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Constantinople de Byzance à Stamboul. cover

Constantinople de Byzance à Stamboul.

Chapter 29: CHAPITRE II LES ÉDIFICES OTTOMANS
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About This Book

This work provides a comprehensive examination of the historical and architectural evolution of Constantinople, tracing its transformation from Byzantium to Stamboul. It presents a detailed analysis of the city's monuments, both Byzantine and Ottoman, highlighting significant architectural developments and cultural shifts over centuries. The author synthesizes existing scholarly research while contributing original insights into the city's topography and heritage. The text is illustrated with numerous plates, enhancing the reader's understanding of the architectural landscape. It serves as both an informative guide for those unfamiliar with the subject and a valuable resource for scholars interested in the rich history of this iconic city.

CHAPITRE II
LES ÉDIFICES OTTOMANS

I.—LES MOSQUÉES

MOSQUÉE DE BAYAZID

Elle a été construite de 906 à 911 par Bajazet II, le successeur et le fils du Conquérant, sur l’ancien forum Tauri. Son architecte Haïreddin fixa d’une façon précise la forme des chapiteaux et ouvrit ainsi une nouvelle voie à l’architecture ottomane.

La mosquée est précédée d’un parvis ou cour à colonnades, que recouvrent des coupoles supportées par des arcades en ogive où alternent le marbre rose et le marbre blanc. Chaque colonne est surmontée de chapiteaux ornés de stalactites. Au centre de la cour une fontaine sert aux ablutions (chadrivan). On entre dans la cour par trois portes, l’une s’ouvrant sur la façade et les deux autres sur les deux côtés; les quelques cyprès qu’on y a laissés lui donnent un aspect très pittoresque; lors de la fondation, des pigeons y élurent domicile et, depuis cette époque, les magnifiques galeries sont traversées par le vol des pigeons gris, bleus et argentés.

La légende rapporte «qu’un couple de pigeons avait été acheté par le Sultan fondateur à une pauvre veuve et que depuis, ils se seraient multipliés.» Mais la présence des oiseaux n’a réellement pas besoin d’être expliquée; dans la cour de chaque mosquée, on les trouve en grand nombre; les fidèles les nourrissent de grains achetés chez un vendeur ad hoc et qu’ils jettent eux-mêmes aux pigeons, poussés par un sentiment de piété ou dans l’espoir d’obtenir soit la guérison d’un malade, soit la réussite d’une affaire.

Pl. 38.


Mosquée du sultan Ahmed Ier et Hippodrome.

L’intérieur de la mosquée est splendide. Il présente un ensemble harmonieux et simple dont l’architecture, bien qu’elle en soit encore différente, rappelle, plus que toute autre mosquée de Constantinople, celle des mosquées de Brousse. La coupole, d’une forme gracieuse, repose sur quatre grands piliers. Le côté dirigé vers la Mecque renferme le Mihrab merveilleusement travaillé, au-dessus duquel s’ouvrent des fenêtres dont la disposition est semblable à celle qui caractérise les fenêtres de Yéchil-Djami à Brousse. Cinq portes permettent l’accès dans la mosquée. La porte principale de la mosquée, qui seule communique avec la cour, (Harim ou Avlou) se trouve située en face du Mihrab. Deux autres s’ouvrant en dehors de la cour, à une égale distance de la porte principale, communiquent avec les deux autres attenant à l’édifice. Les deux autres enfin, placées sur les côtés de la nef centrale, se font face, à proximité des piliers inférieurs. Chacune des deux arcades latérales qui supportent la coupole est divisée en deux arcades plus petites soutenues par deux immenses colonnes en porphyre rouge d’un mètre de diamètre, ornées d’un gigantesque chapiteau en marbre, artistement sculpté de stalactites. Peut-être ces colonnes sont-elles les mêmes que celles qui existaient au forum Tauri, où la mosquée fut bâtie. Au-dessus des deux arcades qui reposent sur la colonne et relient les deux piliers, des fenêtres ogivales et rondes s’ouvrent sur deux rangées. La disposition du plan est très intéressante. En entrant par la porte principale, deux ailes s’ouvrent à droite et à gauche, débordant les parties latérales de la nef et possédant chacune une entrée spéciale. Ces ailes n’ont aucun rapport avec la nef centrale. Elle forment une sorte de narthex, recouvert d’arcades en ogive. Si l’on se place à une extrémité quelconque de ces ailes, on a le spectacle grandiose d’une sorte de longue galerie à voûte, rappelant les réfectoires du moyen âge. Cette disposition a permis à l’architecte de créer dans la perspective intérieure du monument une variété de points de vue qui rompt la monotonie résultant ordinairement d’un plan carré; on ne la rencontre que dans cette mosquée.

Plan de la mosquée de Bayazid.

La tribune impériale, en marbre ciselé, se trouve à l’angle droit du mihrab, sur des colonnes. La tribune des muezzins, également en marbre et supportée par des colonnes, est adossée au pilier droit à l’entrée de la porte principale, qui est surmontée d’une galerie assise sur une rangée de consoles de marbre. Sur la porte principale, du côté de la cour, une plaque indique en lettres dorées, calligraphiées par le célèbre Hamdoullah, la date de la construction de cette mosquée.

