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Ρόδα και Μήλα, Τόμος Α' cover

Ρόδα και Μήλα, Τόμος Α'

Chapter 17: ΑΞΙΟΤΙΜΟΙ ΚΥΡΙΟΙ,
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About This Book

The volume gathers previously published essays and sketches arranged chronologically, blending personal reflection, cultural commentary, and linguistic polemic. Central threads examine the contested language question, arguing for a unified popular grammar against hybrid or inconsistently mixed forms and criticizing literary fashions that reject grammatical discipline. Alongside technical discussion of diction and form, the author juxtaposes imagination and science with garden metaphors of roses and apples and reflects on beauty, artificiality, friendship, and cultural identity. The tone mixes rhetorical argument, intimate address, and illustrative examples to defend a coherent popular language as the basis for shared expression.

QUESTIONS D'HISTOIRE ET DE LINGUISTIQUE

AVANT-PROPOS

Lorsque M. le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux — Arts voulut bien me confier une mission auprès du Congrès du Syllogue philologique hellénique de Constantinople, qui devait avoir lieu en septembre 1886, j'ai longtemps hésité sur la langue dont j'aurais à me servir dans la communication que je me proposais de lire au Congrès. Le français était tout indiqué, et, je dois faire ici cet aveu, il m'eût été plus facile d'écrire cette courte étude en français. Je ne l'ai cependant pas fait. Il me parut plus juste de parler grec devant une assemblée grecque: c'était une marque de sympathie de plus à donner au Syllogue. D'autre part, je voulus rendre hommage à ma langue maternelle et je résolus d'écrire mon discours en grec.

On voudra bien excuser l' audace de cette tentative, en faveur même du sentiment qui l'a inspirée. J'ai rencontré auprès du Syllogue, et particulièrement dans la personne de son honorable Président, tant de bienveillance, on m'a témoigné tant d'amitié durant mon court séjour à Constantinople, que j'ai appris à compter sur l'indulgence de cette savante Compagnie et des amis qui m'ont reçu.

Mais je crains bien, hélas! de ne pas retrouver les mêmes dispositions auprès d'un autre public. On me fera un crime d'une chose pourtant naturelle: c'est d'avoir écrit, à l'heure où nous vivons et pour des Grecs qui ne sont plus anciens, une langue moderne comme nous tous et non pas une langue ancienne. Le Syllogue n'est composé que des membres les plus éclairés de la société grecque, et aucun d'eux ne croit plus sans doute, suivant un préjugé bien démodé, que la langue populaire est une langue barbare. D'autres sont, aujourd'hui encore, dans cette idée. 11 ne faut pas s'en étonner outre mesure. Tout le monde n'est pas obligé d'être grammairien, nul surtout n'est tenu d'être linguiste en naissant. Il est tout naturel qu'on traite de bizarre ou d'anomal tel phénomène phonétique ou morphologique dont on ne s'est pas suffisamment rendu compte. Les hommes déclarent souvent absurde ce qu'ils ne comprennent pas encore. Qu'on me permette de le dire, il y à encore en Grèce, comme à Constantinople, bien des progrès à faire dans la science du langage. Quand on en est réduit à juger d'un point en litige sans connaissance de cause, on est bien obligé de formuler des jugements à priori. Peu de nos compatriotes se sont probablement demandé la façon dont a pu se former le nominatif moderne πατέρας; j'ajoute que peu de nos compatriotes avaient à se poser cette question, dont l'examen constitue le travail des spécialistes. Cela n'empêche personne de décréter que πατέρας est une forme incorrecte. Cette solution du problème parait, en effet, plus commode. 11 est vrai qu'avant de se prononcer en semblable matière, il serait peut-être plus sage de réfléchir. Nous pourrions prier nos juges de vouloir bien se rendre compte, au préalable, ne fût-ce que de la formation du paradigme ancien de πατήρ et de la genèse du paradigme moderne. Leur avis, après cette courte étude, aurait probablement plus de poids. Mais il ne faut pas exiger des hommes la logique. Chacun dira son opinion, sans examen, et il n'y aura même guère moyen de lui faire changer d'avis. Cet état de choses tient à des causes purement historiques: les études grammaticales étant encore trop peu avancées en Grèce, il fallait s'attendre à voir surgir au hasard toutes les opinions.

Je ne veux pas insister sur ce point. Mais on en arrive parfois à de singulières contradictions! La forme ancienne est rétablie presque toujours au détriment de la forme moderne normale. Ainsi au lieu de έτοιμη, on dira ετοίμη (η τράπεζα είναι ετοίμη), au lieu de καταλαβαίνω, καταλαμβάνω, et εμβαίνω au lieu de μπαίνω. Or, il se trouve que μπαίνω (bèno) est une prononciation plus ancienne que εμβαίνω et que cette forme constitue, au point de vue phonétique, une violation de règle élémentaire pour le grec ancien aussi bien que pour le grec moderne {31}: elle est incorrecte de toutes façons. Ετοίμη ne contrarie pas moins l'accentuation ancienne elle- même qui veut qu'on recule l'accent, toutes les fois que la quantité le permet et on sait que le η de ετοίμη est aujourd'hui devenu bref. Έτοιμη est donc aussi légitime aujourd'hui que l'était έτοιμoς dans l'ancienne langue; la règle est la même: elle ne varie que dans son application. En disant ετοίμη, nous faisons la même faute qu'auraient faite les anciens, si, par exemple, ils avaient prononcé εδιδόσο, διδόμαι, etc.: loin de nous conformer à leur exemple, nous leur mettons une erreur sur les lèvres, sans compter que le grec ancien disait plutôt έτοιμος au féminin. Καταλαμβάνω, à cause de la combinaison moderne μβ , est tout aussi choquant que εμβαίνω {31a}. On ne s'aperçoit pas beaucoup de ces anomalies qui, pour un helléniste, ont quelque chose de déconcertant, et l'on prend volontiers pour le fond ce qui n'est que l'innocente apparence: on juge d'après ce qu'on voit imprimé sur le papier et il est toujours plus facile de se conformer à la lettre qu' à l'esprit. Ετοίμη, καταλαμβάνω, εμβαίνω ont dans les livres un air d'antiquité et il reste convenu que les formes anciennes seules sont les formes nobles.

Voila un principe qu'il serait peut-être dangereux de proclamer trop haut! On laisserait croire que la noblesse, c'est la forme, non le fond. Des gens malintentionnés nous prendraient au mot et pourraient prétendre qu'on se rejette sur le canon grammatical, à défaut d'idées. Hélas! si le fait d'écrire la langue ancienne pouvait nous assurer du même coup que nous n'aurions à exprimer que des pensées élevées et que de beaux sentiments, ce serait une joie pour le monde. Tous les peuples renonceraient à leur propre langue pour se consacrer à l'usage des formes anciennes. Le français serait bien vite abandonné. Y a-t-il, en effet, des langues plus incorrectes, formées de plus de fautes que le français, que l'allemand, que l'anglais, que toutes les langues modernes? Si la perfection avait dû être cherchée dans l'imitation des types classiques, Voltaire aurait certainement écrit Candide en grec et Gœthe aurait composé son Faust en hexamètres dactyliques. Mais je crains qu'il ne faille encore d'autres qualités pour former l'écrivain. La connaissance de la grammaire ne lui suffit pas. Il lui faut d'abord une forte conviction, une pensée toujours sérieuse; il lui faut l'originalité de l'expression et la nouveauté de l'esprit. L'important, c'est d'avoir quelque chose à dire: la façon de le dire vient d'elle-même. L'amour de la vérité devient le but dominant; l'idée porte en elle son expression. Il faut aussi que l'écrivain sache plaire. Il lui est défendu d'être ennuyeux. L'exposition sèche et nue ne lui convient pas davantage. Qu'il y mette un peu de son âme. Une légère ironie, un certain enjouement ne dépareront jamais le discours le plus sévère. Combien on doit se garder d'énoncer d'un ton d'oracle les vérités même les plus transcendantes! Un artiste évitera jusqu'aux mots recherchés, jusqu'aux termes un peu rares, qui ne sont pas dans le domaine commun. C'est avec les mots les plus connus, les plus vulgaires, qu'il bâtira son œuvre. L'affectation lui fait horreur, parce qu’elle exclut la précision. La vertu la plus difficile chez l'écrivain, est par-dessus tout la teneur toujours égale, toujours soutenue du style, la constance de l'effort artistique. Les défaillances sont interdites. Tout doit sortir d'un seul jet, avec une continuité perpétuellement variée par la justesse inattendue de l'expression et la richesse d'un fonds inépuisé. C'est la ce qui fait la véritable noblesse d'une langue littéraire. Mais, à priori, toutes ces qualités peuvent se rencontrer aussi bien dans la langue moderne que dans l'ancienne, puisqu'elles tiennent à l'homme même. Le principe fondamental, est d'être compris. Un grand écrivain parlera toujours pour le monde entier. Il y a d'ailleurs un criterium très sur et d'application bien commode, pour juger des meilleures œuvres: dans l'ordre des productions de l'esprit, ce que comprennent sans effort les femmes les plus simples, peut être, sans autre examen, déclare excellent{32}. Ce qu'elles ne comprennent pas est inférieur. C'est là le principe, on peut le dire, qui à fondé la littérature française; c'est par là qu'elle est arrivée à cette qualité essentielle: la précision.

