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Biographie des Sagamos illustres de l'Amérique Septentrionale (1848) cover

Biographie des Sagamos illustres de l'Amérique Septentrionale (1848)

Chapter 31: ARGUMENT
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About This Book

The volume compiles dictionary-style entries on Indigenous mythologies, cosmogonies, deities, spirits, flood legends, ritual practices, and supernatural beliefs from across the Americas, blending concise ethnographic notes with translated prayers and mythic episodes. It also includes short biographical sketches and legendary narratives about prominent native leaders, recounting ceremonies, alliances, and funerary customs. The tone alternates between descriptive cataloguing and anecdotal reportage, aiming to present traditional explanations of creation, moral order, and sacred ritual alongside brief historical recollections.


CHAPITRE XVII


ARGUMENT

Mort de Cananacus--Examen de la sentence portée contre Miantonimo--Quelques traits des deux Sachems Narraghansetts.

On ne connaît aucun détail bien intéressant de la vie de Cananacus après la mort de Miantonimo, si ce n'est que l'on a prétendu qu'il s'était soumis à Charles Ier, le 16 avril, 1644 83. M. Whithrop le fait mourir en 1647; d'autres, en 1649.

Note 83: (retour) V. «Report of Commissioners appointed in 1683, by Charles II, to inquire into the claims and titles to the Narraghansett Country», dans la Collection de la Soc. Hist. du Massachusett.

Je n'ai encore fait aucune réflexion sur le malheureux sort de son collègue: ce chapitre sera consacré à examiner le mérite de la sentence qui le conduisit à la mort.

Si je juge de l'opinion par quelques feuilles anglaises de Montréal, on regarde comme inique, en Canada, le jugement rendu contre Miantonimo. L'historien, après avoir pesé les faits, ne va pas toujours aussi loin que l'opinion 84, mais il expose ces faits et les raisons avec toute l'impartialité dont il est capable, et met ainsi le lecteur à même de réformer son premier jugement, s'il a quelque chose d'outré.

Note 84: (retour) M. de Voltaire paraît peu justifiable lorsqu'il avance dans le Siècle de Louis XIV, que l'Histoire n'es en grande partie que l'énoncé de l'opinion des hommes.

Il paraît hors de doute que Miantonimo, plutôt que de demeurer en la puissance de son rival, consentit à en passer par ce que les colons décideraient. Il suit de là que leur tribunal devint compétent à le juger; car il y avait bien chez le Sachem le consentement, et l'on ne supposera pas qu'il y eût ce qu'on appelle la crainte viri fortis. Il ne s'agit donc plus que de déterminer jusqu'où le tribunal se rendit odieux par la sentence qu'il porta. Les juges disaient dans leur manifeste: «Ils (les Narraghansetts) doivent comprendre que cela a été fait sans violation d'aucune convention réglée entre eux et nous; car Uncas, notre allié, fidèle observateur de ses engagemens, nous ayant consultés sur les dispositions sanguinaires et traîtresses de Miantonimo; considérant la justice de sa cause, le salut du pays et la fidélité de notre allié, nous n'avons pu nous dispenser d'avouer que la mort est juste. Cette décision est conforme à la coutume des Indiens, et quelque douloureuse que puisse leur paraître cette perte, eux et tout ce continent en ressentiront les heureux fruits.» Voyons par l'examen des chefs d'accusation ce qu el'on doit penser de ce passage. Le tribunal accuse Miantonimo: 1º d'avoir tué le Pequot qu'il devait livrer; 2º d'avoir rompu la paix de 1638; 3º d'avoir soustrait des prisonniers; et 4º d'avoir voulu se faire Sachem Universel. Je n'hésite pas à répondre à la première accusation qu'il ne doit pas sembler étonnant qu'un Sachem crût pouvoir ainsi satisfaire à ses engagemens: Un Dey de Tunis ou d'Alger n'aurait pas eu d'idées plus avancées. Quant à celle d'avoir rompu la paix, Cananacus en accusait lui-même les colons. Je trouve une conversation de ce Sachem avec Roger Williams, qui jette du jour sur cette prétention. «Je n'ai jamais souffert, dit Cananacus, et je ne souffrirai jamais qu'aucune injure soit faite aux Anglais. S'ils ne mente point, je descendrai tranquillement dans la tombe, et les Narraghansetts vivront en paix avec eux. Puis, prenant une canne qu'il rompit en dix parties, il cita autant de circonstances, où il croyait que les colons avaient forfait à leurs engagemens. Williams ne put le réfuter que sur quelques points. La jalousie des Européens était assez patente. Quel message que celui du Gouvernement de Massachusetts à un sachem de son alliance, à Miantonimo!... Il le somme de comparaître, ou de se préparer à la guerre. Quelques déprédations commises par Janimoh, Sachem de Niantic, alla répondre pour son vassal; mais je ne sache pas que le Gouverneur de Boston, lui fît jamais aucune satisfaction de la mort d'un Narraghansett que quatre scélérats massacrèrent et dépouillèrent. Jamais Miantonimo ne refuse de paraître à Boston pour y répondre aux accusations de ses ennemis. Il y vient en 1642, et se présente devant le conseil avec une contenance pleine d'une dignité, qui se communique à ses discours. On a l'air de vouloir armer, et l'on prépare des retraites pour les faibles: on désarme les sauvages. Il demande la raison de ces manoeuvres, et l'on ne peut la lui donner. Il ne se sépare cependant pas du Gouverneur sans lui donner la main, et, comme s'il l'eût oublié, il revient sur ses pas, et lui offre une nouvelle poignée de main, en disant que celle-ci est pour les conseillers. Comment donc rompit-il la paix. Ce ne put être qu'en fesant la guerre aux Mohicans sans consulter les Anglais. Il semble en effet qu'il ne pouvait la leur faire, sans la déclarer au Gouvernement, et l'on disait que ces hostilités n'étaient le que de l'ambition et de la haine. Cependant Uncas avait été l'agresseur en détruisant les moissons des Narraghansetts. J'ignore jusqu'où l'on pouvait être fondé à accuser Miantonimo de vouloir se faire Sachem Universel. On le supposait peut-être sur ce que l'on croyait qu'il avait engagé les Mohacks dans son parti. Tout ce que l'on peut dire de cette prétendue alliance, selon M. Thatcher, c'est que le Sachem étant retenu prisonnier, les Iroquois s'attendaient qu'ils pourraient tomber plus impunément sur les Narraghansetts ou les Anglais. Je diffère d'opinion avec ce biographe, et, ce me semble, il fallait que ceux qui avaient tué Sassacus l'eussent fait par complaisance pour les Anglais ou pour les Narraghansetts. Quoiqu'il en soit, le projet attribué à Miantonimo était digne de son courage, et si cet exposé ne suffit pas pour le disculper absolument, il affaiblit du moins les griefs allégués contre lui.