و قد و قع الابتداء بالبناء فى لواخر ذى الحجة لسنة ست و تسعمائه ٩٠٦ واتفق الاتمام فى سنه احدى عشر و تسعمائه ٩١١

«La construction a été commencée vers les derniers jours du mois de Zilhidjé de l’an 906 et terminée en l’an 911 de l’Hégire.»

Hadikatul Djevami cite les noms d’Emin bey et de Hassan halifé comme étant deux des intendants de la mosquée désignés par le Sultan. Cette fonction était alors particulièrement recherchée. L’excédent des matériaux, ajoute le même livre, servit à Mehmed saïd effendi, moutemet (intendant) de la construction, pour élever une petite mosquée à Dizdarié.

La coupole de la mosquée est couverte en plomb et est ornée à son sommet d’un alem d’or en forme de croissant.

L’alem qui orne généralement le faîte de chaque coupole a plutôt la forme d’une corne double que d’un croissant. Son origine doit remonter aux Égyptiens, chez qui la corne était le symbole de la force. Les Turcs la fixaient aussi à l’extrémité de la hampe de leurs étendards.

De même que les autres grandes mosquées, celle-ci compte plusieurs dépendances, telles que l’imaret et la bibliothèque. La bibliothèque, restaurée dernièrement, est la plus grande de la ville. Plusieurs manuscrits de grande valeur y sont conservés. Elle fut fondée par Veliuddin effendi, Cheih-ul-islam. Tous les livres parus en turc jusqu’à nos jours y sont à la disposition du public.

L’aspect intérieur n’est plus le même qu’au temps passé. On y voyait jadis des pupitres très bas disposés sur le plancher couvert de nattes. Le public se mettait à genoux devant ces pupitres à la mode ancienne. Les costumes qu’on porte aujourd’hui exigèrent une installation moderne et ces pupitres (rahlés) furent remplacés par des tables, des fauteuils et des chaises. Dans le jardin, derrière la mosquée, se trouve la sépulture (turbé) de Bajazet II, mort en 1512. Ce tombeau fut construit sous Sélim.

MOSQUÉE DE SÉLIM Ier

Une des plus grandes mosquées bâties à Constantinople, après celles de Bayazid, est la mosquée de Sélim Ier, construite par l’architecte Sinan en 929, sur la cinquième colline qui domine la Corne d’Or; elle fut élevée en mémoire de Sélim Ier, père du sultan Suleïman, qui régnait alors. Elle se trouve tout près de la citerne ouverte de Bonus et peut être vue de tous les points de la ville. Elle a deux minarets. Un Avlou, dallé de marbre, pareil à celui de la mosquée de Bayazid, et entouré d’une galerie à colonnades surmontée de petites coupoles, mène à l’entrée du monument. On pénètre dans la cour par trois portes, une principale et deux autres latérales, toutes les trois en forme de niches ornées de stalactites. A côté des portes latérales, il en existe une petite, de forme ogivale, qui conduit aux escaliers des minarets. Dix-huit colonnes, rangées sur une estrade de marbre surélevée de 0m,50 au-dessus du sol, entourent la cour et supportent des arcades en ogive surbaissée. Sur le mur, de deux en deux colonnes, sont disposées des fenêtres également en ogive et dont les tympans sont ornés de faïences magnifiques.

Un chadrivan destiné aux ablutions est placé au milieu de la cour: c’est un bassin à bords relevés, rempli d’eau et entouré d’un grillage en fil de fer pour empêcher les oiseaux d’y pénétrer. Au bord du bassin s’ouvrent sur une même ligne de nombreux robinets. Le chadrivan est abrité par un toit en bois, reposant sur des colonnes de marbre, à chapiteaux taillés en losange. Des cyprès et des arbres plantés tout autour donnent à cette cour un aspect caractéristique.

La porte principale, remarquable par la beauté et l’harmonie des lignes, suffirait à témoigner de la valeur de son architecte. Elle offre une grande ressemblance avec celle de Bayazid construite par Haïreddin, maître de Sinan. Cette analogie peut être constatée jusque dans la décoration des petites colonnes en marbre engagées dans les angles du mur. Le portail, orné de très belles stalactites, porte en lettres dorées et sculptées l’inscription suivante:

‏‏يأمى النشاء هذ الجامع الشريف سلطان الاكرم سلاطين العرب و العجم مالك البرين و البحرين خادم الحرمين الشريفين السلطان ابن السلطان السلطان سلطان سليم خان ابن السلطان سلطان بايزيد خان ابن السلطان ابو الفتح سلطان محمد خان خلداللّه ملكه و سلطانه و بذلك المباركة عنى فى شهر محرم الحرام لسبنة تسع و عشرين و تسعمائه

En voici la traduction:

«Cette mosquée vénérable fut érigée par ordre du magnanime Sultan des sultans arabes et adjems[78], maître des terres et des mers, serviteur des Haremeïn-u-Cherifeïn (la Mecque et Médine), Sultan, fils de sultans, sultan Sélim Khan, fils du sultan Méhmed le Conquérant. Que Dieu protège son pays et son trône ainsi que ce saint édifice érigé au mois de Mouharrem 929 de l’Hégire.»

