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Aventures extraordinaires d'un savant russe; III. Les planètes géantes et les comètes cover

Aventures extraordinaires d'un savant russe; III. Les planètes géantes et les comètes

Chapter 40: DU MÊME AUTEUR
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About This Book

A small party of companions survives a violent wreck and life on a drifting icy isle, then undertakes a series of interplanetary voyages that carry them across turbulent atmospheres and through the zones of giant planets and comets. Their technical ingenuity and practical skills repeatedly rescue them from catastrophes: they penetrate hostile atmospheres, face boarding actions and encounters in space, become castaways on a comet, and travel from Mars toward Neptune and Saturn before an unexpected passage propels them toward the Infinite. The narrative alternates perilous action with moments of scientific observation and human resourcefulness.

—Pleurer, répéta-t-il... et pourquoi?

—Parce qu'il va en être de Neptune comme d'Uranus, et qu'il n'en pourra rien connaître—n'en pouvant rien voir.

Fricoulet eut un hochement de tête.

—À cela, répondit-il, nous ne pouvons rien, mais, en vérité, M. Ossipoff n'est pas raisonnable.

Séléna jeta à l'ingénieur un regard chargé de reproches.

—Il est vrai, dit-elle, que M. Ossipoff ne vous est rien; monsieur Fricoulet, mais, vraiment, vous avez le cœur bien dur.

—Oui, répéta machinalement Gontran qui, fasciné par la présence de la jeune fille, n'avait même pas conscience de ce qu'il disait, oui, tu as le cœur bien dur.

L'ingénieur promena de l'un à l'autre ses regards pleins d'ahurissement.

—Eh! s'écria-t-il, énervé, que voulez-vous faire à cela? dépend-il de moi, ou de Gontran, ou de vous, mademoiselle, que l'atmosphère opaque de Neptune devienne transparente soudainement? non, n'est-ce pas... alors?

Et il les considérait, presque furieux.

—J'avais pensé, murmura Séléna en s'adressant à Gontran, que peut-être serait-il possible de s'approcher plus près encore de la planète.

Fricoulet secoua les épaules.

—Eh! pour distinguer quelque chose du sol neptunien, s'approcher ne serait pas suffisant.

—En ce cas, dit à son tour M. de Flammermont, ému de l'attitude navrée de sa fiancée, ne pourrait-on tenter d'aborder?

—Oh! Gontran.

Ces deux mots s'échappèrent des lèvres de Mlle Ossipoff avec un accent si profond de reconnaissance et de remerciements, que Fricoulet lui-même ne put s'empêcher de tressaillir.

Cependant il s'écria:

—Mais ce serait de la folie!

—Ah! mon cher, riposta le comte, combien n'en avons-nous déjà pas faites, de folies.

—Je croyais que la série était close, fit l'ingénieur.

Il y avait sans doute, dans la voix de Fricoulet, quelque chose qui trahissait son émotion, car Séléna s'approcha de lui et lui prenant la main:

—Monsieur Fricoulet! implora-t-elle.

L'ingénieur haussa les épaules.

—Soit! grommela-t-il.

Et il se dirigea vers les leviers qui commandaient le gouvernail.

Séléna courut à la porte de la machinerie.

—Père! père! cria-t-elle, descendez vite... nous abordons sur Neptune...

Les marches grincèrent sous les pas dégringolants d'Ossipoff, qui entra dans la pièce comme une bombe.

—Est-il possible! balbutia-t-il, n'en pouvant croire ses oreilles.

—Regardez, dit simplement Fricoulet.

Le vieillard se précipita vers un hublot.

—Nous arrivons!... nous arrivons!... cria-t-il... attention au choc.

Farenheit courut à son hamac et s'y étendit.

Gontran saisit Séléna par la taille.

Quant à Fricoulet, immobile à son poste, les mains rivées aux leviers, les muscles tendus à se rompre, il attendait le moment où l'attraction neptunienne se ferait sentir pour virer de bord et amortir la chute, grâce au refoulement de l'air comprimé.

Mais le vieux savant poussa soudain un cri de détresse.

—Nous nous éloignons! dit-il d'une voix rauque.

—Ce n'est pas possible, riposta l'ingénieur.

