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Correspondance, 1812-1876 — Tome 4 cover

Correspondance, 1812-1876 — Tome 4

Chapter 178: TABLE
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About This Book

A collection of personal letters records the correspondent's life between home and city, blending affectionate family details, household and gardening routines, and responses to illness and bereavement with practical worries about money and local hardship. The correspondence also treats ongoing literary and theatrical projects, exchanges with fellow writers and publishers, and occasional political asides, combining candid everyday observation with reflections on work, friendship, and social obligations to create an intimate portrait of a writer balancing domestic responsibilities and public cultural engagement.

DXXI

A SON ALTESSE LE PRINCE NAPOLÉON (JÉROME), A PARIS

Nohant, 14 décembre 1862.

Merci à vous, cher prince, pour la brochure que vous avez bien voulu me faire envoyer. J'ai été un peu malade ces jours derniers. Je n'ai pu la lire que cette nuit; tous ces documents sont très frappants et de la plus grande utilité. Espérons qu'ils ajouteront leur poids à la somme de réflexions que le public et le gouvernement devraient faire un peu moins longues ou un peu moins indifférentes au salut de l'Italie et de la France.

Devant l'envahissement du pouvoir clérical, il me semble que la France est encore plus menacée que l'Italie. Est-ce une finesse de l'empereur pour laisser constituer chez nous une Église gallicane pendant que celle de Rome tomberait? Le jeu serait habile, mais périlleux. Le prêtre peut bien ruser au plus fin, gallican ou non, et je ne vois pas ce que l'honneur français gagne à remporter ce genre de victoires.

Vous avez fait encore des vôtres, monseigneur! Vous avez couru, cette année, la terre et la mer toujours avec des risques, des gros temps et des aventures. Vous aimez cela, c'est bien, et on me dit que la princesse Clotilde est aussi brave que vous. On me dit aussi que votre fils devient superbe. Voilà des éléments de bonheur domestique.

Mais êtes-vous rassuré sur nos publiques affaires? Il me semble que la vie, à force d'être lente, s'éteint sous la cendre, aussi bien dans les masses que sur les trônes.

Tout mon petit nid vous envoie des respects pleins d'affection et de dévouement. Maurice est touché de votre bon souvenir à l'endroit de la brochure. Il se dispose à aller passer quelques jours dans le Midi chez son père; après quoi, il ira à Paris avec sa chère et parfaite petite femme. Moi, je ne sais quand je sortirai de mon encrier pour respirer un peu; ce que je sais, c'est que je vous aime toujours de tout mon coeur et qu'il me tarde bien de vous revoir.

GEORGE SAND.

DXXII

A M. ÉDOUARD CADOL, A PARIS

Nohant, 29 janvier 1863.

Mon cher enfant,

Maillard m'a fait part du désir exprimé par la direction du Vaudeville de joindre mon nom au vôtre sur l'affiche. Cela ne peut pas être, et, tout en remerciant pour moi ces messieurs de ce qu'il y a d'obligeant dans leur idée, dites-leur qu'à aucun titre je ne puis accepter la collaboration fictive. Vous savez mieux que personne que je n'ai ni fourni le sujet tel que vous l'avez conçu et exécuté, ni exécuté quoi que ce soit dans la pièce. Les conseils que je vous ai donnés étaient de ceux que le premier venu donne sous l'impression du moment, et se réduisaient à faire ressortir un peu plus vos propres idées et votre propre composition. D'ailleurs, je ne pourrais pas me prêter à cette collaboration fictive, quand même je ne la rejetterais pas absolument en principe. Des engagements personnels et particuliers s'y opposeraient en ce moment. Voilà ce que je vous prie de répondre, ainsi que ce qui précède, puisque c'est la vérité.

La pièce est charmante et n'a pas besoin d'appui. Soyez tranquille et gardez votre nom tout seul. Il faut bien que les noms commencent avant de faire autorité.

A vous de coeur.

G. SAND.

DXXIII

A M. GUSTAVE FLAUBERT, A PARIS

Nohant, 2 février 1863,

«Ne rien mettre de son coeur dans ce qu'on écrit?» Je ne comprends pas du tout, oh! mais du tout. Moi, il me semble qu'on ne peut pas y mettre autre chose. Est-ce qu'on peut séparer son esprit de son coeur? est-ce que c'est quelque chose de différent? est-ce que la sensation même peut se limiter? est-ce que l'être peut se scinder? Enfin ne pas se donner tout entier dans son oeuvre, me paraît aussi impossible que de pleurer avec autre chose que ses yeux et de penser avec autre chose que son cerveau. Qu'est-ce que vous avez voulu dire? vous me répondrez quand vous aurez le temps.

DXXIV

A M. ÉDOUARD CADOL, A PARIS

Nohant, 6 février 1863.

Cher enfant,

J'ai tenu conseil avec Lina et Maurice, et j'ai donné mon avis, qui a été écouté. Nous vous savons tous gré, de votre bon coeur, qui voudrait pouvoir nous dédier à tous la comédie que nous avons tous bercée avec tendresse. Mais ni moi, ni Maurice, ni les autres, soyez-en sûr, ne doutons de votre bonne affection, et il s'agit pour nous, avant tout, de la pièce et de son succès. Ce n'est guère l'usage de dédier une pièce. N'attirez donc pas l'attention du gros public sur mon nom et sur rien qui rappelle Nohant.

Assez d'envieux diront dans les petits coins, si la pièce a du succès, que, puisqu'elle a été faite à Nohant, j'y ai mis la main.

Les directeurs de théâtre le diront aussi, croyant faire du bien à la pièce et se souciant, fort peu de faire du mal à l'auteur.

Laissez cela se perdre dans les cancans de coulisses et croyez bien que le public de la troisième représentation n'en saura rien du tout. Inutile donc que les lecteurs en sachent davantage, et qu'une dédicace les y fasse penser.

Sur ce, merci de coeur pour Lina, Maurice et moi, et croyez que mon conseil est bon. Il ne s'agit pas de plaire aux directeurs et aux éditeurs, qui veulent toujours des noms patronnés pour écouler leur marchandise. Il s'agit de vous faire un nom indépendant contre vent et marée. C'est plus difficile que d'avaler une tranche d'ananas. Allez-y et ne craignez rien.

Bonsoir, cher Almanzor, et bon courage! Amitiés de tous. Écrivez-nous toujours quand vous avez le temps.

G. SAND.

DXXV

AU MÊME

Nohant, 7 février 1863.

Cher enfant,

Nous sommes bien contents et bien heureux, tous! Compliments, amitiés, joie de toute la famille. Je n'étais pas inquiète du tout, moi: je savais qu'il y avait dans la pièce un fonds d'intérêt et d'émotion de nature à être compris par tout le monde; et une moralité à ne choquer personne, tout en restant assez forte pour faire réfléchir chacun. Quand vous aurez ce fonds bien établi, secondé par les détails, vous serez toujours certain d'avoir fait quelque chose qui en vaut la peine et qui prouve au spectateur payant qu'il n'est pas volé.

Pour le succès de vogue et d'argent, quel sera-t-il? nul ne peut le savoir; cela dépend beaucoup de l'intelligence de la direction et de son bon vouloir; et rarement les auteurs ont sujet d'être contents, parce que les directeurs cherchent toujours l'argent dans le gros lot de hasard, sauf à perdre le certain modeste de chaque jour.

Attendez-vous à des misères, tout le monde est forcé d'en subir. Surveillez vos premières représentations en ayant toujours dans la salle quelques amis vrais et chauds, qui entraînent, à point et à propos, le public incertain et distrait par nature. De tels amis intelligents et dévoués sont rares. Si vous n'y pouvez rien, la chose se fera peut-être d'elle-même.

Dans quelques jours, le sort financier de la pièce sera décidé; vous confierez alors vos intérêts à Émile, et vous reviendrez nous trouver pour travailler au roman et passer tranquille ce charmant hiver qui nous donne presque tous les jours ici du soleil, des jacinthes et de bonnes promenades.

Vous verrez Maurice un de ces jours avec sa femme; je ne sais ce qu'ils resteront de jours ou de semaines à Paris; vous n'aurez pas besoin de les attendre pour revenir à notre nid, qui est le vôtre.