[78] Ce mot que les Turcs emploient pour désigner les Persans indiquait, chez les Arabes, tous les peuples non-Arabes.

Pl. 39.


Mosquée d’Ahmed Ier.—Intérieur.

Sous la porte principale de la mosquée, conduisant à l’intérieur, le dallage est fait d’un bloc de porphyre, moins sujet que le marbre à l’usure.

L’intérieur de la mosquée est des plus simples: il ne possède ni arcades ni colonnes. Le plan est carré. La coupole, de proportions assez imposantes, repose sur quatre arcs formés par les murs latéraux. Il est facile de voir que cette œuvre est une des premières du maître Sinan. Sur chaque côté s’ouvrent des fenêtres avec tympan en ogive, décoré de jolies faïences. La tribune impériale et la tribune des Muezzins, supportées par des colonnes, sont quadrangulaires.

Le Mihrab, le Mimber, ainsi que les portes, sont travaillés avec une magnificence incomparable. Les deux grands candélabres en bronze du Mihrab, entre autres, sont de pures merveilles. Outre la porte principale, deux autres portes latérales conduisent à l’intérieur. Ces portes sont précédées d’un long vestibule, recouvert d’un dôme et entouré de plusieurs pièces réservées aux personnages de la mosquée et de la cour. Cette curieuse disposition est unique et peut, pour l’originalité, être comparée aux deux ailes de la mosquée de Bayazid. Les dômes des deux vestibules, avec leurs petits tambours à fenêtres et leurs décorations en losange, rappellent la coupole de Yéchil Djami à Brousse.

Hors de la mosquée, du côté du Mihrab, on remarque plusieurs turbés (tombes) dont l’une renferme le corps du sultan Sélim, le conquérant de l’Égypte. Tous ces turbés sont d’une forme octogonale et garnis d’un dôme dont la couverture est faite de plaques de plomb en forme d’écailles aux coins arrondis, comme celle du turbé de Chahzadé. Une colonnade surmontée d’un toit précède la porte de chaque turbé. Celle qui mène au turbé de Sélim est recouverte d’un vitrage qui en fait comme un vestibule, pouvant en même temps servir de chambre pour la garde du tombeau. Les deux côtés de la porte sont ornés de deux panneaux de faïence d’une décoration pleine de goût: le travail des portes est également merveilleux.

Le cercueil est protégé par une balustrade en noyer incrusté de nacre. Le turbé renferme aussi de très beaux exemplaires du Coran, ouverts sur de somptueux pupitres et des coffres où l’on conserve les reliques.

Un autre turbé, voisin de celui de Sélim Ier, renferme un tombeau portant une inscription sculptée sur la pierre, et orné de panneaux en faïence qui constituent de réels chefs-d’œuvre.

MOSQUÉE DE CHAHZADÉ

Cette mosquée fut bâtie par le fameux architecte Sinan, sur l’ordre du sultan Suleïman, en mémoire de ses deux fils, les princes Mehmed et Moustafa Djihanguir, morts à la suite des intrigues de leur belle-mère Roxelane[79], Haceki Khourrêm Sultane. Le sultan Suleïman, ayant plus tard reconnu son injustice, voulut la réparer en quelque sorte en faisant construire cette mosquée qui fut nommée Chahzadé sultan Mehmed Djamissi. La date de l’achèvement de la mosquée est indiquée par un vers placé sur le frontispice du turbé.

[79] Roxelane, née en Galicie, fut d’abord une esclave. Devenue ensuite l’épouse préférée de Suleïman, elle acquit sur lui une très grande influence.

Désireuse d’assurer l’avenir de son fils, Sélim II, elle gagna à sa cause Rustem pacha, le mari de sa fille, princesse Mihrimah sultane, qui accusa le prince Moustafa, né, ainsi que son frère Djihan, de la sultane Masseki, d’avoir des intentions de révolte contre son père. Suleïman, convaincu de la trahison de son fils Moustafa, partit avec l’armée à Erégli, où il invita Moustafa à venir dans sa tente, où il le fit étrangler. Le prince Djihanguir lié par une profonde amitié à son frère Moustafa en conçut une douleur telle qu’il mourut peu après. Son père pour apaiser ses remords construisit, sur les hauteurs de Foundoukli, une mosquée qu’il appela mosquée de Djihanguir. Ce prince, surnommé Chahzadé, fut enterré avec les restes de son frère dans un turbé situé près de cette mosquée.

Cette mosquée, d’un style très gracieux, marque le commencement de l’âge d’or de l’architecture ottomane. C’est un édifice carré surmonté d’une grande coupole. On y entre par trois portes. Quatre demi-coupoles s’appuient sur les bas côtés. Ces demi-coupoles sont supportées à l’intérieur par quatre grands arcs posant sur des piliers octogonaux dont la partie cylindrique supérieure est cannelée. Les petites colonnettes qui sont adossées aux coins du portail ne sont pas aussi richement décorées que celles de la mosquée de Sélim. L’aspect de l’intérieur est splendide. Les vitraux sont d’une décoration très artistique; malheureusement l’ensemble est gâté par d’horribles peintures à la chaux qui ne permettent guère de reconnaître le caractère de l’art ottoman.

