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Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866 cover

Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866

Chapter 44: MESSAGE
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About This Book

A posthumous collection gathers short stories, narrative sketches, and lyric poems presented with dedications and a mourning parental letter that frames the volume. The pieces range from playful, self-aware verse to anecdotal tales addressed to young readers, mixing wit and tenderness. Recurring threads include youthful aspiration, love and coquettish humor, meditation on grief and immortality, and an intimate voice that alternates confession, irony, and lyrical description. The arrangement emphasizes variety, showcasing both polished poems and fragmentary drafts that reveal the author's sensibility.

DANS LA FORÊT

  Bois où l'Automne se courrouce,
  Et, dans les sentiers gracieux
  Étend sa rouille sur la mousse!
  Brises dont la plainte est si douce
  Qu'elle semble venir des cieux!

  Sombres écueils! roches antiques!
  Vous qui bravez les océans!
  Vous que les vagues atlantiques
  Ont, dans leurs fureurs fantastiques,
  Découpés en profils géants!

  Et vous, cieux où l'aube étincelle,
  A l'heure où la lune s'endort,
  Dites-moi s'il est, brune ou blonde,
  Une belle plus belle au monde
  Que ma maîtresse aux cheveux d'or?

Étretat, Décembre 1860.

MESSAGE

  Allez vers elle, fleurs chéries,
  Allez, et ne trahissez pas
  Ces mots que dans mes rêveries
    Ma bouche dit tout bas.

  Ne lui dites pas, indiscrètes,
  Combien de désirs insensés
  Cachent sous mes regards glacés
    Leurs flammes inquiètes.

  Ne lui dites pas qu'en tous lieux
  Mon coeur la suit à tire-d'aile,
  Que les rayons de ses grands yeux
    Me font frémir près d'elle;

  Cachez-lui qu'un mot de sa voix
  Trouble mon oreille ravie,
  Et que je donnerais ma vie
    Pour mourir sous ses lois.

  Qu'elle ignore, la grande dame,
  Que je l'aime au point d'en mourir,
  Quand ma bouche, étouffant mon âme,
    Froidement sait mentir;

  Lorsque dans sa chambre où, sans cause,
  Je deviens timide et tremblant,
  Tous deux, d'un ton indiffèrent,
    Nous parlons d'autre chose.

  Quand elle fait, par ses accents,
  Sur la scène où chacun l'admire,
  Haleter la foule en suspens
    Par son divin sourire,

  Dans un coin, pensif, inconnu,
  Qu'elle ignore, la grande artiste,
  Combien celui-là seul est triste
    Qu'un beau rêve a perdu!

  Ne lui dites pas que je l'aime,
  Ni combien il m'en a coûté
  Pour comprimer mon coeur blessé
    Qui criait en moi-même!

  Ne lui dites pas que je meurs
  Et que c'est elle qui me tue,
  N'ayant pas soupçonné mes pleurs
    Dans mon âme éperdue.

  Pourquoi faut-il l'avoir connue,
  Puisque j'en devais tant souffrir?
  N'eût-il pas mieux valu mourir
    Avant de l'avoir vue?

  Maudit soit le jour où mes yeux
  Ont vu ces traits si pleins de charmes,
  Puisqu'inutiles sont mes voeux
    Et vaines mes alarmes!

  Gardez bien mon triste secret;
  Si vous lui parliez de ma peine,
  Qui sait, avec son air de reine,
    Ce qu'elle en penserait?

Paris, Janvier 1860.

A MA MÈRE

  Où sont-ils, mes chagrins d'enfant,
  Grandes peines vite oubliées,
  Aux larmes si vite essuyées
  Que je riais en même temps?

  Comme elles sont loin, les soirées
  Que nous passions en attendant
  Mon père! O mes heures dorées!
  Tu disais: «Quand tu seras grand!…»

  J'ai grandi. Le temps d'un coup d'aile
  Jette au vent bien des rêves d'or:
  J'ai souffert et je souffre encor.

  Mais j'ai dans mon âme immortelle
  Senti que Dieu me laisse encor
  Ma mère, et que j'ai tout en elle.

Paris, Février 1861.

A MA MÈRE

  Un an passé, mère, qu'un beau matin,
  Enfant par l'âge et vieux par la tristesse,
  Malade, usé, las de vivre sans cesse
  Et de trouver l'ennui sur mon chemin,

  En souriant à mon nouveau destin,
  Je vins ici chercher dans ta tendresse
  Pour mon coeur froid la chaleur de ta main,
  Dans ton amour l'abri de ma faiblesse;
  C'est près de toi, pour la première fois,
  Que j'ai connu la douceur de sa voix,
  Que le bonheur a passé sur ma route.

  Je vais partir. Qu'importe? j'ai vécu.
  Qu'il soit béni, malgré ce qu'il en coûte
  Pour le pleurer après l'avoir perdu!

Alger, 5 février 1862.

A MON AMI PAUL E.. G..

  Paul, as-tu quelquefois, dans tes jours de tristesse,
  Senti passer en toi quelque gai souvenir?
  Et n'as-tu pas alors, à travers ta détresse,
  Songé combien le charme en est doux à sentir?

  Moi j'y pensais ce soir, laissant mon feu mourir;
  J'errais dans ce passé qui me revient sans cesse.
  Je songeais qu'il est loin, et, sans qu'il y paraisse,
  Que voilà plus d'un an que tu m'as vu partir.

  Puis je rêvais encore, et dans la cheminée
  Suivant des yeux la bûche à demi consumée,
  Je comparais ma vie à ce feu pâlissant.

  Et je songeais, mon cher, à notre douce vie,
  A ce qu'un souvenir a de mélancolie,
  Et qu'il est doux aussi de vieillir en s'aimant.

Alger, mardi soir, 25 février 1862.

A MADAME V***

  Puisqu'il vous faut six mois pour être mon amie,
  Avez-vous bien songé, quand vous me les disiez,
  A ce que ces deux mots ont de mélancolie
  Et de douceur aussi? Tandis que vous parliez,

  Il me semblait à moi que c'est une folie
  Et que pour la prévoir, quoi que vous en pensiez,
  Il faut que l'amitié soit un peu ressentie,
  Et, même à votre insu, que vous en éprouviez.

  Laissez-moi l'espérer; car après tout, madame,
  S'il n'en est rien, ces vers que vous me demandiez,
  Je voudrais bien savoir ce que vous en feriez.

  Mais six mois! Jusque-là que faire de mon âme?
  Ah! songez que mes maux seraient tous oubliés
  Et mes chagrins finis demain, si vous vouliez!

Alger, Mars 1862.

A MADAME A***

—ENVOI DE ROSINE ET ROSETTE

  Ce conte fut écrit sous un climat doré
  Où nous avons vécu dans un site adoré,
                Près de ma mère;
  Où vous m'avez soigné comme elle, de longs jours,
  Adoucissant pour moi le mal, qui fait toujours
                La vie amère;

  Où vous m'avez guéri, toutes deux de moitié,
  Où mon âme vivait, dans sa double amitié
                Tout endormie;
  Où d'être aimé deux fois j'ai senti la douceur,
  Car elle était ma mère, et vous étiez ma soeur
                Et mon amie.