Tenez-nous au courant de la deuxième et de la troisième représentation, qui ont aussi leur importance; et, si vous êtes content, pensez, cher Almanzor, que nous le sommes bien aussi.

G. SAND.

DXXVI

A M.

Nohant, 26 février 1863.

Le christianisme est une vérité abstraite. Pour être une vérité concrète, une vérité vraie, il lui faudrait avoir tenu compte des notions que vous avez et que je n'ai pas besoin de vous indiquer. Le christianisme n'est pas mensonge, il est vérité incomplète. Arme, de progrès jadis, il est devenu outil de destruction. C'est un tombeau où l'humanité enferme le peu qui lui reste de conscience et de lumière. Ceci n'est pas la faute du pauvre docteur supplicié: c'est là faute de ceux qui ont déifié sa mémoire. Vous direz mieux que moi ce que vous savez avoir à dire, et ce que je crois savoir que vous direz. Vos pages sont très belles, élevées et profondes, elles sont d'un esprit supérieur, à la fois poétique et logicien. Que Dieu vous aide pour aller au fond des choses sans vous égarer dans le grand abîme où l'on ne pénètre plus que sur les ailes de l'hypothèse!

Il faut là beaucoup de science du langage, et toutes les sciences de détail doivent concourir à former la science des sciences.

Moi qui ne sais rien, j'attends, et pourtant je permets à ma conscience de juger ce qui se produit. C'est très hardi, à coup sûr; mais tout esprit, si incomplet qu'il soit, a besoin de s'affirmer.

La plus belle des hypothèses, celle qui aurait le droit de marquer une nouvelle étape religieuse dans les conquêtes de l'avenir, serait celle qui ferait concorder les besoins de l'intelligence et ceux du coeur avec les résultats de l'expérience. Déjà de nobles travaux marchent dans ce sens et je crois être sûre que vos questions amèneront une réponse de vous-même à vous-même qui éclairera encore cette route nouvellement ouverte.

GEORGE SAND.

DXXVII

A SON ALTESSE LE PRINCE NAPOLÉON (JÉRÔME), A PARIS

Nohant, 22 mars 1863.

Mon grand ami,

Vous seul êtes jeune et généreux, et brave! Vous seul aimez le vrai pour lui-même; vous seul avez le génie du coeur; le seul qui soit vraiment grand et sûr. Je vous estime et vous aime toujours de plus en plus, cher noble coeur, flamme brillante au sein de ce banc de houille qu'on appelle le Sénat; mais ce n'est pas de la houille, on ne peut pas l'allumer. Ah! c'est un monde de glace et de ténèbres! Ils votent la mort des peuples comme la chose la plus simple et la plus sage, puisqu'ils se sentent morts eux-mêmes. Soyez fier de n'être pas aimé de ces gens-là. Tout ce qui vit encore en France vous en tiendra compte.

J'attends mon exemplaire, ne m'oubliez pas; car je n'ai que l'extrait des journaux, et ce n'est pas assez.

Mes enfants sont heureux de vous avoir vu. Ma chère petite fille, qui est un enfant généreux, vous porte dans son coeur. Elle s'est trouvée malade chez vous, pourtant; sa position intéressante amène de petits accidents peu graves, mais qui la forçaient de se sauver de partout sans dire bonsoir; et Maurice, inquiet de la fréquence de ces évanouissements, me l'a vite ramenée. Elle va bien, à présent. Tous deux me chargent de leurs sentiments pour vous et je vous charge de nos respects à tous pour la princesse. Votre fils est beau, très beau, à ce qu'ils disent. Lina l'a regardé à pleins yeux, avec émulation. Monseigneur, ne le laissez pas élever par les prêtres!

A vous tous nos voeux et toute notre affection.

G. SAND.

DXXVIII

A M. EDMOND ABOUT, A PARIS

Nohant, mars 1863.

Que de talent vous avez! Dix fois plus, à coup sûr, que l'on ne vous en reconnaît, bien qu'on vous en reconnaisse beaucoup. Pourquoi ne montez-vous pas jusqu'au génie, que vous touchez, et que vous laissez échapper à travers vos doigts. C'est parce que vous avez l'âme triste, malade peut-être. On s'est beaucoup moqué de nos désespoirs d'il y a trente ans. Vous riez, vous autres, mais bien plus tristement que nous ne pleurions. Vous voyez le monde de votre temps tel qu'il est, sans vous demander si vous ne pourriez pas le rendre moins faible en vous faisant plus fort que lui. Je suis persuadée que vous ne valez ni plus ni moins que nous ne valions, abstraction faite du progrès de l'art, qui se fait toujours et qui se fait encore pour les vieux comme pour les jeunes; mais pourquoi ne pas vouloir nous dépasser? A cette grande bête de désespérance que nous avions, a succédé, de par vous autres, une réaction de vie qui étreint la réalité et qui devrait vous avoir fait faire une véritable enjambée par-dessus nos têtes.

Un de vous ne voudra-t-il pas la faire, et pourquoi ne serait-ce pas vous? Nous en étions à peindre l'homme souffrant, le blessé de la vie. Vous voulez peindre, ou vous peignez d'instinct l'homme ardent qui regimbe contre la souffrance et qui, au lieu de rejeter la coupe, la remplit à pleins bords et l'avale. Mais cette coupe de force et de vie vous tue; à preuve que tous les personnages de Madelon sont morts à la fin du drame, honteusement morts, sauf Elle, la personnification du vice, toujours jeune et triomphant.

Donc, quoi? le vice seul est une force, l'honneur et la vertu n'en sont pas. Pas un ne résiste, et le seul vrai honnête homme, M. Honnoré, finit par le suicide, ni plus ni moins que les héros de notre temps byronien.

Pourquoi? dites! Ne croyez-vous pas qu'un homme puisse être assez fort pour tout braver, tout subir et tout vaincre? pas un seul? pas même, vous qui faites à bras tendu cette peinture de grand artiste, cette merveille d'esprit, de vérité, de force, de couleur, de composition et de dessin que vous intitulez Madelon? Vous n'osez pas être cet homme-là, ou rêver dans un beau livre que cet homme existe et qu'il parle par votre plume, et qu'il agit par votre volonté, et qu'il triomphe par votre conviction? Pourquoi donc, mon Dieu? Faut-il, pour répandre l'idéal, se faire dévot et invoquer tous les mensonges du catholicisme, quand il est si bien prouvé que l'homme est en âge d'être par lui-même dès qu'il le voudra?

Prenez garde, en vérité! Tous ces charmants jeunes gens auxquels le jeune lecteur voudrait ressembler, sont des misérables. Toutes ces femmes honnêtes sont des niaises, et si impuissantes à conjurer le mal, qu'elles sont de trop sur la terre. Elles ne servent qu'à excuser les maris infidèles par l'ennui qu'elles leur procurent. Il n'y a de logique que Madelon. Si la nature humaine est ainsi faite autour d'elle, elle a raison de la mépriser et de ne plus rougir de rien.

Horrible conclusion d'un récit admirable de tous points et devant lequel tout ce que l'on a de littérature dans l'esprit, s'incline sans réserve, mais devant lequel aussi tout ce que l'on a d'honnêteté dans le coeur se révolte douloureusement.

Ne pensez pas que je ne comprenne point du tout ce que vous avez voulu faire et que je ne voie pas le côté sain de cette violente étude. Je sais que montrer et dévoiler les mauvais et les lâches est plus instructif que la prédication et la lecture de la Vie des Saints. Je conviendrai avec vous que, Feuillet et moi, nous faisons, chacun à notre point de vue, des légendes plutôt que des romans de moeurs. Je ne vous demande, moi, que de faire ce que nous ne savons pas faire; et, puisque vous connaissez si bien les plaies et les lèpres de cette société, de susciter le sens de la force en le prenant justement dans le milieu que vous montrez si vrai, et que vous avez si magnifiquement observé et disséqué.

Je vous demande, je vous supplie, à présent que vous venez de faire le chef-d'oeuvre de la victoire du mal, de nous faire le chef-d'oeuvre du réveil au bien. Montrez-nous un véritable homme de coeur écrasant ces vermines, bravant ces luxures, méprisant avec une facilité logique et simple cette sotte vanité de paraître fort dans l'absurde et puissant dans l'abus de la vie; vous venez de prouver que cette vanité est toujours souffletée par la nature qui se venge.