—Je vous jure que nous nous éloignons, répéta le vieillard.

Fricoulet consulta sa montre et son visage exprima un indicible étonnement.

—Depuis le temps que nous tombons, murmura-t-il, le contact aurait dû avoir lieu.

—Ah! dit Ossipoff qui ne quittait pas des yeux le disque de la planète, voici que nous nous rapprochons.

Et, quelques secondes après:

—Nous nous éloignons de nouveau.

Les sourcils froncés, la face violemment contractée, les bras croisés sur la poitrine, le savant cherchait à résoudre ce stupéfiant problème.

On eut dit qu'un phénomène de répulsion chassait loin de la planète le wagon métallique et l'empêchait, malgré son poids, d'arriver jusqu'au sol.

Soudain il poussa une exclamation et, secouant la tête:

—Monsieur Fricoulet, dit-il, cessez vos efforts; ils sont inutiles.

—Parce que?

—Parce que nous sommes sous le coup de la loi qui régit, assurément, dans ce monde inconnu, le mouvement rétrograde des satellites.

—Et cette loi?

—Est une loi d'électricité qui, agissant par la répulsion, sur les satellites de Neptune, les maintient à la distance qu'ils occupent, contre-balançant la force attractive monstrueuse de la planète.

Farenheit se frottait les mains.

—Qu'avez-vous donc à paraître si satisfait? lui demanda à voix basse M. de Flammermont... on dirait que cette impossibilité où l'on est d'aborder Neptune vous fait plaisir?

—Et l'on ne se tromperait pas;... je suis, en effet, fort content; car le temps que l'on eût passé sur ce monde peu intéressant, peut être plus utilement employé à revenir sur Terre; n'est-ce pas votre avis?

—En doutez-vous? répliqua le comte.

Fricoulet demanda, en s'adressant à Ossipoff.

—Maintenant, que faisons-nous?

By God! s'exclama l'Américain, vous le demandez!... mais ce qui a été convenu, c'est-à-dire que nous mettons le cap sur New-York... et sans escales... n'est-ce pas, papa Ossipoff?

Et, dans la joie du retour, sir Jonathan s'oublia jusqu'à frapper familièrement sur le ventre du vieux savant.

Celui-ci, plongé déjà dans ses réflexions, tressaillit comme fait le dormeur que l'on réveille en sursaut:

—Pardon, murmura-t-il, je n'ai pas entendu.

—M. Fricoulet vous demandait ce qu'il fallait faire et je lui répondais qu'il n'y avait qu'une chose à faire: virer de bord.

Ossipoff poussa un profond soupir.

—Hélas! dit-il d'un ton navré, puisque vous le voulez...

—Pardon, riposta sèchement Fricoulet, c'est convenu.

—Oui... oui... balbutia le savant.

Et, faisant un effort sur lui-même, il ajouta avec un sourire à l'adresse de sa fille.

—Et puis, il est temps que le père remplace le savant... n'est-ce pas, fillette?

La jeune fille sauta au cou du vieillard.

Fricoulet déclama railleusement:


Et vous aurez bientôt des petits-fils ingambes
Pour vous tirer la barbe et vous grimper aux jambes.

—Cet animal d'Alcide sait tout, grommela M. de Flammermont; les vers de Victor Hugo lui sont aussi familiers que les Continents célestes, de mon célèbre homonyme, ou les traités de mécanique de M. X.

Le visage d'Ossipoff s'était fait soudainement grave.

—Gontran, dit-il d'une voix pénétrée, en prenant entre les siennes les mains du jeune homme, il faut que vous me fassiez une promesse.


Et vous aurez bientôt des petits-fils ingambes
Pour vous tirer la barbe et vous grimper aux jambes.

—S'il est en mon pouvoir de tenir ce que vous voulez que je vous promette, balbutia le jeune homme.

—Écoutez-moi bien, mon cher enfant, poursuivit le vieillard... je ne vous cacherai pas que c'est la mort dans l'âme que je consens à retourner en arrière... Au fur et à mesure que j'ai appris toutes ces choses merveilleuses que j'ignorais, une âpre curiosité s'est emparée de moi de savoir ce que j'ignore encore... Je serais seul que j'irais de l'avant, toujours de l'avant... l'infini m'attire et je m'arrache à lui avec douleur, avec désespoir...