Je termine ce chapitre par quelques anecdotes sui sont communes à Cananacus et à Miantonimo.

L'amitié constante des deux Sachems pour Roger Williams est suffisante pour prouver chez eux un naturel noble. Cananacus, que Roger avait appelé «morosus aique ac barbarus senex», le reçoit d'abord avec défiance; mais bientôt il le fait son interprète et comme son ministre, il lui donne des terres immenses. «Le prix de l'argent ne put obtenir la cession du Rhode-Island, dit le prédicant, mais elle eut lieu par l'amitié, cette amitié et cette faveur dont l'honoré Sir Henry Vane et mois jouissions près des deux Sachems.»

Quoi de plus chevaleresque que cette recommandation qu'ils firent lors de la guerre des Pequots! Ils demandèrent que les femmes et les enfans fussent épargnés!

Williams nous donne encore une idée du respect de Miantonimo pour le Christianisme. Un sauvage se moquait de la doctrine du ministre, et disait que tous ceux qui mouraient allaient au sud-ouest. Comment donc, interrompit le Sachem, as-tu jamais vu une âme aller au sud-ouest? Le sauvage répliqua sans se déconcerter, qu'il ne paraissait pas plus qu'aucune allât au Ciel. Ah! dit alors Miantonimo, ils ont des livres, dont l'un vient de Dieu même. Pourquoi fallut-il qu'un si grand et si noble pérît avec tant d'ignominie! Le nouvel éditeur de la collection de Winthrop qualifie sa condamnation de perfide et de cruelle, et nous avons vu en effet que les accusations n'étaient rien moins que prouvées. Il est cependant à propos de se reporter vers l'époque et à l'esprit qui la caractérisait, ne pas absoudre ses bourreaux, mais modérer l'horreur de leur conduite sur le motif de la grande excitation qui régnait alors.

Un savant Gouverneur du Rhode-Island 85 s'écrie, en racontant la mort de Miantonimo: «Telle fut la fin du plus puissant prince aborigène que les habitans de la Nouvelle-Angleterre aient connu; et telle fut le reconnaissance qu'on lui eut des secours qu'il avait donnés contre les Pequots. Véritablement, un citoyen du Rhode-Island peut bien pleurer son malheureux sort, verser quelques larmes sur la cendre de Miantonimo qui, avec Cananacus, son oncle, fut le meilleur ami des blancs... Par leurs bienfaits ils s'attirèrent la haine de ceux qui avancèrent la mort du jeune roi.»

On trouve peu d'Anglo-Américains de la trempe du Gouverneur Hopkins, et s'il faut que quelque déshonneur rejaillisse sur quelqu'un, on ne dira pas comme Shéridan, dans une occasion différente 86, «l'honneur anglais a coulé par tous les pores», et le blâme retombera tout entier sur ces colons, naguère le fardeau de l'Angleterre; sur ces enfans pervers dont elle se purgea en les jetant sur ces plages.

Note 86: (retour) L'affaire de Quiberon.

CHAPITRE XVIII


ARGUMENT

Nouvelles hostilités des Iroquois--Traits du courage--Réflexions.

La guerre continuait avec fureur dans le Canada. Une troupe d'Iroquois s'approcha d'un village pour y faire quelques captifs. Le trouvant sur ses gardes, elle ne voulut pas s'en retourner sans avoir rien fait. Elle se cacha dans un bois, et y demeura toute la nuit en embuscade. Mais un Huron, placé en sentinelle, sur une espèce de redoute, avertissait par de hauts cris les Iroquois qu'il ne dormait point. Au point du jour, il cessa ses hurlemens. Aussitôt deux Iroquois se détachent, et, s'étant glissés jusques au pied de la palissade, ils demeurent quelque tems pour voir s'ils n'entendront plus rien. Il voit deux hommes endormis, donne à l'un un grand coup de hache sur la tête, enlève la chevelure 87 à l'autre, et s'enfuit.

Note 87: (retour) Carlo Carli, après avoir mentionné les cruautés des Lombards, continue ainsi: «Il y avait parmi les Hurons et les Iroquois un autre usage non moins barbare, et même encore plus cruel; c'était de cerner le tour du crâne avec un instrument tranchant, pour enlever la peau et la chevelure à un ennemi vaincu et vivant. Voilà (dit-il) le plus glorieux trophée de ces nations féroces.» Hérodote, Liv. IV, nous fait voir les Scythes aussi barbares: «Voici, dit-il, comment ils enlèvent le cuir chevelu. Ils le cernent tout autour jusqu'aux oreilles, secouant la tête pour en détacher ce cuir, l'amollissant en le pétrissant avec les mains, pour s'en faire une sorte de serviette; et plus un des leurs a de semblables cuirs, plus il est considéré.» C'est le lieu de faire justice des «Papiers Publics» où ce Comte a lu «que Bourgoing, aussi féroce que ces sauvages, leur promit, dans la dernière guerre, un ducat pour chaque chevelure de colons qu'ils lui apporteraient.» Se cette atrocité, qui couvrit d'un opprobre éternel ce général Anglais, peut être vrai, continue-t-il, on peut assurer que le général Carleton s'est couvert de gloire en s'y opposant de tout son pouvoir, au risque même de perdre le commandement de l'armée du Canada. Carleton (Lord Dorchester) mérite cet éloge du noble Comte; mais le général Bourgoing était un trop brave militaire pour ne pas abhorrer les horreurs dont l'accusaient sans doute les révoltés américains.

