A MADAME GEORGE SAND
_Ce livre est mon premier coup d'aile.
Il est signé d'un nom d'enfant;
Mais l'enfance a cela pour elle
Quelle est faible et qu'on la défend.
Vous le savez mieux que personne,
Reine au front de musc, abrité
Par une immortelle couronne,
Qui pourtant m'avez adopté.
Vous la gloire, vous le génie,
Vous oubliez votre moisson
Précieuse et du ciel bénie,
Pour mieux sourire à ma chanson!
Vous trouvez en ce temps morose
Un plaisir magnifique et doux
A faire de rien quelque chose:
Mais qui le peut, si ce n'est vous?
Sur sa route, quand on est reine,
On donne à des bohémiens,
Et l'on peut être la marraine
De méchants vers comme les miens.
C'est le droit du rayon superbe,
Lorsqu'il embrase la forêt,
De dorer aussi le brin d'herbe
Que tout passant dédaignerait.
Il enflamme, il éclaire ensemble
Tout un monde horrible ou charmant,
Et de la goutte d'eau qui tremble
Fait l'égale du diamant._
Nohant, Juillet 1862.
NOTES AU CRAYON
La lettre qui sert d'introduction à ce recueil posthume indique assez le sentiment qui nous fait le livrer à l'impression.
Mais les personnes amies auxquelles ce livre est destiné ne s'expliqueraient peut-être pas la publication des boutades tristes ou railleuses, des réflexions décousues qui vont suivre, si nous ne leur disions les motifs qui nous ont porté à ne pas les éloigner de ce recueil.
Ces Notes étaient jetées au crayon sur un cahier où Prosper écrivait, de temps à autre, dans une forme sommaire et imparfaite, les fantaisies, les répliques, les oppositions de mots, les bizarreries qui se présentaient à son esprit.
Souvent il semble avoir voulu tracer une de ces légendes qui n'ont de valeur que lorsqu'elles se trouvent placées au-dessous d'un dessin de Gavarni ou de Daumier.
Si donc nous nous décidons à publier quelques-unes de ces Notes au crayon, ce n'est pas que nous ayons la faiblesse de leur attribuer une valeur morale ou philosophique; nous les publions parce qu'elles révèlent, mieux peut-être que tout ce qui précède, le tour d'esprit, l'originalité de cet ète charmant qui a été et qui a emporté la meilleure part de notre vie.
Nous prions nos amis de ne voir là aucune prétention puérile: nous n'en avons d'autre, en vérité, que celle de conserver quelques traits d'une physionomie délicate et fine, d'un talent qui n'a pas eu le temps de tenir ses promesses.
Nous avons dit que ces Notes révélaient le tour d'esprit de Prosper. Elles ont peut-être un autre mérite—si mérite il y a:—c'est qu'elles révèlent et prennent, en quelque sorte, sur le fait—bien à l'insu de leur auteur!—quelques traits aussi de l'esprit, des tendances, des déceptions, des tristesses du temps présent.
Il n'est pas, pour l'historien, de documents insignifiants: le moindre détail peut lui servir à expliquer, à reconstruire même certains aspects d'une société disparue.
Qui sait si un exemplaire de cet humble livre—conservé par hasard,—qui sait si ces Notes, que notre bien-aimé poëte écrivait pour lui seul, n'aideront pas un jour quelque Oedipe de l'avenir à déchiffrer moins difficilement l'énigme que prépare le Sphinx contemporain?
Puisse cette explication faire comprendre à nos amis le motif qui nous a décidé à conserver quelques-unes de ces Notes au crayon!
L.J.
I
EN MARGE D'UN CAHIER
Dans une cuisine de campagne, sur la table en bois blanc, les mouches serrées les unes contre les autres dans les endroits où donne le soleil….
* * * * *
Sous les arbres, le soir, avant le coucher du soleil, les moucherons voltigent en un seul essaim dans la clarté d'un rayon.
* * * * *
Le vent peut déraciner un chêne; mais il passe au travers d'une toile d'araignée sans pouvoir l'emporter.
* * * * *
Ses petits pieds chuchotaient sur le parquet….
* * * * *
… Balafrer l'âme….
* * * * *
On dit: le parfum de la rose et l'odeur du chou.
* * * * *
… Mais sous son corsage de bure
Frissonne une peau de satin.
* * * * *
J'ai vu, dans des endroits publics, des gens tout seuls rire avec recueillement.
