XI
LE THÉÂTRE-ITALIEN DE PARIS ET MLLE PAULINE GARCIA[12]
Voici donc notre scène italienne-française atteinte dans son principe vital par une double mesure législative[13]. Cette mesure a été motivée par la nécessité d'encourager exclusivement le genre national en musique, et une profonde indifférence pour l'art exotique a présidé à son arrêt de mort en place de l'Odéon.
[Note 12: Madame Viardot.]
[Note 13: Après l'incendie de leur théâtre de la salle Favart, les artistes italiens avaient été relégués provisoirement à l'Odéon; mais le provisoire menaçait de devenir définitif, et de plus on venait de supprimer leur subvention administrative.]
Si ce motif était bien fondé, nous serions les premiers à y souscrire. Mais la haute sagesse de la chambre des députés n'est peut-être pas ici sans appel. Et d'abord nous pensons que le genre italien est tout à fait naturalisé en France, à tel point qu'il n'y a plus de musique française, si tant est qu'il y en ait jamais eu. Messieurs les députés ne peuvent pas croire sans doute que la musique change de nationalité suivant la langue à laquelle elle est adaptée. Ils ne pensent pas que Rossini soit Français pour avoir écrit en tête de sa sublime partition Guillaume Tell au lieu de Guglielmo Tello, pas plus que Meyerbeer pour nous avoir donné deux beaux opéras en paroles françaises. Ils savent fort bien que la musique qu'on chante à l'Opéra-comique est tout italianisée, depuis Nicolo jusqu'à Donizetti; que les plus remarquables productions de nos compositeurs français, la Muette, par exemple, ont été inspirées par le génie italien, et que si Berlioz est chez nous le roi de la symphonie, ce n'est ni chez Rameau ni chez Grétry, mais dans la science de Beethoven et de Weber qu'il a puisé la sienne.
Le Devin du Village n'a-t-il pas été dans son temps une réaction énergique et applaudie contre la soi-disant musique française, qui n'était, suivant Rousseau et les gens de goût ses contemporains, qu'une musique infernale et diabolique? Lulli, Gluck et Mozart, que nous invoquons aujourd'hui comme nos maîtres, étaient-ils donc Français? Et parce que nous avons un peu profité à leur école, aurons-nous l'ingratitude de prétendre que nos intelligences musicales se soient éveillées d'elles-mêmes, tandis que nos oreilles le sont à peine encore à leurs savantes mélodies?
Où donc s'est réfugiée cette musique française que vous voulez ressusciter et conserver comme un art national! Non pas même chez mademoiselle Loïsa Puget, et je gage que, le Postillon de Lonjumeau serait fort blessé si vous lui disiez qu'il ne chante pas ses couplets dans le goût italien le plus pur. Et il ferait bien; l'orgueil de l'artiste français, comme son vrai mérite, ne consiste-t-il pas dans cette merveilleuse aptitude qui le porte à vaincre les obstacles que la nature lui a créés, et à s'assimiler l'intelligence, les études, et jusqu'à l'innéité des arts étrangers? Où donc est la grandeur et la priorité de la France entre toutes les nations civilisées, si ce n'est d'avoir attiré à elle et de s'être approprié dans tous les temps les fruits précieux de toutes les civilisations étrangères? Sa vie s'est formée de la vie du monde entier, et le monde entier a trouvé en elle une vie que sans elle il n'eût pas sentie. C'est nous qui apprenons à nos voisins l'importance et la beauté de leurs conceptions en les mettant en pratique sous leurs yeux éblouis. En politique, n'avons-nous pas accompli les révolutions que l'Angleterre avait essayées? En philosophie, n'avons-nous pas opéré ces transformations d'idées que l'Allemagne signalait immobile et comme effrayée elle-même de ce que son cerveau enfantait à l'insu de sa conscience? Et pour ne parler que de l'art qui est le cercle où nous devons nous renfermer ici, n'avons-nous pas légitimement et saintement volé l'architecture, la statuaire, la peinture et la musique aux plus puissantes et aux plus ingénieuses nations de la terre? Notre poésie, enfin, ne l'avons-nous pas conquise par droit divin sur tous les peuples qui viennent aujourd'hui nous redemander humblement les leçons qu'ils nous ont données? N'avons-nous pas importé chez nous, et ceci à l'exclusion des nations que nous avons bien réellement dépossédées, la peinture qui ne fleurit plus que chez nous? Où est l'école romaine aujourd'hui? Dans l'atelier de M. Ingres. Où est la couleur vénitienne? Sur la palette de Delacroix. Où est l'énergie du pinceau flamand? sur les toiles de Decamps. Où est la gravure anglaise? A