  Et maintenant, le rêve adorable me suit.
  Je revois ce rivage où l'on entend, la nuit,
                Gémir la lame,

  Et j'écoute pleurer, comme un chant qui s'émeut,
  Le souvenir si doux, hélas! que rien ne peut
                M'ôter de l'âme!

Paris, Juin 1862.

A FÉLIX M***

  Ainsi, mon cher ami, nous voilà vieux, malades,
  Ennuyés, sérieux, mélangeant notre vin,
  Toi souffrant, moi rimeur, en un mot, très-maussades,
  Alea jacta est … et je parle latin!

  Qui m'aurait dit cela lors de nos sérénades
  Sous les balcons d'Aline, et de nos escapades
  La nuit, dans mon quartier, alors que, le matin,
  Nous nous apercevions que le sommeil est sain?

  Plus j'y songe, vraiment, et plus je me désole
  Que, pour de bons amis, un pareil temps s'envole,
  Puisque l'amitié reste et qu'elle doit grandir.

  Et, comme j'y pensais en ouvrant cette page
  Pour y mettre ces vers, je songeais qu'à notre âge
  C'est un bien d'être unis et de se souvenir.

Paris, Juin 1862.

A MON PÈRE

  Grâce au titre un peu plaisant,
  Un peu plaisant qu'on me prête,
  Puisque me voilà poëte,
  Hélas! poëte, à présent!

  O ma muse, allez-vous-en,
  Allez-vous-en, et la fête
  Que nous fêtons sera faite,
  Sera faite plus gaiment;

  Ou chargez-vous de lui dire
  Qu'il me garde son sourire
  Gai comme un soleil de mai.

  Car il n'est de poésie
  Au monde, ni d'ambroisie
  Qui vaille un sourire aimé.

Paris, 25 Août 1862, jour de Saint-Louis.

A MADAME L.. B..

—SUR UN EXEMPLAIRE DES ÉMAUX ET CAMÉES

  Vous vous trompez, je vous le jure,
  Si vous croyez ce rondeau-ci
  Fait d'onyx ou d'émail aussi:
  Car Gautier seul achève ainsi
  Des merveilles de ciselure.

  Mais si je signe: «Votre ami,»
  N'allez pas, je vous en conjure,
  Me dire, en songeant à demi:
      «Vous vous trompez.»

  Car, selon moi, si jusqu'ici
  Vous avez cru qu'une parure,
  (Fût-ce un camée en pierre dure,
  Fût-ce un émail de Rudolfi),
  Vaut un ami dont on est sûre,
  Vous vous trompez.

Paris, Avril 1862.

ADIEU

  Adieu! mon âme t'a suivie,
  Pareille à la fleur endormie
  Qu'en passant cueille le zéphir.
  Avec toi, j'ai senti partir
  Encor un lambeau de ma vie.

  Adieu, toi qui crois en partant
  Qu'un déchirement d'un instant
  N'a pas de mortelles alarmes;
  Toi dont les yeux remplis de larmes
  Étaient si doux en me quittant.

  Adieu, toi qui dans la nuit sombre,
  Sur ce lit, vide maintenant,
  A travers nos baisers sans nombre
  Murmurais follement dans l'ombre
  Ces mots que le coeur seul entend!

  Adieu, toi dont l'épaule nue
  A tant de fois caché mes pleurs!
  Je verrai toujours tes pâleurs
  Devant ma tristesse inconnue.

  Tu t'en souviens, du mal sans nom
  Dont tu t'effrayais sans raison,
  Lorsqu'il me prenait sur ta couche;
  Ces accès-là me reviendront,
  Et les pleurs qu'ils me coûteront
  Ne s'éteindront plus sur ta bouche.

  Quel est donc ce frisson subit
  D'une fièvre incompréhensible?
  Que me veut cet être invisible
  Qui vient s'asseoir près de mon lit?

  Quelle est cette voix qui m'appelle
  Et qui me fait pâlir d'effroi?
  D'où vient-elle? que me veut-elle?
  Pourquoi cette pâleur mortelle
  Dès que je l'entends près de moi?

  Pourquoi suis-je sous son empire?
  Pourquoi sans cesse? Ah! malheureux!
  C'est quand je ne veux plus maudire:
  Soudain, au milieu d'un sourire,
  Je sens mon coeur qui se déchire
  Sous l'étreinte d'un mal affreux.

  Et si, pour tromper cette fièvre,
  J'étreignais ton corps adoré,
  A peine l'avais-je effleuré
  Que sur ton front décoloré
  Je sentais se glacer ma lèvre.

II

  Je me souviens surtout d'un soir.
  J'étais d'une tristesse affreuse;
  Sur l'oreiller, nue et rêveuse,
  Tu le soulevais pour t'asseoir:
  Tout à coup, sortit du ciel noir
  Comme un spectre au fond d'un miroir,
  La lune blafarde et peureuse.
  Je n'y puis songer sans te voir
  Dans cette pâleur lumineuse,
  Immobile et silencieuse
  Devant mon sombre désespoir.

  Je voyais ta douce figure
  Pâle et muette de terreur;
  Je contemplais avec stupeur
  Ton expression morne et pure,
  Et cela me brisait le coeur
  De voir pleurer sur ta blancheur
  Les ondes de ta chevelure.

  Quel est ce démon acharné,
  Cette voix qui jamais ne change?
  On dirait l'ombre d'un damné
  Qui me poursuit et qui se venge.
  Est-ce un fantôme inanimé?
  Un spectre dont je suis aimé?
  Ou plutôt quelque mauvais ange
  Auquel je suis abandonné?
  Rien ne peut lui donner le change.
  Quel est-il donc, ce mal étrange
  Qui ne m'a jamais pardonné?

  Mais, durant ces nuits de folie,
  Souffrant de ces maux inconnus,
  Dans la blancheur de tes bras nus
  Je cachais ma tête pâlie;
  O vision ensevelie!
  Je sens à ma mélancolie
  Que je ne te reverrai plus.

  Adieu! le Destin nous égare:
  Pourquoi partir quand tu m'aimais?
  Le coup de vent qui nous sépare
  Va nous séparer pour jamais.

  Dans un mois, ou dans une année,
  Si tu songes à nos amours
  Sans en avoir l'âme troublée:
  Par une belle matinée,
  Pense à cette heure désolée,
  La dernière de nos beaux jours!
  Car cette heure, à peine envolée,
  Tu la regretteras toujours!

  Adieu! pense au cri de détresse
  Que mon coeur te jette en partant.
  Adieu, ma vie et ma maîtresse,
  Adieu! songe à notre tendresse,
  Songe à notre dernier instant!

  Adieu! sois heureuse et m'oublie.
  Que Dieu te guide par la main!
  Et que douce te soit la vie,
  Comme le soleil d'Italie
  Qui nous souriait ce matin!

  Oublions-nous, quoi qu'il advienne!
  L'éternité qui va s'ouvrir,
  Qu'elle soit païenne ou chrétienne,
  Passera sans nous réunir.
  Dieu m'aurait dû faire mourir
  Lorsque ta main serrait la mienne.
  Hélas! j'ai peur du souvenir.

