Les élèves d'une école laïque présentent une adresse et un cadeau à leur maîtresse, une Irlandaise parlant le français comme nous. Une des élèves, de retour chez elle, raconte ce qui s'est passé.
—Et puis, qu'a fait mademoiselle M..., demande le père, en apprenant tout cela?
—Elle a braillé, pas pour rire.
Un chien extraordinaire: Un de mes amis possède un chien phénoménal. Il me disait un jour: —Il ne lui manque que la parole, et encore!
—? ? ?
—Oui, l'autre jour je suis sorti avec lui pour aller à la chasse et comme je venais de tuer un gibier quelconque, je lui dis d'aller le chercher.
—Où ça? me fit-il.
—! ! !
LE P'TIT TAUREAU CROISÉ
Un brave cultivateur demeurant dans l'un des grands comtés de l'Est désirait améliorer son stock de bétail qui était devenu fort dégénéré. Il s'en alla trouver un grand éleveur des environs. Celui-ci était un anglais qui ne parlait pas le français; Baptiste, lui, ne connaissait pas l'anglais. En revanche, tous les deux se comprenaient bien. À son arrivée, l'éleveur reçut Baptiste avec la plus grande cordialité, en lui demandant des nouvelles de sa famille, et en le félicitant sur sa bonne apparence et l'état merveilleux de sa santé.
Pour répondre à cette politesse, Baptiste se confondit en remerciements, et il finit par cette phrase:
—Ben, j'vas vous dire, j'su' ben content de voir l'intérêt que vous m'portez, mais c'est pas ça qui m'amène.
—Well, Baptiste, all right. Speak out and let me know what you want this morning.
—Ben, v'là c'que c'est, mon bétail est d'assez bonne race, mais depuis quelques années, il s'est détérioré, et j'voudrais ben l'ravigoter un peu. Pour ça, y'm'faudrait un p'tit taurau de bonne race.
—That's all you want? Why, dear man alive, there's nothing easier. There are plenty of them in the field yonder. You have only to pick out your choice.
—Ben, y en a un dans l'coin là-bas qui f'rait ben mon affaire, j'pense. Y m'a l'air fringant et il est ben faite.
—No good for you.
—Pourquoi ça?
—When I tell you he is no good, I know what I say. I do not want to cheat you. That is why I tell you the beast is no good.
—Encore, ya p'têt' ben moyen de savoir pourquoi.
—Oh! certainly. It is becuse the animal is crossed.
—Ah ben! dans c'cas-là, j'en veux pas!
Écho d'élection:
Au cours d'une campagne électorale dans Montcalm, un orateur échevelé lance la phrase suivante:
"Oui, Messieurs, voilà huit ans que notre adversaire vous représente à Ottawa. Qu'a-t-il fait durant tout ce temps? Rien du tout. Il n'a pas même été capable de faire poser une rivière navigable dans le comté. Si vous élisez l'homme respectable que je représente ici ce soir, il en fera mettre trois dans le comté."
(Applaudissements.)
LE COCHON À TOINON
Le "Grand Rang" entre St Jean-de-Matha et St-Félix-de-Valois, une distance de huit milles, n'a que cinq maisons. Le chemin de ligne est une belle route en pente douce bien entretenue, et semble fait exprès pour le plaisir des amateurs de sport hippique, qui trottent leurs chevaux sur toute la distance.
Ils viennent d'un peu partout, de Joliette, de Saint-Félix-de-Valois, de Saint-Jean-de-Matha, et d'autres paroisses environnantes.
Toinon St-Georges demeurait à une distance d'environ dix arpents du village et il avait un cochon de "la grand'ordre" qui broutait tous les jours le long du fossé, sans demander permission à personne. Il lui était facile de s'évader, car la barrière de Toinon avait été arrachée de ses gonds et il ne restait que le piquet.
Barthélemy Lavigne, un jockey de profession, se rendait tous les jours sur cette piste pour trotter ses chevaux.