Paris, dans la mansarde de Galamatta ou de Mercurj, dont le génie s'est naturalisé français; car les plus grands artistes étrangers l'ont dit, et ce mot est devenu proverbial: La France est la vraie patrie des artistes. Et maintenant nous voudrions répudier nos maîtres! Mais cela n'est pas dans l'esprit de la nation, et jamais on n'a plus profondément méconnu le caractère ardemment sympathique du Français, et son généreux enthousiasme pour toute espèce d'éducation, que le jour où on a prononcé dans l'assemblée représentative de la France, qu'il n'y aurait plus d'art étranger en France. N'envoyez donc plus vos peintres et vos musiciens se former à Rome, anéantissez donc les trésors de vos musées, rayez donc Guillaume Tell et le Comte Ory du répertoire de votre Académie Royale; faites plus si vous pouvez, détruisez toute notion d'art dans le monde élégant et chez le peuple. Brûlez tous les magasins de musique qui vivent de partitions allemandes et italiennes; fermez le Conservatoire, qui a le mauvais goût de nous faire entendre un peu de Beethoven, de Haydn et de Mozart! de temps en temps condamnez à mort le patriarche Cherubini, car celui-là ne se soumettra pas volontiers à l'arrêt. Confirmez la sentence qui a exilé Spontini; faites déporter Lablache, Rubini, Tamburini; défendez à mademoiselle Grisi de nous montrer le type le plus pur et le plus parfait de la beauté grecque; envoyez le génie de Pauline Garcia se glacer en Russie, et quand vous aurez fait tout cela, tâchez d'interdire à nos gamins de Paris de chanter dans la rue le rataplan des Huguenots; brisez enfin jusqu'aux orgues de Barbarie, qui jouent sous vos fenêtres le choeur des chasseurs de Robin des Bois ou le Di tanti palpiti, aussi populaire que la Marseillais et Vive Henri IV.
Ne dites pas, à ce propos, que la musique étrangère est suffisamment connue en France. Elle n'est encore que vulgarisée, ce qui ne veut pas du tout dire qu'elle soit comprise; et je le répète, notre éducation musicale, loin d'être achevée, commence tout au plus. Aura-t-elle un succès aussi rapide que la peinture? Je ne le pense pas. Il est de la nature même de la musique de suivre une marche plus lente, parce qu'elle est le plus idéal de tous les arts. Pouvons-nous même nous flatter que nous arriverons à surpasser les Allemands et les Italiens en composition et en exécution musicale, comme nous surpassons en peinture nos contemporains étrangers? Je n'oserais vous le promettre. Peut-être la nature, qui jusqu'ici leur a été plus généreuse qu'à nous sous ce rapport, continuera-t-elle à les placer au-dessus de nous, comme des maîtres chéris et vénérés. Raison de plus de les retenir chez nous, car, privés d'eux, nous n'avons plus guère de progrès à espérer. Ne dites pas non plus que les maîtres écriront pour notre scène, ou que nous traduirons leurs oeuvres lyriques. Tons savez bien que Rossini ne se fût pas arrêté au milieu de sa gloire et de sa puissance sans les dégoûts dont l'abreuva la légèreté avec laquelle on traita son dernier chef-d'oeuvre et le morcellement de ses représentations à l'Opéra. Vous savez bien que le Don Juan n'a pu être exprimé à ce même théâtre d'une manière satisfaisante, et qu'il a fallu changer l'emploi des voix pour lesquelles il fut écrit. Quand vous voulez l'entendre, c'est à l'Opéra-Italien et non à l'Opéra-Français que vous courez. Vous savez bien que nous ne connaissons en France ni Fidelio, ni Oberon, ni même Freyschütz. Le zèle et l'habileté de M. Véron ont échoué à faire entendre véritablement Euryanthe sur la scène française. Vous savez bien, ou du moins vous devriez savoir qu'au lieu de nous retirer l'opéra italien, il faudrait pouvoir nous doter d'un opéra allemand, et vous verrez que quelque jour vous y viendrez, entraînés que vous serez par le progrès de l'art et le mouvement des idées, vainement entravés pour quelques années peut-être par votre arrêt.
Mais vous faites-là précisément ce que vous reprochez à un certain radicalisme étroit et aveugle. Vous nous privez, comme d'autant de superfluités coûteuses, des sources où la vie intellectuelle se retrempe et se purifie. Vous nous poussez à la barbarie, vous faites des lois somptuaires pour ce monde opulent que vous voulez vous conserver et qui ne s'y laisse guère prendre; car il commence à voir que nous ne sommes pas aussi ennemis de la civilisation que pourraient le faire croire les nécessités austères d'un passé que nous ne renions pas, mais que nous ne voulons pas ressusciter.