Aux quatre points de jonction des demi-coupoles, sont posées de petites tourelles cylindriques massives qui servent de contreforts.

Le parvis est formé d’une galerie à arcades, ornée de marbre blanc alternant avec du marbre rouge. Ces arcades sont soutenues par des colonnes de granit et de marbre. De chaque côté du parvis se dressent deux élégants minarets de forme polygonale, ornés de nervures et d’ornements en relief, différant un peu de ceux qu’on voit d’ordinaire. Chacun d’eux est surmonté d’un balcon (cherifé) avec encorbellements sculptés.

La construction de cette mosquée dura cinq ans et coûta 151 Yuks d’Akhtché, soit à peu près 13 millions de francs.

Le turbé qui contient les restes des princes, fils de Suleïman, est situé à l’est de la mosquée; il a une forme octogonale. Les huit façades extérieures sont en marbre sculpté et se terminent par une galerie ornée de larges trèfles, découpés à jour. Deux rangées de fenêtres entourent le monument. Celles du bas sont quadrangulaires, celles du haut sont ogivales.

A partir du sol jusqu’au-dessus de la deuxième rangée de fenêtres, les angles de l’octogone sont limités par des cordons d’ordre cristallisé. Au-dessus des galeries de trèfles, le turbé se transforme et devient circulaire, près du tambour qui sert de base à la coupole. La toiture en plomb est faite d’écailles aux côtes arrondies qui vont en se rapetissant jusqu’au point le plus élevé de la coupole où est fixé l’alem.

On accède au turbé par un péristyle, formé de quatre colonnes dont deux sont en marbre rouge et deux autres en marbre vert antique. Sur la porte on lit une inscription en lettres dorées.

Ce péristyle est couvert d’une petite coupole ronde. De chaque côté de la porte d’entrée se trouvent des panneaux en faïence, représentant des rinceaux d’un beau dessin. La porte et les boiseries de ce péristyle sont dignes d’attirer tout spécialement l’attention des artistes décorateurs. Les battants de la porte de chêne sont ornés d’ivoire et d’ébène.

L’intérieur du turbé présente un aspect des plus pittoresques. La lumière y pénètre par deux rangées de fenêtres, au nombre de trente-deux (quatre sur chaque face de l’octogone) et garnies de vitraux aux couleurs variées.

Depuis le sol jusqu’à la frise ornant la base de la coupole, les murs sont revêtus de panneaux peints sur émail, décorés comme ceux du péristyle. Au-dessus de chaque fenêtre, sur un panneau également en faïence, des fleurs entrelacées et brodées d’or encadrent des versets inscrits en lettres blanches sur un fond bleu foncé. La coupole est ornée de fleurs et de feuillages verts formant médaillons sur fond blanc. Le sol en marbre est couvert de tapis. La dépouille du prince se trouve au milieu de l’édifice entre le tombeau de son frère et celui de sa femme. Au-dessus se dresse une sorte de dais impérial, haut de quatre mètres, en bois de noyer orné de rosaces géométriques découpées à jour avec inscrustations de nacre.

Pl. 40.


Mosquée d’Ahmed Ier.—Mimber.
MOSQUÉE SULEÏMANIÉ

Parmi les grands édifices et les mosquées que le sultan Suleïman le législateur a fait construire, la mosquée qui porte son nom est la plus imposante.

Cette mosquée, construite également par l’architecte Sinan de 1556 à 1566, est le véritable chef-d’œuvre de l’art ottoman. Elle s’élève majestueusement sur le sommet d’une colline qui domine la Corne d’Or. Son emplacement est merveilleusement choisi et son immense enceinte plantée de cyprès et de platanes lui fait un cadre d’un charme extraordinaire.

La pureté de son style et l’harmonie de ses contours se dessinent sur un site féérique. Sinan disait, dans un ouvrage écrit de sa main, que la mosquée de Chahzadé était son œuvre d’apprenti, la mosquée de Suleïmanié, son œuvre de bon ouvrier et celle de Sélim à Andrinople, son œuvre de maître.

A chaque coin du parvis se trouve un minaret à trois et deux galeries ornées de magnifiques stalactites. Les deux minarets qui sont le plus rapprochés de la coupole sont plus grands que les deux autres. Chaque cherifé a son escalier exclusivement réservé; trois personnes peuvent monter à la galerie ou en descendre en même temps sans se rencontrer. Tout l’édifice est conçu selon la forme d’un immense triangle et l’inégalité de grandeur qui existe entre les minarets produit un effet de perspective des plus heureux.

Plan de la mosquée Suléïmanié.

Par le nombre de ces galeries, l’architecte a voulu symboliser l’ordre qui caractérisa le règne de son fondateur, en même temps qu’imposer par ce chiffre 4 le souvenir de ce fondateur, IVme Sultan depuis la prise de Constantinople. Ses chérifés, au nombre de dix, indiquaient qu’il était également le dixième empereur depuis la fondation de l’Empire ottoman.

Trois belles portes font communiquer la porte extérieure avec le parvis; l’une se trouve sur la façade principale et les deux autres sur les côtés.