Un jour, Toinon, qui n'avait consulté personne au sujet de ses droits de faire pacager son cochon sur le chemin du roi, s'amena au bureau de l'avocat de la Couronne pour exposer ses griefs qui étaient réels à son avis et avoir une "consulte."
Après les salutations d'usage, l'avocat lui demanda le motif de sa visite, et voici l'histoire de Toinon:
—J'voudrais savoir si Barthélemy Lavigne a l'droit de tuer mon cochon, parc'qu'y pacageait dans le chemin.
—Mais non, Toinon, il n'a pas le droit de tuer ton cochon. Conte-moi comment c'est arrivé et n'oublie aucune circonstance.
—Vous savez, en arrivant su'l'côteau, il s'est mis à pousser son ch'val, pis mon cochon s'est mis à courir devant lui au p'tit trot—un grand cochon maigre—pis Barthélemy a poussé su' l'cochon, pousse, pousse, pousse, jusqu'à c'que l'cochon prenne l'épouvante; pis, en arrivant cheux nous, y a voulu prend' la barrière, pis y a viré drette en équerre.
Mais, M'sieu, y v'nait si vite qu'y s'est attrapé l'fouillon su' l'piquet et pis y s'est défouillonné nette, y avait pus yinq' l'écuelle en d'sour. Pis, comme de raison, y était trop maigre pour le manger, et j'perds tout.
—Comme ton animal était errant sur la voie publique, il n'y a pas de recours.
—C'est ben sacrant, la loi!
—Dors-tu, Joe?
—Non.
—Prête-moi donc ton buggy neuf pour la journée.
—J'dors.
LE BATTE-FEU À PONCE-PILATE
Dans une municipalité du Comté de Montcalm, le grand chemin du roi passait à travers une région très accidentée, où les côtes succédaient aux côtes sans interruption. Les fardiers lourdement chargés et tirés par de forts chevaux pouvaient à peine atteindre les sommets, et pour descendre les versants c'était tout un hariat qui faisait le désespoir des charretiers et des rouliers. Les raidillons étaient tellement nombreux que des plaintes s'élevèrent de tous côtés et que le conseil de comté fut saisi de l'affaire.
On décida de tracer une nouvelle route dans un endroit plus favorable.
Il n'y avait qu'une ravine peu profonde à traverser par ce chemin.
Les habitants dont les fermes bordaient l'ancienne route n'étaient pas du tout satisfaits du changement.
Ils protestèrent fortement, mais rien n'y fit. De là une poursuite et un procès.
La cause fut entendue à Joliette. Mon ami Olaüs Thérien, alors député de Montcalm aux Communes, avait été chargé de la défense.
Au cours du procès on appela un témoin passablement récalcitrant, rageur, bref dans ses paroles, et parlant plutôt avec ses bras qu'avec sa langue. C'était un petit homme roux, pas plus haut que ça, qui avait une tignasse épaisse, deux sourcils formidables, ou pour mieux dire, un seul sourcil courant sans un arrêt d'une tempe à une autre, et coupant en deux le visage d'un trait roussâtre et broussailleux, large d'un doigt. Là-dessous flambaient deux yeux sombres et méchants, si bien enfouis en la cavité de leurs orbites qu'on les y pût croire enfoncés à coups de poing.
Une très forte moustache hérissée, des dents de loup, et au menton, des poils follets d'une couleur indécise, ressemblant furieusement à du poil de queue de vache jaune sale.
Athlète trapu et ramassé, suant le poil jusque par les oreilles, il tenait un peu du gorille, dont il avait le bras long et velu, et la mâchoire à broyer des cailloux, et aussi du macaque toujours prêt à massacrer et à manger ensuite quiconque s'en approche à bonne portée. Il rappelait ces deux types par l'exiguïté du crâne, la sournoiserie du coup-d'oeil, la cuisse courte tendant l'étoffe de la culotte.