Ayez le courage d'incarner la preuve du triomphe. Que les méchants triomphent si vous voulez dans l'opinion. Inutile de farder le monde si bête et si corrompu; mais que Job sur son fumier soit le plus beau et le plus heureux de tous; si beau, que le jeune lecteur aime mieux être Job que tous les autres. Ah! que ne puis-je! que n'ai-je votre âge et vos forces! que ne sais-je tout ce que vous savez!

Pourquoi le Demi-Monde qui mettait à nu Madelon et ses dupes, et ses complices; a-t-il captivé les plus récalcitrants à ce genre de peinture, et moi toute la première? C'est parce qu'il y a auprès d'elle deux hommes qui triomphent: l'un qui la démasque et l'autre qui la répudie, sans que personne se venge.

Pourquoi l'auteur du Demi-Monde a-t-il le droit de tout dire et de tout montrer? C'est parce qu'on sent en lui un grand instinct de lutte contre ce torrent où il aurait pu être englouti. Il ne vous est pas permis, avec cette magnifique puissance que vous avez, de ne pas faire du bien. Il faut en faire. Il faut vous venger ainsi de tout le mal qu'on vous a fait, faute de vous comprendre. C'est quelqu'un qui vous a compris qui ose et qui doit vous dire cela, du fond d'un coeur mille fois brisé et toujours heureux quand même.

GEORGE SAND.

DXXIX

A M.

Nohant, avril 1863.

Oui, sans doute, monsieur, je me souviens et je lis votre livre. Vous êtes un noble, vaste et généreux esprit. Mon fils partage vos idées; car il s'est fait protestant avec sa femme, et compte élever ses enfants dans la croyance avancée de la Réforme, dont vous êtes un des plus éminents et des plus fervents apôtres. Mais, moi, tout en vous aimant et vous admirant du meilleur de mon âme, je serai de moins en moins chrétienne, je le sens, et, chaque jour, je sens aussi poindre une autre lumière au delà de cet horizon de la vie vers lequel je marche avec une tranquillité toujours croissante.

Jésus n'est pas et ne pouvait pas être le dernier mot de la vérité accordée à l'homme. Vous admettez ingénieusement qu'il a semé une vérité progressive à développer. Mais le croyait-il, lui? Je ne le pense pas. Il était l'homme de son temps, quoique l'homme le plus idéaliste de son temps.

D'ailleurs, est-il le seul à vénérer dans cette époque de renouvellement moral et intellectuel qui s'est appelée le christianisme et qui a été l'oeuvre de plusieurs hommes d'élite et de plusieurs siècles de discussion? Ou, comme M. Renan le croit, Jésus a ignoré les doctrines qui l'entouraient, et, original au suprême degré, il a été une vive et puissante incarnation de la pensée qui planait sur son siècle; ou, comme vous le croyez, monsieur, et comme je penche à le croire avec vous, il a été instruit et il n'est qu'un disciple plus pur et mieux doué que ses maîtres. Il y a une troisième version qui ne me plaît pas et qui a pourtant sa valeur: c'est qu'il n'a jamais existé de Jésus proprement dit, et que sa vie n'est qu'un poème et une légende qui résume plusieurs existences plus ou moins intéressantes, comme son Évangile ne serait qu'un ensemble de versions plus ou moins authentiques d'une même doctrine sujette à mille interprétations. Je crois que vous admettez la possibilité de toutes ces choses; il faut bien l'admettre quand on n'a pas de certitude et de preuve historique incontestable.

Mais vous dites en vous-même: «Qu'importe, après tout, si nous avons sauvé de tous ces naufrages de la réalité historique, une vérité philosophique, une doctrine admirable?» Très bien, je pense comme vous; mais je ne tiens pas à appeler christianisme cette doctrine, qui n'est peut-être pas du tout celle du nommé Jésus, lequel n'a peut-être jamais été crucifié; et je tiens encore moins à m'enthousiasmer pour un personnage légendaire qui n'a pas la réalité de Platon, de Pythagore, d'Aristote et de tous les grands esprits que nous savons avoir vécu eux-mêmes, pensé, parlé, écrit ou souffert en personne.

Remarquez que cette situation apocryphe, ou tout au moins douteuse, du fondateur du christianisme ouvre la porte à des croyances tout à fait contradictoires et que cette doctrine si belle a fait dans le monde autant de mal que de bien, par la raison qu'elle part d'une sorte de mythe. C'est un beau rayon dont le soleil est caché dans les nuages. Platon, Pythagore et les autres fondateurs réels de doctrines ou de méthodes bien définies n'ont jamais fait que du bien. Jésus a apporté l'hypocrisie et la persécution dans la vie humaine et sociale, et cela dure depuis dix-huit cents ans et plus; à l'heure qu'il est, nous sommes plus que jamais persécutés en son nom, privés de liberté et traqués par ses prêtres dans tous les replis de notre existence. Arrière donc le Dieu Jésus! Aimons en philosophe cette charmante figure de roman oriental; mais ne cherchons pas à faire croire à sa divinité ni à sa presque divinité, pas plus qu'à sa réalité humaine. Nous ne savons rien de lui, et nous voici en présence de l'oeuvre collective des apôtres, qui souffre la critique à bien des égards. Libre à nous de choisir la version qui nous plaît le mieux et de rebâtir chacun le temple de la nouvelle Jérusalem selon les besoins de notre coeur, de notre conscience, de notre raison ou de notre idéalisme. Mais n'appelons plus cela une religion; car ce n'en a jamais été une. Ce n'a même pas été une philosophie; c'est un idéal romanesque pour les uns, une grossière superstition pour les autres. La part de la raison ne s'y trouve pas, et la pratique en est aussi élastique, aussi vague que le texte. Ce qui est quelque chose de réel et de fort, c'est le catholicisme. Mais, comme c'est quelque chose d'odieux, je n'en veux pas davantage.

Point d'insulte à Jésus. Il a pu être, et il a dû être grand et bon. Mais cela ne suffit pas à des esprits sérieux pour chercher là toute la lumière et toute la vérité.

La vérité n'a jamais appartenu en propre à un homme, et aucun Dieu n'a daigné nous la formuler. Elle est en nous tous, en quelques-uns plus que dans la masse; mais tous peuvent chercher et trouver la somme de sagesse, de vérité et de vertu qui est l'expression du temps où il vit. L'homme veut tout définir, tout classer, tout nommer; voilà pourquoi il lui plaît d'avoir des messies et des évangiles, mais ces personnifications et ces dogmes lui ont toujours fait pour le moins autant de mal que de bien.

Il serait temps d'avoir des lumières qui ne fussent pas des torches d'incendie.

DXXX

A M. ALEXANDRE DUMAS FILS, A PARIS

Nohant, 14 juillet 1863, au soir.

Marc-Antoine Sand est né ce matin, anniversaire de la prise de la Bastille. Il est grand et fort et il m'a regardée dans les yeux d'un air attentif et délibéré, quand je l'ai reçu tout chaud dans mon tablier. Je crois que nous nous connaissions déjà et il m'a eu l'air de vouloir dire: «Tiens! c'est donc toi?» On l'a fourré dans un bain de vin de Bordeaux, où il a gigoté avec une satisfaction marquée. Ce soir, il tette avec voracité, et sa nourrice, qui n'est autre que sa petite mère, est gaie comme un pinson. Nous avons tiré le petit canon et un pifferari d'Auvergne est venu lui faire entendre le plus primitif des chants gaulois. Le père Maurice a pleuré comme un veau et le père Calamatta comme une huître, à la vue de ce solide moutard! Tout le monde est dans la joie: voilà! Merci pour votre bonne lettre du 5 juillet; réjouissez-vous avec nous, mon grand fils, et venez bientôt nous voir.

G. SAND.

DXXXI

A M. LEBLOIS, PASTEUR, A STRASBOURG

Nohant, 3 août 1863.

Monsieur,

Vos excellents discours nous ont beaucoup frappés, mon fils, ma belle-fille et moi, et je vais tout de suite et sans préambule répondre à votre bonne lettre en vous parlant à coeur ouvert.

