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Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe cover

Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe

Chapter 20: LE CADI
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About This Book

The volume collects travel impressions, poems, legends and reflective essays born of journeys along the Mediterranean and into the desert. It blends vivid landscape description and anecdotal encounters with residents and travelers, portraying hospitality, music, dance and a pervasive sense of spiritual presence in solitary spaces. Essays interrupt lyrical passages to consider literary and theatrical questions, especially the risks of translating reverie into staged drama. Folkloric narratives and a closing petition round out the work, uniting lyrical evocation of desert solitude and faith with candid, often wry social observation.

LE CADI

Le plus sage se trompe ; un enfant le confond ;
Dieu seul peut être juste : il voit les cœurs au fond ;
C’est pourquoi la clémence humaine est chose sainte.
Un bon juge est toujours plein de trouble et de crainte,
Sachant qu’il ne peut pas être juste longtemps,
Fût-il sage parmi les sages éclatants.
Tel est un bon nageur, si bon qu’on le proclame,
Adroit et fort, habile à bien couper la lame,
Mais qui seul au milieu des grands flots inconstants,
En pleine et haute mer ne nage pas longtemps.
On raconte qu’Ali-Shérif était si sage
Qu’on le nomma cadi (juge) dans son grand âge.
— « C’est pour te faire honneur, ami, dit le sultan,
Et pour aider à la justice… Es-tu content ? »
Mais le sage, frappant du visage la terre,
S’écria : « J’ai vécu ma longue vie austère,
Juste, dit-on, mais seul ! — j’ai respecté la loi…
Mais je n’ai point jugé d’autres hommes que moi !
Oh ! par pitié, grand Dieu ! (secours-moi, saint Prophète !)
Si j’ai su vénérer la justice parfaite,
Épargne la misère à ton vieux serviteur
De punir l’innocent, de louer l’imposteur,
Et cela pour avoir trop aimé la justice !
O Dieu ! que ta bonté suprême compatisse !…
Ne me condamne pas à ce terrible honneur ! »
Et ce vieillard mourut, exaucé du Seigneur.