* * * * *
—C'est un petit malheur.
—Oui, mais les malheurs c'est comme les diamants; si petit que cela soit, c'est toujours quelque chose.
* * * * *
Où la douleur trouve un souvenir, la joie rencontre des larmes. Le gris, qui paraît clair à côté du noir, est sombre à côté du blanc.
II
OPINIONS SUR TELS ET TELS
Il est de ces gens dont la fréquentation gâterait n'importe quelles natures; comme la boue et la poussière qui tachent en blanc sur les habits noirs et en noir sur les robes blanches.
* * * * *
La visite de Mme *** est une chose si ennuyeuse que, lorsqu'on la reçoit, c'est sans le faire exprès,—comme une tuile.
* * * * *
Son ingratitude est si grande qu'un bienfait s'y perdrait,—quoi qu'en dise la Fontaine.
* * * * *
X*** ne procède qu'avec du papier timbré.
—Son papier est comme lui; c'est sa manière de le faire marquer à son chiffre.
* * * * *
Chez lui, la main gauche semblait ignorer ce qu'avait reçu la main droite.
* * * * *
—Vous connaissez Chose, le jeune banquier? Pour la toilette il ne craint personne.
—Ce garçon-là a toujours une tenue admirable, disait-on l'autre jour devant la petite R***.
—C'est vrai, fit-elle en surenchérissant, une tenue … de livres!
* * * * *
EN PARLANT DE QUELQU'UN QUI A L'ESPRIT MÉCHANT
Il a des éclats de rire qui sont comme des éclats d'obus. On ne s'en relève pas.
* * * * *
X*** a la joie silencieuse. Quand il est content, il rit sans faire de bruit. C'est comme une petite fête de famille qui se passe en lui. On n'en est pas.
* * * * *
H*** est un beau parleur, comme un tambour qui est creux et sonore.
* * * * *
Il vous a une physionomie ouverte … à deux battants!
* * * * *
EN PARLANT DE MADAME A***, QUI EST BÉGUEULE ET PRÉTENTIEUSE
—Avec du temps et de la patience, on en deviendrait amoureux.
* * * * *
—Elle a fait ses dents très-tard.
—Et encore .. pas elle-même!
* * * * *
—Oh! il est toujours en avance, allez! Ce n'est pas lui qui arrivera après le potage.
—Naturellement … les huîtres d'abord; la soupe ensuite. C'est une règle.
* * * * *
—Elle, jeune?… Je réponds qu'elle n'a pas besoin de se mettre à deux pour avoir quarante ans.
* * * * *
—On lui prête des amants.
—Qui lui en prête?
—Mais … Mme T***.
—Oh! elle … cela n'est pas étonnant. Elle en a assez pour en prêter aux autres.
UNE AUTRE
—C'est vrai, mais il ne faut pas la faire plus généreuse qu'elle ne l'est. Elle a toujours soin d'en garder quelques-uns pour elle.
* * * * *
Le nez de mon nègre est épaté; mais celui d'Espinosa est épatant.
* * * * *
—X*** est agaçant. Il parle du nez et il parle continuellement.
—Eh bien, c'est un très-bon sentiment. Cela prouve qu'il n'oublie pas les absents, lui, au moins.
* * * * *
Un sot bien connu. Je ne prétends point parler de H***.
* * * * *
Le Maelstrom n'est pas plus profond que le silence qui accompagne les plaisanteries de X***.
* * * * *
… Il est bon comme le bon pain … et mauvais comme le bon fromage.
* * * * *
J'ai vu un tel, le Polonais; il embaumait l'eau de … Cognac.
* * * * *
—Elle est maigre!… mais maigre à figurer sur la table du pape un vendredi saint!
* * * * *
… Une fille qui s'était vouée au célibat … et aux célibataires.
* * * * *
X*** prétend que Bade est un vrai paradis … sans doute parce qu'il y joue un jeu d'enfer.
* * * * *
—Z*** a constamment l'air de faire blanc de son épée.
—C'est son épée qui m'a l'air de fer-blanc.
* * * * *
—M. P***? c'est un pédant.
—Tiens. Mais Chose nous en a dit beaucoup de bien.
—Oh! il n'y a rien d'étonnant à ce que M. P*** lui ait plu. M. P*** est sot, terne et grave; il doit lui aller comme le vin blanc aux huîtres.