  O souvenir! volupté sombre,
  Source de désespoirs sans nombre,
  Qu'un autre te célèbre encor!
  Moi je te crains! Tu n'es qu'une ombre
  Et toute ombre rappelle un mort.

  Tu n'es qu'un compagnon perfide
  Qui nous empêche de guérir,
  Souvenir! ô spectre livide,
  Qui n'es bon qu'à faire souffrir!

13 Juillet 1863.

LE RÊVE

I

  Elle m'a fait une marque
      Sur le front;
  Les siècles y passeront.
  Chaque rive où je débarque
      M'apparaît
  Sombre comme une forêt,

  Comme une forêt détruite
      Que le vent
  Tourmente éternellement.

  C'est une terre maudite,
      Et mes yeux
  La retrouvent en tous lieux.

II

  J'entends des voix gémissantes,
      Et ne vois
  Que le vide autour de moi,
  Et leurs plaintes menaçantes
      Font un choeur
  Qui me déchire le coeur.

  On dirait des funérailles
      Dont le bruit,
  Qui vient traverser la nuit
  Semble sortir des entrailles
      D'un enfer
  Qui se serait entr'ouvert.

  C'est comme un chant monotone
      Que les morts
  Viennent chanter sur leurs corps,
  Ou le glas lointain qui sonne,
      Désolé,
  De quelque monde écroulé.

Mont-Riant, Février 1864.

A MA MÈRE MALADE

  Ces trois fleurs, ma pauvre mère,
  Font un bouquet bien petit;
  Mais au Christ, que ta main chère
  A pendu près de ton lit,
  Leur nombre est une prière.

  Il commence par la Foi
  Et finit par l'Espérance;
  Ainsi, nous prions pour toi,
  Tous les trois d'intelligence:
  Mon père, mon frère et moi.

  Triste ou gai, le temps s'efface,
  La neige s'évanouit
  Au premier soleil qui passe.
  Pour nos peines, vienne ainsi
  Quelque beau jour qui les chasse.

Mont-Riant, 5 Février 1861, jour de Sainte-Agathe.

L'OUBLI

  Ce chercheur d'oubli
  S'exprimait ainsi:

  J'éprouve un souci
  Rien inexplicable:
  Je cherche en vain si,
  Dans ce monde-ci,
  Le plus désirable
  Des biens que Dieu fit,
  C'est de boire à table
  Ou dormir au lit.

  Quand je bois, j'oublie
  Jusqu'à ma folie,
  Et je suis heureux;
  Quand je dors, l'envie
  De boire est partie
  Et je perds la vie
  En fermant les yeux.

  O fièvre bizarre!
  Fou raisonnement!
  Dans ce double aimant,
  Mon esprit s'égare
  Régulièrement;
  Et, je le déclare,
  Je ne sais vraiment
  Si c'est en buvant
  Ou bien en dormant
  Que l'oubli s'empare
  De moi plus gaîment.
  Et, plus je compare,
  Plus, à tout moment,
  Ma raison s'effare
  A chercher comment
  Ce doute charmant
  Peut m'être un tourment.

  Le sommeil, c'est l'ange
  Qui veille sur moi:
  Le sommeil me venge
  De n'être ni roi,
  Ni pape et, ma foi!
  De n'être que moi.
  Quand je bois, tout change
  Si je veux, je crois
  Être agent de change.
  Dans ce que je vois,
  Tout va, tout m'arrange;
  Tout ce que je bois
  M'est d'un charme étrange.

  Le vin, c'est l'oubli,
  Mais, je le confesse,
  Le sommeil aussi.
  L'un est la paresse
  Et l'autre l'ivresse.
  Leur double caresse
  Est enchanteresse,
  Et dans ma détresse,
  Je flotte en esprit
  De la table au lit.

  Et rien ne peut faire
  Que, pour en finir,
  Des biens de la terre,
  Malgré mon désir,
  Je sache saisir
  Lequel je préfère
  De boire ou dormir.

Mont-Riant, Février 1864.

LE MYOSOTIS

—A MON PÈRE—

  Dis-moi, la connais-tu, la fleur que je préfère?
  Celle qu'au bord de l'eau je cueille avec mystère
        Dans le sentier perdu;
  Celle qui, dans l'instant où, rêveur, je l'admire,
  Tantôt me fait pleurer, tantôt me fait sourire,
        Dis-moi, la connais-tu?

  Ce n'est pas cette fleur orgueilleuse et coquette,
  Le dahlia hautain qui redresse la tête,
        Envieux et jaloux;
  Superbe parvenu qu'un parterre vit naître,
  Et qui n'orna jamais la modeste fenêtre
        D'un poëte humble et doux.

II

  C'est le myosotis, la fleur douce et pensive,
  Étoile du gazon scintillant sur la rive,
        Rayon du souvenir
  Par qui l'amer regret se change en espérance
  Et dont l'azur promet au coeur gros de souffrance
        Un céleste avenir.

  Trésor des coeurs aimants, combien tu nous rappelles
  De vierges comme toi pâles, jeunes et belles,
        Épouses du tombeau!
  Tu fais revivre un nom parfumé d'ambroisie,
  Un nom cher à l'amour, cher à la poésie:
        Hégésippe Moreau.

  Père, c'est le présent que mon amour t'apprête;
  De mon coeur à ton coeur il sera l'interprète
        Le plus digne de foi;
  Sous des cieux étrangers m'accompagnant sans cesse,
  Ce talisman dira, stimulant ma tendresse:
        «Enfant, rappelle-toi.»

Margency, 25 Août 1864.

COLLOQUE D'AUTOMNE

LE POËTE.

  Tel, dominant le cerf qui brame,
  Le vent pleure dans les bouleaux:
  Tel le tumulte de mon âme,
  Pareil à celui de ces flots,
  M'agite, et le fracas des lames
  Couvre le bruit de mes sanglots.

  Mer, toi dont le charme est sévère
  Comme sévère ta splendeur,
  J'aime ta beauté large et fière
  Qui se mesure à la grandeur
  De ton calme au chant séducteur,
  Comme à celle de ta colère.

  J'aime ton orgueil de géant
  Et ta puissance révoltée,
  Et ton désespoir effrayant
  De te voir soudain arrêtée:
  Toi qui semblais illimitée,—
  Contre qui nul frein n'est puissant.

  Déferlez, vagues bondissantes!
  J'aime vos clameurs menaçantes;
  Roulez sous le vent qui vous tord.
  Votre voix, comme un bruit de mort,
  Domine, à travers la tourmente,
  La foudre qui gronde moins fort.

  J'aime à voir vos houleuses crêtes
  Que l'ouragan roule et blanchit.
  Ainsi l'on doit voir dans la nuit,
  Surpris dans ses nocturnes fêtes,
  S'enfuir au souffle des tempêtes
  Un troupeau sinistre et maudit.

  Je me berce à vos cris de rage,
  O flots tumultueux et fiers;
  Soit que vous alliez sur la plage
  Rejaillir en flocons amers,
  Ou sur des rocs noirs et déserts
  Vous briser loin de tout rivage.