Sur la grande porte de la façade on lit en grosses lettres la formule de l’islam:

لا اله الا اللّه محمد رسول اللّه

«Il n’y a qu’un seul Dieu, Mouhammed est son prophète», au-dessus d’une autre formule concernant la prière:

ان الصلوة على المؤمنين كتاباً موقوناً

Le parvis est entouré d’un cloître de vingt-quatre arcades soutenues par un même nombre de colonnes, dont douze sont en granit rose, dix en marbre blanc et les deux autres qui se trouvent près de la porte principale, en porphyre. Toutes ces colonnes sont surmontées de chapiteaux de marbre sculptés en forme de stalactites et dont les arêtes étaient dorées. Chacune de ces arcades est surmontée d’une petite coupole. La coupole qui se trouve devant la porte d’entrée de la nef est la plus grande; elle est ornée de pendentifs en stalactites.

Le dallage du parvis est en marbre blanc. Au centre se trouve un chadrivan (fontaine) de forme carrée, couvert d’un toit en plomb. Les quatre façades de cette fontaine sont munies d’un grillage en bronze percé à jour d’intéressants motifs de décoration. Au-dessus de ce grillage courent des frises en marbre blanc.

Des colonnes à chapiteaux de différents ordres supportent sur les façades extérieures des côtés latéraux de la mosquée des galeries à deux étages. Ces galeries ne semblent guère avoir été mises là que pour concourir à la beauté de l’ensemble. La galerie du premier étage est à arcades ogivales alternant avec d’autres arcades plus petites. Celles d’en haut sont plus étroites et plus petites. Sous les galeries, au niveau du sol, des robinets sont disposés tout le long du mur pour les ablutions. Du côté du parvis, on entre dans la mosquée par une grande porte en marbre, ayant la forme d’une mitre en stalactite aux arêtes dorées.

Mosquée Suléïmanié; coupe.

Chaque fenêtre est surmontée d’un tympan en ogive orné de faïences sur laquelle se dessinent les belles écritures saintes en langue arabe. L’intérieur de la mosquée mesure 69 mètres de long sur 63 de large. Quatre gigantesques piliers massifs carrés supportent la coupole de la nef centrale.

Entre ces piliers se dressent, de chaque côté, des galeries latérales réservées aux grands personnages pendant la cérémonie du Sélamlik. Ces tribunes sont supportées par deux colonnes de marbre; quatre énormes colonnes de porphyre soutiennent les arcades latérales qui supportent la coupole.

D’après le livre de Sa-ï sur l’œuvre de Sinan, une de ces colonnes est celle qui portait jadis la colonne de la virginité aux environs des Saints-Apôtres. Son «Tezkeretulbunyan» raconte même les difficultés qu’on eut pour la transporter. Elle était plus haute que les autres et on dut la raccourcir. Une autre de ces colonnes, probablement celle qui portait la statue de l’Empereur, a été amenée du palais. Les deux autres colonnes viennent d’Iskenderoun (Alexandrette).

Mosquée Suléïmanié; coupe.

Deux escaliers pratiqués près de la porte d’entrée conduisent à la première galerie. Les deux galeries supérieures ne sont accessibles qu’au moyen d’échelles en bois appliquées aux fenêtres s’ouvrant sur la toiture.

Au centre s’élève la grande coupole de 71 mètres de hauteur (de 6 mètres plus haute que la coupole de Sainte-Sophie). Des candélabres en fer ciselé qui portent des luminaires à l’huile y sont suspendus par de longues chaînes. On les allume pendant les prières de nuit et surtout pendant le Ramazan.

Une des galeries supérieures, formant la rotonde autour du tambour et où l’on ne peut monter que par des échelles appliquées sur la toiture, présente un très intéressant phénomène d’acoustique.

Le Mihrab est en marbre sculpté de magnifiques stalactites rehaussées d’or. Le Mimber, qui est placé à la droite du Mihrab, est composé de grandes pièces de marbre merveilleusement sculpté. La tribune impériale, également en marbre blanc, est supportée par des colonnes en porphyre ornées de chapiteaux en marbre d’ordre cristallisé.

La porte de cette tribune, ainsi que plusieurs autres portes de la mosquée, est en noyer orné de rosaces géométriques.

Le Kursi (chaire) qui se trouve placé près de la tribune impériale, est un des chefs-d’œuvre de la sculpture en bois; le noyer en est très artistiquement découpé et travaillé.

Près du pied droit de la coupole s’appuie la tribune des muezzines construite en marbre orné de sculptures en stalactites.

La décoration est des plus soignées, jusque dans les moindres coins et dans les moindres détails.

De grandes rosaces de faïence portant des écritures en blanc sur fond bleu décorent les deux côtés du Mihrab. Elles sont d’une très grande valeur artistique.

