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Correspondance, 1812-1876 — Tome 5 cover

Correspondance, 1812-1876 — Tome 5

Chapter 189: DCCXXIX
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About This Book

Collected letters spanning decades present private and public correspondence that alternates family and household news, health and financial concerns, and practical caretaking with literary judgment and commentary on contemporary events. The letters mix intimate updates and moral reflection with theatrical and critical responses, exchanges with peers, and accounts of daily routine. Across epistolary moments the voice balances affection, irony and clear-eyed self-assessment, showing how creative work, social ties, and material necessities intertwine in ordinary and consequential decisions.

DCCXVIII

A MADEMOISELLE NANCY FLEURY, A PARIS

Nouant, 6 janvier 1870.

Chère filleule dont je suis fière et que j'aime, merci de ton bon souvenir.

Tu as si peu le temps de m'écrire, que je bénis le jour de l'an, sachant qu'il m'apportera de tes nouvelles. Ta lettre m'arrive avec celle de Barbès, qui ne manque pas encore à l'appel, malgré sa pauvre santé, et qui, comme toi, est plus courageux et plus tendre que jamais.

Je suis contente que vous alliez tous bien, à la frontière[1] et ici; je suis bien sûre que la seconde petite de Valentine est aussi jolie que la première et qu'elle sera aussi adorée. C'est une force qu'on a contre l'horrible idée qui vient quelquefois au milieu du bonheur, qu'on pourrait perdre ces chers êtres.

On se répond qu'il faut les aimer d'autant plus et qu'une existence se mesure non pas à sa durée, mais à la joie et aux tendresses qui l'ont remplie.

Lina, Maurice et nos chères fillettes, qui vont à merveille, vous envoient à tous des tendresses et des baisers. Aurore est toujours merveilleuse de raison et d'amabilité. Ta filleule, qui trotte comme une souris, commence à dire la fin des mots. Elle prend pour cela un air capable et important qui est très comique. Elle sera, dit-on, plus jolie qu'Aurore; nous n'avons pas d'opinion là-dessus à la maison; nous les voyons toutes deux avec trop d'imagination.

Non, il n'y a pas de photographe à la Châtre et ceux qui passent sont des maladroits. Pour connaître ta filleule, il faudra que tu aies deux ou trois jours à voler à Valentine, qui nous en vole tant avec son Strasbourg.

Embrasse-la mille fois pour nous, cette chère mignonne, et souhaite, pour nous aussi, à ton cher Gaulois de père [2] et à ta petite maman la bonne année la plus tendre. J'espère vous voir prochainement: Que ne puis-je vous mener, c'est-à-dire emmener les enfants!

Je le bige mille fois!

G. SAND.

  [1] La soeur de mademoiselle Nancy avait épousé un avocat de
      Strasbourg, M. Engelhard.
  [2] Alphonse Fleury.

DCCXIX

A GUSTAVE FLAUBERT, A CROISSET

Nohant, 9 janvier 1870.

J'ai eu tant d'épreuves à corriger, que j'en suis abrutie. Il me fallait cela pour me consoler, de ton départ, troubadour de mon coeur.

On continue à abîmer ton livre. Ça ne l'empêche pas d'être un beau et bon livre. Justice se fera plus tard, justice se fait toujours. Il n'est pas arrivé à son heure apparemment; ou plutôt, il y est trop bien arrivé: il a trop constaté le désarroi qui règne dans les esprits; il a froissé la plaie vive; on s'y est trop reconnu.

Tout le monde, t'adore ici, et on est trop pur de conscience pour se fâcher de la vérité: nous parlons de toi tous les jours. Hier, Lina me disait qu'elle admirait beaucoup tout ce que tu fais, mais qu'elle préférait Salammbo à tes peintures modernes. Si tu avais été dans un coin, voici ce que tu aurais entendu d'elle, de moi et des autres:

«Il est plus grand et plus gros que la moyenne des êtres. Son esprit est comme lui, hors des proportions communes. En cela, il a du Victor Hugo, au moins autant que du Balzac; et il est artiste, ce que Balzac n'était pas.—Il n'a pas encore donné toute sa voix. Le volume énorme de son cerveau le trouble. Il ne sait s'il sera poète ou réaliste; et, comme il est l'un et l'autre, ça le gêne.—Il faut qu'il se débrouille dans ses rayonnements. Il voit tout et veut tout saisir à la fois.—Il n'est pas à la taille du public, qui veut manger par petites bouchées, et que les gros morceaux étouffent. Mais le public ira à lui, quand même, quand il aura compris.—Il ira même assez vite, si l'auteur descend à vouloir être bien compris.—Pour cela, il faudra peut-être demander quelques concessions à la paresse de son intelligence.—Il y a à réfléchir avant d'oser donner ce conseil.»

Voilà le résumé de ce qu'on a dit. Il n'est pas inutile de savoir l'opinion des bonnes gens et des jeunes gens. Les plus jeunes disent que l'Éducation sentimentale les a rendus tristes. Ils ne s'y sont pas reconnus, eux qui n'ont pas encore vécu; mais ils ont des illusions, et disent: «Pourquoi cet homme si bon, si aimable, si gai, si simple, si sympathique, veut-il nous décourager de vivre?—C'est mal raisonné, ce qu'ils disent, mais, comme c'est instinctif, il faut peut-être en tenir compte.

Aurore parle de toi et berce toujours ton baby sur son coeur; Gabrielle appelle Polichinelle son petit, et ne veut pas dîner s'il n'est vis-à-vis d'elle. Elles sont toujours nos idoles, ces marmailles.

J'ai reçu hier, après ta lettre d'avant-hier, une lettre de Berton, qui croit qu'on ne jouera l'Affranchi que du 18 au 20. Attends-moi, puisque tu peux retarder un peu ton départ. Il fait trop mauvais pour aller à Croisset; c'est toujours pour moi un effort de quitter mon cher nid pour aller faire mon triste état; mais l'effort est moindre quand j'espère te trouver à Paris.

Je t'embrasse pour moi et pour toute la nichée.

DCCXX

A VICTOR HUGO, A GUERNESEY

Paris, 2 février 1870.

Mon grand ami, je sors de la représentation de Lucrèce Borgia, le coeur tout rempli d'émotion et de joie. J'ai encore dans la pensée toutes ces scènes poignantes, tous ces mots charmants ou terribles, le sourire amer d'Alphonse d'Este, l'arrêt effrayant de Gennaro, le cri maternel de Lucrèce; j'ai dans les oreilles les acclamations de cette foule qui criait: «Vive Victor Hugo!» et qui vous appelait, hélas! comme si vous alliez venir, comme si vous pouviez l'entendre.

On ne peut pas dire, quand on parle dune oeuvre consacrée telle que Lucrèce Borgia: «Le drame a eu un immense succès;» mais je dirai: Vous avez eu un magnifique triomphe. Vos amis du Rappel, qui sont mes amis, me demandent si je veux être la première à vous donner la nouvelle de ce triomphe. Je le crois bien, que je le veux! Que ma lettre vous porte donc, cher absent, l'écho de cette belle soirée.

Cette soirée m'en a rappelé une autre, non moins belle. Vous ne savez pas que j'assistais à la première représentation de Lucrèce Borgia,—il y a aujourd'hui, me dit-on, trente-sept ans, jour pour jour[1]?