  Pleure sur les écueils, ô flot!
  Ta souffrance est le seul écho
  Dont le cri réponde à la mienne.
  Ton chant me berce dans ma peine
  Et mon âme en désordre est pleine
  De ton tumultueux sanglot.

  Ta voix est d'autant plus puissante,
  Ta colère, plus menaçante,
  Et ton cri, plus terrible encor
  Qu'il meurt de son suprême effort:
  Et ta vague, qui se lamente,
  Jette, en pleurant, son cri de mort.

  Mer, ta grandeur est éternelle,
  Mais ton flot meurt quand il gémit.
  Tel mon coeur tremblant, qui frémit
  Avec une angoisse mortelle
  Mourra, comme ce flot rebelle,
  Du cri qu'il jette dans sa nuit.

L'ESPÉRANCE.

  Arrête, ô toi qui, dans la nuit profonde,
  Remplis l'écho du chant de tes douleurs!
  Pour tant souffrir, es-tu donc seul au monde?
  Verse en mon sein la peine qui t'inonde:
  Je t'ai compris et j'accours à tes pleurs.
  Enfant, dis-moi le mal qui te déchire.
  Il n'en est pas sans doute qui soit pire,
  Car, à travers tes pleurs et ton délire,
  Tu blasphémais et tu parlais de mort.
  Je viens à toi. Courage, ô mon poëte!
  Ne vois-tu pas, là-bas, cette mouette?
  Son aile est blanche et joyeux son essor.
  Ne vois-tu pas cette étoile nacrée
  Qui fend la nue à peine déchiree,
  Et cette voile, un instant éclairée,
  Qui fuit, s'abaisse et reparaît encor?

LE POËTE.

  L'étoile à disparu. La mouette effarée
  S'est enfuie en poussant de lamentables cris.
  Le vaisseau s'est perdu dans l'obscure nuée:
  Je crois qu'il a sombré, car ma vue égarée,
  Aux lueurs des éclairs, sur l'onde tourmentée,
  Aperçoit par moments de sinistres débris.
  Qui que tu sois, fantôme ou vivant qui m'appelles!
  Ta voix est douce et grave, et mon coeur te bénit.
  Mais il est des douleurs profondes et cruelles,
  Qui ne guérissent plus au contact d'un ami.
  Que viens-tu faire ici, par cette nuit obscure?
  Si c'est pour moi, retourne et fuis-moi désormais.
  J'aurais voulu t'aimer, car ta parole est pure:
  Mais je garde en mon coeur une telle blessure,
  Que, jusque dans la mort, le mal qui me torture
  Fera saigner mon âme et ne mourra jamais.

L'ESPÉRANCE.

  Il n'est point de souffrance au monde
  Qui soit si grande et si profonde.
  Que rien ne la puisse guérir.
  Il n'est de blessures mortelles
  Dont le temps, sur ses vastes ailes,
  N'emporte jusqu'au souvenir.
  Viens, enfant, calme ton délire.
  Je connais ton cruel martyre;
  Mais je suis l'Ange au doux sourire:
  Avec moi tout peut rajeunir.

LE POËTE.

  Ange! qui donc es-tu, toi, dont la voix sonore,
  Comme un souffle de Dieu, murmure dans la nuit?
  Tu parles de sourire? Ah! pour sourire encore,
  Ignores-tu le poids du mal qui me dévore?
  C'est un feu qui me brûle et partout me poursuit.

L'ESPÉRANCE.

  Enfant, cède à ma prière.
  Surmonte ta peine amère;
  Je saurai te consoler.
  A celui qui désespère
  Ma présence est douce et chère;
  Cesse de te désoler.
  L'homme m'appelle Espérance.
  Je suis soeur de la Souffrance:
  Il n'est de douleur immense
  Que je ne sache calmer.

LE POËTE.

  Fille des cieux, retourne à celui qui t'envoie.
  Mon âme à tout jamais s'est repliée en soi.
  Parmi les souvenirs où mon être se noie,
  Mon coeur désespéré n'entrevoit plus de joie.
  Mon âme est sans espoir, et mon esprit sans foi.
  Va! poursuis ton chemin, et donne, sur la route,
  Ta main et ta jeunesse à celui qui t'écoute
  Sans redouter encor d'être trompé par toi.
  Pour moi, la Solitude accompagne ma vie:
  Mère du doute et soeur de la Mélancolie.
  Les destins sont écrits et mon coeur suit sa loi.

L'ESPÉRANCE.

  Adieu! puisque tu me repousses.
  Je pars et pleure en te quittant.
  J'aurais voulu rendre plus douces
  Les angoisses de ton néant.
  Adieu! Si ta voix me rappelle,
  Par hasard, un jour de malheur,
  Tu me retrouveras fidèle;
  Car je te suis à tire-d'aile,
  Et je t'aime comme une soeur.

L'OUBLI.

  Je suis l'Oubli. Silence,
  Mer! apaise ton flot
  Comme un lointain sanglot
  Qui soupire en cadence.
  C'est l'ordre de là-haut.
  Envolez-vous, nuages,
  Bise, remonte au Nord;
  Sombre esprit des naufrages,
  Que ton souffle de mort
  Se disperse. Ravages,
  Disparaissez. Toi, mer,
  Prends ces corps aux yeux caves;
  Engloutis tes épaves
  Au fond du gouffre amer.
  Voici l'Oubli qui passe:
  Que la plus faible trace
  Se dissipe et s'efface
  Au jour qui va venir.
  Couvrons de mon mystère
  La divine colère.
  Qu'il n'en reste à la terre
  Pas même un souvenir.
  J'entends, près de la plage,
  Deux voix s'entremêler.
  Est-ce un couple volage,
  Sur le bord du rivage,
  Échangeant un baiser?
  Tous deux vont oublier,
  S'ils sont sur mon passage.
  Mais je n'entends plus rien
  Qu'une timide plainte.
  C'est la voix presque éteinte
  D'un sylphe aérien.

LE POËTE.

  Une brise plus fraîche a dissipé la nue;
  Comme un essaim troublé, l'ouragan s'est enfui;
  La lune, encor voilée, apparaît, demi-nue.
  C'est étrange. On dirait qu'une force inconnue
  A dispersé soudain les horreurs de la nuit.
  Quel est ce bruit qui vient de réveiller la grève?
  Une voix inconnue a traversé les airs:
  Qui donc, à pareille heure, est en ces lieux déserts?
  Mais non, je me trompais. Nul accent ne s'élève.
  Personne…. Je suis seul au bord des flots amers,
  C'est une vision qui passe comme un rêve.
  Pourtant, qu'entends-je encore? On parle cette fois.
  Je ne distingue rien, malgré le clair de lune;
  Mais la brise de nuit, qui souffle de la dune,
  M'apporte jusqu'ici l'écho de cette voix.
  Ce n'est point là le son d'une parole humaine;
  Elle est impérieuse et douce en même temps.
  A travers quelques mots que je distingue à peine,
  J'entends confusément que cette voix lointaine,
  D'un timbre doux et clair, commande aux éléments.
  Sitôt qu'elle a passé, partout naît le silence.
  Pourtant, de ce côté je crois qu'elle s'avance:
  Quel est-il, ce Génie errant, dont les baisers
  Rassérènent les flots, par son aile apaisés?
  Si c'est une ombre encor, ce n'est plus l'Espérance,
  Sa voix était moins brève.—Ange mystérieux,
  Qui descends sur la terre à l'heure où tout repose,
  Toi de qui la parole ordonne à toute chose!
  Dis-moi ton nom avant de remonter aux cieux.

