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Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe cover

Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe

Chapter 55: CHANT DES EXPLORATEURS
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About This Book

The volume collects travel impressions, poems, legends and reflective essays born of journeys along the Mediterranean and into the desert. It blends vivid landscape description and anecdotal encounters with residents and travelers, portraying hospitality, music, dance and a pervasive sense of spiritual presence in solitary spaces. Essays interrupt lyrical passages to consider literary and theatrical questions, especially the risks of translating reverie into staged drama. Folkloric narratives and a closing petition round out the work, uniting lyrical evocation of desert solitude and faith with candid, often wry social observation.

CHANT DES EXPLORATEURS

Nous le traverserons un jour, le désert fauve,
Brûlant comme la flamme et plus grand que la mer !
Par là, nous irons boire aux sources du Niger,
Et l’on verra comment la chamelle se sauve
Devant nos Béhémoths de fumée et de fer !
Les races de chacals qui se mangent entre elles,
Les pillards, les bandits, écume d’écumeurs,
Ballottés sur le dos de leurs maigres chamelles,
S’enfuiront devant nous comme des sauterelles
Qu’on détourne avec des tambours et des clameurs !
Les a-t-on vus jamais nous combattre de proche ?
Ils regardent de loin, comme un vol de corbeaux,
Et, — superbes à voir, si des pillards sont beaux, —
Quand le moribond râle, ils lui vident la poche,
Pires que les chacals qui fouillent les tombeaux !
Ils peuvent, ces Touaregs à faces renégates,
Tatoués d’une croix au front, crier : « Allah ! »
Et se nourrir de sang lorsqu’ils n’ont plus de dattes,
Nous nettoîrons le haut désert de ces pirates !…
Oui ! les chacals fuiront, quand les chiens seront là !
Car nous sommes les fils de Rome et de la Gaule,
Les fils des conquérants qui veulent l’Univers !
L’ombre de nos drapeaux baigne à toutes les mers :
Nous voulons les planter dans les glaces du pôle,
Les fixer dans le sable au centre des déserts !
Nous, nous portons la paix future, avec nos armes !
Tant qu’il reste à marcher, conquérants malgré nous,
Nous ferons ruisseler du sang avec des larmes…
Nous sommes les martyrs violents, au cœur doux,
Qui, tuant et mourant, rêvent la paix pour tous.
Nous portons le progrès des esprits, — un mystère, —
Ayant, avec du fer, le pardon dans la main,
Écoutant le devoir nous parler en chemin…
Nous voulons imposer notre rêve à la terre !
… Qui doute, dans la nuit, des soleils de demain ?
Un jour, nous lâcherons de nouvelles armées
Qui n’auront plus de fer que la pioche et le soc !
Les monts du globe entier connaîtront notre choc !
Les dunes des déserts mêmes seront semées ;
Le grain de notre amour lèvera sur le roc !
Nous sommes les faiseurs de vie et d’espérance !
Nous n’avons d’ennemis que la mort et la faim !
Et, soldats bienfaisants malgré toute apparence,
Nous apportons d’Europe, où nous sommes la France,
La justice, — qui veut régner seule à la fin !