* * * * *
—X***? Ce n'est pas un homme, c'est un nez.
—Pardon. Ce n'est pas un nez, c'est un timon.
* * * * *
—Un potage maigre … comme Mlle M*** et plus froid que le public lorsqu'elle chante….
* * * * *
Et quant à ses phrases, on ne saurait lui reprocher de les faire trop courtes ou trop longues: elles durent juste le temps qu'un âne met à braire.
* * * * *
—Chose est un charmant garçon.
—Le fait est qu'il n'est pas marié.
* * * * *
—X*** a la physionomie très-franche.
—C'est vrai…. Il a l'air bête; mais au moins il l'est.
* * * * *
T***? Quand il lui arrive de dire la vérité, c'est pour le plaisir de faire un faux mensonge.
* * * * *
Six heures et M. Bruno sonnèrent avec un remarquable ensemble, tant à la porte qu'à la pendule. Il ne dit pas: «Je suis exact.» Il dit: «La pendule va très-bien.»
* * * * *
—Il a la fatuité de se croire modeste et la modestie d'avouer qu'il est fat. Et il dit:
—Je suis modeste puisque j'avoue que je ne le suis pas.
* * * * *
Il est de ces gens qui se figurent qu'en allumant une lanterne à midi on n'en verrait que mieux le soleil.
* * * * *
En ses jours de tristesse, Calino prétend qu'il n'était pas né pour vivre.
III
CAPRICES DU LANGAGE
On appelle «âge tendre,» sans doute par antiphrase, l'époque de la vie où l'on n'a pas encore connu l'amour.
* * * * *
… Pas le plus petit géant!…
… Pas l'ombre de soleil….
… Pas la queue d'une tête….
* * * * *
DICTON AMÉRICAIN
Payez et vous serez confédéré.
* * * * *
… Mais, triple notaire que vous êtes!…
* * * * *
Est-ce parce que l'imagination voyage sans cesse comme une vagabonde, qu'on la dit folle du logis?
* * * * *
Une lorette disait:
—Un de mes amants les plus intimes….
IV
CE QUE DISENT
LES DISEURS DE RIENS
—Un doigt de cour et … deux doigts de jardin, avec un petit hôtel au milieu,—et je vous promets que cet ange sera à vous.
* * * * *
Si l'Amour était réellement le fils de Vénus, comme la Mythologie veut le faire croire, par quel miracle Vénus, sa mère, l'aurait-elle conçu et engendré?
* * * * *
Je ne sais si réellement, en Orient, la parole est d'argent et le silence est d'or; mais je sais bien que dans nos pays, les trois quarts du temps, le silence est urgent, car la parole endort.
* * * * *
—Nos chevaux dévorent l'espace.
—C'est une nourriture si légère!
* * * * *
«La femelle est faite pour le mâle … et la femme pour le mal.»—J'ai lu cela sur le calepin d'un ami à moi.
* * * * *
… Il lui allongea un soufflet … de forgeron! C'est tout dire.
* * * * *
Fiat … luxe!
* * * * *
Huit et sept font quinze et cinq font vingt; je pose zéro et je ne vous retiens plus…. C'est assez vous dire que vous pouvez vous en aller.
* * * * *
Les caresses ne prouvent rien. On n'aime pas toujours la carrière qu'on embrasse.
* * * * *
J'entends dire bien souvent qu'il n'y a plus d'enfants.
Ce n'est toujours pas faute d'en faire.
* * * * *
Dans le journalisme actuel, il faut être timbré pour aborder les questions dites sérieuses.
* * * * *
Un condamné à mort disait:
—Le bourreau et moi, nous sommes de la même taille, mais bientôt il aura la tête de plus que moi.
* * * * *
… Une sauce relevée,—un peu plus haut que le genou….
* * * * *
A la guerre il faut qu'on paye ou qu'on pille.
* * * * *
Il faut que la chasse soit ouverte ou fermée.
* * * * *
Les voyages déforment les chapeaux et les malles.
* * * * *
PROVERBE
Qui paye ses dettes sent Clichy.
* * * * *
On dit: La fortune, c'est le travail.
On dit: Le travail, c'est la liberté.
Or la liberté fait les révolutions.
Et les révolutions détruisent les fortunes.
* * * * *
Que de déjeuners de soleil, mangés par une averse.
* * * * *
… Et les fils uniques sont rares! sans doute parce qu'on en trouve rarement plus d'un dans la même famille.
