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Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe cover

Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe

Chapter 16: LES HIRONDELLES
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About This Book

The volume collects travel impressions, poems, legends and reflective essays born of journeys along the Mediterranean and into the desert. It blends vivid landscape description and anecdotal encounters with residents and travelers, portraying hospitality, music, dance and a pervasive sense of spiritual presence in solitary spaces. Essays interrupt lyrical passages to consider literary and theatrical questions, especially the risks of translating reverie into staged drama. Folkloric narratives and a closing petition round out the work, uniting lyrical evocation of desert solitude and faith with candid, often wry social observation.

LES HIRONDELLES

A Pierre Valdagne.

Où vont mourir les hirondelles,
Tout Arabe vous le dira :
A la Mecque, que les fidèles
Ont appelée : Om el Kora.
A la Mecque, Mère des Villes,
Où jamais le pas d’un chrétien
N’a laissé ses empreintes viles,
Tout bon musulman le sait bien ;
Aux lieux où naquit le Prophète,
Et que salue à deux genoux,
En frappant le sol de sa tête,
Tout homme vêtu du burnous ;
C’est là que vont, à tire d’ailes,
Dès qu’elles sentent leur moment,
Mourir les libres hirondelles,
Coursières du bleu firmament.
Dans leur course à travers le monde,
Elles ont choisi ce tombeau,
Bien plus beau que la mer profonde,
Si beau que le ciel est moins beau.
Tout autour de la ville sainte,
Le sol est nu, c’est un désert…
Mais un désert dont elle est ceinte
Est plus beau qu’un champ d’orge vert !
Les pierres de sa plaine aride
Ont de merveilleuses couleurs,
Et son sable, que le vent ride,
Est plus beau qu’un genêt en fleurs !
La ville sainte est pure et blanche
Comme l’écume de la mer,
Ou comme, en avril, une branche
D’aubépine — au parfum amer.
C’est là que vont, à tire d’ailes,
Lorsqu’elles sentent leur moment,
Mourir les libres hirondelles,
Coursières du bleu firmament !
On les trouve, l’aile fermée,
La nuit de la mort dans leurs yeux,
Et parfois la plaine est semée
De leurs doux cadavres soyeux.
Le soleil sèche, sous la plume,
Les petits corps, les petits os,
Et l’Arabe, pieux, allume
Son foyer — avec ces oiseaux.
Il n’a ni racines ni branches
Pour faire un brasier, au désert,
Mais des plumes noires et blanches…
Heureux celui dont la mort sert !
Allah ! béni soit ton prophète !
Béni soit Allah, le seul Dieu…
Lorsque sa destinée est faite,
L’hirondelle devient du feu.
Et vers la Mecque, à tire d’ailes,
Lorsqu’elles sentent leur moment,
Volent les libres hirondelles,
Coursières du bleu firmament.