L'OUBLI.

  Je suis le frère du Silence.
  Dieu me donne un pouvoir immense;
  Je répands l'éternelle nuit,
  Et je puis, du bout de mon aile;
  Effacer la trace mortelle
  Et de la Joie et du Souci.
  Mes compagnons sont le Mystère
  Et le Bruit, l'Ombre et la Lumière;
  Quant à moi, le Temps est mon père,
  Et je suis aussi vieux que lui.
  Je suis le sommeil de l'aurore,
  L'ivresse que le vin colore;
  L'homme me maudit et m'implore,
  Car je suis l'Ange de l'oubli.

LE POËTE.

  Sur mon passage, alors c'est le ciel qui t'amène.
  Avant de t'envoler, répands à coupe pleine
  Ton baume bienfaisant sur mon coeur en lambeaux.
  Ange, viens m'effleurer de ton aile si pure,
  Car je porte dans l'âme une large blessure
  Qui ronge ma poitrine, et sa rude morsure
  Fait éclater mon coeur et le brise en morceaux.

L'OUBLI.

  Ami, quel que soit le martyre
  Du supplice qui te déchire,
  Je ne puis aller avec toi.
  Pourquoi faut-il qu'en cette vie,
  Celui qui m'implore et supplie
  Ne puisse attendre rien de moi?
  Hélas! telle est ma destinée
  Que ceux dont la voix éplorée
  Du fond de leur nuit désolée
  M'appelle du soir au matin,
  Sont les seuls de qui ma puissance
  N'apaisera pas la souffrance.
  Laisse-moi passer en silence,
  Ami, j'obéis au Destin.

LE POËTE.

  Va donc…. Et maintenant du mal qui te harcèle
  Meurs, ô mon triste coeur, brisé par ton amour.
  Seigneur! ne vois-tu pas que ce coeur est plein d'elle,
  De celle qu'en tous lieux ma pauvre âme rappelle;
  Et que ce souvenir d'une amour immortelle
  Poursuit ton pauvre enfant sans trêve et sans retour?
  Dieu tout-puissant! quel est le destin qui me pousse?
  O mystère éternel! que viens-je faire ici?
  Meurs plutôt. Que ce soit la dernière secousse!

  Ah! cent fois mieux valait mon éternel ennui
  Qu'un amour qui me laisse une telle blessure!
  Mieux vaudrait le dégoût que le mal que j'endure,
  Mieux vaut n'aimer jamais que souffrir la torture
  Dont l'amour nous flagelle ou qu'il laisse après lui!

  Au moins, que cette amour, mon Dieu, soit la dernière!
  Qu'elle brise mon coeur en atomes si fins,
  Qu'il n'en reste pas même une trace éphémère!
  Et que le vent d'automne en chasse la poussière
  Devant la feuille d'arbre et l'écume légère
  Que son souffle, au hasard, sème par les chemins!

1864.

IMPRESSIONS DE VOYAGE

I

  Elle m'apparut, rasant l'eau,
  Dans le sillage du vaisseau.
  C'était le soir, elle était belle.
  J'avais vingt ans depuis un jour;
  Je compris qu'elle était l'Amour,
  Et je tendis les bras vers elle.

  Son sourire était caressant.
  Elle me fit signe en passant
  De la suivre à travers les ombres.
  Mais soudain je la vis pâlir,
  Pencher sa tête et s'engloutir
  Parmi la mer Blanche, au flots sombres.

II

  Quatre ans plus tard, sous d'autres cieux,
  Las de traîner, silencieux,
  Mon coeur et ses vaines alarmes,
  Un matin je la reconnus,
  Sortant des flots comme Vénus,
  Et riant à travers des larmes.

  D'un pied rêveur elle sillait
  L'onde, où son reflet vacillait
  Comme dans un miroir qui bouge.
  «Ton nom?» fis-je. Elle répondit:
  «L'Espérance!» et se confondit
  Avec l'azur de la mer Rouge.

III

  Plus tard encore, errant toujours,
  Plus las, plus seul qu'aux premiers jours,
  Je la retrouvai sur ma route.
  Mais son front, quoique jeune encor,
  Semblait triste jusqu'à la mort,
  Et portait les traces du doute.

  Elle rit d'un rire nerveux
  En secouant de ses cheveux
  Je ne sais quelles fleurs décloses;
  Puis, dans un sanglot, murmura:
  «Je suis ta Gloire!» et s'engouffra
  Dans la mer Bleue aux vagues roses.

IV

  Et plus tard enfin, une nuit,
  Rongé de fatigue et d'ennui,
  J'ai vu cette ange de détresse.
  Mais lors, pour la dernière fois,
  J'entendis sa mourante voix
  Qui me dit: «J'étais ta Jeunesse!»

  L'eau la berçait comme un beau lis.
  Sur sa gorge aux tons appâlis
  Du sang se mêlait à l'ivoire,
  Et je vis celle que j'aimais
  S'enfoncer morte et pour jamais
  Sous les flots verts de la mer Noire.

Mont-Riant, 18 Février 1865.

A MA MÈRE

  Mère, crois-moi, ces quelques vers,
  Si mauvais qu'ils puissent paraître,
  Te portent mes voeux les plus chers
  Et tout le meilleur de mon être.

  Et ce griffonnage moqueur
  Prouve, moralité profonde,
  Qu'on peut confier un bon coeur
  Aux plus méchants quatrains du monde.

Paris, 31 Décembre 1865.

A MON PÈRE

  Père, voici cinq ou six vers
  Écrits à tort et à travers.
  Si tu fais tant que de les lire,
  Dis-moi donc comment il advient
  Qu'un enfant qui t'aime si bien,
  Ne sache pas mieux te le dire.

Paris, fin Décembre 1865.

ENVOI

DE ROSINE ET ROSETTE, A ***

  Enfant au séduisant visage,
  Vous qui, d'un doigt rose, ouvrirez
  Ce volume, et qui le lirez
  Si vous en avez le courage,
  Rose blonde, quand vous verrez
  Votre doux nom sur cette page,
  A votre amant vous penserez.

  Ne me reprochez pas ce livre,
  C'est un méchant petit récit,
  Assez mal rimé, Dieu merci!
  Mais tel qu'il est, je vous le livre:
  Tâchez d'être bonne pour lui.

  Assez d'autres m'ont fait un crime
  De quelques vers trop sans façon.
  Vous qui m'avez pris ma raison,
  Que peut vous importer ma rime?

  Gardez ces vers en souvenir
  Du temps où nous étions ensemble:
  Jamais deux coeurs qu'un Dieu rassemble
  N'ont été plus prompts à s'unir.

Paris, Août 1865.