Il ne faut pas non plus confondre la langue et le style: c'est une distinction que j'ai essayé d'établir ailleurs{33} et qui me semble avoir la plus grande importance. De la confusion entre la langue et le style résulte, à mon sens, le malentendu qui est au fond de toutes les discussions sur la langue moderne. Un des arguments les plus fréquemment invoqués en faveur de l'usage de la langue ancienne consiste à dire: «Nous soutiendrez-vous que Racine ou que Gœthe parlaient la langue du peuple?» Sans doute. Je pense que cela n'a jamais été mis en question. Il y a là une nuance qui parait insignifiante et qui est des plus profondes. Assurément, Racine ne parlait pas en vers comme le peuple, mais c'est bien la langue du peuple qu'il écrivait. Je ne crois pas que le faubourien se serve journellement d'un style aussi solennel que celui d'Athalie:

Oui, je viens dans son temple adorer l'Éternel!

Mais chacun de ces mots est populaire encore aujourd'hui. On objectera peut-être que ce n'est pas communément l'usage d'appeler Dieu l'Éternel. C'est encore là un détail de style. Le mot éternel se retrouve dans le langage le plus familier, qui crée même la forme sempiternel : un sempiternel bavard {34}. On sait, en revanche, que ce n'est pas ce qui se passe en grec: la comparaison cesse par conséquent d'être exacte. En grec, c'est le contraire du français qui à lieu: on parle la plupart du temps comme le peuple; mais ce n'est pas de la langue du peuple qu'on se sert. Si je veux exprimer cette idée fort simple: ma fille est malade, je dirai: η κόρη μου είναι άρρωστη. D'autre part, si je dis: η θυγάτηρ μου ασθενεί, je ne parle plus la langue du peuple, cela est certain; mais je n'exprime pas pour cela une idée d'ordre plus relevé: je parle comme le peuple dans une autre langue .

Cette confusion entre la langue et le style n'est pourtant pas la raison unique du mépris dans lequel certaines personnes tiennent la langue moderne. Je ne crois pas davantage qu'il y ait dans le purisme, comme on le prétend quelquefois, un vain désir de paraître, de faire étalage de savoir, ni que l'emploi des formes anciennes repose en dernière analyse sur un sentiment de vanité ou d'orgueil. Quel mérite y aurait-il à montrer qu'on sait décliner et conjuguer suivant un paradigme, que tout le monde peut trouver dans sa grammaire? Ce n'est pas là une connaissance bien difficile à acquérir et, de mon temps du moins, tous nos élèves de quatrième étaient arrivés à ce degré de culture. Je crois que la raison de ce mépris est à la fois plus simple et plus profonde: c'est une pure question de vocabulaire.

Lorsque les études linguistiques ne sont pas encore très avancées, ce qui frappe avant tout dans une langue, ce sont les mots: on croit volontiers que ce qui caractérise principalement une langue, ce qui la distingue d'une autre, c'est le vocabulaire, C'est pourquoi, et cette observation a déjà été faite plusieurs fois, la linguistique commence partout avec l' étymologie. La meilleure illustration de ce fait, ce sont les auteurs anciens, tant latins que grecs. Ils ne voyaient rien au delà de l' étymologie, je parle surtout des époques classiques; ils ne saisissaient pas la véritable nature du langage. Mais le vocabulaire est chose complètement secondaire et rentre aujourd'hui tout à fait au second plan. On ne s'occupe plus d' étymologie, que lorsque l'on a établi sur des bases solides la grammaire d'une langue. On a compris que ce qui caractérise une langue, ce ne sont pas les mots, c'est le système grammatical tout entier, ce sont, entre autres, les désinences dans la conjugaison des verbes ou la déclinaison des substantifs. Une langue peut être uniquement composée de mots étrangers, même de mots appartenant à d'autres familles de langues, sans pour cela perdre son caractère distinctif. Il y à même plus; c'est parfois aux mots étrangers que se reconnait le plus sûrement la continuité d'un système grammatical en vigueur depuis des siècles: le grec moderne en est un exemple bien remarquable. En effet, tout mot étranger qui entre aujourd'hui dans le français, y entre tel quel, sans subir aucune modification de désinence, parce que les Français ont perdu tout sentiment des flexions casuelles. En grec, au contraire, encore de nos jours, tout mot étranger doit forcément se modeler sur le patron des flexions existantes. Prenons le mot café ; en grec on déclinera ο καφέ-ς, pluriel οι καφέ-δ- ες: une forme ο καφέ, οι καφέ serait absolument inouïe: elle ne peut pas se produire. Même règle pour les féminins: on dira η κουβέντα, της κουβέντας. Ce ς du génitif est tout à fait frappant. C'est le même ς que nous avons dans ο λόγο-ς, οι πατέρε-ς, της μούση-ς. Ainsi les mots étrangers nous prouvent ici de la façon la plus évidente la persistance de la langue ancienne et de son système grammatical.

Un observateur superficiel ne reconnait pas facilement ce principe. Il s'irrite de voir des racines étrangères; il ne sait pas qu'ici comme partout ailleurs l'esprit seul compte et que la lettre n'est rien. Seulement, quand il s'agit de séparer un radical de sa désinence et de considérer ces deux éléments indépendamment l'un de l'autre, il y a déjà à faire un petit travail d'abstraction bien simple, qui parait difficile au premier abord. C'est pourquoi plusieurs personnes traitent le grec moderne de langue bâtarde, corrompue, souillée de xénismes. Elles disent: ce n'est pas une langue! Elles entendent par là que ce n'est pas une langue originale, parce qu'elle est remplie d'éléments étrangers. Il reste d'ailleurs bien entendu que la classification méthodique de ces éléments n'a jamais été tentée et qu'on en parle un peu au hasard. Ils sont fort peu nombreux; mais fussent-ils à compter par milliers, la langue n'en serait pas pour cela devenue étrangère: au contraire, elle aura prouvé sa vitalité de la façon la plus inattendue. Qu'on ne me reproche pas d'insister ici sur des vérités trop évidentes. J'ai vu plusieurs personnes s'arrêter surtout aux mots étrangers: c'est ce qui les choque le plus. Les mots les frappent, parce qu'en effet c'est ce qu'il y a de plus facilement observable. C'est la surface de la langue. En soi-même, le vocabulaire est d'une importance qui, pour l'analyse scientifique, se réduit proprement à zéro.

En revanche, on croit très naïvement qu'écrire la langue moderne revient à se servir uniquement du vocabulaire populaire. Cet axiome est soutenu avec sérieux par plusieurs bons esprits. Rien n'est plus faux. Ceux qui veulent introduire la langue moderne dans l'usage courant, n'ont jamais soutenu autre chose que ce principe rudimentaire: respecter le système grammatical moderne et n'y pas faire passer tout crûment les déclinaisons ou les conjugaisons de l'ancienne langue; en effet, ce serait créer un mélange des plus disparates dans l'emploi des formes. Personne n'a raisonnablement prétendu ni même songé à prétendre qu'il ne fallait pas recourir, dans tous les cas où un mot ancien n'avait pas d'équivalent moderne, aux richesses que met entre nos mains la lexicologie de la vieille langue. Si un écrivain est amené à se servir, à côté de mots comme μάτι, σπίτι, άντρας, λόγος, d'une expression telle que παλαίφατος, par exemple, il ne cessera pas d'écrire en langue moderne. Un critique a vivement reproché à Solomos d'avoir employé, dans une pièce célèbre, le mot κόμη, chevelure : και στην κόμη στεφάνι φορεί. Le même critique prend texte de ce vers pour déclarer que la langue moderne ne saurait guère devenir une langue littéraire, et pour nous apprendre que l'indigence du vocabulaire populaire ne peut suffire à l'expression des mille nuances de la pensée. C'est là assurément une glorieuse découverte! Mais elle n'avait pas besoin d'être faite: personne ne l'ignorait. La seule chose à faire, dans l'espèce, eut été de rechercher si, en disant κόμη à l'accusatif, le poète s'était servi de la forme ancienne κόμην ou de la forme moderne κόμη. Du moment qu'il s'est arrêté à cette dernière, tout débat est clos et la critique reste sans objet.

En ce qui concerne les emprunts mêmes qu'on peut faire au lexique ancien, nous pouvons reconnaître deux catégories de mots. Nous avons d'abord des termes comme άτομος, je suppose, qui ne contrarient en rien ni la phonétique ni la morphologie modernes. Ceux-là, on pourrait les employer par milliers, qu'on ne romprait pas le système grammatical de la langue vivante{35}. L'emploi des mots de ce genre dépend uniquement des exigences du style. Mais il y a aussi les mots qui se trouvent en opposition directe avec les lois phonétiques ou morphologiques actuelles. Les mots qui sont dans ce cas, quand ils sont indispensables à l'expression d'une idée, n'en ont pas moins le droit de passer dans le vocabulaire courant, sous condition expresse de revêtir les flexions de la langue vivante: η κλίσις, της κλίσεως ne peut guère se décliner autrement que η κλίση, της κλίσης, du moment qu'on a l'intention de se servir de la langue moderne. S'il fallait relever en français tous les mots du vocabulaire qui rentrent dans cette catégorie, c'est-a-dire qui ont pénétré dans la langue par voie savante et non par voie populaire, on en serait réduit à copier la moitié du dictionnaire de l'Académie. Le peuple ne connait certainement pas des termes tels que nominatif, phonétique, syntaxe, impératif catégorique, etc., etc. Ceux qui emploient ces mots, par écrit ou dans la conversation, parlent toujours français.

