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Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe cover

Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe

Chapter 11: LA ROSE DE BISKRA
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About This Book

The volume collects travel impressions, poems, legends and reflective essays born of journeys along the Mediterranean and into the desert. It blends vivid landscape description and anecdotal encounters with residents and travelers, portraying hospitality, music, dance and a pervasive sense of spiritual presence in solitary spaces. Essays interrupt lyrical passages to consider literary and theatrical questions, especially the risks of translating reverie into staged drama. Folkloric narratives and a closing petition round out the work, uniting lyrical evocation of desert solitude and faith with candid, often wry social observation.

LA ROSE DE BISKRA

L’océan de sable a de vrais rivages,
Plats, nus, désolés, — déjà le désert.
J’ai rencontré là deux enfants sauvages…
Rien autour de nous de frais ni de vert.
Au désert, la vie a soif, et se traîne,
Implorant l’eau, l’ombre, un peu de sommeil :
Et rien ne dit mieux la misère humaine
Que tant de néant sous tant de soleil !
Rien autour de nous que la plaine rousse ;
Plus d’oiseaux, sinon un seul cependant,
Qui s’élève avec une gamme douce,
Douce, — et qui se pose en la descendant.
Et les deux petits, souillés de poussière,
N’étaient que douleurs, misère et haillons…
Oh ! pourquoi fais-tu, — Dieu de la lumière ! —
Misère pareille, avec tes rayons !
Ils passaient, muets, tristes, l’air farouche,
— Et sales !… c’était pitié de les voir.
Le garçon tenait un doigt dans sa bouche.
La fillette avait un petit miroir.
Les haillons faisaient un grand pli superbe,
Mais plein de vermine et d’impureté…
Pourquoi, Dieu, — qui prends souci d’un brin d’herbe ! —
Fais-tu la misère, avec ta clarté !
Et pour leur donner, — hélas ! peu de chose ! —
Quand je m’arrêtai près d’eux un moment,
Je vis qu’ils avaient chacun une rose,
Toute fraîche encor, sur leur front charmant.
L’oasis est loin, la fleur toute fraîche.
Où l’ont-ils cueillie ? et par quel bonheur,
Dans l’horrible plaine où tout se dessèche,
Le soleil a-t-il épargné la fleur ?
Oh ! même, il l’a faite avec la rosée !
Et les deux petits, contents de la voir,
Dans leurs noirs cheveux, vite, l’ont posée
Comme un gage sûr d’amour et d’espoir.
Rose consolante, ô rose divine,
Je sais d’où tu viens, fleur faite de jour !
Tout le sang des cœurs est dans ta racine.
La terre t’invoque en pleurant d’amour !
La misère humaine aspire à toi, Rose,
Luxueux parfum, splendide couleur !
Tout le désert rêve une seule chose :
Une goutte d’eau pour faire une fleur !
Si l’on te niait, chaque grain de sable
Au fond du désert en témoignera :
Je t’ai vue un jour, Rose impérissable
Que Dieu fait fleurir dans le Sahara !