Mon fils s'est marié civilement l'année dernière. D'accord avec sa femme, son beau-père et moi, il n'a pas fait consacrer religieusement son mariage. L'Église catholique, dans laquelle nous sommes nés, professe des dogmes et les corrobore de doctrines antisociales et antihumaines qu'il nous est impossible d'admettre. Un cher petit garçon est né de cette union, il y a quinze jours. Depuis que sa mère l'a conçu et porté dans son sein, nous nous sommes demandé tous les trois s'il serait élevé dans les vagues aspirations religieuses qui peuvent suffire à l'âge de raison (à la condition de chercher la vérité dans des conceptions mieux définies), ou si nous essayerions, dans le but de le préparer à devenir un homme complet, de le rattacher à une foi idéaliste, sentimentale et rationnelle. Mais où trouver cette foi assez formulée de nos jours pour être mise à la portée d'un enfant?

Nous songions au protestantisme, uniquement parce qu'il est une protestation contre le joug romain; mais cela était loin de nous satisfaire. Deux dogmes, l'un odieux, l'autre inadmissible, la divinité de Jésus-Christ et la croyance au diable et à l'enfer, nous faisaient reculer devant un progrès religieux qui n'avait pas encore eu la franchise ou le courage de rejeter ces croyances.

Vos sermons nous délivrent de ce scrupule, et mon fils, voulant que son mariage et la naissance de son fils soient religieusement consacrés, je n'ai plus d'objections à lui faire contre deux sacrements qui attacheraient son union et sa paternité à votre communion.

Mais, avant de me rendre entièrement, j'ai recours à votre loyauté avec une absolue confiance, et je vous adresse une question. Faites-vous encore partie de la communion intellectuelle de la Réforme? Persécuté et renié probablement par l'anglicanisme, par le méthodisme, par une très grande partie des diverses Églises, pouvez-vous dire que vous appartenez à une notable partie des esprits éclairés du protestantisme? Si, à peu près seul, vous avez levé un étendard de révolte, l'enfant que nous mettrions sous l'égide de vos idées ne serait-il pas renié et réprouvé chez les protestants, en dépit de son baptême parmi eux? On peut s'aventurer pour soi-même dans les luttes du monde philosophique et religieux; mais, quand on s'occupe de l'avenir d'un enfant, d'un être né avec le droit sacré de la liberté, qui, dès que sa raison s'entr'ouvre, a besoin de conseils et de direction, on doit non seulement chercher la meilleure méthode à lui offrir, mais encore préparer à sa vie un milieu moral, une solidarité, un foyer de fraternité, et quelque chose encore! une rationalité religieuse, si je puis ainsi dire, un drapeau ayant quelque autorité dans le monde. Il ne faut pas, ce me semble, que l'adolescent puisse dire à son père catholique: «Vous m'avez lié à un joug de mort!» ni à son père protestant: «Vous m'avez isolé au sein de la liberté d'examen; vous m'avez enfermé dans une petite Église, sans appui, et me voilà déjà dans la lutte quand j'ai à peine compris pourquoi j'y suis!»

Dans les deux cas, cet enfant pourrait ajouter: «Mieux valait ne me lier à rien et m'élever selon votre inspiration dans l'absolue liberté où vous viviez vous-même.»

Mon fils et sa femme feront, en tout cas, ce qu'ils voudront, sans qu'aucun nuage entre nous résulte jamais d'une dissidence qui n'est même pas formulée encore; mais, ayant à donner ou à réserver mon opinion un jour ou l'autre, je vous demande, à vous, monsieur, la réponse à mon incertitude, qui vous sera dictée par votre conscience.

Je ne connais pas le monde protestant. On me parle d'une Église tout à fait nouvelle, ayant de l'avenir et faisant de nombreux prosélytes en Italie particulièrement. Je vois, d'après ce que l'on me dit, que cette Église part de vos principes et qu'il y a par le monde un souffle de liberté religieuse qui unit un certain nombre d'esprits sérieux. Je voudrais savoir si notre enfant aura dans la vie une véritable famille à laquelle il n'aura peut-être jamais ni le désir ni l'occasion de s'identifier,—car il faut prévoir l'âge où il ne voudrait suivre aucun culte, et là s'arrêtera aussi l'autorité de la famille naturelle,—mais de laquelle il pourrait dire avec fierté qu'il a été l'élève et le citoyen. Nos petites Églises détachées du catholicisme, comme celle de l'abbé Châtel, par exemple, ont toujours eu un caractère mesquin ou impuissant. Celle que vous proclamez se rattache à une conception large du christianisme et ne présente pas ces pauvretés. Mais où est-elle, cette Église? Est-elle maudite par l'intolérance protestante? Lui refuse-t-on son titre religieux? Se rattache-t-elle à des nuances qui l'aident à se constituer comme une communauté importante offrant un ensemble de vues, d'aspirations et d'efforts?

Pardonnez-moi mon griffonnage, je ne sais pas recopier et j'aime mieux vous envoyer ma première impression illisible et informe. Vous me comprendrez par le coeur, qui sait tout déchiffrer.

Je vous demande le secret jusqu'à ce que nous ayons vidé la question, et vous prie de croire, monsieur, quelle qu'en soit l'issue, à mes sentiments de fraternité véritable et profonde.

GEORGE SAND.

DXXXII

A M. JOSEPH DESSAUER, A ISCHL (AUTRICHE)

Nohant, 15 août 1863.

Bon Chrishni,

Je veux que vous trouviez une lettre de moi à Ischl, puisque vous ne m'avez pas mise à même de vous répondre à Paris.

Oui, ce sont d'heureux jours, que ceux où je vous ai retrouvé si semblable à vous-même, à peine vieilli, pas changé, toujours aussi naïf, aussi tendre et aussi aimable. Les oreilles ont dû vous sonner tout le temps de votre voyage: car on n'a pas passé une heure ici sans dire: «Bon Chrishni! cher brave homme! ami charmant! digne maestro! grand artiste! etc., etc.»; chacun et tous à la fois, duo, trio, quatuor, etc., tutti, tutti: «Vive le bon Dessauer! le vrai Favilla!» Et, le soir, les lettres mystérieuses apportées sur, la table par l'esprit familier, les phrases musicales qu'on, croyait entendre en les lisant, tout cela a été goûté, senti, et, tout en riant, on était attendri, on vous sentait encore là.

Eh! n'y êtes-vous pas toujours? est-ce que nous ne vivons que dans notre corps? est-ce que nous n'habitons pas la lune et le soleil et toutes les étoiles, dès que notre pensée nous y transporte? est-ce qu'on ne s'y occupe pas de nous comme nous nous occupons d'eux, nous qui rêvons toujours d'aller les y rejoindre? Eux? qui? ils disent la même chose que nous, et, sans nous connaître, ils nous aiment. Et puis ne nous connaissent-ils pas? Où est notre cher grand Delacroix à cette heure? Mais où êtes-vous vous-même, à l'heure où je vous écris? sur quelle route? dans quel véhicule? dans quelle disposition d'esprit? L'absence et la mort ne diffèrent pas beaucoup; donc, on ne se quitte pas, on se perd de vue; mais on sait bien que, n'importe où, on se retrouvera. Aussi je ne dis jamais adieu dans le sens de «Dieu nous sépare!» je le dis toujours dans le sens «Au revoir en Dieu, sur cette terre ou sur une autre!» Est-ce que l'on ne fait pas de progrès tant qu'on veut vivre et tant qu'on croit à l'idéal? est-ce que l'idéal ne sert qu'à cette vie d'un jour ou deux sur la terre? Ne croyez pas cela. Nous emportons avec nous ce que nous avons acquis, et nous l'emportons pour l'accroître dans l'éternité. Qu'importe que, dans une ou deux de nos existences, nous n'ayons pas été assez encouragés, si nous avons entretenu le feu sacré en nous et dans les autres? Ne comptez pas pour rien ces heures où vous donnez, avec votre âme, celle des grands maîtres à vos amis; tout cela, c'est un échange, entre eux, vous et nous, de ce qu'il y a de meilleur et de plus élevé dans le sanctuaire commun.

Écrivez-nous, cher ami; dites-nous comment vous avez voyagé, comment vous avez retrouvé les soeurs, la nièce, les montagnes, le pays du sel et les montagnards artistes.