Le village à son réveil vit ces deux hommes baignés dans leur sang. On poursuivit, mais en vain, les Iroquois, qui avaient trop d'avance pour qu'on pût les atteindre. Cependant on ne respirait que vengeance: trois jeunes guerriers promirent de la satisfaire. Ils se mirent en marche, et au bout de vingt jours, ils arrivèrent à un village de Tsononthouans. Il était nuit, et tout le monde dormait profondément. Nos trois guerriers percent une cabane par le milieu; ils allument du feu sans que personne ne s'éveille, et à la lueur de la flamme, ils choisissent leurs victimes.

«Voilà, dit M. Dainville, l'expédition de Nisus et d'Euryale, un trait aussi remarquable, au moins, que bien des exploits que des poëtes Grecs ont consacrés par la magie de leurs vers. Une marche de vingt jours dans un pays ennemi, des dangers sans nombre, pour une vengeance incertaine; l'audace, la bravoure, la patience, rendent merveilleuse cette entreprise héroïque. Si Homère rapportait ce trait, il serait admiré, et les enfans le réciteraient dans nos écoles; mais un fait moderne, dont le théâtre est une forêt du Canada ne mérite (apparemment) pas qu'on y prenne garde. Les hommes admirent comme ils dénigrent sur parole. Ils suivent la foule moutonnière qu'emporte le torrent de la routine: il est si aisé de penser comme tout le monde, et si doux d'adopter l'opinion ancienne!» 88

Note 88: (retour) Le Chevalier Temple, en Angleterre, et Boileau Despréaux, en France, ont exalté l'antiquité, apparemment pour se mettre eux-mêmes au-dessus de leur siècle.

CHAPITRE XIX


ARGUMENT

De la Confédération Patucket en New-Hampshire--Passaconaoua--Incidens--Rapports du Sachem avec le célèbre Elliot--Fête sauvage; Passaconaoua y dit adieu à son peuple--Anecdotes.

Je porte mes regards sur un espace de pays qui n'a encore rien présenté de mémorable. Mais le burin de l'Histoire a retracé le portrait de Passaconaoua, Sachem de Pannuhog. Sa nation, une des plus guerrières de la Nouvelle-Angleterre, résistait courageusement aux Iroquois, et porta même la guerre chez les Mohacks. La tradition avait conservé le souvenir d'un sanglant combat entre les deux peuples, sur la rivière Merrimack. Les Agahuans, les Nancis, les Piscataquas et les Acamintas, qui y avaient tous des guerriers se connaissaient sujets de Passaconaoua, et les Sachems de Quamscot et de Patucket étaient ses vassaux. Il était déjà vieux lors de l'arrivée des Anglais, qui, devenus farouches, à une époque où ils prévoyaient les nombreux désastres qui allaient leur arriver, s'allièrent avec le Sachem Saggahuo pour désarmer le roi de Pannuhog. Un coup de fusil tiré au milieu de la nuit suffisait pour faire lever tout un bourg, et les cris d'un malheureux égaré dans les bois, fesaient croire à une invasion de Mohacks: la Nouvelle-Angleterre égala la timidité de l'enfance. Il était permis au jeune Astianax d'être saisi de frayeur à la vue de l'énorme panache de son père, Hector; mais les gouvernemens coloniaux durent chasser leurs craintes, et s'armer d'un courage plus viril. Ils revinrent sur leurs pas et M. Winthrop proposa d'offrir des réparations. Le parti envoyé pour enlever Passaconaoua n'avait pu saisir que sa femme et son fils. Le Chef Ousamequin fut chargé de négocier un accommodement, et le vieux Sachem, en bon diplomate, accepta l'amitié des Anglais.

Le célèbre Elliot, auquel on a donné avec justice le nom «d'Apôtre des Indiens», écrivait en 1649: «Le Grand Sagamo de ce lieu (Pannuhog) est Passaconaoua, qui se donne à la prière avec ses enfans, et se montre plein de respect pour la parole de Dieu.» Il fut du petit nombre de ceux qui montrèrent de l'empressement pour le Christianisme. Il pressait le bon missionnaire de le venir visiter, et lui fesait de très beaux raisonnemens. Ainsi, il lui disait que le ministre ne venant qu'une fois l'an, il ne pouvait faire de grands fruits parce que les sauvages oubliaient bientôt ce qu'il leur disait. Il en était comme si quelqu'un jetait dans un cercle une belle chose, tous les sauvages se précipiteraient pour la saisir, et l'aimeraient bien parce qu'elle a une belle apparence. Mais ils ne pourraient en voir l'intérieur, s'il y a quelque chose ou rien, une pierre brute ou des perles. La prière pouvait bien n'être qu'un fardeau; il voulait qu'ou la lui ouvrît, c'est-à-dire, qu'on la lui fît bien connaître.

En 1660, un monsieur fut invité à une danse sauvage. A la fin de cette fête, à peu près semblable à celles plus haut décrites, Passaconaoua, cassé de vieillesse, fit son dernier adieu à son peuple. Il lui recommanda de vivre en paix avec les Anglais, en disant, que s'il leur fesait du mal, il ne pourrait que hâter sa destruction. Vonolansett, son fils, suivit ses sages conseils, et il émigra avec la nation dans un pays éloigné où il ne prit aucune part à la guerre de Philippe.

Passaconaoua avait commencé par être devin, et ce fut en cette qualité qu'il acquit son influence. Il devait être bien propre à ce rôle, car les écrivains de l'époque nous disent qu'il surpassait tous les siens en sagesse et en duplicité. Il persuada aux sauvages qu'il pouvait faire danser les arbres et se changer en flamme. Le jongleur devint diplomate, Chef et Sachem. Il sut conserver son territoire par des civilités qui ne diminuaient pas son importance parmi les siens, en leur procurant une heureuse paix. En un mot, Passaconaoua n'était peut-être pas comparable aux sages de la Grèce, s'ils ont été aussi sages qu'on le dit, mais il brilla autant parmi les siens.

