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Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe cover

Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe

Chapter 14: A BAB’AZOUN
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About This Book

The volume collects travel impressions, poems, legends and reflective essays born of journeys along the Mediterranean and into the desert. It blends vivid landscape description and anecdotal encounters with residents and travelers, portraying hospitality, music, dance and a pervasive sense of spiritual presence in solitary spaces. Essays interrupt lyrical passages to consider literary and theatrical questions, especially the risks of translating reverie into staged drama. Folkloric narratives and a closing petition round out the work, uniting lyrical evocation of desert solitude and faith with candid, often wry social observation.

A BAB’AZOUN

J’ai fait des vers pour toi, bon nègre ;
Je veux t’en faire de meilleurs :
On y sentait l’ironie aigre,
Et je n’aime pas les railleurs.
Joyeux et noir porteur de lyre,
Je fais mon devoir en t’aimant,
Bab’Azoun, — Salem, veux-je dire, —
C’est vrai que je t’aime vraiment.
Trois notes, sur la corde unique
De ta lyre à l’archet courbé,
Te suffisent, noir sympathique,
Danseur qui n’es jamais tombé !
Tu ne connais qu’un saut de danse :
Un pied arrière, un pied avant ;
Mais tu martèles la cadence,
Et je te trouve assez savant.
Ton bon rire à belles dents blanches,
Sous tes lèvres de charbonnier,
Est un lys perdu dans les branches
Obscures du noir ébénier !
Et tu ris au tableau qui change
Dans l’univers toujours pareil,
En dînant tantôt d’une orange,
Tantôt d’un rayon de soleil.
Tu trouves que la rose est belle,
Autant, plus ou moins que Zorah,
Et Zorah, — tu danses pour elle,
En rêvant qu’elle t’aimera.
Ton art, c’est de rire à ton rêve,
De revoir la vie en trois sons,
De savoir qu’elle est simple et brève,
Et de danser à tes chansons.
Ton art, c’est d’être toi, sans honte,
Moitié nu, noir, et, propre ou non,
De ne chercher en fin de compte
Ni gros argent, ni grand renom !
Et cela, pourquoi ? pour distraire
Ceux à qui plaît… ce qui te plaît !…
Tu vois bien que je suis ton frère,
Moi qui suis plus blanc que le lait !