Toute la famille d'ici vous embrasse: Maurice, que la mort de Delacroix a beaucoup affecté, surtout par la pensée qu'il est mort sans famille autour de lui; Lina, qui vous présenté son poupon à baiser; madame Lambert qui ne cesse de parler de vous; son mari, qui vous étudie rétrospectivement avec une sympathie délicate; Marie Lambert, qui pleure pour un rien, mais qui aime beaucoup; Calamatta, qui ne dit plus rien contre Delacroix et qui le regrette comme homme, sans l'avoir jamais compris comme peintre. Voilà tout le monde… Non, il y a la grande Marie, une nature d'élite sous sa blanche cornette; et tous vous aiment et vous crient: «Revenez!»

GEORGE SAND.

DXXXIII

A M. ALEXANDRE DUMAS FILS, A PARIS

Nohant, 26 août 1863.

Eh bien, mon cher lumineux fils, êtes-vous reposé de votre affreux départ? On m'a dit que vous étiez parti horriblement, par la trahison de l'imbécile qui fait le service. Il est si facile d'avoir une voiture de louage à la Châtre, que nous sommes tous des niais de compter sur autre chose, après tous les tours que nous a joués cette diligence. Dites-en tous mes regrets à Gautier[1], et promettez-lui que cela n'arrivera plus. Qu'il n'oublie pas que nous comptons qu'il reviendra et qu'on l'avertira de ce qu'il y aura d'instructif à voir pour la partie matérielle, dans nos représentations. Remerciez-le pour moi et pour nous tous de sa bonne visite.

Quant à vous, cher fils, je ne vous remercie pas autrement qu'en vous aimant d'autant plus que vous vous êtes dévoué pour moi. Grâce à vous, je vois clair dans le travail, et je refais avec soin un scénario plus développé. Je suis même étonnée d'avoir pour cela la mémoire que je n'ai pas pour autre chose. Je me rappelle tout ce que vous m'avez dit comme si c'était écrit. C'est un plaisir de vous voir composer et improviser une pièce en causant. À présent que je relis cette carcasse, je suis étonnée de sa logique et de la manière dont elle se tient. Allons, vous n'êtes pas encore crétin, mon bonhomme, et vous avez un monde de compositions et de succès dans la trompette. Je ne suis pas en peine de vous: si vous n'allez pas plus vite, c'est que vous êtes paresseux. Mais qu'est-ce que ça fait si ça vous plaît de l'être? Ce qui importe, c'est que, quand vous travaillez une heure, vous travaillez comme cent.

Tout mon monde vous envoie des amitiés en masse. Maurice n'est pas encore revenu.

Votre maman vous embrasse.

[1] Théophile Gautier.

DXXXIV

A M. CHARLES PONCY, A TOULON

Nohant, 27 août 1863.

Mes pauvres enfants! avoir tant travaillé et tant souffert pour rien!
Mais non, ce n'est pas pour rien, puisque vous avez adouci ses derniers
jours et prolongé, autant que possible, son illusion et son espérance.
Dieu vous en tiendra compte et elle aussi, dans un monde meilleur.

Pauvre femme! si douce, si jeune encore et si belle de charme et de distinction naturelle! Comme elle a langui et lutté! Elle est mieux où elle est, n'en doutez pas.—Où que ce soit, elle vit et elle est en Dieu.

Chère Solange! sois la consolation de ton pauvre père, et que ton père soit la tienne aussi. Nous vous aimons bien.

DXXXV

A M. ALEXANDRE DUMAS FILS, A PARIS.

Nohant, 1er octobre 1863, deux heures du matin.

Mon cher fils,

Votre lettre est d'un vrai amour de fils! Je dis donc adieu à mes scrupules; je vois que vous avez raison, que vous m'aimez bien, et qu'avec vous on peut avoir le coeur sur la main tout à fait.

La Rounat est venu; on lui a lu la pièce, qui ne pourra passer que dans l'hiver de 1864, parce que je ne veux pas la donner en plein printemps, et qu'il a de l'encombrement jusque-là. Ça me laisse le temps de donner encore plusieurs façons à mon labourage; car ce qu'on a lu jusqu'ici n'est qu'un brouillon et j'y vois, chaque fois, des améliorations à faire. Peut-être même remettrai-je la pièce en quatre actes; elle est pleine en cinq, mais pas assez serrée à la fin. Ça m'amuse toujours.

Dès que j'aurai fini les corrections, je vous enverrai le manuscrit, pour que vous m'en indiquiez des masses, et, en attendant, je vous embrasse, pour moi qui veille et pour tous ceux qui dorment.

Votre maman.

DXXXVI

A SON ALTESSE LE PRINCE NAPOLÉON (JÉROME) A PARIS

Nohant, 19 novembre 1863.

Mon cher prince,

Vous devez me croire morte; mais vous avez tant couru, vous, que vous n'auriez pas eu le temps de me lire. Vous avez bien travaillé pour les arts, et pour l'industrie, et pour le progrès. Moi, j'ai fait une comédie, c'est moins utile et moins intéressant. Que vous aurai-je appris d'instructif, à vous qui savez tout? On me dit que vous voudriez savoir ce que je pense de la Vie de Jésus.

M. Renan a fait un peu descendre son héros dans mon esprit, d'un certain côté, en le relevant pourtant de l'autre. J'aimais à me persuader que Jésus ne s'était jamais cru Dieu, jamais proclamé fils de Dieu en particulier, et que sa croyance à un Dieu vengeur et punisseur était une surcharge apocryphe faite aux Évangiles. Voilà du moins les interprétations que j'avais toujours acceptées et même cherchées; mais M. Renan arrive avec des études et un examen plus approfondis, plus compétents, plus forts. On n'a pas besoin d'être aussi savant que lui pour sentir une vérité, un ensemble de réalités et d'appréciations indiscutables dans son oeuvre. Ne fut-ce que par la couleur et la vie, on est pénétré, en le lisant, d'une lumière plus nette sur le temps, sur le milieu, sur l'homme.

Je crois donc qu'il a mieux vu Jésus que nous ne l'avions entrevu avant lui, et je l'accepte comme il nous le donne. Ce n'est plus un philosophe, un savant, un sage, un génie, résumant en lui le meilleur des philosophies et des sciences de son temps: c'est un rêveur, un enthousiaste, un poète, un inspiré, un fanatique, un simple. Soit. Je l'aime encore; mais comme il tient peu de place maintenant, pour moi, dans l'histoire des idées! comme l'importance de son oeuvre personnelle est diminuée! comme sa religion est désormais bien plus suscitée par la chance des événements humains que par une de ces grandes nécessités historiques que l'on est convenu, et un peu obligé, d'appeler providentielles!

Acceptons le vrai, quand bien même il nous surprend et change notre point de vue. Voilà Jésus bien démoli! Tant pis pour lui! tant mieux pour nous, peut-être. Sa religion est arrivée à faire autant de mal pour le moins qu'elle avait fait de bien; et, comme—que ce soit ou non l'avis de M. Renan—je suis persuadée, aujourd'hui, qu'elle ne peut plus faire que du mal, je crois que M. Renan a fait le livre le plus utile qui pût être fait en ce moment-ci.

J'aurais beaucoup à dire sur les artifices du langage de M. Renan. Il faut être courageux pour se plaindre d'une forme si admirablement belle. Mais elle est trop séduisante et pas assez nette, quand elle s'efforce de laisser un voile sur le degré, le mode de divinité qu'il faut attribuer à Jésus. Il y a des traits de lumière vive dans l'ouvrage, qui empêchent un esprit attentif de s'égarer. Mais il y a aussi trop d'efforts charmants et puérils pour endormir la clairvoyance des esprits prévenus, et pour sauver d'une main ce qu'il détruit de l'autre. Cela tient non pas comme on l'a beaucoup dit; à un reflet de l'éducation du séminaire, dont ce mâle talent n'aurait pas su se débarrasser,—je ne crois pas cela,—mais à un engouement d'artiste pour son sujet. Il y a du danger, peut-être de l'inconvénient, à être philosophe érudit, et poète. Certainement cela fait un joli ensemble, et rare, dans une tête humaine; mais, en de telles matières, l'enthousiasme met en péril la logique, ou tout au moins la netteté des assertions.