Quand cela vous arrange, vous revenez à l'esprit de la convention, et vous vous emparée des idées d'économie que nous vous présentons quand nous demandons de sages réductions ou de généreux sacrifices dans l'emploi des deniers publics. Mais si vous voulez retourner contre nous nos propres arguments, ne le faites donc pas à propos des choses qui nous sont utiles et bonnes et qui vous le sont aussi, car nos besoins sont les mêmes, et un peu d'idéal dans votre vie ne vous ferait pas de mal. Il y a bien d'autres choses qui nous sont préjudiciables à tous et que vous votez haut la main pour des raisons que je ne veux pas vous dire, non pas que vous manquiez de courtoisie pour les entendre, mais parce que vous avez trop d'esprit pour ne pas les deviner. Je suis sûr que la jeunesse française, qui est tout artiste, se résignera plutôt à des privations qui porteraient sur sa vie matérielle qu'à celles qui l'atteindraient dans sa vie intellectuelle, et que les vexations de la douane, auxquelles chacun de nous se résigne, nous deviendront insupportables le jour où elles prohiberont les beaux-arts à la frontière comme les cotons et les tabacs étrangers.
Si la réforme électorale qui doit s'accomplir était déjà accomplie, si je parlais à des députés qui représentassent véritablement le peuple, j'oserais encore leur demander des mesures protectrices pour les arts, même au profit, en apparence exclusif, des classes riches. Je leur dirais que si le Théâtre-Italien est dans l'état des choses réservé aux plaisirs du grand monde, c'est chose assez légitime, vu qu'il est alimenté et ne peut l'être que par la richesse des hautes classes. Le jour où la troupe italienne sera installée dans une salle convenable et où la subvention pourra obvier aux dépenses de première nécessité, l'art lyrique marchera, comme il faisait naguère, dans un progrès brillant, et arrivera peut-être à se passer des secours de la subvention. C'est du moins une épreuve qu'il serait impardonnable de ne pas tenter, et l'abandon des moyens de civilisation les plus nobles et les plus exquis est le signe le plus effrayant de la décadence d'une société. D'ailleurs il serait faux de dire que la salle des Italiens est accaparée par ce qu'on appelle le grand monde. Dans la vaste enceinte d'un théâtre il y a place pour les fortunes moyennes, place aussi pour les fortunes étroites, place enfin pour ceux qui n'ont pas de fortune. Le parterre des Italiens a toujours été composé de pauvres artistes et de jeunes gens passionnés pour la musique plus que pour toutes les autres satisfactions de la vie. Nous sommes quelques-uns qui nous souvenons bien d'avoir retranché souvent la bagatelle d'un dîner pour aller entendre la Malibran ou la Pasta, et qui disions bien gaiement à minuit en retrouvant dans la mansarde un morceau de pain dédaigné la veille: Panem et circenses. Nous savons bien, nous autres, que si nous avons eu dans notre vie un élan poétique, un sentiment généreux, c'est parce qu'on ne nous a fermé ni l'église, ni le théâtre, c'est parce qu'on ne nous a pas interdit la poésie comme un luxe dangereux ou frivole, c'est parce que qui dit Français dit sobre comme Épictète et idéaliste comme Platon.
Trouvez donc simple que le grand monde (qui ne sera ni plus ni moins porté à l'économie et à la charité si vous lui ôtez ses plaisirs honnêtes) alimente la splendeur d'une école d'art où le pauvre artiste peut aller rêver et concevoir son idéal. Et croyez aussi que ces classes riches à qui vous réclamez, et de qui vous obtiendrez, peut-être plus tôt qu'on ne pense, une libre et loyale adhésion à de meilleures applications de la loi d'égalité, ont besoin comme vous d'une vie intellectuelle plus élevée que celle qu'elles puiseraient à de méchantes écoles et à de fausses théories dans les arts comme dans toute autre source d'éducation.