—Père, murmura Séléna, navrée de ces paroles...

Un geste bref du vieillard imposa silence à la jeune fille.

—Songez que, par delà cet horizon mystérieux qui borne notre vue, à des millions de millions de lieues, gravite assurément, indubitablement, un autre monde, invisible aux astronomes terrestres, mais dont l'existence s'affirme indubitablement par les perturbations observées dans la marche de Neptune...

—Eh! interrompit Fricoulet, nous revoici au fameux Hypérion, dont nous parlions l'autre jour.

Le savant laissa tomber sur l'ingénieur un regard de pitié.

—Oui, continua-t-il, c'est d'Hypérion qu'il s'agit, d'Hypérion, sur lequel j'aurais voulu rapporter à terre des renseignements certains... Mais ce que ne peuvent faire les instruments humains, le génie de l'homme le peut accomplir. Témoin Leverrier qui, par le simple calcul et la force du raisonnement, arrive à trouver dans le ciel la place d'une planète invisible. Eh bien! j'ai consacré de longues années de ma vie aux études préliminaires concernant Hypérion;... mais le peu de temps qu'il me reste à vivre ne suffira pas à me permettre de mener à bien ce grand et important travail.

—Mais, mon cher monsieur, s'empressa de dire Gontran, vous êtes bien portant et Dieu vous conservera longtemps à l'affection de votre famille.

Le vieillard secoua la tête.

—Dussé-je vivre cent ans, répondit-il, que cela ne suffirait pas; songez que la marche d'Hypérion dans l'espace doit être si lente qu'elle ne doit pas employer, à parcourir son orbite, moins de trois à quatre siècles.

Les sourcils de M. de Flammermont se haussèrent prodigieusement.

—Je vous lègue donc, mon cher enfant, poursuivit le vieillard avec émotion, les études que j'ai faites pendant ma vie au sujet de cette planète; vous les continuerez durant votre existence.

—Oh! cher père, interrompit Séléna éplorée, craignez-vous donc de mourir?

—Non, mon enfant, répondit le vieux savant, mais en ce moment solennel, moment où, arrivés au point terminus de notre voyage, nous allons nous diriger vers notre planète natale, j'estime que la promesse de ton fiancé sera plus solennelle encore... Et cette promesse, mon cher Gontran, c'est de léguer à votre premier fils, lequel sera lui aussi astronome, comme son père, comme son grand-père—bon sang ne peut mentir—de lui léguer, dis-je, la charge d'achever les travaux sur Hypérion, travaux commencés par moi, continués par vous, et auxquels il attachera, lui troisième, son nom, comme nous y aurons attaché les nôtres... Ce ne sera pas trop de trois vies humaines pour arriver à soulever ce voile derrière lequel se cache l'Inconnu.

Après avoir prononcé ces dernières paroles d'une voix vibrante et pleine d'émotion, le vieillard se tut, attendant la réponse qu'il demandait.

M. de Flammermont hésita deux ou trois secondes; le rôle qu'il jouait depuis si longtemps commençait à lui peser fort et il se demandait s'il ne vaudrait pas mieux jeter le masque et avouer franchement au vieux savant ce qui en était.

C'eût été briser à tout jamais le rêve de bonheur qu'il avait formé; mais, outre que la réalisation sans cesse reculée de ce rêve en avait diminué la valeur, maintenant qu'il était plus de sang-froid, le jeune homme commençait à trouver que son affection pour Séléna l'avait peut-être entraîné au delà des bornes permises par la franchise et par la loyauté.

Sans doute allait-il parler, tout avouer; mais ses regards se portèrent vers Séléna et le visage de la jeune fille lui apparut si gracieux, si charmant, si adorable que Gontran, oubliant tous ses déboires, tous ses tourments, rejeta bien loin de son esprit les velléités de franchise qu'il venait d'avoir, et, reconquis tout entier par son amour, s'écria:

—Je vous le promets!

En même temps il eut un imperceptible mouvement de tête que Fricoulet interpréta ainsi «Baste! qu'est-ce que je risque?»