Les écritures du célèbre calligraphe Hassan Karahissai ornent l’intérieur. Les fenêtres sont garnies de beaux vitraux en couleur à encadrement de plâtre, fabriqués, d’après de Hammer, par Serhoch Ibrahim (Ibrahim l’ivrogne). Sous le porche, à l’intérieur du Djami, devant la porte principale est placée une dalle ronde en porphyre d’une seule pièce et d’un diamètre d’environ deux mètres. Une légende raconte qu’un des ouvriers grecs, qui travaillaient à la construction, poussé par le sentiment religieux, aurait gravé secrètement une petite croix sur cette pierre qui était destinée à orner la place près du Mihrab. Cet ouvrier fut exécuté en présence du Sultan, qui était entré dans une violente colère. Quant au porphyre, qui était ainsi devenu impropre à servir dans la mosquée, il aurait été mis devant l’entrée principale de la nef, le côté portant la croix tourné contre terre. Mais, si on observe les dallages des autres mosquées, à l’endroit des portes où le public passe très souvent, on remarque qu’ils sont tous de forme ronde et en porphyre, afin d’offrir plus de résistance. Cette pierre ne pouvait donc être destinée qu’à la place qu’elle occupe actuellement. Quant à la croix, il est étrange qu’un ouvrier grec ait pu avoir l’audace de la graver devant un millier d’ouvriers musulmans qui travaillaient avec lui: et si l’on va même jusqu’à admettre que la croix ait été réellement gravée, il eût été facile de la faire disparaître et de rendre à la pierre sa destination primitive.

Cette légende n’a jamais été qu’une calomnie.

La cour extérieure de la mosquée est entourée de nombreuses dépendances, parmi lesquelles des imarets (sortes de cantines) pour les étudiants et les pauvres; quatre médressés (écoles supérieures) et une école primaire; une école de médecine, un hôpital pour les pauvres et un hospice.

D’après un architecte, la mosquée aurait coûté 597 Yuk et 60.180 aktché, soit 59 millions aktché; 60 aktché équivalaient à un sikké; le sikké ou gourouche du temps du sultan Suleïman, est évalué par M. Belin, en monnaie medjadié, à 50 piastres et 27 paras. Cette somme représentait alors à peu près 54 millions de piastres, soit 10 millions de francs.

LE TURBÉ DU SULTAN SULEÏMAN LE LÉGISLATEUR

Le turbé de Suleïman est situé à l’est de la mosquée, dans un cimetière qui contient les restes des hauts personnages. C’est un monument de forme octogonale surmonté d’une coupole. Une galerie l’entoure extérieurement, recouverte d’un toit supporté par 29 colonnes, dont 27 ont des chapiteaux en losanges, et les deux autres sur la façade sont ornées de stalactites. Quatre colonnes vert antique à chapiteaux cristallisés forment une sorte de péristyle qui sert de vestibule à l’entrée.

A chaque angle extérieur du monument est appliqué un cordon en porphyre.

Deux riches panneaux en faïence revêtent les murs des deux côtés de la porte d’entrée.

Au-dessus de la porte, une plaque verte porte en lettres dorées la date de la mort du Sultan, 674 de l’Hégire (1566).

A l’intérieur, la coupole est ornée de morceaux de cristal de roche, taillés en rose et dont des émeraudes forment le cœur. De magnifiques lustres descendent de la coupole. Huit arcades ogivales, reposant sur huit colonnes de marbre et de porphyre, soutiennent cette coupole. Ces colonnes se trouvent à 1m,50 des parois de l’édifice, qui sont ornées de faïences, et, au-dessus, d’une large frise en faïence bleue portant des versets du Coran en lettres blanches. Cette galerie est éclairée par des niches en arcade munies chacune de six fenêtres accouplées deux à deux et dont les vitraux sont maintenus par des bandes de plâtre ajouré.

Pl. 41.


Mosquée de Yeni Djami.

Une balustrade en noyer sculpté et incrusté de nacre entoure les cercueils du sultan et de ses enfants, Suleïman II et Ahmed II. Des châles, des étoffes brodées d’une grande valeur, recouvrent les cercueils. Sur le côté correspondant à la tête sont déposées les coiffures des défunts, turbans blancs avec aigrette impériale formée de plumes.

Deux grands candélabres se dressent de chaque côté du cercueil. Un magnifique pupitre sculpté porte des Corans manuscrits. Une carte en relief de La Mecque orne le mur.

Près de ce monument se trouve le turbé de Roxelane, épouse de Suleïman. Cette construction a également une forme octogonale et est ornée de faïences peintes et de magnifiques sculptures.

MOSQUÉE D’AHMED Ier

Sur l’emplacement de l’ancien palais byzantin, à l’est de l’hippodrome, le sultan Ahmed Ier a fait bâtir, en 1610, une mosquée qui fut nommée Ahmedié. Elle remplaça un ancien tekké de l’ordre des Kadiriyah. L’édifice est précédé, comme les autres mosquées, d’une cour très spacieuse à galeries couvertes par quarante petites coupoles que supportent des colonnes en granit. Au centre de la cour se trouve un chadrivan, entouré de six colonnes à arcades ogivales. Une rampe, partant de la cour extérieure à gauche, conduit à la tribune impériale, d’où le Sultan peut se rendre à cheval jusqu’à ses appartements privés, à l’intérieur de la mosquée.