SOUVENIR DE MARGENCY

—A MON PÈRE—

  Mon père, il me souvient de cette heureuse enfance
  Qui s'écoulait pour nous entre ma mère et toi.
  C'est un frais souvenir: je ne sais pas pourquoi
      Depuis tantôt j'y pense.

  Involontairement je revois le chemin,
  Où j'allais, chaque soir, t'attendre, avec mon frère,
  Grimpés sur un vieux mur qui n'en pouvait plus guère,
      Pour te voir de plus loin.

  Je revois ce jardin en fleurs où notre mère
  Tâchait de se fâcher et n'y parvenait pas,
  Quand le vieux jardinier trouvait dans un parterre
      La trace de nos pas.

  J'évoque ce passé qu'un souvenir colore,
  Où la perte d'un nid était un grand revers.
  Je me revois enfant, libre, et courant encore
      Parmi les buissons verts.

  A présent je vieillis. Crois-moi, tout me le prouve.
  D'abord j'ai vingt-cinq ans sonnés depuis trois mois,
  Et puis d'où viendrait donc ce charme que je trouve
      A parler d'autrefois?

  Jamais un souvenir n'est exempt de tristesse.
  C'est comme un chant lointain, d'une étrange douceur,
  Qui nous berce un instant; mais, si doux qu'il paraisse,
      Il nous serre le coeur.

  Je sais le cas qu'il faut faire de ce mensonge,
  Qui prête aux jours enfuis comme un cruel éclat,
  Et cependant, ce soir, je l'accueille et je songe
        Aux jours de ce temps-là.

Paris, 25 août 1865.

A MON FRÈRE

  Charlot, pardonne-moi ces vers;
  Soit à l'endroit, soit à l'envers,
  Ils te diront que je t'adore.
  Et si, par cas, tu les as lus,
  Frère, crois-moi, n'y pense plus,
  Car ils te le diraient encore.

Paris, 12 Août 1865

EFFET DE LUNE

DANS LA MITIDJA
RIMES RICHES
—A THÉODORE DE BANVILLE—

  C'est l'heure où la ferme
      Ferme.
  Le Soir incertain
  Trace en découpures
      Pures
  L'horizon lointain.

  Une vapeur vaine
      Veine
  Le couchant blêmi,
  Et semble au bord d'une
      Dune,
  Un flot endormi.

  La nuit qui l'apaise,
      Pèse
  Sur l'homme qui dort,
  Et le ciel s'étoile,
      Toile
  D'azur aux points d'or.

  Cependant le tremble
      Tremble,
  Lorsqu'en voltigeant,
  Une folle brise
      Brise
  Ses feuilles d'argent.

  Quelque pauvre hère
      Erre
  Dans la Mitidja,
  Et, dans le silence,
      Lance
  L'air de Kadoudja.

  Dans la diaprée
      Prée,
  Du ruisseau mutin
  L'onde trébuchante
      Chante
  Son air argentin,

  Et l'herbe entr'ouverte,
      Verte,
  Frange ses réseaux,
  Où l'eau qui roucoule,
      Coule
  Parmi les roseaux.

  Le sol uniforme
      Forme
  Un tapis ouaté,
  Dont la ronce aride
      Ride
  L'uniformité.

  Là, le cactus perse
      Perce
  L'aloës en fleurs;
  La ronce jumelle
      Mêle
  Ses piquants aux leurs.

  Bien que leur ensemble
      Semble
  Au hasard éclos,
  Leur triple ramure
      Mure
  De pauvres enclos.

  L'Arabe en maraude
      Rôde
  Dans les alentours,
  Et suit de malignes
      Lignes,
  Pleines de détours.

  Sa marche est coulante,
      Lente,
  Et ne s'entend pas.
  Et le sinistre être,
      Traître,
  Guette à chaque pas,

  Afin qu'il évite
      Vite
  L'oeil du gabelou,
  Et, dans la broussaille,
      S'aille
  Cacher comme un loup.

  La lune d'opale,
      Pâle
  Dans les bleus sillons,
  Inonde la plaine,
      Pleine
  De pâles rayons.

  O lune blafarde,
      Farde
  Ton visage blanc;
  Tâche que ta face
      Fasse
  Un oeil moins tremblant!

  Ton air morne et grave
      Grave
  Au fond de mon coeur
  Ton grand trou livide,
      Vide,
  Au reflet moqueur.

  Pauvre astre impassible!
      Cible
  De tant de rimeurs!
  Est-ce de ce qu'on te
      Conte,
  Lune, que tu meurs?

  Leur lyre énervante
      Vante
  Ton disque jauni.
  Toi qui vois leur tâche,
      Tâche
  Que ce soit fini.

  D'une voix émue,
      Mue
  Par un faux humour,
  Est-ce toi qu'un homme
      Nomme
  L'astre de l'amour?

  Ta méchante corne,
      Qu'orne
  Ta jaune couleur,
  Est plutôt l'emblème
      Blême
  Qui porte malheur.

  Ta prunelle éteinte,
      Teinte
  D'un morose éclair,
  Semble une lanterne
      Terne
  Pendue au ciel clair.

  Quand la Nuit, sereine
      Reine,
  Tient l'homme abattu,
  Vers la solitaire
      Terre
  Que regardes-tu?

  La lumière adverse
      Verse
  Des rayons hagards.
  Lune, que t'importe?
      Porte
  Ailleurs tes regards.

  Va, pâle inconnue,
      Nue,
  Glisse au sein des nuits,
  Laisse notre immonde
      Monde
  Tout chargé d'ennuis.

  Glisse dans l'espace.
      Passe.
  Et, bouche sans voix,
  Sache avec mystère
      Taire
  Tout, ce que tu vois.

Paris, Mars 1866.

MANDOLINE

  J'ai pour unique amante
  Une fille charmante,
  A l'oeil profond et doux
  Comme un ciel andalous.
  —Quelque ennui me tourmente.

  Son tuteur subrogé
  N'a, certes, pas songé
  Que je pourrais peut-être
  Entrer par la fenêtre.
  —Je ne sais ce que j'ai.

  C'est un moyen pratique,
  Très-vieux, mais poétique
  Et qui, pour nos amours,
  Nous est d'un grand secours.
  —Je suis mélancolique.

  Que j'aime la rougeur
  De plaisir et de peur
  Dont rougit, quand j'arrive,
  Mon amante craintive!
  —J'ai du noir dans le coeur.

  Seigneur! qu'elle est jolie!
  J'en ai fait ma folie;
  Et sans elle, ici-bas,
  Je n'existerais pas.
  —Tout m'attriste et m'ennuie.

  Sa soeur a de grands yeux
  Bruns; mais les siens sont bleus.
  On ne sait trop laquelle
  Des deux est la plus belle.
  —Je suis très-malheureux.

  Et, deux fois la semaine,
  A l'église elle mène,
  Ange plein de douceur,
  Son tuteur et sa soeur.
  —Comment guérir ma peine?

  Ma main souffletterait
  Quiconque toucherait
  Un cheveu de la tresse
  De ma jeune maîtresse.
  —J'éprouve un mal secret.

  Le coeur me bat d'avance.
  Le soir, lorsque je pense
  Que va sonner pour nous
  L'heure du rendez-vous.
  —Quelle triste existence!