Avez-vous lu cinq ou six pages que M. Renan a publiées le mois dernier, dans la Revue des Deux-Mondes[1]? J'aime mieux cela que tout ce qu'il a écrit jusqu'ici. C'est grand, grand! Je trouve bien quelque chose à redire encore comme détail; mais c'est si grand, que je résiste peu et que j'admire beaucoup. C'est moi qui voudrais bien avoir votre pensée là-dessus, comme vous avez la mienne. Vous savez résumer, vous, dites-la-moi dans votre concision merveilleuse.

J'irai à Paris cet hiver. Je ne sais pas bien quand. Ma famille va bien. Mon petit-fils est tout à fait gentil et bon garçon. On dit que votre fils est superbe; il me tarde de le voir. Mon nid vous envoie tous ses hommages, ainsi qu'à la princesse.

Est-ce vrai qu'on fera la guerre?

Ce qui est certain, cher prince, c'est que je vous aime toujours de tout mon coeur.

GEORGE SAND.

[1] Les Sciences de la nature et les Sciences historiques, lettre à M. Berthelot (Dialogues et Fragments philosophiques; Calmann Lévy, 1876).

DXXXVII

AU MÊME

Nohant, 24 novembre 1863.

Cher prince,

Je vous autorise bien volontiers à donner copie de ma lettre à M. Renan; mais ce n'est qu'une lettre, et je ne sais pas me résumer comme vous. Mon jugement est très incomplet et ne va pas au fond des choses. Je suis en train de lire Strauss, Salvador et la belle préface de M. Littré au premier de ces deux ouvrages. Si j'avais lu cette préface plus tôt, j'aurais mieux lu M. Renan.

Votre jugement, à vous, est meilleur que le mien; je vous ai toujours dit que vous étiez un très grand esprit qui ne tire pas parti de lui-même. Vous ne voulez pas me croire, vous pourriez faire tout ce que vous voudriez; mais vous êtes paresseux et prince, quel dommage!

Je ne vous trouve pas rêveur, loin de là; vous êtes plus dans le vrai total, que M. Renan, M. Littré et Sainte-Beuve. Ils ont versé dans l'ornière allemande.. Là est leur faiblesse. Ils ont plus de talent et plus de génie que tous les Allemands modernes, et, en outre, ils sont Français. Ils sont Français, c'est-à-dire qu'ils ont de l'esprit et qu'ils sont artistes. Cette fantaisie de détruire l'immortalité de l'âme, la véritable et progressive persistance du moi est un péché de lèse-philosophie française. Pour conserver tout ce que la foi a de pur et de sublime, il faut le talent, le coeur et l'esprit français. Les Allemands sont trop bêtes pour croire à autre chose qu'au matérialisme; je regrette de voir leur influence sur ces beaux et grands esprits dont la France serait encore plus fière s'ils étaient plus chauds et plus hardis.

Ah! si j'étais homme, si j'avais votre capacité, votre temps, vos livres, votre âge, votre liberté, je voudrais faire une belle campagne, non pas contre ces grands esprits dont nous parlons: je les aime et je les admire trop pour cela; mais, à côté d'eux, puisant en eux les trois quarts de ma force, et en moi, dans mon sentiment de l'impérissable, la conclusion qui répondrait au coeur.

Non, la conclusion, de MM. Renan et Littré ne suffit pas. Ressusciter dans la postérité par la gloire, n'est pas une idée aussi désintéressée qu'ils le disent. Leur devise est belle: «Travailler sans espoir de récompense; la récompense est dans le bien qu'on fait.»

Oui, à condition qu'on pourra le faire toujours et le recommencer éternellement; le faire pendant une cinquantaine d'années, c'est se contenter de trop peu, c'est se contenter d'un devoir trop vite fait. Et puis, le spectacle et le sens du vrai et du beau est trop grand pour qu'une vie suffise à le contempler et à le savourer. Ce défaut de proportion serait un manque d'équilibre inadmissible.

Oui, j'irai à Paris pour quelques jours seulement. Mais, entre nous, je m'occupe d'arranger ma vie pour être un peu plus libre. Me voilà dans ma soixantième année. C'est un chiffre rond et je sens un peu le besoin de la locomotion pour mon tardif été de la Saint-Martin.

Je serai bien heureuse de vous revoir à de moins longs intervalles.—Nous restons quand même, c'est-à-dire malgré mes reproches à la tendance matérialiste de M. Renan, bien d'accord, vous et moi, sur l'excellence et l'utilité de sa Vie de Jésus. S'il savait la lettre que vous m'avez écrite, c'est celle-là qu'il voudrait, le gourmand!

À vous de coeur, mon cher prince, pour moi et mes enfants.

G. SAND.

Je suis dans une douleur inquiète aujourd'hui. Je vois, parmi les pendus de Varsovie, le nom de Piotrowski, et je ne sais pas si c'est celui qui s'était évadé miraculeusement de la Sibérie. Je le connaissais, c'était un héros. Savez-vous si c'est lui?

DXXXVIII

A M. AUGUSTE VACQUERIE, A PARIS

Nohant, 28 décembre 1863.

Je ne vous ai pas remercié du plaisir que m'a causé Jean Baudry. J'espérais le voir jouer. Mais, mon, voyage à Paris étant retardé, je me suis décidée à le lire, non sans un peu de crainte, je l'avoue. Les pièces qui réussissent perdent trop à la lecture, la plupart du temps. Eh bien, j'ai eu une charmante surprise. Votre pièce est de celles qu'on peut lire avec attendrissement et avec une satisfaction vraie.

Le sujet est neuf, hardi et beau. Je trouve un seul reproche à faire à la manière dont vous l'avez déroulé et dénoué: c'est que la brave et bonne Andrée ne se mette pas tout à coup à aimer Jean à la fin, et qu'elle ne réponde pas à son dernier mot: «Oui, ramenez-le, car je ne l'aime plus, et votre femme l'adoptera;» ou bien: «Guérissez-le, corrigez-le, et revenez sans lui.»

Vous avez voulu que le sacrifice fut complet de la part de Jean. Il l'était, ce me semble, sans ce dernier châtiment de partir sans récompense.

Vous me direz: «La femme n'est pas capable de ces choses-là.» Moi, je dis: «Pourquoi pas?» Et je ne recule pas devant les bonnes grosses moralités: un sentiment sublime est toujours fécond. Jean est sublime; voilà que cette petite Andrée, qui ne l'aimait que d'amitié, se met à l'aimer d'enthousiasme, parce que le sublime a fait vibrer en elle une force inconnue. Vous voulez remuer cette fibre dans le public, pourquoi ne pas lui montrer l'opération magnétique et divine sur la scène? Ce serait plus contagieux encore; on ne s'en irait pas en se disant: «La vertu ne sert qu'à vous rendre malheureux.»

Voilà ma critique. Elle est du domaine de la philosophie et n'ôte rien à la sympathie et aux compliments de coeur de l'artiste. Vous avez fait agir et parler un homme sublime. C'est une grande et bonne chose par le temps qui court. Je suis heureuse de votre succès.

GEORGE SAND.

DXXXIX

A M. ÉMILE AUGIER. A CROISSY

Nohant, 25 décembre 1863.

Cher ami,

Je vous envoie, pour vous faire rire un instant, une lettre-pétition qui m'a été adressée; plus une lettre de vous que je vous restitue; plus une lettre de moi à ce monsieur que je ne connais pas et à qui je n'aurais pas répondu si vous ne l'eussiez jugé digne d'une réponse de vous. J'en conclus qu'il y a peut-être en lui quelque chose de bon; mais, à coup sûr, il est fou, et sa vanité le rend mauvais par moment. Si vous jugez qu'au lieu de le ramener à la raison ma lettre doit lui donner un accès de fièvre chaude, jetez le tout au feu. Sinon, jetez ma dite lettre à la poste.

Ceci a de bon que je vous sais occupé d'une nouvelle pièce. Tant mieux! ne vous laissez pas distraire par les Schiller qui frappent à votre porte. Il doit y en avoir beaucoup, si c'est comme chez moi. Ne vous donnez pas la peine de me répondre, si vous êtes absorbé. Votre prochaine pièce sera une bonne récompense de mes voeux d'amitié sincère.

G. SAND.

A M**

Nohant, 25 décembre 1863.

Monsieur,

Je suis franche, c'est pourquoi j'ai beaucoup d'ennemis. Je vois bien, à votre indignation contre mon ami Augier, que, si je ne trouve pas que vous soyez Schiller, vous m'accuserez de n'avoir pas de coeur. Soyez donc mon ennemi tout de suite, si vous voulez.

