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Colas Breugnon: Récit bourguignon cover

Colas Breugnon: Récit bourguignon

Chapter 21: NOTES:
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About This Book

The narrative presents a series of episodic, often comic sketches voiced by a candid, convivial elder who recalls village life, family, practical jokes, local customs, and misadventures. Through anecdotes ranging from seasonal delights and domestic mishaps to calamities such as illness, fire, and local unrest, the voice balances earthy humor with stoic acceptance. Portraits of neighbors, festivals, and everyday labor evoke a grounded, sensory sense of place, while occasional reflections on wider troubles underscore resilience and attachment to simple pleasures. The tone remains warm, chatty, and unpretentious, inviting readers to savor small joys and human foibles.

Minuit. L’horloge tinte...

Il est né le divin Enfant...

Je chante Noël...

Jouez, hautbois, sonnez, musettes.
Ah! qu’il est beau, qu’il est charmant!...

Je m’assoupis, et fais un somme, bien calé, pour ne tomber dans le foyer...

Il est né... Hautbois, jouez, sonnez, musettes amusées...
Il est né, le petit Messie...

Mais si j’ai moins, eh plus je suis...

*
*   *

Épiphanie.

Je suis un bon farceur! Car moins j’ai, et plus j’ai. Et je le sais très bien. J’ai trouvé le moyen d’être riche sans avoir rien, riche du bien des autres. J’ai le pouvoir sans charges. Que parle-t-on de ces vieux pères, qui lorsqu’ils se sont dépouillés, lorsqu’ils ont tout donné à leurs enfants ingrats, leur chemise et leurs chausses, sont délaissés, laissés et voient tous les regards les pousser à la fosse? Ce sont de fichus maladroits. Je n’ai jamais été, ma foi, plus aimé, plus choyé que dans ma pauvreté. C’est que je ne suis pas si bête que de me dépouiller de tout, sans rien garder. N’est-il donc que sa bourse à donner? Moi, quand j’ai tout donné, je garde le meilleur, je garde ma gaieté, ce que j’ai amassé en cinquante ans de promenade, en long, en large de la vie, de belle humeur et de malice, et de folle sagesse ou de sage folie. Et la provision n’est pas près de finir. Je l’ouvre à tous; que tous y puisent! N’est-ce donc rien? Si je reçois de mes enfants, je donne aussi, nous sommes quittes. Et s’il advient que celui-ci donne un peu moins que celui-là, l’affection fournit l’appoint; et du compte nul ne se plaint.

Qui veut voir un roi sans royaume, un Jean sans terre, un heureux coquin, qui veut voir un Breugnon de Gaule, qu’il me voie ce soir sur mon trône, présidant le bruyant festin! C’est aujourd’hui l’Épiphanie. L’après-midi, on vit passer dans notre rue les trois rois mages, leur équipage, un blanc troupeau, six pastoureaux, six pastourelles qui chantaient; et les chiens du quartier braillaient. Et ce soir, nous sommes à table, tous mes enfants et les enfants de mes enfants. Cela fait trente, en me comptant. Et tous les trente crient ensemble:

Le roi boit!

Le roi, c’est moi. J’ai la couronne, sur mon chef un moule à pâté. Et ma reine est Martine: comme dans les saints livres, j’ai épousé ma fille. Chaque fois que je porte à ma bouche mon verre, on m’acclame, je ris, j’avale de travers; mais de travers ou non, j’avale et n’en perds rien. Ma reine boit aussi et, gorge nue, fait boire à son rouge téton son rouge nourrisson, mon dernier petit-fils, braillant, buvant, bavant, et étalant son cul. Et le chien sous la table jappe et lape la jatte. Et le chat, en grondant et faisant le gros dos, se sauve avec un os.

Et je pense (tout haut: je n’aime à penser bas):

—La vie est bonne. Ô mes amis! Son seul défaut est qu’elle est brève: on n’en a pas pour son argent. Vous me direz: «Tiens-toi content, ta part est bonne, et tu l’as eue.» Je ne dis non. J’en voudrais deux. Et qui sait! Peut-être que j’aurai, en ne criant pas trop haut, un second morceau du gâteau... Mais le triste, c’est que si moi suis encore là, tant de bons gars que j’ai connus, où sont, hélas? Dieu! comme le temps passe, et les hommes aussi! Où est le roi Henry et le bon duc Louis?...