Je me souviens que j'étais au balcon, et le hasard m'avait placée à côté de Bocage, que je voyais ce jour-là pour la première fois. Nous étions, lui et moi, des étrangers l'un pour l'autre: l'enthousiasme commun nous fit amis. Nous applaudissions ensemble; nous disions ensemble: «Est-ce beau!» Dans les entr'actes, nous ne pouvions nous empêcher de nous parler, de nous extasier, de nous rappeler réciproquement tel passage ou telle scène.

Il y avait alors dans les esprits une conviction et une passion littéraires qui tout de suite vous donnaient la même âme et créaient comme une fraternité de l'art. A la fin du drame, quand le rideau se baissa sur le cri tragique: «Je suis ta mère!» Nos mains furent vite l'une dans l'autre. Elles y sont restées jusqu'à la mort de ce grand artiste, de ce cher ami.

J'ai revu aujourd'hui Lucrèce Borgia telle que je l'avais vue alors.
Le drame n'a pas vieilli d'un jour; il n'a pas un pli, pas une ride.
Cette belle forme, aussi nette et aussi ferme que du marbre de Paros,
est restée absolument intacte et pure.

Et puis vous avez touché là, vous avez exprimé là, avec votre incomparable magie, le sentiment qui nous prend le plus aux entrailles: vous avez incarné et réalisé «la mère». C'est éternel comme le coeur.

Lucrèce Borgia est peut-être, dans tout votre théâtre, l'oeuvre la plus puissante et la plus haute. Si Ruy Blas est par excellence le drame heureux et brillant, l'idée de Lucrèce Borgia est plus pathétique, plus saisissante et plus profondément humaine.

Ce que j'admire surtout, c'est la simplicité hardie qui, sur les robustes assises de trois situations capitales, a bâti ce grand drame. Le théâtre antique procédait avec cette largeur calme et forte.

Trois actes; trois scènes suffisent à poser, à nouer et à dénouer cette étonnante action: La mère insultée en présence du fils; Le fils empoisonné par la mère; La mère punie et tuée par le fils; La superbe trilogie a dû être coulée d'un seul jet, comme un groupe de bronze. Elle l'a été, n'est-ce pas?

Je me rappelle dans quelles conditions et dans quelles circonstances Lucrèce Borgia fut en quelque sorte improvisée, au commencement de 1833.

Le Théâtre-Français avait donné, à la fin de 1832, la première et unique représentation du Roi s'amuse. Cette représentation avait été une rude bataille et s'était continuée et achevée entre une tempête de sifflets et une tempête de bravos. Aux représentations suivantes, qu'est-ce qui allait l'emporter, des bravos ou des sifflets? Grande question, importante épreuve pour l'auteur…

Il n'y eut pas de représentations suivantes.

Le lendemain de la première représentation, le Roi s'amuse était interdit «par ordre», et attend encore sa seconde représentation. Il est vrai qu'on joue tous les jours Rigoletto.

Cette confiscation brutale portait au poète un préjudice immense. Il dut y avoir là pour vous, mon ami, un cruel moment de douleur et de colère.

Mais, dans ce même temps, Harel, le directeur de la Porte-Saint-Martin, vient vous demander un drame pour son théâtre et pour mademoiselle Georges. Seulement, ce drame, il le lui faut tout de suite, et Lucrèce Borgia n'est construite que dans votre cerveau, l'exécution n'en est pas même commencée.

N'importe! vous aussi, vous voulez tout de suite votre revanche. Vous vous dites à vous-même ce que vous avez dit depuis au public dans la préface même de Lucrèce Borgia:

«Mettre au jour un nouveau drame, six semaines après le drame proscrit, ce sera encore une manière de dire son fait au gouvernement. Ce sera lui montrer qu'il perd sa peine. Ce sera lui prouver que l'art et la liberté peuvent repousser en une nuit sous le pied maladroit qui les écrase.»

Vous vous mettez aussitôt à l'oeuvre. En six semaines, votre nouveau drame est écrit, appris, répété, joué. Et, le 2 février 1833, deux mois après la bataille du Roi s'amuse, la première représentation de Lucrèce Borgia est la plus éclatante victoire de votre carrière dramatique.

Il est tout simple que cette oeuvre d'une seule venue soit solide, indestructible et à jamais durable, et qu'on l'ait applaudie hier comme on l'avait applaudie il y a quarante ans, comme on l'applaudira dans quarante ans encore, comme on l'applaudira toujours.

L'effet, très grand dès le premier acte, a grandi de scène en scène, et a eu, au dernier acte, toute son explosion.

Chose étrange! ce dernier acte, on le connaît, on le sait par coeur, on attend l'entrée des moines, on attend l'apparition de Lucrèce Borgia, on attend le coup de couteau de Gennaro.

Eh bien, on est pourtant saisi, terrifié, haletant, comme si on ignorait tout ce qui va se passer; la première note du De Profundis coupant la chanson à boire vous fait passer un frisson dans les veines; on espère que Lucrèce Borgia sera reconnue et pardonnée par son fils, on espère que Gennaro ne tuera pas sa mère. Mais non, vous ne voudrez pas, maître inflexible: il faut que le crime soit expié, il faut que le parricide aveugle châtie et venge tous ces forfaits, aveugles aussi peut-être.

Le drame a été admirablement monté et joué sur ce théâtre, où il se retrouvait chez lui.

Madame Laurent a été vraiment superbe dans Lucrèce. Je ne méconnais pas les grandes qualités de beauté, de force et de race que possédait mademoiselle Georges; mais j'avouerai que son talent ne m'émouvait que quand j'étais émue par la situation même. Il me semble que Marie Laurent me ferait pleurer à elle seule. Elle a eu, comme mademoiselle Georges, au premier acte, son cri terrible de lionne blessée: «Assez! assez!» Mais, au dernier acte, quand elle se traîne aux pieds de Gennaro, elle est si humble, si tendre, si suppliante; elle a si peur, non d'être tuée, mais d'être tuée par son fils, que tous les coeurs se fondent comme le sien et avec le sien. On n'osait pas applaudir, on n'osait pas bouger, on retenait son souffle. Et puis toute la salle s'est levée pour la rappeler et pour l'acclamer en même temps que vous.

Vous n'avez jamais eu un Alphonse d'Este aussi vrai et aussi beau que Mélingue. C'est un Bonington, ou mieux, c'est un Titien vivant. On n'est pas plus prince et prince italien, prince du XVIe siècle. Il est féroce et il est raffiné. Il prépare, il compose et il savoure sa vengeance en artiste, avec autant d'élégance que de cruauté. On l'admire avec épouvante, faisant griffe de velours comme un beau tigre royal.

Taillade a bien la figure tragique et fatale de Gennaro. Il a trouvé de beaux accents d'àpreté hautaine et farouche, dans la scène où Gennaro est exécuteur et juge.

Brésil, admirablement costumé en faux hidalgo, a une grande allure dans le personnage méphistophélique de Gubetta.

Les cinq jeunes seigneurs, que des artistes de réelle valeur, Charles Lemaître en tête, ont tenu à honneur de jouer, avaient l'air d'être descendus de quelque toile de Giorgione ou de Bonifazio.

La mise en scène est d'une exactitude, c'est-à-dire d'une richesse qui fait revivre à souhait pour le plaisir des yeux toute cette splendide Italie de la Renaissance. M. Raphaël Félix vous a traité bien plus que royalement: artistement.

Mais—il ne m'en voudra pas de vous le dire—il y a quelqu'un qui vous a fêté encore mieux que lui, c'est le public, ou plutôt le peuple.

