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Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe cover

Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe

Chapter 54: CHANT DES TOUAREGS
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About This Book

The volume collects travel impressions, poems, legends and reflective essays born of journeys along the Mediterranean and into the desert. It blends vivid landscape description and anecdotal encounters with residents and travelers, portraying hospitality, music, dance and a pervasive sense of spiritual presence in solitary spaces. Essays interrupt lyrical passages to consider literary and theatrical questions, especially the risks of translating reverie into staged drama. Folkloric narratives and a closing petition round out the work, uniting lyrical evocation of desert solitude and faith with candid, often wry social observation.

CHANT DES TOUAREGS

Au désert, grand comme la mer,
Nous vivons libres sous l’espace,
Libres comme l’oiseau qui passe,
Et comme l’air !
Que viennent-ils chercher ici, les chiens d’Europe ?
Leurs promesses sont d’or, leurs actes de plomb vil.
Qu’un nuage de traits siffle et les enveloppe !
Le carquois nargue le fusil !
Ils ne l’atteindront pas, le chameau qui galope !
Où rugit le lion, le chien jappera-t-il ?
Les lions du désert ont flairé son approche ;
Ils n’aiment pas l’odeur de l’esclave et du chien !
Elle a des dents de fer, la flèche que décoche
Le Targui, qui n’a peur de rien !
Le renard, chien des monts, disparaît sous la roche,
Lorsque le grand lion des sables — le veut bien !
Nous sommes grands et fiers, le bras fort, la main fine,
Portant sur nos chameaux, aussi prompts que l’éclair,
Un sabre, un croc, la lance avec la javeline,
La massue à broyer la chair…
Notre poignard touareg, à lame serpentine,
Tient par un bracelet à nos poignets de fer.
Regardez le Targui voyager dans le sable !
Lui seul, dix jours durant, vit de dattes et d’eau ;
N’en a-t-il plus ? Alors, si la marche l’accable,
Il boit du sang de son chameau !
La poix ferme la plaie ; et l’homme infatigable
Bénit Allah l’unique, et marche de nouveau !
Y vivrez-vous deux jours, dans le désert terrible ?
Votre bras s’est armé, mais les cœurs et le front ?
Lorsque le feu pleuvra comme le grain d’un crible,
Les hardis se repentiront !
Et nous, quand l’étranger crîra la soif horrible,
Nous le regarderons mourir, — groupés en rond !
Qu’ils restent dans leur ville où s’abaissent les âmes !
Ils voudraient apporter ici — ce qui les perd !…
Sur notre mer de sable où tremble l’air en flammes,
L’oasis n’est qu’un îlot vert…
Vous aimez trop le vin, l’argent, l’or et les femmes :
Allez-vous-en d’ici ! Dieu garde son désert !
Nous avons fait un pacte avec la lande immense ;
Le roi notre allié s’appelle le soleil !
Il est juste et sévère, il est plein de clémence :
C’est un Salomon sans pareil !
Par delà l’Océan sa puissance commence ;
Il prête au mont Atlas un bandeau d’or vermeil,
Nous ne convoitons pas vos immondes fortunes ;
Nous gardons contre vous, passants de Dieu maudits,
La liberté farouche et le désert des dunes :
Deux biens qui vous sont interdits !…
Allez porter ailleurs vos faces importunes !…
Ici, c’est votre enfer ! c’est notre paradis !
Au désert, plus grand que la mer,
Nous vivons libres sous l’espace,
Libres comme l’oiseau qui passe,
Et comme l’air !