La grande coupole de la mosquée est posée sur un tambour sur lequel s’appuient quatre demi-coupoles hémisphériques. Aux quatre angles formés par l’intersection des demi-coupoles, s’élèvent de petites tourelles octogonales couvertes chacune par une coupole surbaissée, formée d’écailles aux côtés arrondis qui s’abaissent du faîte à la base et s’unissent au sommet de la coupole. La mosquée possède six minarets dont deux à deux galeries et les quatre autres à trois galeries. Sur les deux côtés latéraux du parvis s’aligne une rangée de fontaines, surmontées d’une galerie à arcades qui se composent alternativement d’une grande et d’une petite ogive et qui semblent être copiées sur les arcades latérales de la mosquée. Derrière les galeries, des fenêtres s’ouvrent sur le parvis.

L’intérieur de la mosquée a un aspect très imposant; il se dégage de cet intérieur une impression de grandeur et de gaieté qu’on ne trouve dans aucune autre mosquée. Son architecte Mehmed aga, voulant se distinguer de ses maîtres, réussit, grâce à une puissante originalité, à créer une perspective remarquable.

L’édifice couvre un rectangle de 72 mètres sur 64. Le dôme qui mesure 33m,60 de diamètre est soutenu par quatre piliers circulaires en marbre de 5 mètres de diamètre.

Du côté de la porte, deux fontaines sont adossées aux deux piliers. Ces piliers sont ornés en partie de cannelures que surmontent des inscriptions en frise; d’autres colonnes en marbre, surmontées d’arcs en ogive, supportent les galeries qui entourent les murs latéraux. Tous les murs, depuis le sol jusqu’aux fenêtres supérieures, sont revêtus de faïences coloriées et fleuries bleues, vertes et blanches. De grandes inscriptions en arabe, dues au célèbre calligraphe Cassim Goubari et indiquant les noms des sahabés, sont suspendues aux murs. Le Mihrab, qui est en marbre sculpté, est un chef-d’œuvre. Parmi les faïences du Mihrab, on distingue un morceau de la pierre noire sacrée de La Mecque; de chaque côté du Mihrab on voit d’énormes candélabres en bronze portant des cierges gigantesques. Tout à côté sont posés sur des pupitres en noyer incrustés de nacre des Corans manuscrits. Le Mimber est des plus remarquables au point de vue décoratif.

Malheureusement, les lignes étroites et sans proportion des châssis des fenêtres nuisent beaucoup à l’effet. En outre, la mosquée a perdu ses anciens vitraux que l’ouvrage de D’Ohsson nous présente tels qu’ils étaient en 1787; les vitres ordinaires qui les ont remplacés laissent pénétrer à l’intérieur une lumière trop crue, qui empêche de bien goûter le coloris si richement nuancé des faïences tapissant les murs.

Pour ces raisons, au lieu de présenter l’atmosphère mystique et discrète qui caractérise l’intérieur de la Suléïmanié, la mosquée d’Ahmed, où la lumière pénètre à flots, évoque plutôt la magnificence d’un palais. C’est dans cette mosquée que fut proclamé en 1826 le décret de Mahmoud II abolissant le corps des janissaires.

L’enceinte très vaste de la mosquée est entourée de grands murs à fenêtres. Dans la cour plusieurs grands arbres, s’harmonisant avec les lignes de l’édifice, ajoutent une note pittoresque à l’aspect de l’ensemble.

Près de la mosquée s’élève le turbé d’Ahmed Ier. Ce turbé est précédé d’un parvis et d’une seconde pièce. A l’intérieur, huit colonnes supportent une coupole recouverte de faïences. Au milieu de cette coupole se trouve le cercueil du fondateur de la mosquée, entouré de ceux de ses enfants et de son épouse Mahpeïker.

MOSQUÉE DE YENI DJAMI

Yeni Djami (nouvelle mosquée) est située en face du pont qui relie Galata à Stamboul. Elle a été construite par l’architecte Kodja Kassim en mémoire de la Validé Sultane, au centre très animé de Stamboul. Sa construction fut commencée en 1614 sous les auspices de la sultane Keusem-Mahpeïker, épouse d’Ahmed Ier et grand-mère du sultan Mehmed IV. Cette sultane mère, devenue trop puissante dans l’Empire, fut étranglée par des eunuques à la porte du Kouchané, sous le règne de son petit-fils Murad IV.

Par suite de troubles politiques, la construction de la mosquée était restée inachevée. Tarhan Hadidjé, sultane mère du sultan Mehmed IV, et qui était la rivale de Keusem sultane, ordonna de reprendre les travaux qui furent terminés en l’an 1074 de l’Hégire.

La mosquée est précédée comme les autres d’un parvis à trois portes monumentales, surmontées chacune d’un fronton, sous lequel on lit une inscription arabe sacrée concernant la prière.

L’ensemble de la porte forme un cadre rectangulaire renfermant une arcade en ogive. La porte en plein cintre surbaissé et formée par des linteaux en marbre blanc et rouge se trouve enclavée sous cette ogive.

Les murs élevés du parvis sont ajourés de fenêtres rectangulaires munies de lourdes grilles à dessins carrés. Au-dessus de chaque fenêtre se trouve une rangée de niches en ogive.

Au milieu de la cour on voit le chadrivan. D’autres galeries à deux étages se trouvent appliquées aux côtés latéraux de la mosquée. Sous ces galeries, le long des murs, il y a des fontaines pour les ablutions.