Quelle ovation à votre nom et à votre oeuvre!

J'étais tout heureuse et fière pour vous de cette juste et légitime ovation. Vous la méritez cent fois, cher grand ami. Je n'entends pas louer ici votre puissance et votre génie; mais on peut vous remercier d'être le bon ouvrier et l'infatigable travailleur que vous êtes.

Quand on pense à ce que vous aviez fait déjà en 1833! Vous aviez renouvelé l'ode; vous aviez, dans la préface de Cromwell, donné le mot d'ordre à la révolution dramatique; vous aviez, le premier, révélé l'Orient dans les Orientales, le moyen âge dans Notre-Dame de Paris.

Et, depuis, que d'oeuvres et que de chefs-d'oeuvre! que d'idées remuées! que de formes inventées! que de tentatives, d'audaces et de découvertes!

Et vous ne vous reposez pas! Vous saviez hier là-bas, à Guernesey, qu'on reprenait Lucrèce Borgia à Paris; vous avez causé doucement et paisiblement des chances de cette représentation; puis, à dix heures, au moment où toute la salle rappelait Mélingue et madame Laurent après le troisième acte, vous vous endormiez, afin de pouvoir vous lever, selon votre habitude, à la première heure, et on me dit que, dans le même instant où j'achève cette lettre, vous allumez votre lampe, et vous vous remettez tranquille à votre oeuvre commencée.

[1] La première représentation eut lieu, en effet, le 2 février 1833.

DCCXXI

A MAURICE SAND, A NOHANT

Paris, 21 février 1870.

Pendant que tu m'écrivais que madame Chatiron allait probablement mieux, elle s'en allait, la pauvre femme! et j'ai reçu par René la triste nouvelle en même temps que les espérances de ta lettre.

Je vois que la neige et la glace vous ont isolés, comme si vous étiez dans les Alpes ou dans les Pyrénées. Quel hiver! il n'est pas étonnant que ce pauvre être si fragile, dont la vie tenait du prodige, n'ait pu le supporter. C'était, en somme, une femme excellente et que j'ai appréciée quand elle a vécu chez moi. Je sais que Léontine la regrettera beaucoup; je lui écris; tâchez de la consoler un peu.

Je suis enfin sortie aujourd'hui. J'ai été à la répétition et j'ai avalé mes cinq actes sans fatigue[1]. Il ne faisait plus froid; j'ai vu les décors, qui sont très beaux et j'ai fait mon compliment à Zarafle frisé.

La pièce a beaucoup gagné à quelques coupures et à certains béquets. Les acteurs vont très bien; Sarah[2] a été secouée par mes reproches du commencement; elle joue enfin en jeune fille honnête et intéressante, tout se débrouille et avance. On croit à un grand succès de durée, tout est là; car la première représentation ne prouve plus rien dans les habitudes du théâtre moderne.

Madame Bondois est très approuvée et très bonne; elle a saisi le joint. La pièce passera jeudi ou vendredi au plus tard.

Je vous bige mille fois.

  [1] Il s'agit de l'Autre, qui fut représenté, à l'Odéon, le
      25 février.
  [2] Sarah Bernhardt.

DCCXXII

A MADAME SIMMONNET, A LA CHÂTRE

Paris, 21 février 1870.

Chère enfant,

J'apprends par René[1] que le douloureux événement prévu n'a pu être détourné[2]. Je joins mes regrets sincères aux vôtres, je garderai toute ma vie à cette digne femme un sentiment de profonde estime. Elle n'avait pas de petitesses; son caractère était à la hauteur de son intelligence; j'ai pu l'apprécier durant des années où nous avons vécu sous le même toit et où bien des choses autour de nous tendaient à nous désunir. Je l'ai toujours trouvée forte et vraie, fidèle en amitié et jugeant tout de très haut. La durée d'une existence si fragile était un problème; elle a vécu par la force morale.

Je partage le déchirement de cette séparation pour toi et pour tes chers enfants. Ils sont bien bons, bien intelligents; ils t'aiment tendrement et religieusement; ils t'aideront à subir cette inévitable perte. Dis-leur que je les aime aussi comme s'ils étaient à moi, et que je leur recommande bien de te distraire et de te consoler.

Je vous embrasse tous quatre bien affectueusement et maternellement.

Ta tante,

G. SAND.

  [1] Fils aîné de madame Simonnet.
  [2] La mort de madame Chaînon, belle-soeur de madame Sand et mère de
      madame Simonnet.

DCCXXIII

A MAURICE SAND, A NOHANT

Paris, 23 février 1870.

J'ai été dîner aujourd'hui chez Magny pour la première fois depuis huit jours; ça m'a réconfortée: j'étais un peu lasse de poulet froid.

J'ai avalé mes quatre heures de répétition. Demain mercredi, répétition générale, lumières, décors et costumes. Ça va très bien maintenant; on pleure beaucoup, on rit aussi. Vendredi, sans faute, première représentation.

J'ai distribué presque toutes mes places aujourd'hui, le reste partira demain. Me voilà dans le coup de feu de la fin; mais c'est le moment du calme, de l'attention et de la présence d'esprit. Pas plus émue qu'à l'ordinaire; c'est le départ d'une course en ballon. On fait de son mieux pour bien marcher, mais on ne gouverne pas les éléments, et, comme tout peut craquer, il n'y faut pas penser. Mes artistes commencent à pâlir, à trembler, a devenir nerveux. C'est ce qu'il leur faut, à eux, ils ont besoin de fièvre. Moi, il ne m'en faut pas, je n'en ai pas.

Je pense à mes chères cocotes qui dormiront comme des anges pendant qu'on beuglera, en bien ou en mal, autour de la bonne mère.

J'étais inquiète de vous pour cet enterrement dans la neige et ces émotions tristes. Enfin vous n'êtes pas malades! Il fait beau ici, encore assez froid; je ne sors qu'en voiture et bien emmitouflée.

Mon pauvre Flaubert est triste. Je ne le vois pas: il soigne un ami mourant; plus son larbin, qui a un rhumatisme articulaire. En outre, on n'a pas voulu de sa féerie à la Gaieté; il a vraiment du malheur! Zacharie va bien; ses grandes jambes m'aident beaucoup; je lui ai donné trente places pour des étudiants ses amis, tous Berrichons ou Marchois. Je vous bige mille fois. Ne soyez pas malades.

DCCXXIV

AU MÊME

Paris, 26 février 1870.

Il faut que je vous écrive vite, vite. J'ai soupé cette nuit comme un ogre et j'ai dormi comme un boeuf; je me suis levée à une heure et les visites me pleuvent.

Quelle soirée, mes enfants! quel succès! quel bon public! Salle grippée, retenant sa toux et sa respiration pour écouter, appréciant tout, applaudissant de lui-même, de toutes les places. Les claqueurs ont pu ménager et reposer leurs pattes. Un sifflet s'est risqué à la scène première des deux jeunes gens. Ça a enlevé le succès bruyant et passionné de l'auditoire.. On a prétendu que c'était un ami qui me rendait le service de ce sifflet; dans le théâtre, on a dit que ce devait être Plauchut. En réalité, c'était un petit Sulpicien de quinze ans.

Le succès a grandi à chaque acte; enfin c'était tout ce que l'on peut imaginer en fait de succès spontané, et de bon aloi. Pas un essai d'allusion, pas une préoccupation politique. On était tout à la pièce et à l'émotion; on a pleuré, on a ri. Il s'est produit des effets où l'on n'en avait pas prévu.