* * * * *
La vie tient à un fil,
Et l'heure à une aiguille.
* * * * *
Comme on dort bien dans son lit quand on est couché … sur un bon testament!
* * * * *
X*** parle depuis longtemps de se brûler la cervelle.
—Bah! il sait bien que le feu ne se propage pas dans le vide.
* * * * *
La vérité sort de la bouche de l'innocence … pour n'y plus revenir.
* * * * *
LES PUCES DE MADDALA
A Maddala, dans la tribu des Beni ben Jagoub,—où l'on trouve dans son lit tant de puces et si peu de pucelles,—Ali Schériff et moi, moi surtout, nous étions piqués comme des couvre-pieds de molleton. Impossible de découvrir une heure de sommeil dans toute la maison. C'est là que je me suis fait le serment à moi-même, si jamais j'ai des capitaux, de les laisser dormir au moins huit heures par jour.
Mon compagnon, qui se grattait tout autant que moi, mais qui tenait sans doute à prendre la défense de son pays, me disait de temps à autre, en manière d'encouragement:
—N'y pensez pas, voyez-vous; les puces, c'est comme cela, dès qu'on peut n'y pas penser, on ne les sent plus.
Je ne répondais rien, mais je n'en pensais pas moins … aux puces.
C'est absolument comme les personnes qui ont les jambes coupées: si elles n'y pensaient pas, elles pourraient courir.
* * * * *
Que voulez-vous faire? il faut bien tuer le temps, n'est-ce pas?
—Naturellement … puisque c'est un grand maître.
* * * * *
Pour un qui brille, vingt qui braillent.
* * * * *
Il faut que le temps se couvre ou que le teint se cuivre.
* * * * *
—Connaissez-vous la différence qui existe entre une chûte et une cataracte?
—Non.
—C'est qu'une cataracte est un beau spectacle, au lieu qu'une chûte est un spectacle ennuyeux.
Exemple: Le Niagara, c'est une cataracte. La comédie de ***, voilà une chûte.
* * * * *
—Eh bien, garçon, et ce café? Il ne paraît que le soir, comme la
Patrie?
* * * * *
—Un journal qui se dit bien informé,—ce qui déjà est une erreur de sa part,—….
* * * * *
Mlle X*** faisait mettre une glace au plafond de son lit:
—C'est pour me voir dormir, disait-elle.
* * * * *
Un bohême, encore plus bohême que C***, a inventé une sentence dont il fait un fréquent usage avec ses fournisseurs. Il leur soutient que la Fontaine a dit: A l'oeil on connaît l'artisan. Son bottier la trouve très-mauvaise.
* * * * *
LE MARIAGE EN DEUX PARTIES
Lune de miel, L'autre de fiel.
* * * * *
Un pays où il fait si froid qu'on ne sait jamais au juste si les gens vous parlent ou s'ils éternuent.
* * * * *
Et la pièce tombait, toujours!…
* * * * *
J'ai la faim canine et la soif câline.
* * * * *
PROVERBE
Mieux vaut lard que navet.
* * * * *
—Tel journal n'est pas timbré, n'est-ce pas?
—Cela dépend. Comment l'entendez-vous?
* * * * *
—Je ne sais pas ce que j'ai. Je crois que je vais être malade; je m'endors continuellement.
—Vous vous écoutez trop, mon cher.
* * * * *
—X*** n'a pas le moindre fond.
—C'est un vrai tonneau d'Adélaïde:
* * * * *
—Il ne faut pas confondre la ronde avec l'anglaise,—qui est généralement plate.
* * * * *
… Une poire … d'angoisse, pour la soif.
* * * * *
Qui donc dit que X… est un chef de secte? c'est d'insectes qu'il faut dire.
* * * * *
EN CALÈCHE
—Qu'est-ce qui sent donc le brûlé?
—Nous allons très-vite; ce doit être le pavé.
* * * * *
Calino,—toujours Calino, il n'y a que lui pour cela,—admirait un géant:
—Dieu! comme il serait grand si c'était un nain! disait-il. Quel grand nain cela ferait!
* * * * *
Le gros X*** fume continuellement. Ce n'est pas un homme, c'est une cheminée….
—Bouchée.
* * * * *
L'avez-vous revu?
—Oui, je l'ai revu … et corrigé.
