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Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe cover

Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe

Chapter 7: BAB’AZOUN
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About This Book

The volume collects travel impressions, poems, legends and reflective essays born of journeys along the Mediterranean and into the desert. It blends vivid landscape description and anecdotal encounters with residents and travelers, portraying hospitality, music, dance and a pervasive sense of spiritual presence in solitary spaces. Essays interrupt lyrical passages to consider literary and theatrical questions, especially the risks of translating reverie into staged drama. Folkloric narratives and a closing petition round out the work, uniting lyrical evocation of desert solitude and faith with candid, often wry social observation.

BAB’AZOUN

Bab’Azoun est poète et nègre.
Il danse en donnant de la voix ;
Et la musique n’est pas aigre,
Qui sort de sa lyre de bois.
Elle est grave et sourde au contraire.
O Bab’Azoun, mon cher confrère,
Je t’admire et t’envie un peu :
Je voudrais être noir… ou bleu !
Je voudrais être en bois d’ébène,
Sinon en lapis-lazuli…
Mais j’y perds mon temps et ma peine :
Je reste blanc, — et pas joli…
Personne ne dit le contraire,
O Bab’Azoun, mon cher confrère !
Je t’admire et t’envie un peu :
Je voudrais être noir… ou bleu !
Ta lyre, vieille calebasse,
Moitié guitare et violon,
N’a qu’une unique corde, basse,
Un archet court, un manche long,
Et ça suffit à te distraire,
O Bab’Azoun, mon cher confrère…
Je t’admire et t’envie un peu :
Je voudrais être noir… ou bleu !
La lune te plaît comme un rêve,
Le soleil comme un bon vivant !
Qu’un chrétien meure ou qu’un chien crève,
Tu ne t’attristes pas souvent !
On est noir, mais pas funéraire !
O Bab’Azoun, mon cher confrère,
Je t’admire et t’envie un peu :
Je voudrais être noir… ou bleu !
Ce que tu chantes, je l’ignore,
Sans doute que, comme nous tous,
Tu redis le ciel et l’aurore,
L’amour, les fleurs… et le couscous !
Mais tu t’édites sans libraire.
O Bab’Azoun, mon cher confrère,
Je t’admire et t’envie un peu :
Je voudrais être noir… ou bleu !
Tu n’es pas propre et l’on s’en doute ;
Tu t’es fait de vilains bas blancs
Avec la poudre de la route,
Mais — ô jours troublés et troublants ! —
La saleté, c’est littéraire !
O Bab’Azoun, mon cher confrère,
Je t’admire et t’envie un peu :
Je voudrais être noir… ou bleu !
Ce que dit Sarcey, le critique,
Tu t’en moques comme de ça,
Et je crois ton rire sceptique
Quand tu dis : « Joli, moi, Moussa ! »
Tu crois qu’un âne est fait pour braire !…
O Bab’Azoun, mon cher confrère,
Je t’admire, — et t’envie un peu :
Je voudrais être noir… ou bleu !
Bab’Azoun, quelle est ton histoire ?
Elle a donc voulu le désert
Entre elle et toi, la vierge noire
Par qui ton cœur nègre a souffert ?
Tu n’es qu’amoureux honoraire,
O Bab’Azoun, mon cher confrère !
Je t’admire et t’envie un peu :
Je voudrais être noir… ou bleu !
Va, la peau ne fait pas le moine !
Tout cheval, même de labour,
A son moment d’orge ou d’avoine…
Retiens donc ce conseil d’amour :
Pour être heureux, sois téméraire !
O Bab’Azoun, mon cher confrère,
Je t’admire et t’envie un peu :
Je voudrais être noir… ou bleu !
Tu quittas le Soudan barbare
Respecté des Touaregs hardis
Parce qu’ils aimaient ta guitare ?
Tu crois ça, toi ? mais moi je dis :
Parce que noir sans numéraire,
O Bab’Azoun, mon cher confrère !
Je t’admire et t’envie un peu :
Je voudrais être noir… ou bleu !
Tiens, Bab’Azoun, j’ai de la peine !
Partons, frère, pour Tombouctou,
Retrouver ta vierge d’ébène !
Marche ! et je te suivrai partout
Pour te chanter et te pourctraire,
O Bab’Azoun, mon cher confrère !
Je t’admire et t’envie un peu :
Car je ne suis ni noir… ni bleu.