On doit même aller beaucoup plus loin dans cette voie. Les mots savants contrarient souvent en français la phonétique, non pas seulement de l'époque de la formation du français, comme le mot livre (au lieu de loivre , qui eût été la forme régulière), mais encore la phonétique courante. Tel est, par exemple, le mot substantif . Il faut néanmoins remarquer que le français en cas pareil ne dira pas substantivum ou substantivus ; il modèlera la désinence du mot latin sur la désinence populaire et depuis longtemps reçue if pour ivus, comme eût fait en grec la langue littéraire, si, au lieu de persister à écrire βασιλεύς, forme qui n'est ni ancienne{36} ni moderne, elle avait simplement consenti à dire βασιλιάς ou même βασιλέας. Mais tous les termes du vocabulaire ancien, dont nous avons besoin aujourd'hui, ne sauraient être, en passant dans le grec moderne, d'une morphologie aussi facile ni aussi simple que βασιλέας ou βασιλιάς. Le mot ουσία, qui est un mot bien nécessaire, comme tant d'autres termes abstraits, ne serait grammaticalement correct que sous la forme σιά, ou tout au moins ουσιά. Néanmoins, cette forme aurait un grand inconvénient: elle serait incompréhensible. En pareil cas, on ne peut donc guère toucher à la phonétique; mais la morphologie subira nécessairement toutes les modifications exigées par les règles de la grammaire moderne et se moulera sur les paradigmes existants: on déclinera την ουσία, οι ουσίες, parce que le peuple, s'il venait à se servir de ce mot, le déclinerait ainsi. D'autre part, la flexion et le terme seraient sous ce nouvel aspect compris de tout le monde. Ecrire une langue moderne, c'est se conformer à l'ensemble du système grammatical de la langue populaire, c'est-a-dire de la langue vivante.

La règle dominante, en pareille occurrence, est d'être clair. Le mot emprunté se plie autant que possible aux exigences actuelles de la langue. C'est pour lui le seul moyen de devenir populaire. Si le peuple vient à apprendre un mot tel que άτομος, il n'y changera jamais rien: il le laissera subsister tel quel. Au contraire, il ne pourra jamais admettre une forme comme βασιλεύς, parce que celle-ci est devenue de nos jours une forme complètement anomale: il peut la répéter sur le moment même où il l'entend, mais il ne sera pas long à la rejeter. La langue savante ne tient pas compte de cet état de choses, parce qu'elle opère sans la connaissance et sans la prise en considération des règles grammaticales modernes: malheureusement, quelque ardeur qu'on y mette, on ne pourra pas aller contre ces règles: elles sont historiques; elles ont donc leur raison d'être en dehors de notre volonté. Nous sommes tout aussi impuissants à détruire ces règles et à nier la réalité de la grammaire populaire, que nous sommes impuissants à vivre en un autre siècle que celui ou nous sommes nés.

Nous sommes donc bien obligés de compter avec ces règles et de les enfreindre dans la mesure seulement où elles peuvent être tournées. Nous n'avons ici qu'a suivre l'exemple de toutes les langues modernes, dont le vocabulaire s'est toujours trouvé en défaut et s'est vu forcé de puiser dans un vocabulaire ancien. Les mots anciens ont toujours subi une transformation préparatoire qui les rhabillait en quelque sorte à la mode du temps. Mais la question de vocabulaire importe si peu en elle-même, que plusieurs mots d'origine uniquement savante ont pu passer dans le français le plus populaire, dès l'instant où ils ne violaient pas la grammaire vivante. Le mot idée en est l'exemple le plus frappant. Le gamin de Paris, quand il se frappe le front en disant: Idée! ne parle pas une langue ancienne ou étrangère. Idée est aujourd'hui un mot français.

Disons plus. Un écrivain peut avoir à se servir, dans ces conditions, d'un mot rare ou appartenant uniquement à la langue poétique ancienne, quant il s'agit d'un effet particulier à produire. C'est affaire de style. Des mots comme δίος{37} peuvent devenir nécessaires à un certain moment, suivant la couleur que l'on veut donner à sa pensée, et c'est de cette façon que Solomos n'a pas craint d'appeler κόμη une chevelure. Ces emprunts ne rompent en rien l'unité de la langue moderne. La seule mesure en pareil cas. c'est le talent de l'écrivain et les besoins de sa pensée.

Toute langue littéraire s'est vue forcée à un moment, donne d'enrichir son vocabulaire. Le grec, à sa plus belle époque, n'a pas échappé à cette loi générale. A mesure que l'esprit humain se développe, que ses connaissances s'étendent et que les nuances de la pensée se multiplient, l'écrivain s'ingénie à trouver des termes qui serviront, soit à désigner un objet jusqu'alors inconnu, soit à rendre d'une façon plus précise les mille aspects du monde intellectuel et moral. On peut maintenant se demander comment s'y prenaient les langues anciennes elles-mêmes quand elles se trouvaient dans l'obligation d'employer des mots encore absents du vocabulaire et nécessaires à l'expression d'idées nouvelles. Plusieurs personnes se font à ce sujet les représentations les plus fausses: elles croient très sérieusement que Platon ou Thucydide créaient et mettaient en circulation des formes grammaticales de leur invention. Il n'y à pas d'opinion plus contraire à la vérité historique. Thucydide et Platon n'ont jamais rien inventé. Les mots nouveaux dans le grec ancien se formaient à l'aide de désinences, de propositions, comme dans les verbes composés, et surtout de suffixes déjà existants dans la langue parlée, c'est- a-dire dans la langue populaire et dont celle-ci fournissait seule le modèle. Thucydide, par exemple, emploie pour la première fois les substantifs τολμητής, κινδυνευτής, εικαστής, etc., etc. (voyez Thucydide, par A. Croiset, Paris, 1886, p. 111). Mais les éléments mêmes dont ces substantifs sont formés, se trouvaient déjà dans la langue bien avant Thucydide, puisqu'ils sont antérieurs même à l'époque où le grec s'est séparé des langues indo-européennes congénères et a vécu d'une vie indépendante. Le suffixe -τα-, servant à designer les noms d'agents, est plus vieux qu'Homère et que tous les Hellènes. Quand Thucydide disait τολμη- τής, etc., il prenait tout simplement ce suffice -τα-, (en ionien et attique -τη-) dans les substantifs tels que ποι-η-τή-ς, νικ-η- τή-ς, etc., etc.

Plus tard, de ces formations et d'autres semblables comme δεσ-μώ-τη- ς, πολ-ί-τη-ς, etc., etc., se sont détachés de nouveaux suffixes - ήτη-, - ώτη-, -ίτη-, que les anciens ont formés par erreur, parce que dans δεσμώτης et πολίτης ils ne reconnaissaient plus le vieux suffixe -τα-, - τη, et qu'ils croyaient avoir affaire à un suffixe - ώτι-, -ίτη-, qu'ils séparaient de πολ-ίτη-ς, δεσμ-ώτη-ς, au lieu d'y sentir la composition primitive πολ-ί-τη-ς, δεσμ-ώ-τη-ς, etc. C'est ainsi qu'ils ont pu dire, contre toute étymologie et contre toute règle, οδίτης, στρατιώτης, νησιώτης, etc., etc., etc. Les écrivains grecs n'ont jamais inventé ni crée de toutes pièces aucune forme grammaticale nouvelle; ils ont toujours opèré sur les formes grammaticales existantes. Ce travail se faisait par le peuple et d'une façon inconsciente; c'étaient aussi quelquefois les écrivains, comme nous venons de le voir pour Thucydide, qui puisaient dans le vieux fond de la langue. Mais les écrivains eux- mêmes suivaient absolument les voies de l'analogie populaire. Peuple et écrivains agissaient exactement de la même manière que l'on agit aujourd'hui, soit en français, quand on dit os-eur, sur os-er, d'après le modèle fourni par la corrélation qui s'observe entre penseur et penser ; soit en grec moderne, quand on étend ce même suffixe -ώτη-, demeure toujours vivant dans la langue, à des substantifs tels que Χιώτης, etc., etc. Les anciens, s'ils étaient à notre place, n'auraient jamais pu dire Χίος ni recourir à une formation de ce genre: le mot et la forme ont disparu de la langue vivante de nos jours, et les anciens n'ont jamais pris leurs modèles que dans la langue vivante, par la simple raison qu'ils n'avaient pas de grammaires pouvant les renseigner sur les formes tombées hors d'usage, de leur temps. Il ne faut jamais perdre de vue cette vérité, il ne faut jamais oublier, quand on raisonne sur la langue ancienne, que celle-ci est de formation purement populaire. C'est pour avoir méconnu ce principe élémentaire et devenu presque banal à l'heure qu'il est, qu'on s'est mépris si souvent sur le caractère et sur la valeur de la langue moderne{38}.

J'ai essayé d'exposer tout au long quelques-unes des observations qui précédent dans le dernier chapitre des Essais de grammaire historique. S'il m'est permis de parler même du morceau que j'offre aujourd'hui au Syllogue, j'ai fait mon possible pour conformer la langue de ce discours à des principes qui ne me sont pas particuliers, mais aux principes généraux suivis dans toutes les langues modernes. Je prierai donc toutes les personnes qui voudront bien me faire des critiques au sujet de cette étude, de se reporter à mes Essais de grammaire, car je crois bien y avoir dit tout ce que je pense en matière de langue littéraire: je m'y suis également efforcé de répondre d'avance aux objections courantes. Je prendrai la liberté de prévenir le public d'une autre difficulté qu'il rencontrera dans le cours de cette lecture. Ce n'est pas ici le lieu et je n'ai guère le temps de développer cette thèse{39}. Mais deux mots suffiront. On peut observer, — et cette observation s'applique à tous les pays et à toutes les langues du monde, — que toutes les fois qu'une langue parlée n'est pas écrite, n'est pas fixée sur le papier de manière à frapper les yeux, il se produit deux phénomènes curieux: d'abord, on ne reconnait plus les formes usuelles, qu'on emploie journellement soi-même, des qu'on les voit imprimées. D'autre part, peu de gens se rendent compte de la façon dont ils parlent et il arrive à bien des personnes de nier l'existence de telle forme, qu'elles viennent de jeter dans la conversation cinq minutes auparavant. En général, on fait comme le bourgeois gentilhomme, de la phonétique sans le savoir.