On rapporte le trait suivant. Menataqua, Sachem de Saugus, lui ayant demandé sa fille, Guiasa, en mariage, il la lui accorda, et donna une grande fête. Selon l'étiquette de son pays, il ordonna qu'un parti de guerriers escorterait la mariée jusques à la résidence de son époux. Des fêtes non moins brillantes y eurent lieu, puis l'escorte revint à Pemmacook, demeurance du beau-père. Quelque tems après, la jeune épouse ayant voulu visiter son père, Menataqua la fit conduire par une troupe choisie. Lorsqu'elle voulut s'en retourner, le vieux Sachem, au lieu de la faire escorter, fit dire à l'époux de la venir chercher; mais celui-ci qui tenait aux usages, lui envoya cette réponse: «Lorsqu'elle m'a quitté, j'ai envoyé mes guerriers à sa suite; à présent qu'elle veut revenir à moi, j'attends que tu en agisses de même.» Le vieillard se fâcha, et l'hymen fut rompu.

Farmer et Moore, dans leur Collection, parlent d'un Chef nommé St. Aspinquid, mort en 1662, et dont la tombe est Encore visible sur le mont Agamenticus, dans le Maine. Ses funérailles furent célébrées par une infinité de Sachems, et la mémoire en fut perpétuée par une grand chasse où l'on tua quatre-vingt-dix-neuf élans, trente-deux fouines et quatre-vingt-deux chats sauvages. Peut-être ce Sachem n'est-il pas autre que Passaconaoua. Le mont Agamenticus peut bien être le lieu où se retira Vonolansett: la qualité de devin et l'estime du Christianisme justifient l'épithète de Saint. Les vers suivans reproduisent la tradition conservée par les sauvages sur ce personnage singulier:

He said, that Sachem once to Dover came

From Penacook, when eve was sitting in,

With plumes his locks were dressed, his eyes shot flames.

He struck his massy club with dreadful din

That oft ha made the ranks of battle thin,

Around his copper neck terrific hung

A tied-together, bear and catamount skin,

The curious fishbones o'er his bosom swung,

And thrice the Sachem danced, ant thrice the Sachem sung.

Strange man was he! 'Twas said he oft pursued

The sable bear, and slew him in his den,

That oft he howled through many a pathless wood

And many a tangled wild, and poisonous fen,

That ne'er was trod by other mortal men.

...........................................

A wondrous wight! For o'er Siogee's ice

With brindled wolves all harnessed three and three,

High seated on a sledge made in a trice

On mount Agiocoohook 89 of hickory.

He lashed end reeled, and sung right jollily

And once upon a car of flaming fire

The dreadful Indian shook with fear, to see

The King of Penacook, his Chief, his Sire,

Ride flaming up towards heaven, than any mountain higher.

Note 89: (retour)

Nom sauvage des Montagnes Blanches. Les américains avaient une singulière vénération pour le sommet de ces monts, qu'ils regardaient comme le séjour d'êtres invisibles, et sur lesquels ils n'osaient jamais monter. Ils disaient que le pays fut autrefois submergé avec tous ses habitans, excepté Agiocohook et sa femme, qui trouvèrent un refuge sur ces montagnes, et repeuplèrent la terre. Et Bartram raconte dans son Histoire naturelle et politique de la Pensylvanie, que montrant à un Américain des fossiles et des productions marines qu'il avait trouvés sur des monts moins élevés, celui-ci lui dit que la parole ancienne, ou la tradition, leur avait appris que la mer les avait tous environnés. C'est la tradition de tous les peuples de l'antiquité profane et sacrée. Ce déluge aura été le châtiment des hommes, comme l'ont pensé nos peuplades, et comme le croyait Ovide:

Pæna placet diversa; genus mortate sub undis perdere

dit ce poëte. Selon les Mexicains les seuls Cortox et Quitequetzele survécurent au déluge. Les Chinois l'ont mentionné dans leurs annales. C'est ainsi encore que dans toutes les fausses religions, et des Indes et du Nord, il existe une tradition d'un arbre ou fruit défendu, que, l'on retrouve en Amérique. Les pommes d'Iduna l'offraient dans la religion des Scandinaves, un fruit différent dans la tradition iroquoise.


CHAPITRE XX


ARGUMENT

Metanco surnommé le roi Philippe--Origine de sa haine des colons--Sac de Swanzey--Bataille de Pocasset--Défaite du Sachem et sa mort--Suites désastreuses de cette guerre.

Seize années après la fondation de Plymouth, la Nouvelle-Angleterre contenait cent-vingt bourgs, et autant de milliers d'habitans. Les forêts disparaissaient peu à peu devant le laboureur aventurier et hardi, et déjà les naturels trouvaient leur gibier dispersé et leurs retraites envahies. C'était la conséquence des cessions de terres continuelles que les peuplades fesaient aux émigrés. Cependant lorsqu'elles s'aperçurent qu'on voulait leur arracher le sol qu'avaient habité leurs ancêtres, l'amour de la patrie et de l'indépendance, la plus forte passion qui anime l'homme des forêts comme l'homme civilisé, se réveilla soudain. Il leur manquait un Chef que concentrât, et dirigeât leurs efforts: Metanco ou Philippe de Pokanoket, fils de Massassoit, accepta ce poste éminent mais dangereux. Autant le père avait été l'ami des Anglais, autant le fils se montra leur ennemi implacable, et cette haine qu'il ressentait déjà dans sa jeunesse, elle se changea en fureur vengeresse, quand ils furent cause de la mort de son frère aîné, l'intéressant Vansutta. Ce frère, suspecté de tramer contre eux, fut enlevé, et jeté dans un cachot. L'affront de se voir injustement privé de sa liberté lui fit contracter une fièvre dont il mourut. Metanco hérita de son autorité et de son noble courage. Il mit en oeuvre tus les artifices de l'intrigue, et toutes les forces de la persuasion, pour porter les tribus à unir leurs efforts pour l'entière destruction des colonies. Informés de ses projets, les Anglais firent de leur côté des préparatifs de défense, bien qu'ils espérassent que cet orage passerait comme tant d'autres. Mais les prétentions de Philippe et de son parti grandirent tous les jours.