Sylvanie[1] était dans ma loge, sanglotant, toussant, mouchant, criant. Thuillier était dans une baignoire, faisant la même chose, enfin tout le monde; et j'en aurais tant à vous dire, que je ne vous dis rien.—Et puis la sonnette n'arrête pas.

Mes directeurs sortent d'ici; ils sont aux anges. Ils croient à un succès d'argent superbe; About aussi. Je vous bige, l'heure avance, j'envoie ma lettre. Vous avez dû recevoir un télégramme aujourd'hui. Bigez mes filles. Dites à Lolo que sa vieille grand-mère va bientôt revenir.

Ne soyez pas malades, que je sois heureuse en tout.

[1] Madame Arnould-Plessy.

DCCXXV

AU MÊME

Paris, 27 février 1870.

Nous ferons le carnaval en plein carême et ensemble, si l'on est en deuil autour de nous. Je veux revoir ma Lolo en costume Louis XIII. Il faut bien que je reste pour voir se décider le succès d'argent et veiller encore à beaucoup de choses.

J'espère le grand succès, tout va bien. Je sors de la seconde représentation: une salle comble, donnée à moitié, mais payante à moitié; on a fait deux mille sept cent quarante-quatre francs; ce qui aurait fait le double si on n'eût été obligé, comme toujours, d'avoir le reste de la presse, du ministère et des amis de la maison. Le public excellent, applaudissant, pleurant, rappelant les acteurs à tous les actes.

Les journaux enthousiastes, quelques-uns furieux du succès: les cléricaux. Zacharie vous en envoie trois bons que nous avons pu réunir au théâtre. Les directeurs sont enchantés, les acteurs ivres de joie, d'émotion et de fatigue; voilà. On s'embrasse comme du pain dans tous les coins du théâtre. Tous le monde s'adore. C'est la troupe de Balandard chez le prince Klémenti: l'ivresse du succès.

Me voilà guérie: j'ai soupé ce soir avec Zacharie, qui est bien gentil, bien dévoué et qui se met en quatre. Nous avons dévoré un joli morceau de fromage, des fruits, des confitures; nous furetions dans la cuisine, c'était comme à Nohant. Mais comme vous nous manquiez! Quel bonheur si on pouvait jouir ensemble d'une bonne chance comme cela!

Enfin! je vais vous revoir et tout sera pour le mieux. Mangez mon miel, on en aura d'autre; que ma Lolo dévore sa bonne mère. Bigez Titite. Portez-vous bien, surtout!

DCCXXVI

AU MÊME

Paris, 2 mars 1870.

Cinq mille cinquante francs de recette; on a chassé les musiciens, bourré l'orchestre et vendu des places de couloir. On ne croyait pas que l'Odéon pût faire cette recette, au prix où il est. J'y ai été faire un tour, ce soir. Le public est de plus en plus ému, attentif, enthousiaste. L'orchestre était plein de femmes en pleurs; elles s'amusent drôlement, un mardi gras! On est persuadé maintenant que c'est un second Villemer.

J'ai reçu des étudiants toute la journée. Ils venaient, par bandes de douze, me remercier et me féliciter; tous très gentils et bien élevés. J'étais comme au milieu de nos jeunes gens de Nohant.

Retenez-moi cheval, voiture et mon postillon d'habitude pour samedi; j'arriverai pour dîner. Quel bonheur de vous revoir, mes enfants, et avec un si beau résultat en main. Bigez mes amours de cocotes.

DCCXXVII

A GUSTAVE FLAUBERT, A PARIS

Nohant, 19 mars 1870.

Je sais, mon ami, que tu lui es très dévoué. Je sais qu'Elle[1] est très bonne pour les malheureux qu'on lui recommande; voilà tout ce que je sais de sa vie privée. Je n'ai jamais eu ni révélation ni document sur son compte, pas un mot, pas un fait, qui m'eût autorisée à la peindre. Je n'ai donc tracé qu'une figure de fantaisie, je le jure, et ceux qui prétendraient la reconnaître dans une satire quelconque seraient, en tout cas, de mauvais serviteurs et de mauvais amis.

Moi, je ne fais pas de satires: j'ignore même ce que c'est. Je ne fais pas non plus de portraits: ce n'est pas mon état. J'invente. Le public, qui ne sait pas en quoi consiste l'invention, veut voir partout des modèles. Il se trompe et rabaisse l'art.

Voilà ma réponse sincère. Je n'ai que le temps de la mettre à la poste.

G. SAND.

[1] Lettre écrite à propos du bruit qui courait, que, dans un des principaux personnages de son roman de Malgré tout, George Sand avait voulu peindre l'impératrice Eugénie; lettre qui fut envoyée par Flaubert à madame Cornu, filleule de la reine Hortense et soeur de lait de Napoléon III.

DCCXXVIII

AU MÊME, A CROISSET

Nohant, 30 mars 1870. Nuit de mercredi à jeudi, trois heures du matin.

Ah! mon cher vieux, que j'ai passé douze tristes jours! Maurice a été très malade. Toujours ces affreuses angines, qui d'abord ne paraissent rien et qui se compliquent d'abcès et tendent à devenir couenneuses. Il n'a pas été en danger, mais toujours en danger de danger, et des souffrances cruelles, extinction de voix, impossibilité d'avaler; toutes les angoisses attachées aux violents maux de gorge que tu connais bien, puisque tu sors d'en prendre. Chez lui, ce mal tend toujours au pire, et la muqueuse a été si souvent le siège du même mal, qu'elle manque d'énergie pour réagir. Avec cela, peu ou point de fièvre, presque toujours debout, et l'abattement moral d'un homme habitué à une action continuelle du corps et de l'esprit, à qui l'esprit et le corps défendent d'agir. Nous l'avons si bien soigné, que le voilà, je crois, hors d'affaire, bien que, ce matin, j'aie eu encore des craintes et demandé le docteur Eavre, notre sauveur ordinaire.

Dans la journée, je lui ai parlé, pour le distraire, de tes recherches sur les monstres; il s'est fait apporter ses cartons pour y chercher ce qu'il pouvait avoir à ton service: mais il n'a trouvé que de pures fantaisies de son cru. Je les ai trouvées, moi, si originales et si drôles, que je l'ai encouragé à te les envoyer. Elles ne te serviront de rien, si ce n'est à pouffer de rire, dans tes heures de récréation.

J'espère que nous allons revivre sans rechutes nouvelles. Il est l'âme et la vie de la maison. Quand il s'abat, nous sommes mortes: mère, femme et filles. Aurore dit qu'elle voudrait être bien malade à la place de son père. Nous nous aimons passionnément nous cinq, et la sacro-sainte littérature, comme tu l'appelles, n'est que secondaire pour moi dans la vie. J'ai toujours aimé quelqu'un plus qu'elle, et ma famille plus que ce quelqu'un.

Pourquoi donc ta pauvre petite mère est-elle aussi désespérée, au beau milieu d'une vieillesse que j'ai vue si verte encore et si gracieuse! Est-ce la surdité subite? Y avait-il manque absolu de philosophie et de patience avant les infirmités? J'en souffre avec toi, parce que je comprends ce que tu en souffres.