Cela tient à ce que l'observation par les yeux est plus à portée de nos sens, tandis que l'observation par l'oreille est chose d'infinie délicatesse et demande un exercice constant, et, si je puis dire, un dressage spécial. J'ai eu souvent l'occasion d'en faire la remarque durant mon voyage. Un ami me soutenait un jour de la meilleure foi du monde que la forme σχωρνώ (συγχορέω-ώ) n'existait pas, tandis que non seulement elle existe, mais que, d'après ce que nous savons aujourd'hui des lois phonétiques de la langue moderne, cette forme doit forcement exister et qu'elle existe par le fait. Il est facile de comprendre cependant que le public, qui ne se rend pas compte de la légitimité de cette forme et qui ne s'est pas attachè à suivre les degrés intermédiaires par lesquels συγχωρώ doit fatalement aboutir à σχωρνώ, nie l'existence de ce verbe. 11 serait encore plus surpris, si on lui disait que σχωρνώ lui-même arrivera par la force des choses à σκωρνώ, à moins que cette forme ne se soit déjà produite dans quelque pays grec, ce qui est fort à présumer.

Durant mon court séjour en Orient, je me suis livré à ce sujet à une série d'expériences qui m'ont souvent beaucoup amusé. Comme les voyages d'exploration scientifique ne me sont pas toujours loisibles, j'en suis réduit bien des fois à conjecturer l'existence de telle forme que souvent je n'ai pas encore eu l'occasion de recueillir de mes propres oreilles, me réservant de la vérifier sur place. Je m'étais dit, entre autres, que φκαριστώ (ευχαριστώ) devait se dire à coup sûr à Constantinople. Cependant, toutes les fois que j'interrogeais directement une personne sur cette forme, elle me répondait négativement, par l'unique raison que cette forme lui semblait bizarre: elle lui semblait bizarre, parce qu'elle ne l'avait jamais vue écrite. J'ai eu un jour le bonheur d'entendre dire ce verbe φκαριστώ, devant l'ami même qui se refusait à en admettre la possibilité. Il était pourtant facile de prévoir φκαριστώ, par le seul examen d'autres lois phonétiques, d'ailleurs fort simples, qui rendent cette forme nécessaire. Mais je ne veux pas chercher très loin mes exemples. Nous étonnerons beaucoup de nos compatriotes en leur apprenant que tout le monde prononce καλόζ δούλος et non pas καλός δούλος. Rien n'est plus vrai cependant. Ce qui serait extraordinaire, ce serait d'entendre dire καλός δούλος. C'est pourtant ainsi que les mots sont imprimés sur le papier: ce ζ parait une véritable monstruosité, tant est fort le respect superstitieux de l'écriture. Ajoutons que l'on considère en soi-même et indépendamment d'autres phénomènes phonétiques, la combinaison καλός δούλος; on ne sait pas que le ς se prononcera de la même façon devant γ, β, μ, ν, ρ, λ (ainsi que devant g, d, b), parce que tous ces phonèmes sont des sonores et que par conséquent ils attirent la sonore ζ, σ étant une sourde ; qu'en revanche devant κ, π, τ, qui sont des sourdes, on n'entendra jamais autre chose qu'un ς (καλός κόπος) et que même — tant la phonétique populaire est délicate et conséquente avec elle-même — devant χ, θ, φ, le σ final du mot précédent se fera à peine percevoir, par la simple raison que la combinaison de deux spirantes sourdes est antipathique à la physiologie de la langue moderne. Comme ces détails échappent nécessairement à la plupart, le ζ au lieu du ς surprend; on n'en comprend pas la légitimité et on ne l'admet pas. Si on considérait ce groupe de consonnes en corrélation avec les phénomènes congénères, la combinaison ζδ paraitrait toute naturelle: il deviendrait même évident que toute autre combinaison serait fautive et, par conséquent, impossible.

C'est que tout se tient dans le langage: un mot suffit souvent pour la déduction en linguistique, parce qu'un seul phénomène révèle à lui seul la présence d'autres phénomènes connexes. De la seule prononciation πάντα, par exemple ( panda , non panta ; la sourde τ se change en sonore d, sous l'influence du ν qui est sonore ), on peut conjecturer en toute sûreté l'existence d'une quantité d'autres prononciations, qui au premier abord ne paraissent avoir aucun rapport avec le mot πάντα, telles que σβήνω (ζβήνω et non σβ.), βγαίνω (εκβαίνω), γδύνω, etc., toujours en vertu de cette loi de l'attraction des sonores, qui éclate dans panda ; à l'aide de quelques indices seulement, on peut presque reconstruire tout le système d'une langue ou d'un dialecte. En revanche, un linguiste se persuadera facilement qu'une langue, où l'on entend la prononciation πάντα (panda) , ne peut guère souffrir des combinaisons de consonnes telles que εκβαίνω, εκδίκησις, ενθυμούμαι, etc., etc., où la loi de l'attraction des sonores est violée. Du premier coup, le linguiste comprendra que ce sont là des prononciations factices.

Aussi, tant qu'une prononciation panda restera dans quelque coin de la Grèce que ce soit, il sera impossible de faire croire au monde que le grec ancien n'a pas changé, justement parce que ce panda à lui tout seul suppose des phénomènes analogues. Je me permets de signaler le fait aux personnes qui introduisent dans un style, du reste rempli de formes anciennes, ces particules να, θα, δεν, με (μετά), εδώ. N'y eut-il dans la langue littéraire que ces particules seules, dût-on expulser toutes les autres formes modernes, celles-là suffiront aux philologues futurs pour reconstituer la langue populaire de nos jours. Les formes en apparence les plus éloignées se commandent: ces petits mots θα, δεν, να, montrent abondamment à des yeux exercés que la langue à subi une transformation radicale. Du moment qu'on donne accueil à ces formes-là, rien ne sert de rejeter dans l'ombre et de dissimuler des phénomènes tels que ξέρω, ακόμη, καταλαβαίνω, έτσι, etc., etc. Ceux-ci ne supposent pas des transformations moins foncières que celles qui ont amène θα pour θέλω ίνα. D'ailleurs, même si on parvenait à refouler ces formes, la prononciation moderne resterait toujours, comme dans panda . Or, la prononciation à elle seule serait un guide des plus sûrs dans cette voie de reconstruction de la langue populaire, si tant est que celle-ci puisse jamais disparaître.

Mais, en réalité, il n'est guère possible qu'elle disparaisse. On ne sait pas très bien à quoi l'on s'attaque, quand on parle de ramener la langue ancienne et de faire oublier graduellement la langue moderne. Les difficultés apparaitraient innombrables, si, au lieu de faire ce rêve d'une façon vague et trop générale, on voulait entrer dans le détail. Prenons deux exemples, pour fixer les idées. Le δ est devenu aujourd'hui une spirante (ημίφωνο) et n'est plus une explosive (άφωνο). Cette transformation en amène une autre: ν ne peut plus subsister devant δ spirante, de même qu'en grec ancien il ne subsiste pas devant σ spirante: il tombe ou s'assimile, ce qui, pour le principe, revient au même. C'est pourquoi on dit aujourd'hui το δούλο, non τον δουλον, δε δίνω, non δεν δίνω, etc., etc.: dans l'intérieur du mot, en revanche, l'ancienne explosive s'est maintenue, parce qu'elle était protégée par le ν, qui en était inséparable: aussi prononçons nous άντρας, έντεκα, etc., etc. Cette prononciation vient directement de l'antiquité, transmise de bouche en bouche par voie populaire. Or, au lieu de άντρας, το δούλο, on cherche à introduire les prononciations savantes ένδεκα, τον δούλον. Cela est impossible. Le peuple, s'il apprend à dire ένδεκα pour έντεκα, ne pourra jamais en faire autre chose que έδεκα, en laissant régulièrement tomber le ν, comme dans το δούλο. Ainsi, au lieu de ramener l'ancien grec, on détruira au contraire la forme ancienne heureusement conservée dans έντεκα. Pour réussir dans une pareille entreprise, il faudrait rendre au δ sa valeur d'explosive, c'est-a- dire aller contre les faits accomplis. La tentative échouera donc forcément, puisqu'il est impossible de changer les conditions physiologiques où la langue se développe aujourd'hui et de promulguer un décret, suivant lequel tout δ devra cesser d'être spirante dans tout pays parlant grec.