* * * * *
Mme M*** me disait en parlant de T***:
—Comment une femme peut-elle supporter qu'un être pareil lui fasse la cour? C'est à peine si je lui permettrais de faire mon escalier.
* * * * *
—Vous connaissez donc Chose?
—Il m'a été présenté hier.
—Et … est-ce qu'il vous a plu?
—A verse! je ne savais plus où me fourrer.
* * * * *
—Un tel? je ne peux pas le sentir.
—Mon cher, il faut que vous y mettiez bien de la mauvaise volonté … ou que vous ayez le nez bouché à l'émeri.
* * * * *
Il a pris ses cliques; et ses claques, il les a … reçues. Et puis il s'est en allé.
* * * * *
—… Mais enfin, pourquoi le supportez-vous de sa part et pas de la mienne?
—Il en a le droit, lui.
—Eh bien, et moi?
—Vous? c'est le contraire: vous n'en avez que le travers.
* * * * *
Un nègre qui lisait un rapport de M. B***, de l'Institut, sur les noirs, dans lequel ce savant expliquait que la présence d'une grande quantité de fer dans le sang des nègres est l'unique cause de leur couleur, s'écriait amèrement:
«Si c'était au moins du fer-blanc!»
* * * * *
La direction du Vaudeville est presque aussi impossible que celle des ballons.
* * * * *
J'ai demeuré en face d'un changeur et j'ai remarqué qu'il entrait par jour, dans sa boutique, environ cinq fois plus de femmes que d'hommes.
Je savais bien déjà que les Parisiennes étaient changeantes, mais pas à ce point-là.
* * * * *
Vous ne me toucherez qu'après avoir passé sur son corps.
* * * * *
DEVANT UNE TABLE SPLEDIDEMENT MISE
—Voyez! Comment trouvez-vous que ce couvert est mis?
—Comme un prince.
* * * * *
On sent l'air lorsqu'il est frais et le poisson lorsqu'il ne l'est pas.
* * * * *
Pourquoi dit-on: Madame est servie! quand c'est la soupe qui est servie.
* * * * *
Une femme à son voisin de table:
—Comme les hommes sont gourmands! C'est donc une bien douce chose que d'être ainsi sur sa bouche?
Lui:—Pas si douce à coup sûr que d'être sur la vôtre!
* * * * *
SCIE D'ATELIER
—Mon cher, avec un gilet … de boeuf, une culotte pareille, des pieds truffés, un col … de poisson, une tête de veau, des côtelettes de mouton, un chapeau du Mans, un coeur … de salade et surtout une langue … farcie, pourvu qu'on possède un certain chic à la noix, on peut toujours se tenir au milieu d'un entourage … de cornichons!
* * * * *
A TABLE
Une dîneuse: Ha! je m'en suis mordu la langue.
Son voisin: Et vous vous plaignez? Je voudrais bien être à votre place.
* * * * *
La mer était tranquille … comme Baptiste.
* * * * *
L'art d'élever les lapins et de s'en faire trois mille lièvres de rentes.
* * * * *
J'ai trop peu d'argent pour l'employer à des dépenses utiles.
* * * * *
Le sergent de ville: Votre profession?
Le filou: Je fais la chaîne aux incendies.
Le voyou: Et la montre aux feux d'artifices.
* * * * *
La preuve que le fromage est une chose atroce, c'est que la Fontaine a dit qu'une leçon (et une leçon c'est pourtant bien ennuyeux) vaut encore mieux qu'un fromage.
* * * * *
—Monsieur, voilà une parole imprudente.
—Eh bien, alors j'ai bien fait de ne pas la garder.
* * * * *
X*** a la plaisanterie funèbre.
—C'est égal; je lui trouve l'esprit mordant quelquefois.
—Oui, c'est-à-dire … croque-mordant.
* * * * *
—Outre qu'il est bête, je ne le crois pas bon. Il n'a pas une figure ouverte.
—Dame! il faut la faire ouvrir … il y a une écaillère au coin.
* * * * *
… Maigre comme un——clown….
* * * * *
Un Monsieur,—je vous en prie, ne l'appelons pas Calino!—devant qui on causait sur la vie et la mort, disait que, quant à lui, le seul espoir de mourir lui donnait le courage de supporter la vie.
—Vraiment? fit quelqu'un.
—C'est certain. Et la preuve c'est que si la mort n'existait pas, je me serais suicidé depuis longtemps.
* * * * *
Pourquoi, dans les cartes, le trèfle signifie-t-il de l'argent?