Maintenant que j'ai dit, un peu plus longuement que je ne l'avais prévu, la haute importance du Théâtre-Italien, je vous rappellerai une des grandes pertes que vous allez faire si vous laissez périr ce théâtre. La France entière sait aujourd'hui combien serait cruel et irréparable le départ définitif de Lablache et de Rubini; mais la gloire de Pauline Garcia est encore assez fraîche pour que la province, qui n'a pas eu le temps, dans l'espace d'une saison, de venir la juger, se croie dispensée de regretter la grande artiste qu'elle ne connaît pas encore. Il ne faut pas craindre de revenir sur les éloges pleins de justesse et d'intelligence qui lui ont été donnés déjà dans cette Revue. Ceci, d'ailleurs, doit intéresser sous un autre rapport. L'apparition de mademoiselle Garcia sera un fait éclatant dans l'histoire de l'art traité par les femmes. Le génie de cette musicienne à la fois consommée et inspirée constate un progrès d'intelligence qui ne s'était point encore manifesté dans le sexe féminin d'une manière aussi concluante. Jusqu'ici on avait dû accorder aux cantatrices une part de puissance égale à celle des plus grands chanteurs. On a dit et écrit souvent que les femmes artistes pouvaient dans l'exécution s'élever au niveau des hommes, mais que, dans la conception des oeuvres d'art, elles ne pouvaient dépasser une certaine portée de talent. On l'a dit moins haut peut-être depuis que les efforts de quelques-unes d'entre elles ont montré une aptitude plus ou moins estimable pour la composition musicale. Pour le chant, il faut placer au premier rang quelques charmantes mélodies qu'a écrites madame Malibran; pour la scène, les partitions de mademoiselle Bertin. Mais voici une fille de dix-huit ans qui écrit de la musique vraiment belle et forte, et de qui des artistes très-compétents et des plus sévères ont dit: «Montrez-nous ces pages, et dites-nous qu'elles sont inédites de Weber ou de Schubert, nous dirons qu'elles sont dignes d'être signées par l'un ou l'autre de ces grands noms, et plutôt encore par le premier que par le second.» C'est là, ce nous semble, le premier titre de mademoiselle Garcia à une gloire impérissable. Supérieure à toutes les jeunes cantatrices aujourd'hui connues en France par la beauté de sa voix et la perfection de son chant, elle peut mourir et ne pas s'envoler comme ces apparitions de chanteurs et de virtuoses qui, renfermés dans une grande puissance d'exécution, ne laissent après eux que des souvenirs et des regrets; gloires qui s'effacent comme un beau rêve en disparaissant de la scène chargées de trophées, mais condamnées à périr tout entières, et de qui l'on peut dire ce qui est écrit dans le livre divin à propos des heureux de ce monde: «Ils ont reçu dès cette vie leur récompense.»
Mademoiselle Garcia est donc plus qu'une actrice, plus qu'une cantatrice, En l'écoutant, il y a plus que du plaisir et de l'émotion à se promettre; il y a là un véritable enseignement, et nous ne doutons pas qu'avec le temps, la haute intelligence qu'elle manifeste en chantant la musique des maîtres, ne soit d'une heureuse influence sur le goût et l'instruction du public et des artistes. Elle est un de ces esprits créateurs qui ne s'embarrassent guère de la tradition et des usages introduits par les exigences de la voix ou la fantaisie maladroite des exécutants ses devanciers. Elle entre dans l'esprit des auteurs; elle est seule avec eux dans sa pensée, et si elle adopte un trait, si elle prononce une phrase, elle en rétablit le sens corrompu, elle en retrouve la lettre perdue. Le public qui l'aime, mais qui n'a pas encore en elle toute la confiance qu'elle mérite, s'étonne et s'effraie quelquefois de ce qu'il prend pour une innovation. Le public n'est pas assez savant pour lui contester avec certitude la liberté de ses allures. La plupart des journalistes ne le sont pas davantage, et moi qui écris ceci, je le suis moins que le dernier d'entre eux. Mais ce que le public, ce que les critiques, ce que moi-même pouvons examiner sans craindre de faire rire les vrais savants, et sans autre conseil que celui de notre logique et de notre sentiment, c'est précisément le sentiment et la logique qui président à ce travail consciencieux auquel mademoiselle Garcia soumet l'oeuvre qu'elle chante. Jamais elle ne dénature l'idée, jamais elle ne substitue son esprit à l'esprit du compositeur. Le jour où vous direz: Mozart n'eût pas écrit cela, ce jour-là seulement vous serez en droit de dire que Mozart ne l'a point écrit; mais si vous retrouvez toujours et partout l'esprit et le sentiment du maître, vous pouvez dire que si le maître ne l'a pas écrit ainsi, c'est ainsi du moins qu'il l'a senti dans le moment de l'inspiration, et c'est ainsi qu'il l'aurait écrit peut-être la veille ou le lendemain. Ainsi c'est bien toujours du Mozart, c'est bien toujours du Rossini que nous entendons, lors même que, pour satisfaire aux exigences de la voix qui devait lui servir d'interprète, Rossini ou Mozart ont consenti à modifier leur premier jet.
Je ne prétends pas que cette liberté d'interprétation doive être illimitée; mais plus une composition vieillit, plus il devient nécessaire d'avoir de grandes intelligences pour interpréter fidèlement les points contestables. Sans cette part d'indépendance, l'esprit du chanteur n'aurait plus à s'exercer que dans les gestes et le costume, et encore faudrait-il qu'il n'y apportât point son propre caprice, mais le goût et la vraisemblance. Il faudrait prononcer que le talent d'exécution exclut le talent de création, et les artistes dramatiques en tous genres deviendraient de pures machines, fonctionnant plus ou moins bien, suivant une impulsion mécanique à jamais donnée. Alors plus de progrès possible, et le mot goût n'a plus de sens. De plus, il suffit d'une erreur innocemment commise par un chanteur et inaperçue de l'auditoire pendant un certain temps, pour que cette erreur devienne loi sans qu'aucun autre chanteur ait le droit de la redresser et d'en purger l'oeuvre du maître. C'est ainsi que l'ignorance des commentateurs ou seulement des copistes a altéré pendant des siècles l'esprit de textes bien autrement sérieux que ceux des partitions musicales.
