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Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe cover

Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe

Chapter 43: LE NOMADE
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About This Book

The volume collects travel impressions, poems, legends and reflective essays born of journeys along the Mediterranean and into the desert. It blends vivid landscape description and anecdotal encounters with residents and travelers, portraying hospitality, music, dance and a pervasive sense of spiritual presence in solitary spaces. Essays interrupt lyrical passages to consider literary and theatrical questions, especially the risks of translating reverie into staged drama. Folkloric narratives and a closing petition round out the work, uniting lyrical evocation of desert solitude and faith with candid, often wry social observation.

LE NOMADE

Loin des hommes, bien loin des hommes et des villes ;
Loin des juifs, des marchands dont les âmes sont viles ;
Loin des chrétiens, qui sont nos maîtres détestés ;
Sous le désert divin des cieux illimités,
Sur les plateaux des monts ou dans la plaine immense,
Dans l’oasis ; dans les déserts où Dieu commence,
Où finit la puissance humaine, — où le soleil
S’assied comme un grand roi sur un trône vermeil,
Dans le sable, qui couvre une mer inconnue,
— Errants comme la vague et les vents et la nue,
Comme le brin de paille au hasard emporté, —
Nous vivons pauvres, seuls, riches de liberté !
Vois-tu luire là-bas, dans la plaine éclatante,
Cette tente rayée, au soleil ? — c’est ma tente,
Le poil de mes chameaux en a fait le tissu
Blanc et noir, — par un fil des mêmes poils cousu.
Là-dessous, mes enfants vivent avec mes femmes ;
Là-dessus le soleil fait ruisseler ses flammes,
Et l’orage ses eaux en vain ; c’est notre abri.
Là, ma chèvre bêlante amène son cabri,
Ma jument son poulain, dès qu’ils sentent l’orage.
Je l’ai plantée hier auprès d’un pâturage :
Dès qu’il sera brouté, j’arracherai les pieux,
Et nous repartirons librement sous les cieux,
Et nous irons, le corps refait, l’âme contente,
A cheval, à chameau, portant piquets et tente,
Par les femmes suivis, précédés du bétail.
Repartir et marcher, c’est là tout mon travail ;
Mon rêve est une source au bord d’une prairie ;
Toute la solitude immense est ma patrie ;
Mes ennemis sont ceux qui voudraient m’empêcher
De faire aujourd’hui halte et demain de marcher…
J’ai coupé ma matraque, — il sied que j’avertisse, —
Aux arbres des forêts plus droits que la justice !
Je n’ai besoin que d’un peu d’eau, de quelques grains,
Et c’est tout. Mes chameaux m’habillent de leurs crins :
Je sais le goût du lait de mes chamelles rousses,
Et du vin des palmiers chargés de dattes douces…
Ah ! que d’autres, assis, couchés dans leur maison,
Esclaves de la pierre, — ignorent l’horizon,
Comme l’arbre dont la racine est prise en terre !
Qu’ils soient dans leur tombeau comme un mort solitaire…
… Moi, j’ai des pieds ! vers l’horizon toujours nouveau
Je vais ! j’irai partout où se pose l’oiseau !
Au nord, l’été ! l’hiver, au sud ! comme la caille.
Pour nous la pluie est bonne et le soleil travaille ;
Personne mieux que nous ne connaît les printemps ;
Pas un beau ciel n’échappe à nos regards contents ;
Nous jouissons de tout ce que Dieu nous envoie…
Chez vous, que de beaux jours sont beaux sans qu’on les voie !
Pour vous, sur les sommets d’un feu rouge inondés,
Que de couchants sont beaux sans être regardés !
Vos yeux ne savent pas où luit la Belle Étoile !
Les merveilles de Dieu, votre mur vous les voile ;
La rue est un fossé de tombe, un caveau noir…
Nous, nous ne laissons point passer Dieu — sans le voir !