Le second exemple est d'ordre morphologique: il nous est, fourni par les nominatifs modernes ράχη, πόλη, βρύση, qui doivent leur existence à la coïncidence phonétique des désinences -ιν et-ην; celles-ci, à une certaine époque, se sont prononcées -in l'une et l'autre: voila pourquoi, sur le modèle de μνήμην, μνήμη, et de nombreux substantifs de cette catégorie, on a décliné πόλην, πόλη (phonétiquement: mnimin = polin, d'où poli = mnimi). Le peuple refera perpétuellement le même travail, parce que le changement de déclinaison est commandé par la nature même des choses. Πόλις ne pourraît reprendre place dans la langue vivante, je veux dire être communément employé dans tout pays parlant, grec, que si la distinction entre πόλιν et μνήμην était toujours maintenue à l'accusatif. Mais ce serait encore aller contre l'histoire et contre la nature que chercher à rétablir cette distinction. On est toujours impuissant contre le fait accompli. Ici ce sont les conditions psychologiques nouvelles qui sont impossibles à modifier: on n'a pas plus de prise sur l'analogie que sur l'âme humaine.

Ce à quoi il faut surtout veiller, c'est à ne pas gâter la langue du peuple par des efforts mal dirigés; ces efforts ne peuvent aboutir qu'à la formation de types hybrides tels que έδεκα et bien d'autres. La liste en serait longue et j'ai essayé d'en donner quelques exemples dans le discours qu'on va lire. Personne en Grèce ou dans l'Orient grec, n'a certainement le désir d'entraver le développement d'une langue nationale ni de provoquer la création d'une langue informe, sans unité et sans règles. C'est pourtant à quoi l'on marche, sans s'en apercevoir. Les intentions peuvent être excellentes; la voie qu'on suit n'est pas la bonne. Les théories ont beau être séduisantes et tenter beaucoup d'esprits: il importe de descendre de ces hauteurs pour envisager de sang froid la réalité des choses. Il y a, dans ces tentatives constantes de retour vers la langue ancienne, un danger sérieux, qu'il ne convient plus de dissimuler; le devoir de chacun est de l'écarter, car de trop graves intérêts sont en jeu. Il s'agit, ou bien d'arriver à la formation d'une langue littéraire vraiment nationale, ou de s'en passer à tout jamais.

Une dernière observation. Les personnes qui voudront bien me faire l'honneur de me lire m'objecteront, je les en préviens d'avance, que j'emploie des formes qui n'existent pas. Si elles veulent bien pousser la complaisance jusqu'à se faire lire, au lieu de lire elles-mêmes, telle page qui leur semblera suspecte, le résultat de cette petite expérience ne sera guère douteux. Une forme, qui choque à la lecture, passera inaperçue à l'audition. Je ne citerai que la forme άθρωπος pour άνθρωπος, dont le ν serait aujourd'hui phonétiquement incorrect. Le peuple et les personnes instruites elles-mêmes, quand elles ne se surveillent pas, prononcent άθρωπος. Mais, sur le papier, cette orthographe arrête l'œil. C'est cependant la seule prononciation régulière et usuelle de la langue moderne.

Il ne me reste plus qu'à dire un mot du système orthographique que j'ai suivi dans ces pages. J'ai maintenu l'orthographe conventionnelle, qui est l'orthographe ancienne. C'est ce que tout le monde fait et il serait dangereux d'y rien changer. De plus, j'écris η πόλη, της πόλης, et non η πόλι, της πόλις, qui ne répond à aucun paradigme de la vieille grammaire: πόλη, décliné sur μνήμη, doit s'écrire de même, puisque nous gardons le η de la première déclinaison. Pour l'orthographe des formes de la déclinaison de l'article et des substantifs, on voudra bien se reporter à ce que j'en ai dit dans les Essais de grammaire historique néo-grecque. Il n'y a pas dans le dialecte attique et, par suite, dans la κοινή ancienne, qui sont en pareil cas les seuls modèles à suivre, un accusatif pluriel τιμαίς. Il y à des nominatifs pluriels λαμπάδες, μητέρες, etc. Or, comme cette désinence -ες est le seul point de départ des formes τες λαμπάδες, τες ώρες, οι ώρες, c'est encore se conformer aux principes de la vieille orthographe que d'écrire par un ε et non par un αι J'en dirai autant de οι fem. plur. et de τις acc. fem. plur. Η et της constituent des barbarismes et, comme tels, doivent être écartés. Je ne me suis permis d'innover que sur un seul point; j'ai partout écrit αφ, αβ, εφ, εβ, pour αυ, ευ. Il est impossible d'écrire υρίσκω pour βρίσκω. Mais du moment qu'on admet ici le β pour υ, il est plus logique d'analyser partout la diphtongue ancienne de la même façon: cette orthographe aura de plus le privilège de nous donner la vraie prononciation moderne, sans rien de conventionnel.

Je sais bien qu'avec le maintien de l'orthographe ancienne pour des formes modernes, on tombe dans un océan de contradictions, mais il est difficile, pour ne pas dire impraticable, d'innover sur ce point. Il est, d'ailleurs, bien entendu que partout où l'orthographe moderne est consacrée, il ne nous reste qu'a l'adopter, surtout quand il s'agit d'indiquer par là des différences caractéristiques. Nous ne pouvons écrire autrement que φτάνει, άντρας, πεθερός, Κωστής, κόμπος, σεντούκι, πουλώ, βγάζω, μπαίνω, etc. C'est ce que l'ait tout le monde, et c'est aussi ce que je me suis par la cru autorisé à faire.

Dans l'essai qu'on va lire, j'ai simplement voulu traiter quelques questions historiques. Le Syllogue a pris une excellente initiative avec ses publications de documents populaires. Il n'y a qu'à persévérer dans cette bonne voie. Je me suis proposé de mon côté de signaler l'importance que les études linguistiques pourraient acquérir dans le modeste domaine du néo-grec et la difficulté que présente l'examen d'un dialecte sur place. La confection d'une grammaire et d'un dictionnaire modernes sont la grande œuvre à poursuivre. Toute l'attention devrait être tournée de ce côté: ce serait faire acte de patriotisme et bien mériter de la science contemporaine, que de mener à bonne fin une pareille entreprise.

Je veux, en terminant cette préface assez longue, transmettre au Syllogue philologique hellénique l'expression de la haute sympathie que M. le ministre m'avait particulièrement chargé de témoigner de sa part à cette association si laborieuse, si sincère et vouée à un travail scientifique qui lui fait tant d'honneur. Elle peut être certaine que la France est toujours avec elle.

Paris, septembre 1886.

ΙΣΤΟΡΙΚΑ ΚΑΙ ΓΛΩΣΣΟΛΟΓΙΚΑ ΖΗΤΗΜΑΤΑ

ΜΕΣΑΙΩΝΙΚΑ ΚΕΙΜΕΝΑ. ΓΕΝΙΚΗ ΓΡΑΜΜΑΤΙΚΗ. — ΛΕΞΙΚΟ.

ΑΞΙΟΤΙΜΟΙ ΚΥΡΙΟΙ,

Δεν είναι συνήθεια, το ξέρω, στα φιλολογικά συνέδρια, να κάμνη κανείς τη βιογραφία του και να μιλή για τον εμαφτό του. Μόλον τούτο πρέπει να σας ανοίξω την καρδιά μου. Δεν μπορώ να ξεχάσω που είμαι παιδί σας, που είμαι του τόπου παιδί και που μικρός άφησα την Πόλη. Τι άλλο θέλετε να σας πω πρώτα πρώτα παρά τη χαρά μου, τώρα πού βρίσκουμαι μεταξύ σας, τώρα που ξαναβλέπω την πατρίδα; Της πατρίδας η αγάπη είναι ριζωμένη μέσα στη μέση της καρδιάς. Γεννιέται με την ψυχή μας, σ' ολωνών τα στήθια φυτρώνει, και για να φυτρώση, φτάνει να γεννηθούμε.

Δεν άσπρισαν ακόμη τα μαλλιά μου κι ωςτόσό τι να σας πω; Άμα ξαναείδα την Πόλη, με φάνηκε σα να ξαναχαίρουμουν της νιότης μου τα πρώτα χρόνια. Μπορεί να με γέλασαν τα μάτια μου, μα σαν μπήκα στο παλιό μας το σπίτι, θαρρούσα που με γλυκοκοίταζαν οι τοίχοι. Τα δέντρα του περιβολιού που πήγαινα συχνά με το βιβλίο στο χέρι — τι καλά που το θυμούμαι τώρα! — κουνιούνταν και ψιθύριζαν αγάλια σταφτιά μου «Καλώς ώρισες, παιδί μου!» Ναι! κ' οι πέτρες στο δρόμο με χαιρετούσαν, και μ' έρχουνταν όλο να τις πω «Πετρίτσες μου αγαπημένες, κακοστρωμένα μου σοκάκια, με τι καρδιοχτύπι σας ξαναπατώ!»