Lorsque le tour de l'avocat de la défense arriva, il examina son témoin avec méfiance. Celui-ci lui rendit sa politesse de la même manière.
—Vous êtes bien Baptiste Courtemanche?
—Oui
—Savez-vous lire?
—Non
Les oui et les non se succédèrent ainsi pendant plusieurs minutes. Enfin, Olaüs, avec le plus grand sang-froid possible, lui dit:
—Racontez à la cour ce que vous connaissez de la nouvelle route.
—J'avais attelé un ch'val violent su' mon "berlot" neu', et j'm'en allais à Rawdon, tout seul dans ma voiture. Faut vous dire que quand l'eau est haute, ça forme des inondations flambantes et des incendies d'eau impossibles à contrôler; quand il neige par là-d'ssus, ça fait des cahots, l'guabe m'en put, de trois pieds d'bas; rendu en haut de la côte, et avant d'descendre, j'arrête mon ch'val et je r'garde la route. Presqu'en bas, y avait un cahot effrayant. C't'égal, j'lâche ma bête en m'disant: J'passerai ben. Mon ch'val arrive à c'cahot, se jette dedans, et en essayant de remonter, y casse mon travail et y file comm' s'il avait eu l'feu au darrière. Moé, j'tombe, et j'me défonce quasiment. J'ai sacré ane escousse, parc'que j'su' pas patient et j'me sus rendu à pied jusqu'à la première maison.
—Attendez un peu, et répondez à une autre question très importante. N'est-ce pas là que Ponce-Pilate a perdu son batte-feu?
—Oui, ça doit êt' là! ça doit êt' là! ça doit êt' là!
En flattant la vanité des gens, on peut leur faire commettre les sottises les plus grandes possibles.
UNE MALADIE CUTANÉE
Dans une famille d'un faubourg de Montréal une de ces bonnes Canayennes de l'ancien temps, comme on n'en fait plus de nos jours, est sur un lit de douleur et se gratte la fesse droite d'une manière désordonnée, en proie à une maladie de peau qui la fait geindre horriblement.
Cinq ou six commères des environs, venues pour la consoler et compatir à ses peines, profitent de l'occasion pour jaser à qui mieux mieux sur ce cas extraordinaire, et font des commentaires sur cette maladie.
—On a dit que c'était la gratelle, dit l'une.
—Le docteur est-il venu? remarque une autre.
—Oui; il vient de partir.
—Quoi-ce qu'il a dit?
—Ben, il a dit comm' ça que c'était une maladie cutanée.
—Ah ben! c'est pas ben, ben étonnant, elle a élevé quatorze enfants.
Alors une des commères, qui n'avait encore rien dit et qui était bien dans la soixantaine:
—Ah binche! En v'là ane affaire! Moé, j'ai soixante ans passés, j'en ai élevé dix-neuf, j'sus veuve aujourd'hui, mais si j'trouve à me r'marrier, j'sus "parée" à r'commencer.
—On parle de monter "Chanteclerc" à Montréal.
À ce sujet un vieux débris de la vieille garde théâtrale, qui a traîné sur les planches de tous nos théâtres français, faisait cette réflexion:
—Oh! moi, je suis prête à me sacrifier encore une fois, et je remplirai avec plaisir le rôle de la faisane. —Ce sera une faisane faisandée, remarque une de ses bonnes petites amies.
À Québec:
On a signalé à la Société Protectrice des Animaux un abus qui nous intéresse tous. Un individu est surpris, par un des membres de la Société, frappant sans pitié une pauvre rosse:
—Pourquoi battez-vous cette bête?
—Pour la mener plus vite au port où l'attend le bateau de Montréal?
—Qu'en fera-t-on à Montréal?
—De l'extrait de boeuf.
