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Chronique du crime et de l'innocence, tome 7/8 / Recueil des événements les plus tragiques;... cover

Chronique du crime et de l'innocence, tome 7/8 / Recueil des événements les plus tragiques;...

Chapter 12: TRAIT DE FÉROCITÉ D'UN FORÇAT.
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About This Book

A chronological compilation of notorious crimes and legal proceedings in France, presenting detailed accounts of poisonings, murders, massacres, parricides and other offenses alongside trial records and medical testimony. Individual cases are reconstructed from chronicles, provincial histories and judicial reports, showing how witness statements, expert opinions and local influence affected investigations. Several narratives highlight procedural irregularities, false accusations and wrongful convictions, tracing the human consequences of error and abuse. The collection balances graphic descriptions of violent events with attention to legal process, offering both sensational episodes and reflections on the fragility of justice.

TRAIT DE FÉROCITÉ D'UN FORÇAT.

En octobre 1822, un forçat à vie fut condamné à la peine de mort, pour avoir porté un coup de couteau à un agent de surveillance du bagne. Ce misérable subit son jugement avec une sorte de plaisir, s'il est permis de s'exprimer ainsi; et loin de manifester aucun repentir de son crime, il exprima le regret de n'avoir pu atteindre le sous-commissaire, directeur du bagne.

Il avoua cependant que son compagnon de chaîne, surnommé Casquette, aussi condamné à vie, avait, comme lui, conçu le dessein de se venger de prétendues vexations qu'il disait avoir essuyées de la part de son gardien.

Sur cet avis, on fit passer Casquette dans une autre salle où il devint l'objet d'une surveillance plus active; malgré toutes ces précautions, le nommé Ricoux, sous-adjudant de surveillance, et père de famille, eut le malheur de tomber sous les coups de ce scélérat. Ce Ricoux assistait le soir à la distribution; au moment où il entrait, une chaîne de forçats revenait des travaux. Casquette profita de la confusion pour se couler auprès de lui, et feignant de s'incliner pour marchander un quart de vin, il sortit de sa poche, en se relevant, un couteau à deux tranchans qu'il lui plongea dans le ventre. Alors Ricoux, dont une partie des entrailles sortait avec des flots de sang, tomba à la renverse, privé de sentiment.

Un chaloupier (c'est ainsi qu'on désigne ceux qui rament dans les embarcations), également condamné, pour épargner à Ricoux de nouvelles blessures, vint s'interposer entre lui et le meurtrier; mais sept à huit coups de couteau furent le prix de son dévouement. M. le sous-commissaire Rignoux étant arrivé au moment où on se saisissait de ce furieux, celui-ci n'exprima qu'un regret atroce, celui de le voir arriver deux minutes trop tard: «Mais n'importe, lui dit-il, vous ne perdrez rien pour attendre; car j'en connais vingt autres qui ont formé le même dessein que moi.»

Ce monstre, condamné à mort par le tribunal maritime, témoigna constamment le regret qu'il avait exprimé, jusqu'au moment où il reçut la peine due à ses crimes.