Si la simple raison, si un sentiment de l'art qui n'est point refusé même aux gens privés d'éducation spéciale peuvent servir de guide pour juger les artistes avec quelque justice et quelque utilité, nous devons attendre de mademoiselle Garcia plus que nous ne pouvons lui donner. Si le public comprend l'importance d'un pareil talent, il apprendra beaucoup de lui, et ne cherchera plus à entraver, par la méfiance ou la timidité de ses jugements, l'essor de facultés aussi rares et aussi précieuses. La critique ne cherchera point à l'intimider. On peut analyser froidement le talent le plus consommé; mais on doit de grands égards au génie même le plus novice. Il y a pour lui un certain respect auquel ne se refusent pas les artistes vraiment éminents. J'ai vu Rubini essayer docilement avec Pauline Garcia, dans l'entr'acte, un trait qu'elle lui avait soumis, et que l'admirable chanteur répétait avec un plaisir naïf et généreux. Lablache est fier d'elle comme un père l'est de son enfant, et Liszt sera plus heureux de l'entendre chanter Desdemona et Tancrède, lui dont elle est, comme pianiste, une des meilleures élèves, que de toutes les ovations que sa bonne Hongrie lui décerne.
Nous n'analyserons pas le talent dramatique de mademoiselle Garcia, pas plus que l'étendue et la puissance extraordinaire de sa voix. Peu nous importerait la qualité de timbre de cet instrument magnifique, si le coeur et l'intelligence ne l'animaient pas; mais c'est un prodige dont l'honneur revient à Dieu, que de voir une faculté d'expression aussi riche au service d'une intelligence aussi puissante. Cette voix part de l'âme et va à l'âme. Dès les premiers sons qu'elle vous jette, on pressent un esprit généreux, on attend un courage indomptable, on sent une âme forte qui va se communiquer à vous. Le talent de l'actrice est analogue. Toutes les facultés désirables et toutes les qualités innées l'inspirent presque spontanément; mais ce talent n'a pas été soumis, comme le chant, à de rigoureuses études, et il brille encore par ce qui lui manque: heureux défaut jusqu'à présent, qui attendrit plus qu'il ne le fâche, un public paternel aux grands artistes. Il est remarquable que ce même public qui se montre si scrupuleux pour les choses qu'il ne comprend pas bien encore, se montre si délicatement et si sagement indulgent pour celles qu'il juge sainement au premier coup d'oeil. On a remarqué que la jeune actrice avait parfois une certaine gaucherie pleine de grâce et de pudeur, parfois aussi une énergie pleine de sentiment et d'irréflexion, et on lui a su bon gré de se laisser gouverner par ses impressions sans prendre conseil que d'elle-même, et sans chercher trop devant son miroir l'habitude que les planches lui donneront assez vite. On a remarqué aussi que sa taille était admirablement belle; dans ses gestes faciles et naturellement gracieux, les peintres admirent la poésie instinctive qui préside à ses attitudes, même les moins prévues par elle. Elle est toujours dans les conditions d'un dessin correct et dans celles d'un mouvement plein d'élégance et de vérité.
Elle ne plaît pas seulement, on l'aime. Le public le prouve en ne l'applaudissant pas avec frénésie; il faudra cependant, pour son propre intérêt, qu'il apprenne à l'applaudir avec discernement et à ne pas rester froid devant une phrase admirablement dite, quand il bat des mains pour une cadence effrayante de durée et de netteté. Ce sont là des tours de force que mademoiselle Garcia exécute avec une liberté surprenante, car elle peut tout ce qu'elle veut. Mais le public ne voudra-t-il pas la dispenser quelque jour de cet horrible agrément qui n'aboutit qu'à imiter parfaitement le bruit d'une bouilloire à thé, et qui suspend le sens de la mélodie devant une niaiserie désagréable à l'oreille? Pauvres grands artistes, vous avez bien besoin qu'on vous laisse corriger les sottises de la mode!
Il n'y a qu'une cadence au monde que je voudrais conserver, si tout autre après Rubini pouvait la reproduire; c'est celle qu'il a introduite dans l'air de Don Juan: Il mio tesoro intanto, et qui est devenue célèbre. Elle est courte, premier mérite, puis elle est énergique, vaillante, et complète l'idée musicale au lieu de l'altérer. Enfin elle est écrite par Mozart dans l'accompagnement, et le public, entraîné par l'audace et le goût du chanteur, a eu le bon esprit de ne pas la contester.