Au mois de juin, 1675, il pénétra dans la petite ville de Swanzey, détruisant les bestiaux, brûlant les maisons, et massacrant une partie des habitans. Les milices de la colonie marchèrent dans toutes les directions, et furent jointes par un détachement de celles du Massachusetts. Les sauvages retraitèrent, brûlant sur leur route les maisons et les blés, et fixant au haut de perches les mains et les têtes de ceux qu'ils avaient tués. Tout le pays fut en alarme, et l'armée coloniale mise sur un pied formidable. Ce grand développement de forces induisit Philippe à abandonner son quartier-général de Montaup: il alla camper près d'un marais, à Pocasset, maintenant Tiverton. Les Anglais s'étant assemblés une première fois, vinrent l'attaquer, et furent vaincus, avec perte de cent vingt hommes tués ou blessés. Ce combat du reste peu sanglant, fut décisif au-delà de ce que Philippe aurait pu l'espérer; car malgré la coopération du New-Hampshire et de plusieurs autres colonies, les affaires de la Nouvelle-Angleterre se trouvèrent bientôt dans le plus déplorable état. Dans ces tems-là, la plupart des établissemens étaient environnés de forêts, et les sauvages vivaient avec les colons. Les premiers connaissaient les habitations, les chemins et les lieux de refuge des derniers. Ils épiaient leurs mouvemens, et tombaient sur eux au moment où ils s'y attendaient le moins. Les une tombaient le matin en ouvrant leurs portes, les autres en travaillant dans les champs ou en visitant leurs voisins. En tout temps, en tout lieu et dans tout emploi, la vie des colons était en danger, et pas un n'était assuré de n'être point massacré le jour, dans son grenier, au bois ou sur la route. Lorsque l'ennemi s'assemblait en force, on envoyait des détachemens à sa rencontre; s'ils étaient moins nombreux, ils retraitaient, ou l'attaquaient s'ils étaient en plus grand nombre, et ne le battaient pas toujours. Des villages étaient soudainement investis, les maisons brulées, et les hommes, les femmes et les enfans tués ou traînés en captivité. Les colonies perdant de jour en jour leurs défenseurs, des familles et des plantations appréhendèrent une prochaine destruction. Un grand effort seul pouvait prévenir ce malheur, et on le fit. Des délégués de toutes les colonies se rencontrèrent, et il fut résolu qu'un corps considérable attaquerait la principale position de l'ennemi, tandis que de moindres détachemens dirigeraient leur course vers d'autres points. Josiah Winslow, Gouverneur de Plymouth, fut nommé généralissime, et une fête solennelle fut célébrée par toute L Nouvelle-Angleterre, pour invoquer l'aide du Tout-Puissant. Le 18 Décembre, les différens corps firent leur jonction sur le territoire des Narraghansett, à quinze milles du camp de Philippe. Quoique le temps fût très froid, les soldats furent obligés de passer la nuit à découvert. Au point du jour, ils commencèrent leur marche à travers de grands amas de neige, et le 19, à une heure, ils arrivèrent devant la position des sauvages. Philippe avait établi son camp au milieu d'un marais, sur un terrain un peu élevé, et l'avait entouré d'un rang de palissades, soutenu en dehors par un fort retranchement de broussailles. Là fut livré le combat le plus terrible et le plus acharné 90 dont fassent mention les annales de la Nouvelle-Angleterre. On se battit durant trois heures, et les Anglais remportèrent une victoire complète. Philippe s'y surpassa, et ne céda le champ de bataille qu'après avoir vu tomber mille des ses guerriers tués sur la place, et six cents hommes, femmes et enfans au pouvoir du vainqueur. Tranquille au milieu du désordre, il ramassa ses débris, et opéra sa retraite à travers les Anglais mêmes, qui, effrayés de son audace et de leurs propres pertes, n'osèrent le poursuivre. Six capitaines fesant l'office d'officiers-généraux, et quatre-vingts soldats demeurèrent sur place avec les vaincus; et cent soixante furent blessés plus ou moins grièvement. Les sauvages ligués ne se relevèrent point de ce désastre, mais ils demeurèrent néanmoins assez forts pour harasser les colonies par des courses continuelles. Les colons entretinrent des partis sur presque tous les principaux points de leurs territoires, et la plupart furent victorieux. Le capitaine Church, de Plymouth, et le capitaine Dennison, de Connecticut, remportèrent surtout de signalées victoires.

Note 90: (retour) On peut en excepter le combat de Strickland's Plains gagné par les Hollandais, sous le capitaine Underhill, en 1643. Un siècle après le sol était encore blanchi par les ossemens des vaincus.

Au milieu ce ces revers Philippe demeura ferme et inébranlable. Ses officiers, sa femme 91 et sa famille étaient morts ou captifs. A la nouvelle de ces infortunes, il pleura avec amertume, car il possédait les plus nobles des affections et des vertus humaines. Mais il ne voulut entendre à aucune proposition de paix, et tua de sa main un lâche que ôsa parler de se rendre. Il remporta encore de temps à autres des avantages assez considérables, jusqu'à ce qu'enfin, après avoir été poussé de marais en marais, il fut assassiné par le frère de celui qu'il avait tué. Le reste de ses partisans se soumit aux Anglais ou joignit des tribus lointaines.

Note 91: (retour) Elle avait un courage viril, et elle n'était pas la seule. Ouitamore et Aouashonks se rendirent célèbres dans le cours de cette guerre.

Comme un autre Mithridate, ce sauvage extraordinaire, combattit jusqu'à sa fin les ennemis auxquels il avait voué une haine éternelle: il périt aussi de la main d'un traître.

L'illustre Racine déployant sur la scène tragique l'âme du monarque de l'Asie, lui prête ce langage:

Mais au moins quelque joie en mourant me console;

J'expire environné d'ennemis que j'immole.

Dans leur sang odieux j'ai pu tremper mes mains,

Et mes derniers regards ont vu fuir les Romains.

et il lui fait dire plus loin:

Tant de Romains sans vie, en cent lieux dispersés,

Suffisent à ma cendre, et l'honorent assez.