Βλέπετε που είχα κάμποσους λόγους να μην αρχίσουμε με μιας τα γλωσσολογικά. Όταν ο σοφός μας κι αξιότιμος Πρόεδρος με συλλογίστηκε και μ' έστειλε την πρόσκλησή σας, δεν είτανε μόνο μια τιμή ξεχωριστή να πέση τέτοιο κάλεσμα σε μένα· είταν και μια μεγάλη χαρά που σας χρωστούσα στη ζωή μου· έπρεπε να σας το δείξω. Καταλάβετε ποιος είταν ο κρυφός πόθος της καρδιάς μου. Ας το πούμε φανερά· ένα συνέδριο στην Πόλη είναι μια γιορτή για τα μάτια και για το νου. Δεν μπορεί να μοιάξη με κανένα άλλο συνέδριο στον κόσμο. Εδώ δεν έχει κανείς μόνο νακούση και να μάθη, έχει να διή και ναπορήση. Να τόχετε για βέβαιο όλοι μας εδώ μαζί σας συμπαθούμε, και για την ιδέα που είχετε να μας δείξετε την πρόοδο της ελληνικής επιστήμης, και γιατί βλέπουμε σε τι τόπο προδέβει. Καλά κάμετε να μας καλέσετε. Όσο έλειπα από την Πόλη, θυμούμαι που διάβαζα συχνά στα δημοτικά μας παραμύθια για βασιλοπούλες που φορούσαν τον ουρανό με τάστρα, τη θάλασσα με τα ψάρια και τη γις με τα λουλούδια. Δεν μπορούσα να καταλάβω τι είταν αφτές οι τρεις φορεσιές. Σαν είδα τις γαλανές πεδιάδες τουρανού μας, τη μαβειά θάλασσα που αφρίζει και μοιάζει κάμπος ασπρολούλουδα γεμάτος, σαν πάτησα τούτη την περίφηρη γις και βρέθηκα μέσα σε τέτοια φύση, κατάλαβα το παραμύθι, θαρρούσα τώρα και γω που φορούσα τον ουρανό με τάστρα, τη θάλασσα με τους αφρούς της, τη χαρούμενη γις με τα χορτάρια. Όταν ακούτε και σας μιλώ με τέτοιο τρόπο, μήτε σας κολακέβω, μήτε φαίνουμαι αχάριστος για τη Γαλλία που μ' έκαμε παιδί της. Έγινε πατρίδα μου και μητέρα. Εκεινής είναι η ζωή μου. Εκείνη με σπούδαξε, εκείνη με μόρφωσε νου και ψυχή. Την ώρα που σας το λέω, θυμούμαι που κάτω κάτω στα δυτικά της παράλια, άφησα τα παιδιά μου και της γυναίκας μου τον πατέρα. Βλέπετε που πρέπει διπλά να σας αγαπώ, και σα Γραικός, και σα Γάλλος. Η Γαλλία στάθηκε πάντοτες ο πιο πιστός φίλος του Γραικού, συχνά μάλιστα φανερώθηκε ο μόνος μας φίλος. Ξέρετε που στην αρχή αφτουνού μας του αιώνα, με τον d' Ansse de Villoison και με τον Hase, η Γαλλία θέλησε πρώτη να διδάξη τη γλώσσα που μιλούμε. Και σήμερα πάλε μας έδωσε αφορμή, σε δημόσια μαθήματα, να μελετήσουμε της γλώσσας μας την ιστορία. Μην κοιτάζετε που με διάλεξε για τόσο μεγάλο έργο· με πήρε μόνο και μόνο για να δείξη στους άλλους Γραικούς την αιώνιά της αγάπη για την Ελλάδα και για τα ελληνικά γράμματα. Για τον ίδιο λόγο με στέλνει σε σας ο κ. Υπουργός της γενικής Παιδείας. Εμένα τίμησε· εσάς θέλησε να δοξάση. Ήρθα να σας φέρω τους φιλικούς του χαιρετισμούς. Έτσι βρέθηκα και γω μέσα σ' αφτό το Συνέδριο. Τη σημερνή μου τη χαρά τη χρωστώ και κείνηνα στη Γαλλία. Δεν έχω δίκιο να σας λέω που την αγαπώ σα μητέρα; Τώρα όμως μπορώ να πω που αγαπώ την Πόλη σαν πολυλατρεμένη μου γιαγιά.

Μην έχετε φόβο κανένα! Ο σκοπός μου σήμερα δεν είναι να σας μιλήσω για το « ζήτημα της γλώσσης ». « Ζήτημα της γλώσσης » λέμε μεις, όταν πιάνει κανείς και ξετάζει τι γλώσσα πρέπει να γράφουμε. Τι γλώσσα πρέπει να γράφη κανείς, δεν μπορεί να είναι ζήτημα. Όλοι οι λαοί του κόσμου κ' οι Αρχαίοι μέσα σ' αφτούς, έγραψαν τη γλώσσα του καιρού τους, τη δημοτική γλώσσα. Όταν έλεγε ο Πλάτωνας ειμί και πατήρ , ο πρόστυχος ο Αθηναίος δεν τόλεγε διαφορετικά· δε γνώριζε τύπους πατέρας ή είμαι . Το ειμί και το πατήρ είταν οι δημοτικές, οι χυδαίες λέξες εκείνης της εποχής. Αφτό το ξέρετε και σεις πολύ καλήτερα από μένα, και δεν είναι ανάγκη να σας λέω πράματα, που θα τα μάθη κάθε παιδί, άμα πατήση στο σκολειό. Το ζήτημα είναι, τι γλώσσα γράφει κανείς, με τι τρόπο τη γράφει, κι αν η γλώσσα που γράφει είναι ή δεν είναι σωστή. Μα μείντε ήσυχοι. Μήτε γι' αφτό το ζήτημα δε θέλω να σας πω τίποτις. Προσπαθώ να σας μιλήσω γραικικά. γιατί θωρώ χρέος του καθενός, όσο μπορεί και με τα μικρά του μέσα, να σπουδάξη, να καλλιεργήση, αν είναι δυνατό μάλιστα, και να γράψη την εθνική του γλώσσα, τη γλώσσα που του έμαθε η μάννα του. Πολύ σέβουμαι το λαό. Λαός είμαι και γω. Να τον ξεπέσω, με φαίνεται που κι ο ίδιος ξεπέφτω. Ξέρω που πάντα θα βρεθή κανένας άλλος — κανένας φίλος πιστός να με κατηγορήση. Ας αφήσουμε τους φίλους μας να λένε για μας όσα θέλουν. Τι σας φαίνεται; Όταν έχει κανείς πολλές αμαρτίες — ο λόγος μου είναι για μένα — σαν πιο φρόνιμο μ' έρχεται να μην τις φωνάζη πολύ δυνατά. Με τέτοιο τρόπο κάποτες στέκουνται κ' οι άλλοι και δε λεν τίποτις. Να πω βάρβαρο το έθνος, θα με πουν και μένα βάρβαρο. Δεν καταδέχουμαι τέτοιο πράμα. Πολύ πιο σωστό είναι να μην αρνηθώ τη γενιά μου· τότες με σέβεται κι ο κόσμος.

Εμένα με φτάνει που με δείχνετε τόση καλοσύνη, με φτάνει που καταδέχεστε και μ' ακούτε. Δεν είναι δουλειά μου να βγάλω σήμερα στη μέση τέτοια ζητήματα. Ήθελα μόνο και μόνο να σας μιλήσω για κάτι ζητήματα της γλωσσικής μας ιστορίας. Ήθελα να διούμε μαζί τι μπορεί να μας μάθουν τα μεσαιωνικά κείμενα, τι αξία έχουν αφτά τα κείμενα, και να συλλογιστούμε αν είναι τρόπος να γίνη πρώτα καμιά Γραμματική, ύστερα κανένα Λεξικό της νεοελληνικής.

Αν είχε κανείς να γράψη την ιστορία της γλώσσας μας, έπρεπε να καθήση να τη γράψη στην Πόλη. Καλήτερος τόπος δεν υπάρχει για τέτοιο έργο. Να μιλήση κανένας εδώ για την ιστορία της γλώσσας, είναι σα να σας μιλούσε εδώ την ίδια σας την ιστορία. Μέσα σε τόσες άλλες δόξες, δυο δόξες μεγάλες κατώρθωσε νάχη η Πόλη. Εσάς χρωστά ο κόσμος την αρχαιότητα. Εσείς σώσετε τα παλιά τα χερόγραφα και ταριστουργήματα των Ελλήνων. Από σας η Εβρώπη τα πήρε και τάμαθε. Χάρη σε σας, για δέφτερη φορά ξαναγεννήθηκε ο αθρώπινος νους και φωτίστηκε η επιστήμη. Μα δε σας έφταξε μόνο αφτό· την αρχαία τη γλώσσα δεν τη φυλάξετε μόνο στο χαρτί· έμεινε στα χείλια σας απάνω. Εκεί, ακόμη και σήμερα, βασιλέβει. Όταν κανείς συλλογιέται τέτοιο πράμα, μόλις του φαίνεται δυνατό, κι όταν το λέει, μόλις μπορεί ο ίδιος να πιστέψη τα λόγια του. Φανταστήτε τι είναι, μια γλώσσα να ζη τόσους αιώνες και να μιλιέται τρεις χιλιάδες χρόνια και παραπάνω! Ίσως είναι μεγαλήτερη δόξα, παρά να την έχη κανείς μόνο γραμμένη στα βιβλία.

