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Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe cover

Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe

Chapter 58: AU FEU DE MINORQUE
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About This Book

The volume collects travel impressions, poems, legends and reflective essays born of journeys along the Mediterranean and into the desert. It blends vivid landscape description and anecdotal encounters with residents and travelers, portraying hospitality, music, dance and a pervasive sense of spiritual presence in solitary spaces. Essays interrupt lyrical passages to consider literary and theatrical questions, especially the risks of translating reverie into staged drama. Folkloric narratives and a closing petition round out the work, uniting lyrical evocation of desert solitude and faith with candid, often wry social observation.

AU FEU DE MINORQUE

En pleine mer, — au beau milieu
Des eaux profondes, des eaux mornes, —
Au milieu de l’ombre sans bornes,
Il brille sur l’île, ce feu.
Dans la nuit formidable, immense,
Guide sûr, fidèle témoin,
Il dit à mon bateau de loin :
« Va !… La mer française commence. »
Tandis que le sombre sommeil
Pèse sur les yeux et sur l’âme,
Il dit : « Je veille, » avec sa flamme ;
Il dit : « Crois toujours au soleil. »
Il s’éteint, se rallume encore.
Sur les flots mauvais ou sereins,
Il dit : « L’Ile pense aux marins ; »
Il dit : « Marin, songe à l’aurore !
« Je marque presque la moitié
« Du chemin de France en Afrique,
« Et demain, beau transatlantique,
« Tu verras le cap Sicié. »
Ainsi Minorque, belle fille
Qui dort sous les verts orangers,
Bons marins, pense à vos dangers,
Et vous salue, — et son feu brille.
Et rien n’est beau, parmi les fleurs,
Comme ce phare, humaine étoile,
Qui dit : « Espère » à chaque voile,
Et : « Je veille » à tous les veilleurs.

A bord de la Ville de Naples, 29 mai 1887.