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Chronique du crime et de l'innocence, tome 1/8 / Recueil des événements les plus tragiques;... cover

Chronique du crime et de l'innocence, tome 1/8 / Recueil des événements les plus tragiques;...

Chapter 63: RENÉ DE VILLEQUIER ASSASSINE SA FEMME, ET RESTE IMPUNI.
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About This Book

A chronological anthology recounting France's most notorious criminal acts from early monarchy to the contemporary period, drawn from medieval chronicles, provincial histories, and collections of celebrated trials. It compiles episodes of murder, poisoning, massacre, parricide, and other atrocious offenses, noting how limited or aristocratic sources shaped earlier records and how later legal compilations supply fuller detail. Preferring vivid, concise narratives over procedural technicalities, the work aims to present a moral panorama of crime and innocence, tracing recurring patterns of cruelty, judicial failure, and social context across successive historical periods.

RENÉ DE VILLEQUIER
ASSASSINE SA FEMME, ET RESTE IMPUNI.

René de Villequier, baron de Clairvaux, d'Aubigny et d'Évry, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, était un des favoris de Henri III, auquel il ne resta pas toujours fidèle; car on prétend qu'il devint ligueur et qu'il favorisait le parti des Guises. Les mémoires du temps le représentent comme un homme perdu de débauche, et lui reprochent des raffinemens outrés de luxe et de plaisir. Il fut le premier qui fit servir sur sa table une omelette saupoudrée de fines perles broyées.

Cet homme, vrai sybarite, se rendit coupable d'un crime qui décelait une âme féroce. Il avait épousé Françoise de la Marck. Soit que cette femme eût imité les désordres de son mari, soit qu'elle lui fît de trop fréquens reproches de ses nombreuses infidélités, il résolut de s'en défaire. Étant, en septembre 1577, dans la ville de Poitiers et dans le logis même du roi, il poignarda sa femme ainsi que sa suivante qui voulait la défendre.

Françoise de la Marck était enceinte lorsqu'elle reçut le coup mortel. «Ce meurtre, dit L'Estoile, fut trouvé cruel comme commis en une femme grosse de deux enfans, et étrange comme fait au logis du roi, sa majesté y étant, et encore en la cour où la paillardise est publiquement pratiquée entre les dames qui la tiennent pour vertu; mais l'issue et la facilité de la rémission qu'en obtint Villequier sans aucune difficulté, firent croire qu'il y avait en ce fait un secret commandement du roi, qui haïssait cette dame pour un refus en cas pareil.»

Ce qu'il y a de certain, c'est que René de Villequier, loin de recevoir le châtiment dû à son crime, continua à jouir de la faveur du roi, et ne mourut qu'en 1570, en son château d'Évry en Brie.

Au reste, il est bon de remarquer qu'à cette époque féconde en désordres, de tout genre, rien n'était plus commun que de voir des assassinats exécutés par suite de haines particulières ou quelquefois par des ordres secrets du roi; et ces crimes demeuraient toujours impunis.