Κι ωςτόσο είναι αλήθεια. Δεν κόπηκε η σειρά. Ο λαός πάντα σώζει και βαστά την παράδοση την αρχαία. Τη γλώσσα που σήμερα λαλεί, την έχει από τα χρόνια τα παλιά, από τους αρχαίους την άκουσε, την πήρε, μπορώ να πω, μέσα από των αρχαίων το στόμα. Κι από πού το βλέπουμε; Από τους τύπους που συνηθίζει η γλώσσα μας ακόμη και σήμερα. Ο καθένας διάβασε στη γραμματική, μερικοί μάλιστα έμαθαν απ' όξω τα συνηρημένα ρήματα και κλίνουν το φιλέ-ω, φιλώ, φιλέ-εις, φιλείς, φιλέ-ει, φιλεί. Ξέρετε όλοι σας που το φιλέω είναι της ιωνικής και το φιλώ της αττικής. Πώς από το φιλέω μπόρεσε να βγη το φιλώ, πώς χάθηκε ο τόνος στο ε, πώς πήρε περισπωμένη το ω, είναι πολύ δύσκολο ζήτημα κι ο σκοπός μου δεν είναι να το ξετάσουμε τώρα. Το βέβαιο όμως είναι που ο πρώτος άθρωπος που είπε φιλώ αντίς φιλέω, ή μουσών αντίς μουσάων, έπρεπε πρώτα να είχε ακουσμένο τον τύπο φιλέω ή μουσάων. *Αν ο ίδιος δεν είχε μάθει τον ασυναίρετο τύπο, δε θα συναιρούσε ποτές μήτε το μουσάων μήτε το φιλέω. Τους συνηρημένους τύπους δεν τους ήβρε στη γραμματική, γιατί πρι γίνη γραμματική, πρέπει να γίνη γλώσσα. Άκουσε μοναχός του τα φιλέω και τότες τόκαμε φιλώ. Για τούτο σήμερα λέμε που η αττική άλλο δεν είναι παρά μεταπλασμός της ιωνικής. Το συνηρημένο το φιλώ έχει μέσα του και βαστά ταρχαιότερο το φιλέω. Με το ίδιο σύστημα, μέσα στο νεώτερο το μουσών κάθεται η παλιά γενική μουσάων . Η αττική έσωσε την ιωνική όταν πια δε μιλούσε κανείς ιωνικά. Την πήρε, την έκρυψε και τη φύλαξε μέσα της.

Ακούστε τώρα και το δικό μας το λαό. Ο λαός δε θα σας πη ποτές τας ώρας . Ο τύπος της κοινής είναι τις ώρες· σε μερικά χωριά λεν όμως ακόμη και σήμερα τες ώρες, μάλιστα και τας ώρες . Αφτό το τες από πού έρχεται; Πώς έγινε; Δε θέλω τώρα να σας διαβάσω όσα έγραψα αλλού για το τες{40}. Ένα μόνο ήθελα να σας θυμίσω. Ο πρώτος Γραικός που είπε τες αντίς τας, δε θάλεγε στη ζωή του το τες, αν πρώτα δεν ήξερε το τας. Και το τας από πού το πήρε; Το είχε ακούσει από τους αρχαίους κι από τότες το γνώριζε. Σαν που σώζεται το φιλέω μέσα στο φιλώ , έτσι σώζεται και το τας μέσα στο τες . Η καινούρια μας αφτή αιτιατική είναι παιδί της παλιάς αιτιατικής τας · από μέσα της βγήκε. Αναμεταξύ στο τας και το τες δεν είναι κανένας άλλος τύπος, κι άμεσα πήρε η μια αιτιατική τον τόπο της αλληνής. Έτσι και το τίς μπήκε λίγο λίγο στη θέση του τές. Παρατηρήστε, σας παρακαλώ, που ο λαός δεν μπορεί να πη τας ώρας. Αν τόλεγε, δεν θα βαστούσε την παράδοση την αρχαία. Μια φορά που το τας έγινε τες κ' έπειτα τις, είναι αδύνατο πια ο λαός να ξέρη το τας. Δεν τόχει καμιά ανάγκη. Μπορεί να το μάθη μόνο στα βιβλία, σαν που το μάθαμε όλοι μας· μ' άλλα λόγια, αν τύχη και το πη σήμερα ο λαός, δεν το λέει γιατί τάκουσε κατεφτείας από τους αρχαίους — το διάβασε τυπωμένο και το λέει. Μα στα βιβλία ό τι θέλει κανείς κι όποιος θέλει μπορεί να διαβάση. Κ' ένας ξένος είναι άξιος να βρη μέσα στη γραμματική τον τύπο τάς την αιτιατική τές ή τίς μόνο ένας Γραικός μπορεί να τη γνωρίζη, χωρίς να τη διή γραμμένη στα βιβλία. Στην Εβρώπη, όλος ο κόσμος μαθαίνει τα ελληνικά στο σκολειό· κανένας Εβρωπαίος όμως δε θα πη πού βάσταξε ταρχαίο το τάς, σαν που το βαστά σήμερα ο λαός, λέγοντας τές ή τίς. Την παράδοση μόνος εκείνος την έχει· η αρχαία γλώσσα, για να πέση στου λαού το στόμα, κατέβηκε ίσια το δρόμο της, η για να το πούμε πιο σωστά, τύπους άλλαξε, δεν άλλαξε στόμα. Το στόμα πάντα ελληνικά λαλούσε.

Βλέπετε λοιπό με τι τρόπο πρέπει να κρίνουμε τα πράματα και να καταλάβουμε τα ιστορικά φαινόμενα. Ίσια ίσια γιατί μεταμορφώνει τη γλώσσα του ο λαός, τη φυλάει, κ' ίσια ίσια γιατί άλλαξε η γλώσσα, έμεινε πάντοτες η ίδια. Αλλάζοντας τη γλώσσα τη βαστούσετε και σεις. Σώσετε μάλιστα πολλούς νόρους που, αν κανείς δεν προσέξη καλά, φαίνουνται κατάλληλοι μόνο για την αρχαία γλωσσική κατάσταση της ελληνικής. Ξέρετε που σήμερα κάθε Πολίτης θα πη άκουσα αντίς ήκουσα κ' έτοιμη αντίς ετοίμη.

Αν έλεγε ήκουσα ή ετοίμη , θα παράβαινε κ' ίδιας της αρχαίας τον κανόνα. Ο τόνος στην αρχαία κατεβαίνει μόνο όταν η υστερνή συλλαβή της λέξης είναι διπλόχρονη. Ταρσενικό έτοιμος μπορεί λοιπό στην αττική να μείνη προπαροξύτονο· η γενική ετοίμου, η δοτική ετοίμω, η θηλυκή ονομαστική ετοίμη δεν μπορούν όμως να βαστάξουν τον τόνο στην προπαραλήγουσα, γιατί το η, το ω και το ου είταν τότες διπλόχρονα. Τώρα που είναι απλόχρονα, είναι ανάγκη να λέμε έτοιμη, για τον ίδιο λόγο που έλεγαν οι αρχαίοι έτοιμος. Όσο απλόχρονο είναι το οι, τόσο απλόχρονο είναι σήμερα και το η · πολύ σωστά προφέρνετε όλοι σας έτοιμι κι όχι ετοίμι, ακόμη κι αν τύχη να πήτε ετοίμι. Ετοίμι δεν το κάμνετε ποτές. Μιλώντας έτσι, προσέχει ο λαός τον ίδιο νόμο, γιατί αν τόνιζε ετοίμη, θα είτανε σα νάβαζε τους αρχαίους να τονίσουν ανθρώπος αντίς άνθρωπος. Ποτές όμως ο λαός δε θα βγάλη προπροπαραξύτονα, αφού τέτοια δε γνώριζε μήτε η αρχαία{41}. Εκεί που δε χάθηκαν οι συλλαβές, δεν μπορούσε να χαθή ο κανόνας. Εκεί που χάθηκαν τα διπλόχρονα, ο κανόνας έμεινε.

Τα ίδια και με το η του παρατατικού ήκουσα. Το η είχε το λόγο του, όταν είταν το η διπλόχρονο. Αφού δεν είναι, η άφξηση δεν έχει πια κανένα νόημα. Για να καταλάβουμε τι θα πη, πρέπει να πιάσουμε βιβλίο και να διούμε που γράφει η κι όχι ι, γιατί στην προφορά δε διακρίνεται. Η ζωντανή προφορά είναι ωςτόσο η μόνη αλήθεια. Με τη γραμματική δε γίνουνται οι γλώσσες και για να τις μιλήση κανείς, δεν έχει ανάγκη να τις διαβάζη. Ο παρατατικός ήκουσα για τους αρχαίους είταν ο φυσικός τύπος δεν τους έρχουνταν ποτές να το πουν αλλιώς. Προτού να μάθουν τι θα πη γράψιμο, ήξεραν κ' έλεγαν ήκουσα . Στον καιρό του Περικλή δεν είχαν οι Αθηναίοι δασκάλους να τους διδάξουν τα ρήματα. Μόλις γνώριζαν τι θα πη γραμματική. Γραμματικές δε σώθηκαν από κείνα τα χρόνια και πολύ πιο ύστερα αρχίσανε στην Ελλάδα να γράφουνται γραμματικές. Η μόνη γραμματική είταν η δημοτική γλώσσα.