Avec Rubini, avec Lablache, avec Tamburini, avec mesdames Garcia, Grisi et Persiani, l'opéra italien va nous quitter si on perd le temps à délibérer froidement et lentement. On sera toujours forcé par la suite de rendre le Théâtre-Italien à la capitale; mais si on tarde, ces grands artistes seront dispersés, et nous aurons des talents de second ordre avec plus d'exigences peut-être. Conservons donc ces généreux chanteurs que nous aimons, que nous connaissons, qui nous connaissent et nous aiment aussi, et qui se prodiguent avec tant de zèle. Dans aucun théâtre de Paris, on n'a jamais vu régner la paix, l'obligeance et le dévouement comme parmi la troupe italienne. C'est qu'ils sont tous grands et laborieux; ils n'ont ni le droit ni la temps d'être jaloux les uns des autres. Rubini, malade et fatigué d'une longue suite de représentations que divers accidents ont accumulés sur lui, prodigue sa puissance avec une vaillante ardeur. Le public qui entend cette voix si fraîche et ce sentiment si énergique, sans se douter que l'homme souffre, croit-il payer avec de l'or tant de dévouement et de conscience? Lablache, à l'école duquel nos premiers chanteurs, nos premiers tragiques et nos premiers comiques voudraient longtemps encore prendre des leçons, blessé il y a quelques jours sur la scène pendant la représentation, quitte ses béquilles et reparaît sans égard pour la défense du médecin. Vous avez vu naguère un fait plus remarquable encore. Pauline Garcia, pour ne pas faire manquer la représentation de Don Juan, avertie que madame Persiani était malade, a étudié un rôle nouveau et improvisé son costume dans l'espace de deux heures. Elle était mise à ravir, et elle a joué et chanté Zerline comme, depuis sa soeur, personne ne l'avait ni joué ni chanté. Elle regardait à peine le cahier pour suivre le récitatif; elle a exprimé Mozart comme Mozart serait heureux de s'entendre exprimer, s'il pouvait un soir s'échapper de la tombe pour y rentrer au coup de minuit. Vraiment nous aurions grand besoin de semblables artistes dans nos théâtres nationaux, et nous avons encore besoin des artistes italiens pour former nos artistes et nous.
Février 1840.
XII
LA JOCONDE DE LÉONARD DE VINCI
GRAVÉE PAR M. LOUIS CALAMATTA
Quelle est cette femme sans sourcils, aux mâchoires développées sous leur luxuriante rondeur, aux cheveux extrêmement fins ou très-peu fournis, au front très-découvert ou très-puissant, à l'oeil sans éclat, mais d'une limpidité surhumaine? La tradition nous dit que c'est madame Lise (Mona Lisa), femme del signor Francesco del Giocondo. Vasari ajoute qu'elle était bellissima, et semble nous avouer qu'elle était fort mélancolique de caractère ou fort impatiente de ses mouvements, puisqu'il prétend que Léonard, en faisant son portrait, tenait autour d'elle des chanteurs, des joueurs d'instruments et des bouffons, pour la rendre gaie et lui conserver ce divin sourire qu'après quatre ans d'efforts le maître parvint à saisir.
En vérité, ces divins maîtres du passé eussent été de grands paresseux ou de grands maladroits s'il leur eût fallu tant de temps et de peine pour s'emparer du beau et du vrai; outre que l'âge de Mathusalem n'eût pas suffi aux longues hésitations que leur prêtent, devant chacune de leurs oeuvres, leurs naïfs biographes. Est-ce pour relever, dans l'esprit du public, la grandeur et la difficulté de l'art, qu'on l'a si longtemps nourri de pareilles légendes? Il est fort à présumer, au contraire, que l'expression de la Joconde fut saisie au vol par un coup d'oeil d'aigle, et que les chanteurs et les bouffons n'auraient pas réussi à mettre tant d'idéal sur les traits du modèle, tant de flamme et de science dans le pinceau de l'artiste; à moins pourtant qu'il n'y eût là quelque voix aussi belle que les lèvres de la Joconde, ou quelque senatore aussi merveilleux dans son art que Léonard dans le sien. Pourquoi non, après tout? c'était le temps des grands artistes.
Il est peu de figures aussi connues que celle de Mona Lisa del Giocondo, et, chose étrange, il est peu de physionomies moins devinées. Cette beauté célèbre offre, dans son expression un tel problème, que personne ne l'a regardée sans émotion, et que personne, après l'avoir vue un instant, ne l'a oubliée. Le modèle n'offrait-il aux regards le même mystère que le portrait? Était-elle belle ou seulement agréable? Pour certaines personnes qui lui trouvent un dessous de malice froide dans le sourire, c'est une laide séduisante, comme on en connaît. Pour d'autres, c'est un idéal de jeunesse, de candeur, d'intelligence et de bonté. Tel était l'avis de Gustave Planche, qui a écrit avec beaucoup de prédilection sur Léonard de Vinci. Tel est aussi celui de M. Calamatta. «Quand je dessinais cette suave figure,» écrivait-il à un de ses amis, «seul, sous les voûtes du Musée, je me surprenais à rire avec elle.» Une autre fois, il écrivait: «J'ai fini la Joconde. C'est une douleur pour moi. Il y a si longtemps que j'étais heureux et tranquille avec elle.»