  Certes, j'aime à plein coeur
  Cette belle en sa fleur,
  Et l'amour de ma mie
  M'est plus cher que ma vie.
  —Mais … j'aime aussi sa soeur.

Paris, Avril 1866.

ROUTADE

  Décidément, la mort est belle.
  J'ai dix-neuf ans, et je m'en vais
  Me faire sauter la cervelle,
  Pour en finir à tout jamais.
  Celle que j'aime s'évertue
  A se cacher je ne sais où:
  L'ai-je rêvée ou l'ai-je vue?
  N'importe, il faut que je me tue,
  Pour qu'on sache que j'en suis fou.

  Ce n'est point par amour du drame;
  Mais enfin c'est original
  De se tuer pour une dame
  Que l'on a rencontrée au bal.

DÉCLARATION D'ÉCOLIER

—A CONSTANT COQUELIN—

I

  Madame, ayez la politesse
  De m'écouter, fût-ce un instant:
  J'ai quinze ans, sans qu'il y paraisse,
  Et je ne suis plus un enfant.
  Veuillez donc, sans vous mettre à rire,
  Me prêter une oreille ou deux,
  Car j'ai quelque chose à vous dire
  De très-grave et très-sérieux.

  Je ne sais trop comment m'y prendre,
  Le courage va me manquer:
  Promettez-moi de me comprendre,
  N'ayez pas l'air de vous moquer!
  Ce que j'éprouve m'épouvante,
  Mais m'épouvante … au dernier point!
  Et si vous croyez que j'invente,
  Vous vous méprenez de bien loin.

  Si vous connaissiez la nature
  Du mal dont je suis châtié!
  Vous feriez une autre figure,
  Et m'auriez en grande pitié.
  C'est un malaise fort bizarre,
  Pour moi seul sans doute inventé,
  Et qui doit être un cas très-rare,
  Peu connu de la Faculté.

  C'est une espèce de folie,
  Bien effrayante, en vérité!
  Car elle est à la fois remplie
  De douceur et de cruauté.

  Mais ce que je tremble de dire,
  C'est qu'en tous temps, c'est qu'en tous lieux,
  Ce qui me cause ce martyre,
  Condamnable et mystérieux,
  C'est … cela va bien vous surprendre;
  Ah! madame, pardonnez-moi!
  C'est vous!—Et vous devez comprendre
  A présent quel est mon émoi.
  Je sens le rouge qui me monte!
  Surtout, jurez-moi le secret;
  Car, bien sur, je mourrais de honte
  Le jour où cela se saurait.

  Oui, c'est vous qui troublez ma vie,
  Vous dont l'image me poursuit,
  Vous, ma douleur et ma folie!
  Vous, mon soleil, et vous, ma nuit!
  C'est vous, quand la lune éplorée
  Sur mes vitres vient scintiller;
  C'est vous, dans sa lueur nacrée,
  Vous dont je vois les yeux briller!
  Et si le sommeil, faisant trêve,
  Gagne un instant mon front pâli,
  C'est vous encor que dans mon rêve
  Je vois passer près de mon lit!

  C'est vous dont je vois le sourire!
  C'est vous dont je sens le toucher!
  Et même, alors que je respire,
  C'est vous que j'entends respirer!
  Je sens votre main qui m'effleure,
  Et je m'éveille en étouffant,
  Et je me désole et je pleure,
  Et je pleure comme un enfant.
  Et cette vision m'est chère,
  Madame, et chère ma douleur….
  Ah! ne vous montrez point sévère,
  Car vous me briseriez le coeur!

II

  Je sais que j'aurais dû me taire.
  Mais n'en ayez point de courroux.
  Ayez pitié de ma misère,
  Laissez-moi vivre auprès de vous.
  Laissez-moi vous voir, vous entendre.
  Laissez-moi toucher votre main;
  Je ne sais ce qui m'a pu prendre,
  Mais ce sera passé demain.

  Il me faut pourtant vous apprendre
  Que cela m'a pris tout d'un coup,
  Sans que j'y pusse rien comprendre,
  Un jeudi qu'il neigeait beaucoup!

  Vous étiez en fourrure grise;
  C'était à Paris, cet hiver.
  Je me rappelle votre mise
  Tout comme si c'était hier.
  Vous veniez de monter très-vite,
  Ma mère était à la maison!
  Vous alliez faire une visite,
  Et je sortais de ma leçon.
  Vous aviez quelques airs de reine
  Que je trouvais fort de mon goût,
  Mais vous me regardiez à peine,
  Et vous m'intimidiez beaucoup.

  Quant à moi, malgré ma contrainte,
  Je vous regardais de mon mieux,
  Et j'ai si bien pris votre empreinte,
  Que je l'ai toujours dans les yeux.
  Pour vous voir monter en voiture
  Je collai mon front aux carreaux,
  Et restai dans cette posture
  Tant que je pus voir vos chevaux.
  Puis, comme un avare en cachette,
  Je fermai ma chambre aux verrous,
  Et je repassai dans ma tête
  Tout ce que j'avais vu de vous.

  Je vous avais vue un peu vite,
  Mais j'avais pourtant remarqué
  Que vous aviez la main petite
  Et le poignet bien attaché.
  Ce poignet devint ma folie,
  Ce fut là ce qui me perdit!
  L'attache eût été moins jolie,
  Je crois que je serais guéri.
  Tels qu'ils sont au bout de vos manches,
  Vos petits poignets fin serrés
  M'ont fait passer bien des nuits blanches
  Et bien des jours décolorés.

  Mais je veux m'efforcer d'en rire,
  Et j'ai des larmes dans les yeux.
  Qu'ai-je fait pour qu'un tel martyre
  Me déchire le coeur en deux?

  Hélas! qui change ainsi ma vie?
  De quel mal est-ce là le cours?
  C'est quelque horrible maladie
  Sans précédent jusqu'à nos jours!

  C'est une torture mortelle!
  Je l'ai gagnée en vous voyant,
  Et je crois, lorsqu'elle s'en mêle,
  Que la douleur me rend méchant.

  Eh bien, cette souffrance affreuse,
  Dont je parle avec tant d'effroi,
  Je la voudrais contagieuse.
  Pour que vous l'eussiez avec moi!

CHANSON D'OURIDA

  Le coeur dans les yeux, les yeux sous le voile,
  La belle rêvait, le voile épinglé;
      La brise a soufflé….
  La brise a soufflé sur la fine toile;
  Le voile est ouvert, l'amour est passé,
      Le coeur envolé.

  Le ciel est ardent, la brise est légère;
  Quelque cavalier, qui va son chemin,
      Passe à la portière
      De ton palanquin.

  La belle, où va-t-il ton regard d'étoile?
  Ton voile frissonne au vent du matin:
      Qui donc, sous ton voile,
      Fait trembler ta main?

  Le coeur dans les yeux, les yeux sous le voile,
  La belle rêvait, le voile épinglé;
      La brise a souffle….
  La brise a soufflé sur la fine toile;
  Le voile est ouvert, l'amour est passé,
      Le coeur envolé.

