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Comment on devient écrivain

Chapter 2: PRÉFACE
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About This Book

L'auteur propose un guide pratique pour aspirants écrivains, examinant la différence entre vocation et talent et les facteurs du succès, et offrant des conseils méthodiques pour travailler divers genres — roman, histoire, érudition, critique, sermon, traduction, journalisme et conférences. Il expose techniques narratives et procédés stylistiques, insiste sur l'importance de la lecture et de l'assimilation des auteurs pour former le style, et met en garde contre la précipitation et les fausses vocations. Des considérations sur la révision, le lancement d'un livre, le rôle de la critique, la réclame et les prix littéraires complètent des leçons destinées à guider la pratique et la promotion des œuvres.

PRÉFACE

La vocation littéraire est une disposition générale pour l’art d’écrire, qui se développe par la lecture et qui peut s’appliquer à tous les genres de productions, romans, histoire, érudition, critique… On se trompe très souvent sur sa propre tournure d’esprit ; tel débute par des essais philosophiques qui excelle plus tard dans la peinture des réalités vivantes. Il est difficile de bien connaître les premières raisons de nos goûts, et de démêler les influences qui déterminent le choix d’un sujet ou d’un livre. La plupart du temps, au lieu de se recueillir et de mûrir son talent, on est pressé d’écrire, on publie à la hâte, au hasard, sans réflexion et sans but.

Pour éviter les fâcheuses conséquences qu’entraîne cette précipitation, il m’a paru utile de donner quelques conseils de conduite et de travail à ceux qu’un goût invincible pousse vers la carrière littéraire.

On nous dira : « Vous voulez nous enseigner à faire du roman et de l’histoire ? Quelle est votre compétence ? Quels sont vos titres ? Voyons vos œuvres. »

L’objection est nulle. Si je dénonce dans ces pages la médiocrité du roman contemporain, je ne conserve personnellement aucune illusion sur la valeur des quelques romans que j’aie pu écrire. Je crois voir nettement ce qui m’a manqué, et non moins clairement ce qui manque aux autres ; et voilà pourquoi je suis persuadé que mes conseils peuvent être profitables, n’eussent-ils pour résultat que de mettre mes lecteurs en garde contre les défauts que je n’ai pas su ou pas eu le temps d’éviter. Trente ans de labeur et de lectures me semblent une expérience suffisante pour guider et conseiller ceux qui sont aux prises avec la difficulté d’écrire. La plupart des Cours et des Manuels ont été rédigés par des professeurs qui ne passent pas pour des prosateurs de génie, et je ne sache pas qu’on leur en ait fait un reproche. Qu’on ait publié des livres passables, qu’on en ait publié d’excellents, qu’on n’en ait point publié du tout, chacun peut enseigner la littérature et le style, s’il a du jugement, du sens critique, de la lecture, — et surtout s’il croit avoir quelque chose à dire.

A. A.