Donc, cette tête charmante, en dépit de la couleur verdâtre et mélancolique que le temps (et peut-être les dangereuses inventions de Léonard dans les matériaux de sa peinture) ont répandue sur elle, est, pour ceux qui s'absorbent à la contempler, une rose mystique, un sourire du ciel.
Nous avouerons que notre impression personnelle est plutôt mélancolique que riante. Est-ce ce ton de clair de lune, cet étrange paysage de flots et de rochers glauques, dont nous ne pouvons faire abstraction? Il y a quelque chose dans ce chef-d'oeuvre qui nous jette dans l'étonnement et dans la rêverie. Les types et les paysages de Léonard nous ont toujours tourmenté. On aura beau me dire qu'il était grand ingénieur, qu'il avait passé sa vie à étudier les eaux au point de vue des travaux de la canalisation, à parcourir des terrains impraticables pour y établir des ponts et des routes; je me rappelle aussi qu'il écoutait certaines fontaines comme une douce musique, et qu'il était poëte au moins autant que savant. Ces sites, tourmentés jusqu'à la puérilité, qui sont là derrière ses figures et qui se perdent dans des horizons accumulés jusqu'aux nuages, comme s'il eût placé ses modèles sur la flèche d'une cathédrale, afin de leur donner pour cadre l'immensité, est-ce l'amour du plan géographique qui les lui a inspirés, et n'y faut-il voir que la signature de l'ingénieur inquiet d'être oublié pour le peintre?
Dans tous les cas, ceci n'est pas gai. Peut-être l'effet en était-il chatoyant, alors que la peinture était fraîche, pleine de roses tendres et de pourpres vives, comme nous la décrivent les contemporains. Mais, à coup sûr, la composition en est austère, et l'aspect aujourd'hui en est refroidissant. On se figure beaucoup plus les fiords déchiquetés de la Norwége et son ciel d'opale faits ainsi, que le beau soleil d'Italie et les riants paysages de l'Arno. Ce n'est même point là le caractère des lacs charmants de la Toscane et du Milanais. Le Trasimène est semé d'ilots qui le divisent en perspectives infinies; mais quelle douceur de lignes et quelle splendeur de ton sur ces lointains mous et chauds! Il n'y a pas à dire, si la Joconde est gaie, c'est qu'elle tourne le dos à un pays bien triste; et, malgré les routes et les ponts que l'artiste ingénieur semble y avoir creusés et jetés pour ses promenades, elle ne me semble nullement disposée à s'y risquer.
Quant aux types de Léonard, les avis sont bien partagés. Ils paraissent le vrai beau à certains artistes; à d'autres, ils semblent la laideur embellie par l'art. Personne ne peut leur refuser la noblesse et l'originalité.
C'est le privilège de beaucoup de grandes choses d'être mystérieuses, et d'exercer sans cesse l'imagination. On commentera éternellement l'Hamlet de Shakspeare, l'Enfer du Dante, le Faust de Goethe, la Nuit de Michel-Ange, et, à un autre degré d'intérêt et d'admiration, la Joconde de Léonard.
Elle n'était pas du tout belle, cette Joconde. Vasari ne l'a jamais vue. C'était une grasse et douce personne, fine, prudente, ravissante d'amabilité, de savoir-vivre et de distinction. Léonard en était passionnément amoureux. L'histoire n'en dit rien, mais qu'importe? Il ne s'en vanta jamais, parce que la dame était sage ou qu'elle aimait son mari. D'autres peuvent penser qu'elle était froide, tant il y a que le beau Léonard y perdit ses soupirs et ses brûlants regards, et qu'il fit, en vain, durer longtemps le portrait. Il n'était pas très-modeste. Ce n'était pas la mode en ce temps-là pour les grands artistes. Il fut donc très-surpris d'échouer: de là son silence et celui de ses contemporains sur cette passion inexaucée. De là peut-être, pour un homme habitué à vaincre en amour, une estime particulière pour cette femme tranquille, et une prédilection fidèle pour l'expression de cette figure sereine qui devint, sous sa main et dans son cerveau, le type de la beauté surnaturelle, puisque toutes ses figures de sainteté lui ressemblent.
Ceci est un roman de notre façon; mais il est tout aussi vrai que mille légendes bien autrement risquées qui remplissent la biographie des artistes et des héros du temps passé.
Pour nous, la Joconde est le portrait idéalisé d'une femme charmante, et le grand secret de cette indéfinissable expression de calme qui arrive à effrayer, comme tout ce qui est la force immatérielle, est un sentiment qui exista beaucoup moins en elle que dans le peintre. Il fit là ce qu'ont fait tous les maîtres véritables: il donna sa propre puissance à son oeuvre, en croyant la surprendre dans l'âme de son modèle.