Je refuse l'honneur que vous me faites de me prendre pour arbitre. Je ne rends pas de services sous le coup d'une menace, et ce n'est pas parce que vous me traitez d'impératrice que je perdrais le droit de vous dire que vous n'êtes pas Schiller, et que je ne suis pas Goethe. Mais, si vous êtes réellement Schiller, consolez-vous, vous n'avez besoin de personne, vous ferez quelque jour un chef-d'oeuvre que l'on s'arrachera. Il ne s'agît que de le faire; moi, cela ne m'est pas encore arrivé; on ne s'arrache pas mes pièces, on m'en a refusé plus d'une, et je ne m'en suis pas courroucée. Je me suis dit que je n'étais pas Goethe.

Et puis, si vous êtes Schiller, pourquoi offrir vos pièces aux Folies-Dramatiques, qui probablement refuseraient Schiller en personne, sans pour cela l'insulter ni le méconnaître, mais par la seule raison que son génie n'entrerait pas dans leur cadre? Présentez vous aux théâtres vraiment littéraires, et qui sont subventionnés pour l'être, et soyez sûr que, si vous leur apportez quelque chose de beau et de bon ils l'accepteront avec empressement, à condition toutefois que ce soit dans la forme voulue; car vous savez bien qu'on n'y peut jouer Schiller ni Goethe qu'avec des arrangements considérables.

Mais vous luttez, dites-vous, depuis treize ans. Eh bien, il est probable que vous n'avez pas la spécialité du théâtre. Cherchez-en une autre, on en a toujours une quand on veut s'interroger soi-même avec courage et modestie.

Courage donc, monsieur; je ne suis pas vindicative; je vous pardonne vos compliments.

G. SAND.

DXL

A M. CHARLES PONCY, A VENISE

Nohant, 28 décembre 1863.

Cher enfant,

Je vous remercie de votre bonne, longue et intéressante lettre, et de vos souhaits du jour de l'an, que je vous renvoie de tout mon coeur, ainsi qu'à votre chère Solange.

Venise est donc finie? Pauvre Venise! mais rien ne finit et un jour viendra où tout ce luxe de beauté perdue sera rajeuni et ressuscité. Nous sommes dans le siècle du marteau qui abat et de la truelle qui reconstruit. Vous me racontez on ne peut mieux tout ce que vous avez vu. Cette vie errante, mais saine au corps et à l'esprit, a dû faire du bien à Solange et je vous engage à ne pas vous en lasser trop vite.

Puisque le pauvre nid est désolé encore, laissez l'herbe et les branches pousser sur le seuil.—Quand vous reviendrez les écarter, les douloureux souvenirs auront fait place à cette grave sérénité que la mort laisse après elle dans les coeurs auxquels la conscience ne reproche rien.

Mais il est inutile de vouloir hâter ce moment. La nature a droit aux larmes. C'est un soulagement qu'elle exige en même temps qu'un noble tribut qu'elle paye. Votre chère enfant reçoit par là un grand baptême. Elle en appréciera plus tard l'effet salutaire et fortifiant.

J'ai reçu toutes vos lettres.—J'ai partagé et ressenti toutes vos émotions. Me voilà enfin sortie, pour quelques jours, d'une grande crise de travail. Pour m'en distraire, je lis Emerson, que je ne connaissais pas. C'est un philosophe américain, à la fois savant, poète, critique et métaphysicien, un vaste cerveau un peu obscurci par trop de clartés diverses, mais sublime, il n'y a pas à dire.

Notre enfant est superbe et remarquablement aimable et gentil. Il a une précocité extraordinaire et qui m'inquiète par moments: quelque chose dans l'oeil qui n'est pas de son âge.—Mais je ne m'arrête pas à cette remarque. La santé, la fraîcheur et l'embonpoint; en outre, la force musculaire sont tout à fait rassurantes. La petite mère est bonne nourrice et absolument dévouée à son petiot. Maurice est donc très heureux et tout le monde vous embrasse tendrement.

DXLI

A M. EUGÈNE CLERH, A PARIS

Nohant, 31 décembre 1863.

Mon cher enfant,

Je vous remercie de votre charmant travail et de vos bons souhaits de nouvelle année. Les petits services que j'ai pu vous rendre portent avec eux leur récompense, puisque vous êtes digne qu'on s'intéresse à vous. Votre excellente mère m'a écrit une aimable lettre dont je vous prie de la bien remercier pour moi. Promettez-lui de ma part, ma constante sollicitude pour vous; car vous serez toujours, je n'en doute pas, raisonnable, laborieux et délicat comme je vous connais à présent.

Soyez sûr, mon cher enfant, que nous faisons tous notre destinée. La société est, dans tous les temps, un océan à traverser dans un sens ou dans l'autre. Petit ou grand, il nous faut faire le voyage. La mer mange un bon nombre de passagers; mais il ne faut pas s'occuper de cela, parce qu'on meurt dans son lit tout aussi bien que dans les tempêtes. Il faut s'occuper de bien naviguer si l'on a une barque, ou de bien nager si l'on n'a que ses bras, et de ne pas être englouti par sa faute.

Avec de l'honneur, du courage, et point de vices, un homme a beaucoup de chances, et, outre la force qu'il puise en lui-même, il est à peu près certain de rencontrer des gens qui l'aideront en le voyant s'aider; ceux qui s'abandonnent sont infailliblement abandonnés; car la mer dont nous parlons est dure pour tous, et chacun, étant forcé de penser à soi, renonce tôt ou tard aux dévouements inutiles.

Vous m'envoyez de jolies étrennes et je vous envoie un sermon en échange. Non, mon cher enfant, c'est un morceau de mon coeur, de mon expérience et de ma conviction que je vous envoie.

GEORGE SAND.

FIN DU TOME QUATRIÈME

TABLE

1854

    CCCLXX. A madame Augustine de Bertholdi. 3 janvier.
   CCCLXXI. A M. Victor Borie. 16 janvier.
  CCCLXXII. A Maurice Sand. 31 janvier.
 CCCLXXIII. Au même. 19 février.
  CCCLXXIV. Au même. 11 mars.
   CCCLXXV. A M. Armand Barbes. 3 juin.
  CCCLXXVI. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 16 juillet.
 CCCLXXVII. A M. Charles Poncy. 16 juillet.
CCCLXXVIII. A M. Victor Borie. 31 juillet.
  CCCLXXIX. A M. Charles Poney. 11 août.
   CCCLXXX. A M. Armand Barbès. 5 octobre.
  CCCLXXXI. Au même. 28 octobre.
 CCCLXXXII. Au même 27 novembre.

1855

 CCCLXXXIII. A M. Charles Jacque. 7 janvier.
  CCCLXXXIV. A M. Charles-Edmond. 16 février.
   CCCLXXXV. A M Edouard Charlon. 14 février.
  CCCLXXXVI. A madame Augustine de Bertholdi. 14 février.
 CCCLXXXVII. A Maurice Sand. 24 février.
CCCLXXXVIII. A mademoiselle Leroyer de Chantepie. 27 février.
  CCCLXXXIX. A M. Eugène Lambert. mars.
      CCCXC. A M. Jules Néraud. 14 avril.
     CCCXCI. A M Ernest Périgois. 9 mai.
    CCCXCII. A S.M. le prince Napoléon (Jérôme). 12 juillet.
   CCCXCIII. A M.***. 3 juillet.
    CCCXCIV. A madame Arnould-Plessy. 20 Aout.
     CCCXCV. A la même. 4 septembre.
   CCCXCVII. A M. Jules Janin. 1er octobre.
  CCCXCVIII. A madame Arnould-Plessy. 21 novembre.
   CCCXCVIX. A M. Alexandre Dumas fils. 26 novembre.

1856

         CD. A M. Paul de Saint-Victor. 9 janvier.
        CDI. Au même. 9 avril.
       CDII. A madame Augustine de Bertholdi. 13 avril.
      CDIII. A madame Arnould-Plessy. 1er mai.
       CDIV. A M. Charles Poney. 23 juillet.
        CDV. A M. Charles Duvernet. novembre.
       CDVI. A M. Ernest Périgois. 20 décembre.