LE TÉLÉPHONE
À l'époque dont je vous parle, c'était dans les premiers jours de la téléphonie. Mon ami Buies était rédacteur du Pays, avec MM. Napoléon Aubin et Auguste Achintre, trois rudes plumes, comme ceux de cette date le savent. Napoléon Bienvenu, qui devait prendre plus tard la direction du National, entrait dans la carrière. Quoique possédant des talents incontestables, et surtout une mémoire prodigieuse, il était lourd et ne pouvait percevoir de suite la portée des choses. Il s'informa auprès de Buies de cette nouvelle invention qui devait bouleverser le monde. Celui-ci se lança dans une dissertation scientifique à perte de vue.
—Vous savez, Bienvenu, ce phénomène que vous constatez n'a pas encore donné tous les résultats qu'on en attend. Mais, même aujourd'hui, c'est un vol commis envers la Divinité; c'est une parcelle du pouvoir céleste que personne ne comprend bien encore, mais, la science aidant par la suite des siècles, on finira bien par découvrir le principe de cette force inconnue dont on ignore aujourd'hui l'origine. Dans l'intervalle on ne peut faire autre chose que de constater le fonctionnement de cette machine merveilleuse. Si vous voulez bien me le permettre, je vais vous faire une démonstration ad rem que vous saisirez facilement, tant elle est simple. Nous allons supposer un chien dont les pattes de devant seraient appuyées sur l'un des quais à Montréal, et celles de derrière sur le quai de Longueuil. Vous marchez sur la queue de l'animal et il aboie à Montréal. Voilà ce que c'est que le téléphone.
—Je vous demande pardon, M. Buies, il n'y a pas de chien long comme ça!
LA BALANCE À PIERRE
Pierre Matte est un boulanger résidant dans une paroisse du Nord. Il a parmi ses clients un nommé Joseph Latulippe, un habitant qui a plusieurs vaches et qui vend le beurre qu'il fait parmi les gens du village. Ce dernier ne paie jamais de pain au boulanger, mais en revanche il lui fournit du beurre par paquet de trois livres chaque fois qu'il en a besoin.
Cet échange durait depuis plusieurs années, et il n'y avait jamais eu de règlement de compte entre les deux copains qui se traitaient en amis. Le boulanger avait un petit air narquois qui l'agaçait beaucoup. Il cherchait un moyen de lui remettre ce procédé inqualifiable.
En dehors de cette légère circonstance, Pierre faisait toujours preuve d'une politesse exagérée envers son vieux camarade, qui lui rendait la pareille. Ils avaient grandi côte à côte, continuant à s'estimer réciproquement. Cependant Joe était toujours à la recherche d'un moyen de scier Pierre sans qu'il pût s'en formaliser.
Un bon jour il crut avoir trouvé le joint et il résolut de mettre de suite son projet à exécution. La première fois qu'il rencontra son ami, il l'arrêta et lui dit ceci:
—Mon ami Pierre, tu voudras bien m'permettre une remarque que j'fais sans mauvaise intention. C'n'est pas pour te blesser que j'vais t'dire ça, mais y a longtemps qu'ça m'chicote, et j'voulais te l'dire plus vite, mais ça m'coûtait trop, de peur de t'faire d'la peine. Mais tu sais, j'sus ben patient, et je n'voulais pas briser nos relations amicales. Ton pain pèse pas l'poids.
—Vrai? Ben, ça m'étonne pas, parc'que tu sais ben que j'ai pas de balance.
—Comment fais tu ton compte pour pas t'tromper su' l'poids d'ta marchandise?
—C'est ben simple. J'ai planté un piquet
et j'ai mis une barre en travers, comm'ça; j'ai
pris ensuite des ficelles que j'ai attachées à
deux espèces de soucoupes, comm'ça. Mon
pain est supposé peser trois livres, ton paquet
d'beurre, aussi. Quand je r'çois ton beurre, je
l'mets dans une des soucoupes, et j'mets l'pain
dans l'autre. Ça balance toujours. Tu vois
qu'c'est ben simple.