—Parce que si tout le monde avait du trèfle, presque tout le monde aurait de quoi manger.
* * * * *
B*** a toujours des arguments très-serrés.
—C'est vrai. On dirait des cornichons dans un bocal.
* * * * *
Pour le moment, dans cette affaire-là, c'est lui qui tient la corde.
—Il devrait bien en profiter pour se pendre.
* * * * *
… Un orgueil de Barbarie….
* * * * *
DICTON
—On ne sait ni qui rit ni qui pleure.
* * * * *
—Aie de quoi, le ciel t'aidera.
* * * * *
—Calino, est-ce que vous entendez le grec?
—Parbleu!… je ne suis pas sourd.
* * * * *
A la sortie d'une gare, pendant qu'on chargeait des malles sur un fiacre, les chevaux avançaient continuellement de quelques pas.
—Ah çà! mais, cocher, vous voulez donc partir avant d'être chargé? Vous êtes encore un drôle de pistolet.
—Oh! non, bourgeois, j'aurais d'abord besoin d'un canon.
* * * * *
Le feu prend,
Le chaland donne,
Le caoutchouc prête.
* * * * *
—Vous la jugez trop sévèrement. Elle est moins mal que vous ne le dites. Quoique un peu maigre, elle est bien plantée.
—Je crois bien!… comme avec un marteau!… on s'y pendrait!
* * * * *
Chose est un bien joli garçon, mais il se met trop de parfums. Il embaumerait … un mort, à quinze pas.
* * * * *
Les sujets de tristesse ou les sujets … de pendules, c'est autre chose.
* * * * *
PROVERBE
Un bon Titien vaut mieux que deux Ribeira.
* * * * *
A DEUX PERSONNES QUI SE PARLENT BAS
—Vous savez? si vous êtes de trop … que je ne vous gêne pas…. Vous pouvez sortir.
* * * * *
J'avais pour connaissance un sergent, qui faisait quelquefois la lecture, le soir, à la chambrée. Et chaque fois qu'il rencontrait l'abréviation de et caetera, ne sachant comment la traduire, il se bornait à nommer bien haut les trois lettres dans leur ordre respectif. Cela faisait un drôle d'effet à la fin d'une phrase, E.T.C. Un jour il eut un trait de lumière et, se frappant le front, s'écria: «Faut-il que je sois bête pour ne pas avoir compris ça plus tôt!» Il venait de deviner. Et, en effet, à dater de ce jour-là il traduisit le mystérieux, etc. en disant: Et ta soeur?
* * * * *
—Qu'est-ce qu'il y a donc eu, sergent, en 93, qu'on nous en parle souvent?
—En 93?… Eh bien, pardi! c'est la révolution de 1830.
* * * * *
—Sergent, j'ai entendu dire que le tonnerre ne tombe jamais sur les paratonnerres.
—Eh bien, le tonnerre_re_ a cela de commun avec moi, car_rr_ je puis dir_rr_e que cela ne m'est jamais arr_rr_rivé non plus_ss_e: jusqu'à pr_rr_ésent du moins_ss_e.
* * * * *
Le violon—corps de garde, ainsi nommé parce qu'on y est conduit par des archers.
* * * * *
Pour doubler un cap, est-ce qu'il faut en avoir un autre pareil?
* * * * *
DANS UNE BAL COSTUMÉ—A UN SANCHO PANÇA
—Pardon … est-ce au seigneur Sancho ou à son âne que j'ai l'honneur de parler?
* * * * *
—AU BAL DE L'OPÉRA—
A un sauvage.
Eh! Peau-Rouge!… est-ce que c'est vrai que dans ton quartier les forêts sont encore vierges?
* * * * *
—Voyons, monsieur, offrez donc un rafraîchissement à madame…. A son âge, cela ne peut pas lui faire de mal.
* * * * *
A un vieux.
—Pardon, monsieur. C'est bien au doyen des centenaires de France que j'ai l'honneur de parler!
* * * * *
—Madame est blanchisseuse? j'ai reconnu cela tout de suite … en voyant ses battoirs.
* * * * *
A un municipal, à la porte du foyer.
—Dites-moi un peu: vous n'auriez pas vu, par hasard, passer un monsieur en habit noir?…
* * * * *
A un arrivant.
—Monsieur arrive de Cancale?… C'est dommage, on n'en veut plus…. La soupe est servie.
