WeRead Powered by ReaderPub
Chronique du crime et de l'innocence, tome 1/8 / Recueil des événements les plus tragiques;... cover

Chronique du crime et de l'innocence, tome 1/8 / Recueil des événements les plus tragiques;...

Chapter 29: ÉTRANGE PROCÈS ENTRE DEUX JUIFS.
Open in WeRead

About This Book

A chronological anthology recounting France's most notorious criminal acts from early monarchy to the contemporary period, drawn from medieval chronicles, provincial histories, and collections of celebrated trials. It compiles episodes of murder, poisoning, massacre, parricide, and other atrocious offenses, noting how limited or aristocratic sources shaped earlier records and how later legal compilations supply fuller detail. Preferring vivid, concise narratives over procedural technicalities, the work aims to present a moral panorama of crime and innocence, tracing recurring patterns of cruelty, judicial failure, and social context across successive historical periods.

ÉTRANGE PROCÈS
ENTRE DEUX JUIFS.

Les registres criminels du Parlement fourniraient de nombreuses pages pour remplir les lacunes que l'on rencontre souvent dans l'histoire des mœurs. M. Dulaure, qui paraît avoir exploré cette mine féconde, en a extrait beaucoup de faits neufs et curieux, dont il a enrichi son histoire de Paris. Tel est celui que nous allons rapporter d'après lui.

En 1364, un procès s'éleva entre deux juifs de Paris, Jacob de Saint-Maxence, et Manassès de Vierzon. Ce dernier avait obtenu du roi la faculté de lever une imposition de six gros sur chaque juif, pour payer ce que le fisc exigeait. Jacob s'opposa sans doute à cette perception. Les autres Juifs, et surtout Manassès, s'irritèrent contre lui, le firent accuser par de faux témoins, le battirent, le chassèrent de leur synagogue; et, sur quinze cents francs qu'ils devaient payer, Jacob seul fut imposé à deux cents francs. De plus, ils défendirent à leurs coreligionnaires de communiquer avec lui, refusèrent de faire circoncire deux de ses enfans. Enfin, Jacob accusait Manassès d'avoir conspiré sa mort, ou au moins d'avoir chargé un particulier de lui crever les yeux, de lui couper la langue, de lui rompre les bras, de lui couper les jambes, enfin d'avoir employé, pour commettre ces atrocités, un chevalier chrétien.

Le 11 février 1364, Manassès fut condamné, par le parlement de Paris, à faire sans chaperon, sans ceinture, amende honorable au roi, à la cour du parlement, et à Jacob; aux dépens et à la somme de cinq cents livres tournois, et en celle de mille livres envers le roi; de plus, à tenir prison jusqu'à l'acquittement de ces sommes.