idéal de chaque peuple est la synthèse de ses désirs.


Les grands manieurs d’hommes furent toujours des créateurs de désirs. Les réformateurs ne font que substituer un désir à un autre désir.


La vie paraîtrait trop longue si elle n’était consacrée à poursuivre des bonheurs chimériques, et à regretter ceux qu’on ne peut atteindre.


L’homme vraiment sage saurait maîtriser toutes les impulsions de son cœur, mais être sage n’est pas toujours être heureux.


La vue du malheur est antipathique au bonheur. L’amitié ne dure guère entre l’homme heureux et l’homme malheureux.


L’attraction et la répulsion dirigent l’évolution des mondes. L’amour et la haine, qui en sont des formes, dirigent l’évolution des êtres.


La véritable durée de la vie ne dépend pas du nombre des jours, mais de la diversité des sensations accumulées pendant ces jours.