Les mains du futur gendre et du futur beau-père s'unirent dans une cordiale étreinte.

Après quoi, Séléna se jeta dans les bras de son père, qui l'embrassa avec effusion.

—Et maintenant, déclara Fricoulet, je propose que tout le monde aille faire un somme. Après tant d'émotions, nous avons tous besoin de repos. D'ailleurs, sir Jonathan nous a donné l'exemple.

L'Américain, homme pratique, voyant poindre à l'horizon une scène d'attendrissement, avait quitté furtivement la machinerie et l'on entendait, dans la cabine voisine, ses ronflements sonores qui faisaient trembler les parois de lithium.

Le conseil de l'ingénieur fut jugé bon et l'on s'empressa de le suivre; cinq minutes ne s'étaient pas écoulées que Fricoulet et Gontran, retirés dans leur cabine, dormaient à poings fermés et que le sommeil était venu clore les paupières de Séléna, étendue sur sa couchette.

Seul, Ossipoff veillait encore.

Seul, dans la cabine qui lui servait de laboratoire, la face collée à un hublot, il tenait ses regards attachés sur l'insondable infini dont il avait rêvé l'exploration et qu'il lui fallait abandonner.

Ses mains se crispaient nerveusement contre la paroi du véhicule où ses ongles s'ensanglantaient et, sur son visage bouleversé se lisaient les traces de l'épouvantable combat qui se livrait dans son âme.

Abandonner ce rêve, ce rêve insensé, mais sublime!

Certes, tout à l'heure, il était de bonne foi, quand il s'était résigné, sacrifiant à son amour pour sa fille, sa curiosité folle.

Mais, maintenant...

Ah! non, maintenant qu'il était seul, délivré de toute émotion, de toute influence, sa passion de l'Inconnu l'emportait, et, il le sentait, il était inutile qu'il luttât; il était vaincu à l'avance.

Longtemps, cependant, il résista; mais, à la fin, il n'y put tenir.

Pour gagner l'escalier conduisant à la machinerie, il lui fallait traverser la pièce où sa fille dormait.

Un moment, il s'arrêta, la contemplant dans son repos calme et souriant; puis une larme roula de sa paupière et, se baissant, il effleura de ses lèvres le front de la jeune fille.

—Pardon! murmura-t-il.

Ensuite, sans bruit, il se glissa hors de la pièce, descendit, léger comme une ombre, les marches de l'escalier et entra dans la machinerie.

S'il se fût vu, en ce moment, le vieillard eut reculé: son visage était livide, ses lèvres se tordaient dans une grimace douloureuse et, dans son masque convulsé, les yeux luisaient d'un éclat fiévreux, diabolique.

Comme dans un accès de somnambulisme, Ossipoff marcha droit aux leviers qui commandaient au gouvernail, les saisit et les rabattit brusquement.

Docile à cet ordre, l'Éclair évolua dans l'espace et vira bord pour bord.

Mickhaïl Ossipoff et ses compagnons étaient en route pour l'Infini.

 

 


Achevé d'imprimer

le dix décembre mil huit cent quatre-vingt-dix

PAR CH. UNSINGER

83, rue du Bac,

POUR

G. ÉDINGER, ÉDITEUR,

34, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, 34,

À PARIS


DU MÊME AUTEUR

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VIENT DE PARAITRE

Les Aventures de Sidi Froussard. (Haï-Dzuong, Hanoï, Sontay, Bac-Ninh, Hong-Hoa).
Un vol. in-8º de 500 pages, avec 200 compositions inédites de F. Fau et de L. Vallet.—Préface de Paul Bonnetain.

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OUVRAGES DÉJÀ PARUS

Aventures extraordinaires d'un Savant Russe.—Tome I. LA LUNE. Un vol. in-8 de 500 pages avec 400 compositions inédites de L. Vallet. Préface de Camille Flammarion.................56e mille

Tome II. LE SOLEIL ET LES PLANÈTES. Un volume in-8° de 500 pages avec 400 compositions inédites d'Henriot...................43e mille

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La guerre sous l'eau.

Aventures extraordinaires d'un Savant Russe.—Tome IV. LES MONDES STELLAIRES.

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