Ce langage convient aussi bien à notre héros. A sa mort, la paix reparut, plus bienfaisante que jamais, parce que la lutte avait été plus accablante. Le territoire de Plymouth avait vu en cendres la ville de Swanzey, et pas moins de dix forts du Massachusetts avaient disparu. Les établissemens sur les rivières Custer et Piscataqua, en New-Hampshire, avaient été attaqués et ravagés. Les autres colonies souffrirent en proportion; et celle qui perdit le moins fut celle de Connecticut. Mais elle paya de ses soldats à l'attaque des Narraghansetts. Plus de mille habitation avaient été détruites, et des marchandises et des bestiaux pour une valeur immense, avaient été pillés. Une grande partie de la population avait péri, et celle qui resta et qui survécut à la guerre contracta une dette immense, qui devint un fardeau plus insupportable au fur et à mesure que les ressources diminuèrent. En un mot, de tous le Américains fameux, Philippe de Pokanoket fut celui qui fit plus de mal aux colonies.


CHAPITRE XXI


ARGUMENT

Quoique j'aie préféré dans cet article les historiens généraux des Etats-Unis aux écrivains qui nous ont laissé des chroniques sur les évènemens de la terrible guerre qui m'occupe, je trouve pourtant dans ceux-ci quelques particularités fort intéressantes. J'y vois comment le terrible Sachem échappe tant de fois à ses ennemis. Après la bataille de Narraghansett, il ne se sauve que'en s'aventurant avec quelques guerriers intrépides sur la rivière Taunton: c'est là que Outamore, femme courageuse périt à sa suite 92.

Note 92: (retour) Parente de Philippe, et Sachem de Pocasset, se joignit à lui, et se noya près de Swansey. Sa tête fut exposée à Taunton. Aouashonks suivit aussi le parti de Philippe; mais le capitaine Church, avec qui elle eut commerce la pacifia. Il nous a décrit ses entrevues avec cette amazone. Elle était Sachem de Sogkomate, et dix sauvages de sa tribu vivaient encore à Compton, en 1803.

Un jour, un transfuge guide les Anglais vers sa retraite; il fuit, laissant son diner sur le feu, et son oncle est tué avec vingt de ses plus braves guerriers. Le lendemain même, le capitaine Church aperçoit un guerrier assis tristement sur un arbre renversé; il décharge son fusil et le sauvage tourne la tête: c'était Philippe pleurant sur ses infortunes et sur celles de sa race. Il échappa encore, mais c'eut dû être sans plus d'espoir. Sachem d'une race antique, il se voyait sans sujets et sans domaines, trahi par ses propres alliés, et poursuivi comme une bête fauve. Uncaqpan, Samcama et Vocamet, ses principaux conseillers, étaient morts ou captifs. Passait-il la borne de son territoire, il rencontrait encore des ennemis à combattre. Caché entre Iork et Albany, il fut découvert par les Mohacks, ses ennemis irréconciliables, et mis en déroute. Refoulé sur la rivière Connecticut, il fut encore atteint par les Anglais, qui se jetèrent sur son camps et le ravagèrent en poussant le cri de guerre des Iroquois. Il y perdit trois cents guerriers.

S'attendrait-on à le retrouver deux jours après rassemblant ses débris sur les collines d'Ouasett: il descend avec la rapidité de l'aigle sur Sudbury, et anéantit le capitaine Wardsworth et son parti. Il cherche le capitaine Church, et va l'intercepter. Il détruit Brockfield soutenu par les Sachems Apequinast, Quamansit et Mautamis. Il fait exécuter le transfuge Sassamon.

Philippe touchant à sa mort était encore entouré de quelques guerriers fidèles; mais un traître, qui avait suivi le capitaine Church, le découvrit. Il reçut le coup fatal, et les Anglais poussèrent trois hourras pour bénir la fin de leurs maux. Church envoya sa tête à Plymouth, d'où elle fut promenée par toute la Nouvelle-Angleterre. Son fils, âgé de neuf ans, fut vendu et porté aux Bermudes, après que l'on eut consulté les théologiens. Le ministre Cotton prétendit que le fils d'un traître devait subir le même sort que son père, et le Docteur Increase Mather compara cet enfant à Hadad dont Joab tua le père. Les colonies de Massachusetts et de Plymouth se disputèrent Montaup, que le roi Charles II assigna à la dernière. Les Pokanokets furent exterminés, les Narraghansetts presque détruits, et les Nipmucks se réfugièrent dans le Canada. Le pays des sauvages fut désert, et il ne resta de monuments de cette grande catastrophe que le canon du fusil qui tua Philippe, dans le cabinet de la Société Historique du Massachusetts.

Nos voisins qui auraient été curieux de posséder le portrait d'un naturel si fameux, en présentent plusieurs; mais il n'y en a pas deux que se ressemblent, ce qui autorise à croire qu'aucun n'est le vrai. L'historien de la Nouvelle-Angleterre, Josselyn, qui l'avait vu à Boston, ne parle que de son accoutrement. Il portait un habit militaire à l'anglaise avec des brodequins et un baudrier brodés en perles. Une famille de Swanzey possède encore quelques insignes du Sachem, que le conseiller Anaouon livra au capitaine Church. Il y avait un tapis en drap rouge orné de perles, et trois parures richement et délicatement travaillées. La plus ample descendait sur les hanches; la seconde, qui était ornée de perles disposées avec beaucoup d'art, restait sur la poitrine répondant aux crachats de nos généraux; et l la troisième tenait lieu de diadême: deux petits pavillons y étaient attachés. Ces ornemens ne servaient que dans les grandes occasions, et il tenait à ces marques extérieures de majesté. La mort de Sassamon était une suite de la haute idée qu'il concevait de son autorité. Il avait fallu que le gouvernement protégeât contre sa colère un sauvage Nantucket qui avait mal parlé d'un de ses parens. Le sujet avait manqué de respect envers la famille de son souverain, impardonnable injure, que les Anglais ne firent oublier qu'avec une grosse somme d'argent.

Aussi ennemi du Christianisme que Massassoit, Philippe prit un jour un des boutons de l'habit d'Elliot, en disant qu'il ne prisait pas plus sa doctrine que cet objet.