1857

      CDVII. A M. Adolphe Joanne. 29 février.
     CDVIII. A M. Calamatta. 6 avril.
       CDIX. A M. Victor Borie. 16 avril.
        CDX. A M. Charles-Edmond. 13 juin.
       CDXI. A M.***. juillet.
      CDXII. A M. Charles Poncy. 15 août.
     CDXIII. A M. Paul de Saint-Victor. 18 août.
      CDXIV. A S. M. l'impératrice Eugénie. 6 octobre.
       CDXV. A la même. 30 octobre.
      CDXVI. A M. Charles-Edmond. 29 novembre.
     CDXVII. Au même. 8 décembre.
    CDXVIII. A S. M. l'impératrice Eugénie. 9 décembre.
      CDXIX. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). décembre.

1858

       CDXX. A M. Charles-Edmond. 9 janvier.
      CDXXI. A Maurice Sand. 14 janvier.
     CDXXII. Au même. 15 janvier.
    CDXXIII. A M. Charles Duvernet. 16 janvier.
     CDXXIV. A M. Charles-Edmond. 25 janvier.
      CDXXV. Au même. 30 janvier.
     CDXXVI. Au même. 18 février.
    CDXXVII. A M. Paul de Saint-Victor. 3 mars.
   CDXXVIII. A. S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 12 mars.
     CDXXIX. Au même. 25 mars.
      CDXXX. A M. Ernest Périgois. 17 avril.
     CDXXXI. Au même. 23 avril.
    CDXXXII. Au même. 30 mai.
   CDXXXIII. A. mademoiselle Leroyer de Chantepie. 5 juin.
    CDXXXIV. A Maurice Sand. 10 juin.
     CDXXXV. A M. Charles Poncy. 19 juin.
    CDXXXVI. A M. Ferri-Pisani. 28 juin.
   CDXXXVII. A M. Frédéric Villot. 4 septembre.
  CDXXXVIII. Au même. 12 septembre.
    CDXXXIX. A M. Victor Borie. 13 octobre.
       CDXL. A M. Ferri-Pisani. 21 octobre.
      CDXLI. A M. Édourd Charton. 20 novembre.
     CDXLII. A madame Arnould-Plessy. 9 décembre.
    CDXLIII. A M. Charles Poncy. 17 décembre.
     CDXLIV. Au même. 28 décembre.
      CDXLV. A madame Arnouîd-Plessy. 29 décembre.

1859

     CDXLVI. A M. Octave Feuillet. 19 février.
    CDXLVII. Au même. 27 février.
   CDXLVIII. A M. Ludre Gabillaud. 29 février.
     CDXLIX. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 25 août.
        CDL. A M. Alexandre Dumas fils. 7 décembre.
       CDII. A.M. Charles-Edmond. 18 décembre.
      CDLII. A M. Desplanches. 26 décembre.

1860

     CDLIII. A M. Charles Duvernet. 7 janvier.
      CDLIV. A Maurice Sand. 8 février.
       CDLV. A M. Charles-Edmond. 11 février.
      CDLVI. A mademoiselle Leroyer de Chantepie. 12 février.
     CDLVII. A Maurice Sand. 16 mai.
    CDLVIII. A M. Charles-Edmond. 26 mai.
      CDLIX. À S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 27 juin.
       CDLX. A M. Jules Boucoiran. 31 juillet.
      CDLXI. A madame Pauline Villot. novembre.
     CDLXII. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 9 décembre.
    CDLXIII. A M. Alexandre Dumas fils. 11 décembre.
     CDLXIV. A M. Charles Poncy. 20 décembre.
      CDLXV. A M. Ernest Périgois. 25 décembre.
     CDLXVI. A mademoiselle Nancy Fleury. 27 décembre.

1861

    CDLXVII. A M. et madame Ernest Périgois. 20 janvier.
   CDLXVIII. A M. Charles Duvernet. 14 février.
     CDLXIX. A. M. et madame Ernest Périgois. 20 février.
      CDLXX. A M Charles Duvernet. 24 février.
     CDLXXI. A M. Jules Boucoiran. 25 février.
    CDLXXII. A M. Charles Duvernet. 15 mars.
   CDLXXIII. A madame Pauline Villot. 11 mai.
    CDLXXIV. A la même. 19 avril.
     CDLXXV. A M. Charles Poncy. 24 avril.
    CDLXXVI. A madame Pauline Villot. 11 mai.
   CDLXXVII. A Maurice Sand. 15 mai.
  CDLXXVIII. Au même. 22 mai.
    CDLXXIX. A M. Charles Poncy. 5 juin.
     CDLXXX. A Maurice Sand. 8 juin.
    CDLXXXI. A M. Alexandre Dumas fils. 8 juin.
   CDLXXXII. A madame Pauline Villot. 11 juin.
  CDLXXXIII. A M. Victor Borie. 20 juin.
   CDLXXXIV. A M. Charles Poncy. 30 juin.
    CDLXXXV. A M. Victor Borie. 2 juillet.
   CDLXXXVI. A M. Armand Barbes. 14 juillet.
  CDLXXXVII. A Maurice Sand. 27 juillet.
 CDLXXXVIII. A M. Adolphe Joanne. 6 août.
   CDLXXXIX. A Maurice Sand. 11 août.
       CDXC. A. madame Pauline Villot. 11 août.
      CDXCI. A M. Alexandre Dumas fils. 11 août.
     CDXCII. A Maurice Sand. 1er septembre.
    CDXCIII. A M. Victor Borie. 8 septembre.
     CDXCIV. A Maurice Sand. 22 septembre.
      CDXCV. A M. Armand Barbes. 4 octobre.
     CDXCVI. A madame Pauline Villot. 10 octobre.
    CDXCVII. A Maurice Sand. 10 octobre.
   CDXCVIII. A M. Charles Poney. 20 octobre.
     CDXCIX. A M. Alexandre Dumas fils. 7 novembre.
          D. Au même. 20 novembre.
         DI. A M. Armand Barbes. 1st décembre.
        DII. A M. Charles Duvernet. 7 décembre.
       DIII. A M. Charles Poncy. 28 décembre.

1862

        DIV. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 7 janvier.
         DV. A M. Armand Barbes. 8 janvier.
        DVI. A madame Pauline Villot. 22 février.
       DIII. A M. Charles Duvernet. 24 février.
      DVIII. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 25 février.
        DIX. Au même. 26 février.
         DX. A Madame Pauline Villot. 27 février.
        DXI. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 5 mars.
       DXII. A M. Alexandre Dumas fils. 10 mars.
      DXIII. A mademoiselle Lina Calamatla. 31 mars.
       DXIV. A M. Marjollay. 6 avril.
        DXV. A M. Armand Barbès. 3 mai.
       DXVI. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 11 mai.
      DXVII. A madame d'Agoult. 7 juin.
     DXVIII. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 26 juillet.
       DXIX. A mademoiselle Nancy Fleury. 7 août.
        DXX. A madame d'Agoult. 23 octobre.
       DXXI. A S-A. le prince Napoléon (Jérôme). 14 décembre.

1863

      DXXII. A M. Edouard Cadol. 29 janvier.
     DXXIII. A M. Gustave Flaubert. 2 février.
      DXXIV. A M. Edouard Cadol. 6 février.
       DXXV. Au même. 7 février.
      DXXVI. A M.***. 26 février.
     DXXVII. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 22 mars.
    DXXVIII. A M. Edmond About. mars.
      DXXIX. A M.***. avril.
       DXXX. A M. Alexandre Dumas fils. 14 juillet.
      DXXXI. A M. Leblois. 3 août.
     DXXXII. A M. Joseph Dossauer. 15 août.
    DXXXIII. A M. Alexandre Dumas fils. 26 août.
     DXXXIV. A M. Charles Poncy. 27 août.
      DXXXV. A M. Alexandre Dumas fils. 1st octobre.
     DXXXVI. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 19 novembre.
    DXXXVII. Au même. 24 novembre.
   DXXXVIII. A M. Auguste Vacquerie. 23 décembre.
     DXXXIX. A M. Emile Augier. 25 décembre.
        DXL. A M. Charles Poncy. 28 décembre.
       DXLI. A M. Eugène Clerh. 31 décembre.

FIN DE LA TABLE DU TOME QUATRIÈME

End of Project Gutenberg's Correspondance, 1812-1876, Tome 4, by George Sand