Et me voici parti, sur les chemins du temps jadis, à ramasser les fleurs fanées des souvenirs; et je raconte mes histoires, je ne m’en lasse, et je rabâche. Mes enfants me laissent aller; et lorsque en mon récit un mot me manque, ou je m’embrouille, ils me soufflent la fin du conte; et je m’éveille de mon songe, devant leurs yeux malicieux.

—Eh! vieux père, me disent-ils. Il faisait bon vivre, à vingt ans! Les femmes avaient, en ce temps, la gorge plus belle et fournie; et les hommes avaient le cœur au bon endroit, le reste aussi. Il fallait voir le roi Henry et son compain le duc Louis! On n’en fait plus de ce bois-ci...

Je réponds:

—Malins, vous riez? Vous faites bien, il fait bon rire. Parbleu, je ne suis pas si fou que de croire que chez nous y ait disette de vendange et de gaillards pour vendanger. Je sais bien que pour un qui part, il en vient trois, et que le bois dont on fabrique les lurons, les gars de Gaule, croît toujours dru, droit et serré. Mais ce ne sont plus les mêmes qu’on fabrique avec ce bois. Mille et mille aunes on tailleroit, jamais, jamais ne referoit Henry mon roi, ni mon Louis. Et c’était ceux-là que j’aimais... Allons, allons, mon Colas, ne nous attendrissons pas. Larme à l’œil? eh! grosse bête, est-ce que tu vas regretter de ne pouvoir, toute ta vie, remâcher la même bouchée? Le vin n’est plus le même? Il n’en est pas moins bon. Buvons! Vive le roi qui boit! Et vive aussi son peuple biberon!...

Et puis, pour être francs, entre nous, mes enfants, un bon roi est bien bon; mais le meilleur, c’est encore moi. Soyons libres, gentils François, et nos maîtres envoyons paître! Ma terre et moi nous nous aimons, nous suffisons. Qu’ai-je affaire d’un roi du ciel, ou de la terre? Je n’ai besoin d’un trône, ici-bas, ni là-haut. À chacun sa place au soleil, et son ombre! À chacun son lopin du sol, et ses bras pour le retourner! Nous ne demandons rien d’autre. Et si le roi venait chez moi, je lui dirais:

—«Tu es mon hôte. À ta santé! Assieds-toi là. Cousin, un roi en vaut un autre. Chaque François est roi. Et bonhomme est maître chez soi.»


«Comment, dist frère Jean, vous rhythmez aussy? Par la vertus de Dieu, je rhythmeray comme les aultres, je le sens bien; attendez, et m’ayez pour excuse, si je ne rhythme en cramoisi...»

Pantagruel, V. 46,


NOTES:

[1] Bethléem, faubourg de Clamecy.

[2] Judée est le sobriquet donné au faubourg de Bethléem, qu’habitaient les «flotteurs» de Clamecy. Rome est la ville haute, ainsi nommée à cause de l’escalier dit de vieille Rome, qui descend de la place de l’église Saint-Martin au faubourg de Beuvron.

[3] Aga: vois, regarde; l’agasse (ou agace): la pie. (Note du correcteur—ELG.)

[4] Des dartreux.

[5] Blouse.

[6] Ancienne façon de parler populaire, usitée entre buveurs qui trinquent.

[7] Concini.

[8] L’hôpital.

[9] Le médecin.

[10] Vigne et jardin, sur le versant d’une colline.

[11] Ici, nous nous permettons de passer quelques lignes. Le narrateur ne nous fait grâce d’aucun détail sur l’état de son horlogerie; et l’intérêt qu’il y porte le fait s’étendre sur des matières qui ne sentent pas trop bon. Ajoutons que ses connaissances physiologiques, dont il se montre fier, laissent quelque peu à désirer. (R. R.)

[12] Prononcez: «Joachain», et: «le Roué».

[13] La Mère de Dieu.