* * * * *
Au même arrivant.
—Mais comme vous voilà fripé, jeune homme!… Vous étiez donc bien serrés, dans cette bourriche?
* * * * *
A un nez dans le genre de celui de Polichinelle.
—Toi, tu as un joli nez, c'est vrai; mais c'est bien dommage que tu n'en aies qu'un. Si tu pouvais te procurer la paire, je t'assure que tu ferais de l'argent.
* * * * *
Une voiture à stores baissés rentre à Paris au petit trot. A l'octroi, l'employé entr'ouvre la portière et dit:
—Vous n'avez aucune déclaration à faire?
—Merci … c'est fait.
MISANTHROPE
—Mon Dieu! rendez-moi des champs qui ne soient pas Élysées, des bois qui ne soient pas de Boulogne, des prés qui ne soient point Catelans!…
* * * * *
J'entends souvent des gens se plaindre d'avoir la vue basse; mais je n'en ai jamais entendu se plaindre d'avoir l'âme placée au même niveau.
Pourtant il doit en exister.
* * * * *
Il est vrai que la Bourse a l'air d'un temple grec. Mais cette forme est très-rationnelle. Si nous n'avions pas nos temples, où diable mettrions-nous nos Grecs?…
Et même nos Juifs, par-dessus le marché?
* * * * *
Un écrivailleur, qui passe sa vie à attaquer les gens qui meurent, priait quelqu'un d'écrire deux lignes sur un album. Voici les deux lignes.
—Ce ne sont pas ceux qui s'en vont qui sont à craindre; ce sont ceux qui restent.
* * * * *
Je ne suis pas de ceux qui disent: Ce n'est rien,
C'est une femme qui se noie.
Au contraire, je me dis: Tiens, tiens, cela en fait toujours une de moins.
* * * * *
Une espèce de chanson à laquelle, s'il y avait eu des paroles, il n'aurait plus manqué qu'un air.
* * * * *
… Et puis un monsieur nous a lu un tas de petits vers très-soporifiques qu'il avait organisés pour la circonstance.
* * * * *
Jadis les esprits littéraires avaient le culte des filles de Mémoire.
Les beaux esprits d'aujourd'hui préfèrent les mémoires des filles.
* * * * *
Il n'y a que deux manières de gouverner les peuples. On ne les mène que par la force ou par la farce.
* * * * *
Toujours les femmes et les montres: plus elles sont plates, plus elles coûtent cher.
* * * * *
Il en est de certains hommes comme de ces gros nuages qui traversent l'air par un temps lourd et orageux. Tout le monde est oppressé. Ils crèvent: tout le monde respire.
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Ah! si j'avais pu prévoir comment vous seriez,—disait-elle en pleurant à son troisième époux,—je vous assure bien que je ne serais pas veuve à l'heure qu'il est….
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L'enfant eut, en venant au monde, une crise qui faillit le sauver de vivre. Par malheur pour lui, le docteur était réellement habile et le sauva d'être sauvé.
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Une femme laide qui fait la bégueule, c'est comme une porte de prison sur laquelle on lirait:
Le public n'entre pas ici.
—Pardon, mon pauvre enfant, de t'avoir mis au monde!…
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… Comme toutes les calomnies, le mot eut du succès….
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La médecine est un art qui fait vivre beaucoup de médecins, vivoter beaucoup de croque-morts et mourir beaucoup de malades.
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«… Une société où il y a du monde.»
C'est ainsi que P*** désigne une réunion quelconque où se trouvent des indifférents et des ennuyeux. Et lorsqu'on est entre amis seulement, alors c'est: une société où il n'y a personne.
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Quand on pense que les gens qui possèdent des dettes n'auraient qu'à les payer pour s'enrichir, on est étonné de trouver un si grand nombre d'âmes désintéressées.
On ne me fera jamais croire que les personnes qui ont sous la main un moyen si simple de faire fortune, préfèrent rester dans la misère uniquement pour leur plaisir.
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Certes, c'est la position la plus humiliante pour un mort que d'être le premier mari d'une femme.
Mais je n'en sais guère de plus triste pour un vivant que d'en être le second.
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—A propos, et M. un tel?
—Mais … il est mort.
—Comment! encore?
—Mais, dame! c'est la première fois.
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—Le 1er mai 1840,—époque à laquelle je pouvais encore espérer ne jamais venir au monde….