  Le jeune homme est loin; la maison est close.
  Qu'il fait chaud dehors! voici la fraîcheur.
      La belle repose
      D'un air de langueur.
  A quoi songes-tu? Te voilà si pâle!
  Tu penches ton front comme un lis en fleur.
      Qui donc, sous ton châle,
      Fait battre ton coeur?

  Le coeur dans les yeux, les yeux sous le voile,
  La belle rêvait, le voile épinglé;
      La brise a soufflé….
  La brise a soufflé sur la fine toile;
  Le voile est ouvert, l'amour est passé,
      Le coeur envolé.

  La lune se lève et la nuit est pure.
  —Ne dirait-on pas le trot d'un cheval?—
      C'est l'eau qui murmure
      Son chant de cristal.
  Folle, il faut dormir. Quel rêve t'effleure?
  Qui donc tient encore en ces lieux déserts,
      En dépit de l'heure,
      Tes beaux yeux ouverts?

  Le coeur dans les yeux, les yeux sous le voile,
  La belle rêvait, le voile épinglé;
      La brise a soufflé….
  La brise a soufflé sur la fine toile;
  Le voile est ouvert, l'amour est passé,
  Le coeur envolé.

KIEF

I

  Au plein coeur de l'été, vers le milieu du jour,
  A l'heure où, des coteaux qu'un ciel ardent calcine,
  Le serpent vient dormir au bord de la ravine;
  Quand l'air semble sortir de la bouche d'un four,
  Et que le grand soleil, brûlant comme la braise,
  Grille un sol crevassé comme un mur de fournaise;
  Alors que la cigale au chant criard et faux
  Dont la monotonie est comme une cadence,
  Fait, seule, de son cri résonner les échos;
  A cette heure de calme et de profond silence,
  C'est un fait reconnu que tout bon musulman,
  Fermé dans sa maison, fume nonchalamment;
  Et, suivant sa fumée en spirales tordue,
  S'il entend par hasard quelque bruit dans la rue,
  Murmure entre ses dents, s'il est homme de bien:
  «Par Mahomet! ce n'est qu'un chien ou qu'un chrétien.»

II

  ….. La cour mauresque était silencieuse
  Et fraîche. On n'entendait, aux marbres des bassins,
  Que le chant vacillant de l'eau capricieuse
  Se perdant sous la voûte en échos argentins;
  Et, comme un rossignol, le soir, dans la campagne,
  Chante et, de sa chanson que nul bruit n'accompagne,
  Prête un calme plus doux aux douces nuits d'été:
  Tel, en se cadençant sur les murs de faïence,
  On eût dit que ce bruit grandissait le silence.
  Ainsi qu'un feu follet, dans un site écarté,
  La nuit, autour de lui, grandit l'obscurité.

  Il faut l'avoir connu pour s'en faire une idée,
  Ce charme singulier, cette étrange torpeur,
  Dont les Orientaux font un divin bonheur:
  D'aspirer des parfums dont l'âme est affaissée,
  De rêver sans sommeil et presque sans pensée,
  Et, le regard perdu, la tête renversée,
  De vivre de mollesse et mourir de langueur.

  Le marbre et ses blancheurs ont bien des indolences
  Que ne connaissent pas nos boudoirs d'Occident.
  O l'amour! les parfums! le vin! les nonchalances!
  L'oubli, surtout, l'oubli! le seul bien vraiment grand
  Et le seul désirable! Il est donc vrai qu'au monde,
  Sous nos tristes climats comme au soleil ardent,
  C'est vous que l'homme cherche à travers son néant!

  Volupté! volupté! divine enchanteresse!
  Dis-moi ton dernier mot; laisse-moi jusqu'au bout
  Savourer à longs traits ton énervante ivresse.
  Je t'appartiens. Prends-moi. Révèle-moi surtout
  Si l'on peut, pour mourir en des plaisirs immenses,
  Épuiser d'un seul coup toutes les jouissances.
  Que je vide la coupe, et puis tout sera dit:
  Un linceul n'est-il pas toujours un drap de lit?

  Si je vis sans jouir, que m'importe la vie?
  Que m'importe la mort si je meurs de plaisir?
  Quels regrets peut laisser cette soif assouvie
  De sentir, en mourant, tout ce qu'on peut sentir?
  Qu'un autre te méprise et te jette la pierre!
  Je t'aime, ô volupté! je t'adore, ô matière!
  Et qui n'a pas connu tes baisers épuisants
  N'aura jamais vécu, dût-il vivre mille ans!

III

  C'est la liqueur de feu qui guérit ou qui tue.
  C'est le coursier sans frein, qui va bride abattue:
  Malheur au cavalier! car sa bête au pied sûr
  Peut lui briser d'un coup la tête contre un mur!
  C'est le rêve épuisant d'une ivresse nerveuse
  De morphine ou d'opium: Ah! malheur à celui
  Qui s'enivre de kief lorsque le jour a lui!
  Son front se flétrira comme une tubéreuse
  Au contact d'un serpent. Pour lui, plus de sommeil;
  Tantôt il fuira l'ombre et tantôt le soleil;
  Il aura beau fumer, boire et tripler la dose:
  Rien! Et si quelque soir, d'aventure, il repose,
  La nuit qu'il dormira n'aura plus de réveil.

  C'est l'idéal brillant du pays de nos rêves.
  C'est la sirène en mer; c'est l'ange aux ailes d'or
  Qui nous prend dans son vol et nous fait voir des grèves
  Où nous n'irons jamais, et nous montre le port,
  Sans nous montrer l'écueil d'où lui sourit la mort;
  Car dans notre univers les anges ont des glaives
  Et lorsque celui-là, l'ange au chant séducteur,
  Nous sourit en passant et nous touche de l'aile,
  Malheur à l'imprudent qui tend les bras vers elle
  Et le suit dans son vol vers un rêve enchanteur!
  S'il monte jusqu'aux cieux, plus léger que la flamme,
  S'il s'endort au départ dans un charme trompeur,
  S'il se berce au concert d'une amoureuse gamme,
  Ou suit en souriant quelque ombre de bonheur:
  Malheur! malheur à lui! l'ange a brandi son glaive,
  Un glaive flamboyant, et qui perce en plein coeur!
  Alors, sentant frémir l'aile qui le soulève,
  Il pousse un cri funèbre; et, sortant de son rêve,
  Se réveille en sursaut sur cette terre en pleur;
  Et, là, désespéré, pleurant sur sa chimère,
  Sombre et suivant des yeux son rêve qui s'enfuit,
  Chante au sein de la nuit, d'une voix triste et claire,
  Un chant plein de sanglots perdu dans le mystère,
  Et tel que le passant qui rentre après minuit,
  Se sentant frissonner, murmure une prière,
  Et croit entendre encor dans le soir solitaire
  Comme une étrange voix dont l'écho le poursuit.

  Plus doux fut le bonheur, plus l'ombre en est amère!
  Plus le jour fut ardent, plus profonde est la nuit!
  La lune brille au ciel d'un éclat funéraire.
  Et quand le malheureux contemple sa misère,
  Il n'en peut comparer l'immensité sur terre
  Qu'à l'infini perdu qui se ferme sur lui!