Μια γλώσσα, αν μπορώ να το πω έτσι, είναι μια γέννα παντοτεινή. Ο ένας τύπος γεννά τον άλλονα, ο καινούριος ο τύπος μας παριστάνει τον τύπο τον αρχαίο, σαν τα παιδιά που χωρίς να μοιάζουν ποτές απαράλλαχτα τον πατέρα τους, μόλον τούτο έχουν το ίδιο αίμα και μας δείχτουνε μια εικόνα καινούρια κάθε γιος του πατρός του. Οι γλώσσες είναι σαν τους αθρώπους — ο άθρωπος στέκεται πάντοτες ο ίδιος, τάτομα αλλάζουν και παν. Ένα παιδί δεν ξεπέφτει, γιατί δε μοιάζει όλους διόλου τον πατέρα του στο πρόσωπο και στην ψυχή. Φτάνει με το πρόσωπό του και με την ψυχή του, με την καινούρια του τη μορφή, να φανή άξιος, καλός, αν είναι δυνατό, και περίφημος άντρας. Τι αλλαγή είναι ο μεγάλος φυσικός νόμος, ο μόνος ίσως που βλέπουμε καθαρά και που σε κάθε πράμα, στάστρο που φέγγει, στο λουλούδι που φυτρώνει και στη λέξη που γεννιέται, μας φανερώνει την ύπαρξή του. Έχω πολύ σέβας για τους προγόνους μας και μεγάλη ιδέα για τον Αδάμ αφού του χρωστούμε όλοι μας τη ζωή. Αλλά φανταστήτε, αξιότιμοι Κύριοι, αν από τον καιρό του Αδάμ δεν άλλαζε ο κόσμος κι αν έμοιαζε κάθε γιος απαράλλαχτα τον πατέρα του, τι θα είμαστε σήμερα! Ας το πούμε σιγά σιγά, να μη μας ακούσουν· ο ίδιος ο Αδάμ θα βαριούνταν τη ζωή, κι όλοι μας εμείς που βρεθήκαμε τώρα στην Πόλη, δε θα γιορτάζαμε ίσως αφτό το Συνέδριο, μήτε θα είχαμε Ελληνικό Φιλολογικό Σύλλογο! Και θα είταν τόντις κρίμα.

Αφτή της γλώσσας μας η αλλαγή δεν έγινε μόνο στην Πόλη, και μπορεί να με πήτε πού, αν έμεινε η γλώσσα, δεν είναι, σαν που σας τόλεγα, η δόξα μόνο δική σας. Έχετε δίκιο. Παντού στην Ελλάδα μεταμορφώνουνταν η αρχαία. Πρέπει όμως να συλλογιστούμε που για τη μόρφωση μιας κοινής γλώσσας, πολύ μεγάλη σημασία έχουν τα λεγάμενα κέντρα, μ' άλλα λόγια οι πρωτέβουσες. Εκεί γίνουνται οι εθνικές γλώσσες, που όλος ο κόσμος τις μιλεί, που καταντούν κοινή συνήθεια και που μέσα τους μαζέβουν και συγκεντρώνουν όλους τους άλλους ιδιωτισμούς. Στις πρωτέβουσες μέσα έχουν την αρχή τους· οι πρωτέβουσες είναι ρίζα τους και φύτρα. Τόσο είναι αλήθεια αφτό που λέμε, που μόλον ότι σ' όλη την Ελλάδα μιλούσαν τα γραικικά, μόνο στην Πόλη πρωτογράφηκε η γλώσσα κι άρχισε να φαίνεται μια καινούρια φιλολογία. Εσείς μας δώσετε το πρώτο μας φιλολογικό μνημείο. Ο Σπανέας και του Πρόδρομου οι στίχοι από δω βγήκαν. Η κοινή γλώσσα άρεζε μάλιστα και στο παλάτι. Ο Πρόδρομος έγραφε για τους Κομνηνούς και τον άκουγαν Κομνηνοί. Είχε τον αφτοκράτορα προστάτη. Τέτοιο πράμα μόνο σε πρωτέβουσα θα το διήτε· σαν το Φραγκίσκο τον Α στη Γαλλία, πάντα ένας φρόνιμος βασιλέας, με κεφάλι πολιτικό και με νου, θα διαφεντέψη και θα προστατέψη την κοινή, την εθνική τη γλώσσα του λαού, γιατί απάνω στο λαό στηρίζεται κι ο ίδιος.

Ο Σπανέας (λέω την παραλλαγή που δημοσίευε ο Legrand{42}, γιατί οι άλλες{43} δεν έχουν την ίδια αξία), ο Σπανέας και κείνος γράφηκε για κανένα βασιλόπουλο ή τουλάχιστο για κανένα πρόσωπο σημαντικό{44}. Τόνομα του Σπανέα ήθελα προ πάντα να σας θυμίσω, γιατί αφτό και μόνο θα μας δείξη πόσα κάμετε για τη γλώσσα. Ο Σπανέας στο ποίημα του μετάφραζε τον Ισοκράτη. Είπα μετάφραζε, γιατί δε γύρεβε να κλέψη μια ή δυο λέξες αρχαίες, χωρίς να τις καταλάβη καλά. Έβαζε τον Ισοκράτη στην κοινή γλώσσα εκείνης της εποχής, για να μπορέση ο καθένας να τον ακούση. Κι αφτό τι θα πη; Θα πη που στα χίλια εκατό και τόσα — γιατί τότες συμπεραίνω να στιχουργήθηκε αφτό το ποίημα — δεν τους έφτανε μόνο ναντιγράφουν τον Ισοκράτη· είταν και μερικοί που διάβαζαν τα ελληνικά, για να τα μεταφράσουν. Ο Σπανέας με τον παραινετικό του λόγο βαστά τη σειρά του κ' έχει την ιστορική του σημασία. Μας δειχτεί πλάγι πλάγι το μεσαιώνα με τα παλιά τα χρόνια. Ό τι παίρνει από τους αρχαίους το κάμνει καινούριο· η γλώσσα του, με τέτοιο τρόπο, βρίσκεται ίσια ίσια στη μέση, στην αρχαία μεταξύ και στη νέα, σαν ένα γεφύρι που περνά τους αθρώπους από τη μια μεριά του ποταμού στην άλλη μεριά. Έτσι δεν πεθνήσκει το έθνος· δε χάνει την αιώνια παράδοση ο λαός. Τέτοια είναι κ’η δική σας η δόξα. Δε φυλάξετε μόνο το χάρτινο θησαβρό, των αρχαίων τα γράμματα· μέσα μέσα στη γλώσσα τη σημερνή βαστάξετε την αρχαία την ίδια, το ζωντανό θησαβρό. Εσείς είστε η αλυσίδα που μας ενώνει με την αρχαιότητα, με την αθάνατή μας μητέρα.

Φανταστήτε τι χαρά θα περεχούσε σήμερα την καρδιά της Εβρώπης, αν άξαφνα βρίσκουνταν κανένας στίχος προομηρικός! Δε θα είταν ανάγκη να είναι ο στίχος ωραίος. Όσο λιγώτερη ποιητική ή φιλολογική αξία έχει ένα κείμενο αρχαίο, τόσο πιώτερο βάρος έχει για τον ιστοριογράφο, γιατί τότες μας δείχτει καλήτερα την απλή φύση, χωρίς στολίδι κανένα, μας ξεσκεπάζει αθώα και παστρικά την ιστορία και την αλήθεια. Ο στίχος ο ωγύγιος θα είταν ατίμητος στίχος, γιατί θα μας έδειχτε την αρχαία κατάσταση, το παλιώτερο γραμματολογικό σύστημα της ελληνικής, θα βλέπαμε μια γλώσσα ακόμη πιο αρχαία από τη γλώσσα που έγραψαν Όμηρος και Πλάτωνας. Όμηρος και Πλάτωνας δε θα ξαναγίνουν ποτές — το ίδιο κεφάλι δε φαίνεται στον κόσμο δυο φορές, γιατί και να φαίνουνταν, άμα αλλάξουν τα περιστατικά, θαλλάξη και κείνο{45}. Μπορεί νάρθουν άλλοι που να τους αξίζουν και να κάμουν πάλε στον καιρό τους ό τι κάμανε στο δικό τους εκείνοι, σαν που είδαμε στην Εβρώπη να βγουν τόσα φώτα. Δάντε, Σαικσπείρο, Γκέτε, Βολταίρο, που δε φοβούνται σύγκριση με κανέναν. Ας μη χάσουμε την ελπίδα που θάχουμε και μεις καμιά μέρα άντρες μεγάλους. Ένα έθνος πρέπει πάντα να βάζη την ιδέα του αψηλά. Στο μεσαιώνα αρχινούσε η φιλολογία μας να λουλουδιάζη· αν της αρχαίας η μίμηση δεν την είχε πλακώσει κατόπι, — θέλω να πω στα δικά μας τα χρόνια — , από του Πρόδρομου και του Σπανέα τους στίχους θάβγαινε μια ποίηση νέα, σαν που βγήκαν από την άμορφη γλώσσα της μεσαιωνικής Γαλλίας τόσα έργα που απορεί σήμερα ο νους μας. Η Cantilène de Sainte Eulalie, τα Serments de Strasbourg έχουνε χίλιες φορές πιώτερη αξία, όταν τα συγκρίνουμε με τη γλώσσα του Ρασίνα. Κοντά στο μικρό παιδί βλέπουμε και τον άντρα.

Τώρα παρατηρείτε τι σημασία μπορεί νάχη μια μέρα ένας στίχος του Πρόδρομου ή του Σπανέα. Πολλή ποίηση δεν έχουν, πρέπει να το πούμε παστρικά, μήτε ο ένας μήτε ο άλλος. Μα κι ο προομηρικός στίχος που λέγαμε, είμαι βέβαιος που πολλή ποίηση δε θα είχε. Ας ελπίζουμε που κι ο Πρόδρομος κατόπι, — σαν το στίχο τούτο ή ας είναι και σαν τα Serments de Stasbourg, — θα γεννήση καμιά ποίηση μεγαλήτερη. Όταν τρέχει ο ποταμός, ο καθένας μπορεί να διή τα νερά του· το δύσκολο είναι να βρη την πηγή του. Άμα μορφωθή η καινούρια μας φιλολογία, θα σας δοξάσουν τότες και σας, όχι μόνο γιατί σώσετε τον Πλάτωνα τον αρχαίο, αλλά και γιατί δώσετε πρώτοι σας ζωή στον πατέρα του Πλάτωνα που θα μας έρθη.