Une autre vieillesse qui se fait pire, puisqu'elle se fait méchante; c'est celle de madame Colet. Je croyais que toute sa haine était contre moi, et cela me semblait un coin de folie; car jamais je n'ai rien fait, rien dit contre elle, même après ce pot de chambre de bouquin où elle a excrété toute sa fureur sans cause. Qu'à-t-elle contre toi, à présent que la passion est à l'état de légende? Estrange! estrange! Et, à propos de Bouilhet, elle le haïssait donc, lui aussi, ce pauvre poète? C'est une folle.

Tu penses bien que je n'ai pu écrire une panse d'a, depuis ces douze jours. Je vais, j'espère, me remettre à la besogne dès que j'aurai fini mon roman, qui est resté une patte en l'air aux dernières pages. Il va commencer à paraître et il n'est pas fini d'écrire. Je veille pourtant toutes les nuits jusqu'au jour; mais je n'ai pas eu l'esprit assez tranquille pour me distraire de mon malade.

Bonsoir, cher bon ami de mon coeur.

Mon Dieu! ne travaille et ne veille pas trop, puisque, toi aussi, tu as des maux de gorge. C'est un mal cruel et perfide. Nous t'aimons et nous t'embrassons tous. Aurore est charmante; elle apprend tout ce qu'on veut, on ne sait comment, sans avoir l'air de s'en apercevoir elle-même.

DCCXXIX

A M. EDMOND PLAUCHUT, A PARIS

Nohant, 3 avril 1870.

Favre est parti ce matin, nous laissant tout à fait tranquilles sur Maurice, qui est sorti au jardin tantôt pour la première fois. Quant à Lolo, elle nous tourmente encore un peu, par ses retours de fièvre; mais, s'il y avait danger, notre docteur ne serait pas parti. Voilà ce dont je suis sûre, c'est un dévoué et un bon; de plus, c'est un médecin de génie; de plus encore, c'est un homme à part, qui ne veut pas gagner d'argent, et que l'on offenserait en lui parlant de salaire.

Nous avons parlé de tout et de tous, durant les dix jours qu'il a passés ici (veillant toutes les nuits nos malades), et naturellement nous avons parlé de toi. Il sait que tu as été chez lui pour le renseigner sur le voyage, et il désire te voir et te connaître. Je lui ai donné ton adresse et je te renouvelle la sienne: rue de Rivoli, 69.

Il parle beaucoup, beaucoup, et d'une façon étincelante, parfois obscure, tout à coup claire comme le jour et probante. C'est surtout en physiologie qu'il est merveilleux. Il vous donnerait une santé à toute épreuve si on lui rendait bien compte de soi et si on écoutait ses conseils d'hygiène générale. Au moral, il y a bien des points sur lesquels il vous remonte aussi. Enfin je te le décris et te l'annonce. C'est un homme remarquable et que tu seras content de connaître.

Je t'embrasse,

G. SAND.

DCCXXX

A MICHEL LÉVY, ÉDITEUR, A PARIS

Nohant, 20 avril 1870.

Cher ami,

C'est encore moi! Je dis à tout le monde que nous sommes bons amis, et tout le monde veut que je m'adresse à vous. Je vous ai envoyé le roman de madame Blanc: je désire beaucoup qu'il vous convienne de le publier.

A présent, Flaubert m'écrit qu'il a quelques dettes à payer et qu'il ne peut se décider à demander de l'argent. Je ne sais pas pourquoi, puisqu'il vous a trouvé très excellent envers lui, et que vous ne refusez jamais un solde ou une avance à qui en a besoin. J'ignore où vous en êtes avec lui de votre règlement; mais je vois que vous lui rendriez grand service en lui portant ou en lui envoyant de quoi se remettre à flot, puisqu'il ne sait pas demander lui-même. Il est atrabilaire pour le moment. Il a perdu, après Bouilhet, un autre ami, un second Bouilhet; avec cela, il est en mauvaise santé, et ses lettres sont tristes. Je crois que sa position matérielle améliorée l'aiderait à reprendre le dessus.

A vous de coeur.

G. SAND.

Ne parlez pas à Flaubert de ma lettre. Faites comme de vous-même [1].

[1] Voici quelle fut la réponse de Michel Lévy à cette lettre de George Sand:

Paris, 24 avril,1870.

Chère madame Sand,

Je ne demande pas mieux que de rendre service à Flaubert, pour qui j'ai beaucoup d'amitié; mais, comme vous me priez de ne pas lui dire que vous m'avez écrit à son sujet, et que, pour sa part, il ne m'a fait aucune ouverture, je suis bien empêché sur la façon d'engager l'affaire. Il faudrait que j'eusse au moins une occasion, un prétexte. Tâchez de me fournir quelque moyen d'entrer en matière, et je serai très heureux de pouvoir, du même coup, être agréable à vous et à notre ami.

A vous bien affectueusement.

MICHEL LÉVY.

DCCXXXI

AU MÊME

Nohant, 26 avril 1870.

Eh bien, mon cher ami, dites à notre ami que je vous ai parlé de ses petits soucis d'argent, sans faire allusion à son état moral ni entrer dans les détails de ma lettre, afin de ne pas augmenter un découragement qu'il n'avoue pas, mais que vous verrez bien quand même. Vous, plus qu'un autre, pouvez lui remonter le moral. L'insuccès relatif de son livre[1] est une souffrance, et, s'il craint de vous parler d'argent, c'est, à coup sûr, dans l'appréhension d'un reproche indirect de votre part. Vous êtes au-dessus de ces choses par votre haute position commerciale, qui est aussi une position littéraire, et vous savez bien qu'un homme de talent, après avoir fait Madame Bovary, doit remonter sur l'eau. Il y a eu erreur sur la manifestation et sur le moyen d'empoigner le public. A quel grand esprit cela n'est-il pas arrivé?… Je crois comprendre qu'il a besoin tout de suite, qu'il ne veut pas vous le dire, et que, comme un grand enfant qu'il est, il attend que vous le deviniez.

Vous voilà au courant autant que je peux vous y mettre. Avisez, et que votre bonne amitié pour lui vous conseille.

A vous, cher ami,

G. SAND.

[1] L'Éducation sentimentale.

Réponse de Michel Lévy:

Paris, 9 mai 1870.

Chère madame Sand,

Pour vous prouver tout mon désir de vous être agréable, j'ai fait, auprès de notre ami Flaubert, la démarche que vous m'aviez conseillée, en me dépeignant sa situation matérielle et morale.

Je pensais avoir trouvé le moyen de lui venir en aide, sans qu'il se crût trop mon obligé et que son amour-propre s'en inquiétât; c'était de lui proposer une avance de quatre à cinq mille francs sur le premier ouvrage qu'il ferait, à son temps et à ses heures, fût-ce dans cinq ans, fût-ce dans dix! Je suis fâché de vous dire que cette proposition n'a pas eu son agrément, toute désintéressée qu'elle était de ma part, et quelque tranquillité d'esprit qu'elle lui laissât.

Quant à lui offrir une prime qui eût été attribuée à l'Éducation sentimentale, en vérité, cela ne m'était pas possible. Quoique ce livre soit loin d'avoir été un succès, il a rapporté à Flaubert 16,000 francs, c'est-à-dire ce que j'aurais payé 6,000 francs au plus à vous, à Renan ou à M. Guizot. Ajoutez qu'il est certain que, dans les dix ans où j'ai l'exploitation de l'Éducation sentimentale, je ne recouvrerai pas les 16,000 francs dès aujourd'hui déboursés.

