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Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe cover

Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe

Chapter 31: CHEZ SOI
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About This Book

The volume collects travel impressions, poems, legends and reflective essays born of journeys along the Mediterranean and into the desert. It blends vivid landscape description and anecdotal encounters with residents and travelers, portraying hospitality, music, dance and a pervasive sense of spiritual presence in solitary spaces. Essays interrupt lyrical passages to consider literary and theatrical questions, especially the risks of translating reverie into staged drama. Folkloric narratives and a closing petition round out the work, uniting lyrical evocation of desert solitude and faith with candid, often wry social observation.

CHEZ SOI

Le plafond, très blanc, semble un dôme de dentelle,
Des versets du Koran y sont brodés. Le jour
Est tamisé, charmant, ombreux, fait pour l’amour
Ou Dieu. — Dieu seul est grand. Ma favorite est belle.
Les petits vitraux bleus, rouges, dans le plafond,
Mêlent à l’ombre un gai rayon de rêverie.
Seuls ici, l’amour aime et la prière prie…
Laissons les travailleurs faire, au loin, ce qu’ils font.
Mon nègre, apporte-moi ma pipe à gros bout d’ambre ;
Sur le plateau de cuivre, un café noir, épais.
Je veux, fils du soleil, vivre d’ombre et de paix,
Et faire un paradis des divans de ma chambre.
Le jet d’eau musical, qui bruit dans la cour,
Répand dans la maison une fraîcheur sonore ;
Il prétend que partout ailleurs, depuis l’aurore,
L’air lourd semble exhalé par la bouche d’un four.
Nègre, prends le tobol ! — Viens, Deïah !… Elle entre.
Ma danseuse sait bien ce que veulent mes yeux,
Et, bras levés, sous l’arc de son voile soyeux,
Aux sons lents du tobol elle agite son ventre.
Son ventre tressaillant se hausse, cadencé,
S’abaisse, — et je souris à sa grâce connue…
Puis, j’appelle Mirah, qui danse à demi nue…
Puis, c’est ma favorite… et le jour est passé.
La pipe au tuyau long s’échappe de ma bouche ;
Kheïra me sourit avec ses yeux de nuit.
Pour plaire à mon désir, quand j’approche elle fuit.
Le chasseur aime assez que l’oiseau soit farouche.
Sur le large divan tous les deux accroupis,
Je dis à Kheïra : « Kheïra, mon étoile,
Ce nuage me gêne ! »… Et j’arrache son voile,
Et ses longs vêtements roulent sur les tapis.
« Chante un peu, Kheïra !… c’est l’heure, ô perle brune,
Où Bulbul amoureux chante au fond des jasmins,
Dans l’ombre où les amants furtifs mêlent leurs mains,
Près de la source fraîche où se mire la lune ! »
Et sur le grand divan, après qu’elle a chanté,
Nous rions, — nous disons, nous faisons mille choses,
En mangeant des parfums, des jasmins et des roses,
Dans le charme enivrant des molles nuits d’été.