On ne doit pas croire que ses minières fussent d'un barbare, non plus que ses procédés. Il est digne de remarque qu'il ne maltraita jamais un prisonnier, même dans le temps que les colons vendaient ses sujets comme esclaves. Il se conduisit vis-à-vis de Madame Rowlandson, sa prisonnière, comme l'aurait fait un prince civilisé. L'ayant fait appeler, ill'invite à s'asseoir, et lui demande obligeamment si elle a accoutumé de fumer. Il va lui-même lui annoncer que dans deux jours elle sera libre. La famille Leonard 93 vit en paix sous sa protection au milieu des fureurs de la guerre; la ville de Taunton est épargnée, et cependant, les Anglais avaient massacré tous ses proches, ils avaient mis sa tête à prix. Après cela questionnez nos voisins: ils appelleront le Roi Philippe un «barbare», et leurs cruels ancêtres, «d'innocens et inoffensifs planteurs».

Note 93: (retour) Il défendit à ses guerriers d'attaquer la maison qu'elle occupait, et où sa tête fut depuis en dépôt.

CHAPITRE XXII


ARGUMENT

Des descendans de Cananacus--Mexham--Pessacus--Ninigret--Pombamp--Exploits de Conanchel--Sa mort--Réflexions.

MEXHAM, successeur de Cananacus, n'eut pas les qualités de son père, et vécut soumis aux Anglais. Après sa mort le sceptre Narraghansett tomba en quenouille dans les mains de Quaïapen, connue sous le nom de Magna, sa veuve, qui joua un grand rôle dans la guerre de Philippe.

Pessacus, frère de Miantonimo, hérite de son courage, et paraît sur la scène avec le célèbre Ninigret, son oncle. Ce dernier envoya un corps considérable contre les Pequots. M. Wolcott fait dire aux Anglais:

We lead those bands

Armed in this manner, thus into your lands

Without design to do you injury

But only to invade the enemy.

Il se chargea avec Pessacus de la vengeance de Miantonimo, et sut la satisfaire en dépit des colons. Les deux Sachems armèrent huit cents guerriers, et pressèrent Uncas si vivement, que lui-même eut peine à s'échapper. Un affront que subit Pessacus, pensa ternir l'éclat de cette victoire. Le major Atherton étant entré sur son territoire, pénétra jusques à son wigwam, et le pistolet sur la gorge, le força de payer une forte contribution. Mais Ninigret se défendit mieux et força les Anglais à la retraite.

Le voisinage des Hollandais rendait ce brave Sachem encore plus redoutable aux colons. Un discours qu'il adressa au même officier que nous avons nommé jette du jour sur les motifs de la défiance sans bornes que lui montra toujours le gouvernement; le voici: «Ninigret ignore tout complot ourdi contre les Anglais. Il est pauvre; mais des fusils et des balles ne l'engageront point à déclarer la guerre. Ninigret était dans sa cabane lorsque ses enfans vinrent lui dire qu'il était venu un vaisseau de cette nation (les Hollandais). Ces hommes dirent qu'il y avait bataille entre eux et les Anglais de l'autre côté du grand lac, et qu'ils viendraient en grand nombre pour combattre. Pour Ninigret, il n'a point de raisons de faire la guerre à ses bons amis; ils sont ses voisins, et les étrangers sont éloignés. Quand il voyageait pour sa santé, et c'était dans la saison des neiges, il frappa tout le jour à la porte de la cabane où est leur Sachem, et il ne lui ouvrit pas. Ses amis n'en agissent pas de la même manière.»

Ce langage était sans doute destiné à amuser les Anglais, car l'année suivante le Sachem attaque les sauvages de Long-Island; il engage les Mohacks dans son parti, et, fort de leur secours, il fait aux colons, toujours soupçonneux, cette fière réponse qui suffirait pour l'immortaliser: «Ninigret ne fera point la paix avec les meurtriers de son fils et de soixante guerriers de son peuple. Je désire que les Anglais me laissent en repos, et ne me demandent point d'aller à Hartford. Jonathan 94 m'a demandé si j'y enverrais des députés, et je lui ai répondu: si le fils de votre Sachem était massacré, demanderiez-vous conseil-un autre Sachem pour venger sa mort? Quant aux Mohacks, ce sont mes alliés, qui viennent pour ma défense: je vengerai avec eux mes injures.» Le major Villard, à qui il parla de la sorte, envahit aussitôt ses terres. Il lui abandonna ses forts et se retira dans la forêt. Les Anglais trouvant tout désert lui envoyèrent une députation, mais il fit dire aux députés, que ne sachant pas la raison de cette nouvelle irruption, il ne pouvait se commettre avec eux. Six nouveaux délégués parvinrent cependant à conclure un arrangement, mais le tribut fut fièrement refusé, et le major fut condamné pour avoir fait une paix honteuse. Un vaisseau envoyé entre Nanticut et Long-Island fut témoin des nouveaux triomphes de Ninigret et de Pessacus contre les Mohicans.

Note 94: (retour) Son interprète.

Il est remarquable que Ninigret ne prit aucune part à la guerre de Philippe 95. Pomham et Conanchel ne suivirent point son exemple. Pomham était un Sachem qui s'était lié avec les Anglais par jalousie contre Miantonimo. Ce noble Sachem ayant donné un refuge au fameux religionnaire Samuel Gorton, et lui ayant donné la terre de Shaomet, Pomham, qui prétendait qu'elle lui appartenait, vint à Boston avec un autre Chef nommé Samocomo, et se mit sous la protection du gouvernement 96. Il ne fut fidèle aux Anglais qu'autant que ses intérêts le demandèrent. Après avoir érigé, sous prétexte du voisinage des Narraghansetts, un fort de construction européenne, il se jeta dans les bras de Philippe. Cette guerre fit sa réputation. Les Anglais le comptaient parmi les plus redoutables Chefs et le rangeaient immédiatement après le roi de Pokanoket et Conanchel. La confédération Narraghansett fut d'abord neutre. Pour lui, il commença la guerre avec Metanco, et dédaigna de ratifier un traité négocié sur son territoire à la pointe des bayonnettes. Ses guerriers furent taillés en pièces après la plus belle résistance, et il fut tué lui-même en 1676. Ce fut dans le voisinage de Delham, où il s'était retiré avec une centaine de braves. Il aima mieux périr que de se rendre, et tels étaient son courage et sa force que, blessé mortellement, et gisant sur le sol, il fracassa un soldat qui ne lui fut arraché qu'à force de bras.