Je regrette que Flaubert n'ait pas cru devoir accepter mon offre; mais j'ai fait ce que j'ai pu, et j'espère que vous me rendrez vous-même cette justice que je ne pouvais mieux faire.

Tout ceci entre nous. Vous comprenez bien qu'avec Flaubert je n'ai pu dire aussi crûment les choses.

Bien affectueusement à vous.

MICHEL LÉVY.

DCCXXXII

A GUSTAVE FLAUBERT, A CROISSET

Nohant, 20 mai 1870.

Il y a bien longtemps que je suis sans nouvelles de mon vieux troubadour. Tu dois être à Croisset. S'il y fait aussi chaud qu'ici, tu dois souffrir; nous avons, 34 degrés à l'ombre, et la nuit 24. Maurice a eu une forte rechute de mal de gorge. Enfin, cette chaleur insensée l'a guéri, elle nous va à tous ici. Les enfants sont gais et embellissent à vue d'oeil. Moi, je ne fiche rien; j'ai eu trop à faire pour soigner et veiller encore mon garçon, et, à présent que la petite mère est absente, les fillettes m'absorbent. Je travaille tout de même en projets et rêvasseries. Ce sera autant de fait quand je pourrai barbouiller du papier.

Je suis toujours sur mes pieds, comme dit le docteur Favre. Pas encore de vieillesse, ou plutôt la vieillesse normale, le calme… de la vertu, cette chose dont on se moque, et que je dis par moquerie, mais qui correspond, par un mot emphatique et bête, à un état d'inoffensivité forcée, sans mérite par conséquent, mais agréable et bon à savourer. Il s'agit de le rendre utile à l'art quand on s'y dévoue; je n'ose pas dire combien je suis naïve et primitive de ce côté-là. C'est la mode de s'en moquer; mais qu'on se moque, je ne veux pas changer.

Voilà mon examen de conscience: du printemps, pour ne plus penser, de tout l'été, qu'à ce qui ne sera pas moi.

Voyons, toi, ta santé d'abord? Et cette tristesse, ce mécontentement que Paris t'a laissé, est-ce oublié? N'y a-t-il plus de circonstances extérieures douloureuses? Tu as été trop frappé, aussi. Deux amis de premier ordre partis coup sur coup. Il y a des époques de la vie où le sort nous est féroce. Tu es trop jeune pour te concentrer dans l'idée d'un recouvrement des affections dans un monde meilleur, ou dans ce monde-ci amélioré. Il faut donc, à ton âge (et, au mien, je m'y essaye encore), se rattacher d'autant plus à ce qui nous reste. Tu me l'écrivais quand j'ai perdu Rollinat, mon double en cette vie, l'ami véritable, dont le sentiment de la différence des sexes n'avait jamais entamé la pure affection, même quand nous étions jeunes. C'était mon Bonilhet et plus encore; car, à mon intimité de coeur, se joignait un respect religieux pour un véritable type de courage moral qui avait subi toutes les épreuves avec une douceur sublime. Je lui ai tout ce que j'ai de bon, je tâche de le conserver pouf l'amour de lui. N'est-ce pas un héritage que nos morts aimés nous laissent?

Le désespoir qui nous ferait nous abandonner nous-mêmes serait une trahison envers eux et une ingratitude. Dis-moi que tu es tranquille, et adouci, que tu ne travailles pas trop et que tu travailles bien. Je ne suis pas sans quelque inquiétude de n'avoir pas de lettre de toi depuis longtemps. Je ne voulais pas t'en demander avant de pouvoir te dire que Maurice était bien guéri; il t'embrasse, et les enfants ne t'oublient pas. Moi, je t'aime.

DCCXXXIII

A MADAME EDMOND ADAM, A PARIS

Nohant, 8 juin 1870.

Chers amis,

Nous sommes bien heureux de l'affirmation que nous donne Lina! vous viendrez donc, ce mois-ci, revoir le vieux Nohant, tout grillé, tout desséché par la plus effroyable sécheresse qu'il ait jamais subie! En revanche, vous verrez nos fillettes fraîches et fleuries; le beau Plauchut rosé comme une citrouille, et le Sargent[1] encore un peu changé, mais en possession de toute sa gaieté. Nous sommes contents, enchantés et joyeux de compter sur vous trois. Lina nous dit que vous êtes bien portants et que Toto est superbe. Ou va donc rire de bon coeur et oublier tous les chagrins et inquiétudes de cette triste année! Vive la joie, alors! Lina vous demande (elle a oublié de le faire à Paris) si vous voulez des rideaux de lit dans votre chambre. Il y en a; on les met ou on ne les met pas en été, au goût des personnes. Réponse à cet important chapitre de ménage.

On promet à Adam qu'on ne lui fera pas de farces, on n'en fera qu'à Plauchut; mais cela devient difficile, il a passé par toutes les épreuves. Je crois qu'on le laissera dormir. Il est bien heureux en ce moment-ci, on lui permet de chanter. Ça fait pleuvoir et on en a si grand besoin, qu'il a toute permission de nous assommer. Le fait est qu'il pleut depuis qu'il est ici.

À bientôt donc, le plus tôt qu'il vous sera possible, chers et bons amis. On vous embrasse tendrement. Lolo et Titite, toutes fières de leurs beaux chapeaux, se joignent à nous. Aurore se souvient très bien de sa Toto.

DCCXXXIV

A GUSTAVE FLAUBERT, A CROISSET

Nohant, 29 juin 1870.

Nos lettres se croisent toujours et j'ai maintenant la superstition qu'en l'écrivant le soir, je recevrai une lettre de toi le lendemain matin; nous pourrions nous dire:

Vous m'êtes, en dormant, un peu triste apparu.

Ce qui me préoccupe dans la mort de ce pauvre Jules de Goncourt, c'est le survivant. Je suis sûre que les morts sont bien, qu'ils se reposent peut-être avant de revivre, et que, dans tous les cas, ils retombent dans le creuset pour en ressortir avec ce qu'ils ont eu de bon, et du progrès en plus. Barbès n'a fait que souffrir toute sa vie. Le voilà qui dort profondément. Bientôt il se réveillera; mais nous, pauvres bêtes de survivants, nous ne les voyons plus. Peu de temps avant sa mort, Duveyrier, qui paraissait guéri, me disait: «Lequel de nous partira le premier?» Nous étions juste du même âge. Il se plaignait de ce que les premiers envolés ne pouvaient pas faire savoir à ceux qui restaient s'ils étaient heureux et s'ils se souvenaient de leurs amis. Je disais: Qui sait? Alors nous nous étions juré de nous apparaître l'un à l'autre, de tâcher du moins de nous parler, le premier mort au survivant.

Il n'est pas venu, je l'attendais, il ne m'a rien dit. C'était un coeur des plus tendres et une sincère volonté. Il n'a pas pu; cela n'est pas permis, ou bien, moi, je n'ai ni entendu ni compris.

C'est, dis-je, ce pauvre Edmond qui m'inquiète. Cette vie à deux, finie, je ne comprends pas le lien rompu, à moins qu'il ne croie aussi qu'on ne meurt pas.

Je voudrais bien aller te voir; apparemment, tu as du frais à Croisset, puisque tu voudrais dormir sur une plage chaude. Viens ici, tu n'auras pas de plage, mais 36 degrés à l'ombre et une rivière froide comme glace, ce qui n'est pas à dédaigner. J'y vais tous les jours barboter après mes heures de travail; car il faut travailler, Buloz m'avance trop d'argent. Me voilà faisant mon état, comme dit Aurore, et ne pouvant pas bouger avant l'automne. J'ai trop flâné après mes fatigues de garde-malade. Le petit Buloz est venu ces jours-ci me relancer. Me voilà dans la pioche.