En effet, on aura beau admirer avec Vasari le réalisme à faire trembler (una maniera da far tremare) avec lequel Léonard de Vinci a rendu «les moindres détails de la peau, des cils, des pores, toutes les minuties, toutes les subtilités de la nature,» ce qui fait encore plus trembler dans cette figure, c'est l'âme qui luit à travers, qui semble contempler la vôtre du haut de sa sérénité et lire dans vos yeux tandis que vous interrogez vainement les siens.
L'espèce d'effroi que nous avons toujours ressenti en regardant un portrait de maître, vient de ce qu'à travers ces figures, c'est le génie, c'est l'âme du maître, que nous voyons. Cette âme est dans la toile, n'en doutez pas. Michel-Ange n'est-il pas toujours palpitant dans le marbre du Moïse? Qui donc oserait le railler et le critiquer, face à face avec lui?
Il y a, à Florence, une tête de Méduse, de Léonard de Vinci, qui exerce une sorte de fascination. Gustave Planche, que nous citions tout à l'heure, a dit de cette tête: «La Méduse est à la fois belle et terrible…. Le regard immobile et le sourire menaçant restent gravés dans notre âme et défient toutes les distractions. Aucune des images qui passent devant nos yeux ne réussit à la détrôner.» Et il ajoute que le germe de la Joconde est dans la Méduse. Seulement, c'est au point de vue de la manière et de l'entente du sentiment qu'il trouve que l'une fait présager l'autre. Nous irons plus loin que lui; nous dirons que la Joconde, avec sa douceur souriante, est tout aussi effrayante que la Méduse. Au premier abord, c'est l'aimable et paisible créature que le peintre a vue et aimée. A la longue, c'est une fascination qui a pris corps. Ce n'est plus une personne, c'est une idée et une idée fixe. Un homme supérieur a mis là sa plus ardente et en même temps sa plus tenace aspiration. Il était bien impossible qu'une si grande dépense de force fût perdue, et elle l'eût été si elle n'eût produit que la représentation exacte d'une jolie femme. Elle a produit une figure qui, après plus de trois siècles, en dépit d'une couleur altérée qui l'étouffe et la plombe, s'empare encore invinciblement des yeux et de la pensée, soit qu'elle égaye, soit qu'elle rende mélancolique, soit qu'on s'en éprenne, soit qu'on s'en défie, soit enfin, qu'en raison de sa propre individualité, on contemple avec ou sans sympathie l'idéal idéalisé d'un génie idéaliste.
Rendre avec le burin les finesses insaisissables de cette peinture devenue elle-même mystérieuse comme la pensée du modèle, sous les sombres transparences de la couleur éteinte, c'était un problème à résoudre, et il nous semble que M. Calamatta l'a résolu. Nous ne sommes pas compétent pour parler du mérite de la gravure au point de vue du métier. C'est une spécialité dont nous connaissons mal les termes, et nous craindrions de les mal employer. Ce qui nous frappe dans cette gravure, c'est son aspect général qui rend fidèlement le tableau sans chercher à l'expliquer ou à le traduire. Certes, il y eût eu une sorte de sacrilège à vouloir interpréter ce que, dans certaines parties, l'oeil peut à peine saisir. L'effet en est donc sombre comme la peinture, et, pour notre part, nous ne sommes pas de ceux qui ne se consolent pas des outrages que les années ou les vernis lui ont fait subir. Nous ne haïssons pas cette lumière pâle et ce reflet général de je ne sais quel astre argentin qui tombe sans miroitage sur l'ensemble. C'est austère et doux à la fois; c'est à la fois limpide et voilé comme l'expression de la Joconde, que M. Calamatta a si consciencieusement et si délicatement reproduite.
Décembre 1858.
FIN
TABLE
Pages.
I.—AUTOUR DE LA TABLE. 1
II.—ESSAI SUR LE DRAME FANTASTIQUE—Goethe,
Byron, Mickiewicz. 117
III.—HONORÉ DE BALZAC. 197
IV.—BÉRANGER. 215
V.—H. DE LATOUCHE. 229
VI.—FENIMORE COOPER. 261
VII.—GEORGE DE GUÉRIN. 279
VIII.—HARRIETT BEECHER STOWE. 315
IX.—EUGÈNE FROMENTIN.—Un été dans le Sahara. 325
—Une année dans le Sahel 336
X.—BÊTES ET GENS, par P.-J. Stahl. 343
XI.—LE THÉÂTRE ITALIEN DE PARIS ET MADEMOISELLE
PAULINE GARCIA. 347
XII.—LA JOCONDE DE LÉONARD DE VINCI, gravée par
M. Louis Calamatta. 365
F. Aureau.—Imprimerie de Lagny