Note 95: (retour) Sa tribu qui n'était qu'une annexe à la Confédération, subsistait encore en 1738, lorsque l'on découvrait à peine un Narraghansett sur le territoire du Rhode-Island. Nul Chef ne fut plus souvent accusé que Ninigret. Il avait cependant des titres à l'estime et même à l'admiration. Il était noble de venger la mort de ses proches et de ses sujets, et il le fit avec dignité. Il ne sacrifia jamais son honneur à l'amitié des Anglais, et sut repousser leur arbitrage. S'il demeura tranquille au milieu des combats que livraient ses semblables pour leur liberté, ce fut apparemment parce qu'il prévit le résultat.
Note 96: (retour) Nos dévots protestans imposèrent aux deux Sachems, comme condition, d'observer les dix commandemens, que ces princes des forêts de l'Amérique traitèrent assez cavalièrement. Quand on leur demanda s'ils voulaient adorer Dieu, ils répondirent qu'ils le voulaient bien, parce qu'il fesait plus de bien aux Anglais que ne leur en fesait le leur. Ils dirent qu'ils ne savaient point ce que c'était que de jurer; et que pour le Dimanche, ils pourraient l'observer d'autant plus facilement qu'ils n'avaient jamais beaucoup à faire.

Nununtanoï, autre Sachem distingué, et Conanchel eurent bientôt le même sort. Ce dernier, fils de Miantonimo, succéda à Pessacus. Son courage était digne du sang qui coulait dans ses veines, et si ses oncles conservèrent de la dignité à la Confédération Narraghansett après la mort de Miantonimo, digne descendant de tant de héros, et ne pouvant prévenir la ruine de la nation, ce jeune Chef environna son tombeau d'une gloire éclatante. Trumbull nous dit qu'il hérita de l'orgueil de son père, et de sa haine pour les Anglais. Hubbard s'étend sur ce qu'il appelle ses cruautés, et se glorifie de sa perte. Un auteur moderne, plus judicieux, trouve dans ces accusations même la preuve d'une organisation d'âme peu ordinaire.

Conanchel combattit dans la bataille livrée par Josiah Winslow à Philippe et à ses alliés. Ce ne fut qu'après une lutte de géans que les Anglais purent donner l'assaut aux ouvrages des sauvages. Le champ de bataille fut enveloppé en peu d'instans dans une conflagration générale. Les hommes rouges, excités par le noble exemple des Chefs, se défendirent avec une fureur sans égale, et ne cédèrent momentanément qu'après avoir jonché de morts ces champs devenus célèbres. Après la prise de Lancaster par Metanco, son émule met à contribution la ville de Medfield, bat le capitaine Pierce, à Providence, et saccage cet établissement, ainsi que Warwick et Sekonck: il s'avance jusques à Boston. C'était alors l'époque de la grande puissance de Philippe, et ses désastres commencèrent avec la mort du fils de Miantonimo. En embuscade dans les forêts du Connecticut, Conanchel prenait encore une part active à la guerre, lorsque la nourriture manqua à mille cinq cents guerriers et à quatre mille femmes et enfans qui les suivaient. Ce héros sauvage proposa, o surprise! de cultiver les terres nouvellement conquises à l'est de la rivière. Il ne trouva que trente guerriers qui voulussent l'accompagner; ces trente-et-un braves marchaient à la mort. Le capitaine Dennison, qui tenait la campagne avec cinquante Anglais et cent cinquante sauvages Niantics, Pequots et Mohicans, conduits par Catapazet, Casinamon et Onecho, fut averti de l'arrivée du Sachem par deux femmes mohicanes. Conanchel se reposait. Sept de ses guerriers formaient un cercle autour de lui, et il leur racontait les plus belles particularités de sa victoire de Providence lorsque, tout-à-coup, il interrompit son discours. L'ouïe délicat du sauvage venait de distinguer un bruit imperceptible. Deux éclaireurs furent envoyés sur une colline qui était proche: un troisième les suivit; mais les ennemis les avaient interceptés, et descendaient la hauteur. Conanchel voulut fuir, mais Catapazet le dépassa avec ses plus agiles coureurs; il leur échappa cependant, et il était réservé aux Niantics de le faire prisonnier. Se voyant entouré, il jeta son habit galonné et gagna la rivière. Le pied lui manqua sur une pierre et il tomba sur le rivage. Se relevant aussitôt, il s'assit immobile et attendit Menopoide, le guerrier Pequot, qui n'eut pas le courage de l'attaquer. Le premier Anglais qui l'approcha fut un jeune homme du nom de Robert Santon. Le Sachem lui dit un peu dédaigneusement, et en mauvais anglais: «You much chile, no understand war; let your Chief come.» Il se rendit à Dennison. Conduit à Stomington, il y fut fusillé. Les Mohicans tirèrent, les Pequots l'écartelèrent, et les Niantics allumèrent son bûcher. Sa tête fut présentée en plein conseil à Hartford.

Ainsi finit, à la fleur de l'âge, le dernier des Narraghansetts, le petit neveu de Cananacus, et le fils de Miantonimo. Ses ennemis, exaspérés par leurs désastres, le vouèrent à la mort. Ainsi les Romains firent périr Jugurtha, qui mourut dans le cachot de Tullianum. Aujourd'hui que la passion de l'époque est affaiblie, il est permis de pleurer sur le sort de ce noble enfant de l'Amérique du Nord. L'histoire indigène n'offre pas un plus bel exemple de cette générosité chevaleresque avec laquelle l'intéressant Conanchel accorda sa protection aux faibles, sacrifia sa puissance et sa liberté à l'honneur, et fut fidèle à la voix de ses ancêtres. J'admire ce beau patriotisme qui le fit se dévouer pour ses dieux et son pays.