Puisque tu vas à Paris en août, il faut venir passer quelques jours avec nous. Tu y as ri quand même; nous tâcherons de te distraire et de te secouer un peu. Tu verras les fillettes grandies et embellies; la petiote commence à parler. Aurore bavarde et argumente. Elle appelle Plauchut vieux célibataire. Et, à propos, avec toutes les tendresses de la famille, reçois les meilleures amitiés de ce bon et brave garçon.

Moi, je t'embrasse tendrement et te supplie de te bien porter.

[1] Sobriquet donné à Maurice Sand à cause de ses charges sur les sergents et caporaux.]

DCCXXXV

A M. EMILE DE GIRARDIN, A PARIS

Nohant, 3 juillet 1870.

Cher ami,

Voici ce que je lis dans le New-York Evening Post, à la suite d'une critique de mon dernier roman. Je traduis en supprimant les noms propres:

«Quant à la question relative au caractère qui a servi à l'auteur de Malgré tout, elle est de celles qui ne souffrent pas de discussion pour quiconque sait sur quels principes repose la construction d'une oeuvre d'art. George Sand est un artiste: or il n'est point artiste, il est un vulgaire écrivain de lieux communs, celui qui photographie les personnages vivants dans une fiction. Que la prodigieuse carrière de telle ou telle individualité historique ait pu frapper l'esprit de George Sand, au moment où elle peignait les aspirations d'une aventurière ambitieuse, cela ne prouve pas qu'elle ait voulu peindre aucune figure de la vie réelle, ni qu'elle ait songé à jeter aucune lumière sur les faits qui la concernent.»

Je trouve ces réflexions justes et de bon goût, et je suis très étonnée de lire dans la Liberté une interprétation arbitraire des intentions que j'ai pu avoir.

Je vis si loin du mouvement quotidien, que je ne sais pas quel nom propre couvre le pseudonyme de Panoplès. C'est un homme ou une femme de talent; comment peut-il ou peut-elle faire cet affront à la littérature: assimiler la tâche de l'artiste à celle du pamphlétaire honteux? Si j'avais voulu peindre une figure historique, je l'aurais nommée. Ne la nommant pas, je n'ai pas voulu la désigner; ne la connaissant pas, je n'aurais pu la peindre. S'il y a ressemblance fortuite, je l'ignore, mais je ne le crois pas. Tout personnage d'invention est plus fort et plus logique que nature, dans le bien ou dans le mal. On peut tracer la figure d'une classe d'ambitieuses qui ont échoué et qui ont réussi dans leurs projets, sans avoir aucune figure en vue, et je crois qu'il vaut beaucoup mieux pour l'artiste qu'il en soit ainsi. Vous savez tout cela aussi bien que moi. Vous êtes du bâtiment. Panoplès trahit donc la fraternité maçonnique littéraire, en parlant comme il le fait.

A vous de coeur,

G. SAND.

J'ai eu envie de répondre; mais je crois qu'il vaut mieux laisser tomber cela que d'en occuper le public.

DCCXXXVI

A M. LE DOCTEUR HENRI FAVRE, A PARIS

Nohant, 3 juillet 1870.

Cher ami,

Je suis bien contente que l'occasion nous apporte votre souvenir. Je n'ai pas besoin de vous dire que je trouve de mauvais goût l'interprétation donnée aux intentions d'un romancier. S'il a besoin de ce genre d'intentions pour composer un personnage, c'est un pauvre artiste. Je ne prétends pas être une bien riche imagination. J'en ai pourtant assez pour me passer de modèles posant devant moi, et, comme celui qu'on prétend reconnaître ne m'a jamais fait cet honneur-là, je n'ai pu, en aucune façon, le copier et le présenter au public comme un portrait d'après nature.

Tous vos malades sont des gens brillants de santé. Maurice engraisse visiblement, il prétend que vous l'avez trop guéri. Mais il mène une vie de cultivateur et de géologue si active, qu'il se défendra de l'alourdissement. On parle de vous sans cesse, et, si les oreilles ne vous tintent pas, c'est qu'il y a trop de gens partout qui vous louent et vous remercient.

G. SAND.

DCCXXXVII

A MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE, A ANGERS

Nohant, 14 juillet 1870.

Je suis embarrassée pour vous conseiller, chère âme tourmentée. Vous êtes dans une de ces situations d'esprit où le pour et le contre se balancent sans solution. Vous éprouvez le besoin de changer de milieu, et, dès que vous quittez le vôtre, tout vous manque; vous regrettez, comme vous le dites, très bien, jusqu'aux herbes de votre jardin. J'ai traversé ces souffrances; mais je suis toujours revenue à mon nid avec bonheur, et, à présent, je crois que le mieux n'est pas dans le changement. Toute situation a ses amertumes ou ses langueurs, et je ne puis croire que les gens qui vous aiment vous laissent tourmenter à l'âge où vous ne pourriez plus vous défendre vous-même. Cet âge est loin encore, Dieu merci! et qui sait s'il viendra? La vieillesse n'est pas forcément la décadence intellectuelle. C'est quelquefois tout le contraire. Vous êtes une âme généreuse et forte de droiture. Si les fantômes vous tourmentent et vous terrassent par moments, vous vous retrouvez toujours sur vos pieds, toujours la même, vous en convenez vous-même. Vous n'êtes donc pas en danger de devenir la proie des inquisiteurs du corps et de l'âme. N'ayez pas cette crainte: la crainte est un vertige qui nous attire dans le péril imaginaire. Supprimez ce vertige, il n'y a plus de péril.

Quant à l'emploi de votre fortune, c'est une question d'examen autour de vous. Il y a tant de misères intéressantes et dignes! A votre place, je ne serais pas embarrassée, vous avez su faire le bien toute votre vie, vous le saurez jusqu'à la dernière heure.

Mais vous souffrez, vous êtes dans une crise d'étouffement. Tout le monde a de ces crises où tout froisse et déplaît, vous les ressentez plus vives, parce que votre intelligence s'en rend compte et que votre vie est peut-être un peu monotone. Est-ce que les voyages vous fatiguent? Il me semble qu'une excursion de temps en temps, dans un beau pays quelconque, vous ferait grand bien. Avec les chemins de fer, on peut maintenant voyager sans fatigue en s'arrêtant souvent. Le voyage à petites journées est encore très agréable et très sain. L'ami artiste que vous avez près de vous doit être très capable de vous piloter et de vous accompagner.

J'ai reçu votre volume, et je vous en remercie bien. J'ai peu de temps pour lire; mais j'ai commencé et je suis charmée des premières nouvelles. J'y retrouve votre bonté et votre grand sentiment de justice.

Croyez que je vous suis dévouée et même attachée de coeur; car il y a déjà longtemps que je vous connais par vos lettres et je vous vois toujours aussi digne de respect et d'affection qu'au commencement.

GEORGE SAND.