Pl. 42.


Mosquée de Yeni Djami.—Faïences de l’entrée des appartements du Sultan.

Du côté de la mer, près d’une sorte de tunnel passant sous les appartements privés des Sultans, on peut admirer la magnifique porte réservée aux souverains et qui sert seulement à conduire à la tribune impériale. Cette porte, une des plus belles œuvres de l’art ottoman, est en marbre sculpté et ajouré d’ornementations géométriques. Les portes du perron et de la galerie portent la lettre «vave» deux fois répétée et entrelacée. Cette lettre est le symbole du mot de هو un des noms mystiques de Dieu. A l’extérieur, quatre énormes contreforts ingénieusement dissimulés supportent l’immense coupole.

La grande coupole de Yeni Djami.

Sur chacun de ces contreforts s’élèvent trois petites tourelles élégantes qui, s’étageant l’une sur l’autre, allègent l’aspect de cette masse.

Les contreforts sont masqués par quatre lanternes de grandes dimensions.

La grande coupole et les quatre demi-coupoles portent à leur base des rangées de fenêtres en ogives surbaissées pareilles à celles qui s’ouvrent sur les quatre faces de la mosquée.

L’aspect général de l’intérieur est des plus imposants. Les murs sont par endroits ornés de faïences.

La couleur bleue domine dans l’ensemble des tonalités. La tribune impériale, en face de laquelle se trouve la tribune des muezzines, est supportée par des colonnes en porphyre. La décoration des appartements privés, situés derrière cette tribune, constitue un véritable musée de l’art décoratif ottoman. Les faïences des cheminées et des murs sont ornées de dessins magnifiques, les vitraux des fenêtres sont superbes et les portes sont des merveilles de sculpture sur bois.

La niche qui forme le Mihrab est ornée de magnifiques stalactites recouvertes d’or. Le Mimber est fait de morceaux de marbre, artistement sculptés, où s’entrelacent ingénieusement des rosaces géométriques. Le monument a coûté environ huit millions de francs.

La mosquée possède comme dépendances une école primaire, une bibliothèque fondée par Ahmed III, un sébil (fontaine où l’on distribue l’eau aux passants), un grand turbé où sont enterrés le sultan Mehmed IV, fils de la seconde fondatrice, le sultan Moustafa II (1703) et son fils Ahmed III (1739), Mahmoud Ier (1754), Osman III (1757) et un grand nombre de princes et princesses, parmi lesquels les dix-huit enfants fils du sultan Ahmed III. L’aspect extérieur du turbé est très original. A l’intérieur, parmi d’autres petits cercueils, on remarque celui de la sultane Validé.

MOSQUÉE DU SULTAN MEHMED LE CONQUÉRANT (FATIH)

Cette mosquée fut élevée d’abord en 1471 par ordre du sultan Mehmed le Conquérant. Elle est située un peu plus loin vers le nord que l’emplacement où s’élevait jadis la fameuse église des Saints-Apôtres. La construction de la mosquée fut commencée en l’an 867 de l’Hégire et terminée en 875, c’est-à-dire huit ans après, ainsi que l’indique une inscription sur la porte. Un tremblement de terre survenu en l’an 1179, le troisième jour du Kourban Baïram (fêtes des sacrifices), une heure après le lever du soleil, l’avait horriblement endommagée. La coupole, totalement démolie, a été reconstruite à nouveau en 1181-1185.

Nous manquons malheureusement de détails sur la forme première de cette construction, qui a marqué le début d’une nouvelle période architecturale. Dans la description que nous en donne Hadi katul Djevami, nous ne rencontrons que le passage suivant: «les deux grands pieds d’éléphants et les deux colonnes en porphyre, ayant été démolis et renversés, la coupole fut élevée sur quatre piliers: ces colonnes furent enterrées[80]

[80] Probablement par respect pour le matériel qui avait servi à la construction d’une mosquée.

La mosquée est actuellement précédée d’un parvis avec des galeries, des arcades en ogive qui supportent de petites coupoles couvertes par des plaques de plomb. A l’extérieur, sur la façade principale du parvis, aux deux côtés de la porte, s’ouvrent des fenêtres rectangulaires surmontées d’un tympan en ogive orné d’inscriptions en mosaïque, qui proviennent probablement de la première construction de la mosquée.

Au milieu du parvis (avlou) se dresse une fontaine de forme octogonale destinée aux ablutions.

Les cyprès donnent à ce parvis un aspect très pittoresque. La grande coupole de la mosquée est soutenue par quatre demi-coupoles posées sur de grands piliers aux coins arrondis. Au dehors, quatre petites tourelles se dressent sur chaque contrefort pour en augmenter le poids et rehausser l’aspect de l’ensemble.

Des deux côtés de la mosquée se trouvent deux minarets, entourés de deux galeries (cherefé) réservés aux muezzines qui y montent pour chanter l’Ezan (l’appel aux prières).

A l’intérieur et à la droite du portail, on voit une petite plaque en marbre qui porte en lettres d’or sur un fond vert foncé les paroles du prophète relatives à la conquête de Constantinople.