FIN DU TOME CINQUIÈME

TABLE

      DXLII. A madame Augustine de Bertholdi. 3 janvier.
     DXLIII. A M. Auguste Vacquerie. 4 janvier.
     DXLXIV. A M. Edouard Rodrigues. 12 janvier.
       DXLV. Au même. 8 février.
      DXLVI. A Maurice Sand. 21 février.
     DXLVII. Au même. 28 février.
    DXLVIII. Au même. 1er mars.
      DXLIX. Au même. 2 mars.
         DL. Au même. 8 mars.
        DLI. A M. Gustave Flaubert. 16 mars.
       DLII. A M. Charles Duvernet. 24 mars.
      DLIII. A madame Augustine de Bertholdi. 31 mars.
       DLIV. A M. Hippolyte Magen. 24 avril.
        DLV. A M. Berton, père. 5 mai.
       DLVI. A mademoiselle Fleury. 8 mai.
      DLVII. A M. Oscar Casamajou. mai.
     DLVIII. A M. Guillemat. 11 juin.
       DLIX. A Maurice Sand 18 juin.
        DLX. A madame Lina Sand. 29 juin.
       DLXI. A M. Ludre-Gabillaud. 12 juillet.
      DLXII. A madame Lina Sand. 14 juillet.
     DLXIII. A M. Jules Boucoiran. 16 juillet.
      DLXIV. A M. Ludre-Gabillaud. 24 juillet.
       DLXV. A madame Simonnet. 24 juillet.
      DLXVI. A Maurice Sand. 25 juillet.
     DLXVII. A M. Noël Parfait. juillet.
    DLXVIII. A mademoiselle Fleury. 4 août.
      DLXIX. A Maurice Sand. 6 août.
       DLXX. A M. Jules Boucoiran. 6 août.
      DLXXI. A M. Charles Poncy. 26 août.
     DLXXII. A M. Berton père. septembre.
    DLXXIII. A M. Ludre-Gabillaud. octobre.
     DLXXIV. A Maurice Sand. 24 octobre.
      DLXXV. A M. Édouard Rodrigues. 29 octobre.
     DLXXVI. A madame Lina Sand. novembre.
    DLXXVII. A M. Philibert Audebrand. 23 décembre.
   DLXXVIII. A M. Francis Melvil. 23 décembre.
     DLXXIX. A M. Edouard de Pompéry 23 décembre.
      DLXXX. A mademoiselle Leroyer Chantepie. 31 décembre.

1865

     DLXXXI. A M. Ladislas Mickiewicz. 11 janvier.
    DLXXXII. A M. Nefftzer. 12 janvier.
   DLXXXIII. A. M. Armand Barbès. 15 janvier.
    DLXXXIV. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 7 février.
     DLXXXV. Au même. 9 mars.
    DLXXXVI. A M. Ernest Périgois. 26 mars.
   DLXXXVII. A M. Louis Ratisbonne. 30 mars.
  DLXXXVIII. A.M. Leblois. 17 mai.
    DLXXXIX. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 1er juin.
        DXC. A M.***. 9 juin.
       DXCI. A M. Louis Ulbach. 27 juin.
      DXCII. A Maurice Sand. 29 juin.
     DXCIII. A M. Sainte-Beuve.
      DXCIV. A M. Louis Ulbach. 27 septembre.
       DXCV. A Gustave Flaubert. 22 novembre.
      DXCVI. A M. le baron Taylor. 15 décembre.

1866

     DXCVII. A M. Alexandre Dumas fils. 7 janvier.
    DXCVIII. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 20 janvier.
      DXCIX. A Maurice Sand. 1er février.
         DC. Au même. 5 février.
        DCI. A madame la comtesse Sophie Podlipska. 12 février.
       DCII. A M. Desplanches. 25 mai.
      DCIII. A M. André Boutet. 14 juin.
       DCIV. A M. Alexandre Dumas fils. 28 juin.
        DCV. Au même. 5 juillet.
       DCVI. A M.Joseph Dessauer. 5 juillet.
      DCVII. A madame Arnould-Plessy. 5 août.
     DCVIII. A Gustave Flaubert. 10 août.
       DCIX. A Maurice Sand. 10 août.
        DCX. A Gustave Flaubert. 12 août.
       DCXI. A Maurice Sand. 1er septembre.
      DCXII. A Gustave Flaubert. 21 septembre.
     DCXIII. Au même. 28 septembre.
     DCXIV. A M. Noël Parfait. 28 septembre.
      DCXV. A mademoiselle Marguerite Thuillier. 8 octobre.
     DCXVI. A Gustave Flaubert. octobre.
    DCXVII. Au même. 10 novembre.
   DCXVIII. A M. Charles Poncy. 16 novembre.
     DCXIX. A Maurice Sand. 19 novembre.
      DCXX. A Gustave Flaubert. 20 novembre.
     DCXXI. Au même. 30 novembre.
    DCXXII. A M. Thomas Couture. 13 décembre.

1867

   DCXXIII. A Gustave Flaubert. 9 janvier.
    DCXXIV. A M. Armand Barbès. 15 janvier.
     DCXXV. A Gustave Flaubert. 15 janvier.
    DCXXVI. A M. Henri Harrisse. 19 janvier.
   DCXXVII. A M. Alexandre Dumas fils. 21 janvier.
  DCXXVIII. A Gustave Flaubert. 8 février.
    DCXXIX. Au même. 16 février.
     DCXXX. A M. Henri Harrisse. février.
    DCXXXI. A M. Paul de Saint-Victor. 18 février.
   DCXXXII. A M. Armand Barbès. 2 mars.
  DCXXXIII. A M. Louis Viardot. 11 avril.
   DCXXXIV. A M. André Boulet. 15 avril.
    DCXXXV. A M. Louis Viardot. 24 avril.
   DCXXXVI. A. Gustave Flaubert. 9 mai.
  DCXXXVII. A M. Armand Barbès. 12 mai.
 DCXXXVIII. A Gustave Flaubert. 30 mai.
   DCXXXIX. Au même. 14 juin.
      DCXL. A M. Henri Harrisse. 28 juillet.
     DCXLI. A M. François Rollinat. 29 juillet.
    DCXLII. A Gustave Flaubert. 6 août.
   DCXLIII. A M. Raoul Lafagette. 10 août.
    DCXLIV. A Gustave Flaubert. 18 août.
     DCXLV. A madame Arnould-Plessy. 23 août.
    DCXLVI. A M. Armand Barbès. 27 août.
   DCXLVII. A Gustave Flaubert. août.
  DCXLVIII. A madame Arnould-Plessy. 1er septembre.
   DCXLXIX. A Gustave Flaubert. 10 septembre.
       DCL. Au rédacteur en chef de la Liberté. 23 septembre.
      DCLI. A Gustave Flaubert. 1er octobre.
     DCLII. A M. Henri Harrisse. 11 octobre.
    DCLIII. A M. Armand Barbès. 12 octobre.
     DCLIV. A Gustave Flaubert. 12 octobre.
      DCLV. A madame Arnould-Plessy. 21 octobre.
     DCLVI. A Gustave Flaubert. 28 octobre.
    DCLVII. Au même. 5 décembre.
   DCLVIII. A M. Calamatta 21 décembre.
     DCLIX. A Gustave Flaubert. 31 décembre.

1868

      DCLX. A M. Armand Barbès. 1er janvier.
     DCLXI. A mademoiselle Marguerite Thuillier. 4 janvier.
    DCLXII. A mademoiselle Fleury. 16 janvier.
   DCLXIII. A M. Charles Poncy. 22 février.
    DCLXIV. A madame Arnould-Plessy. 7 mars.
     DCLXV. A la même. 15 mars.
    DCLXVI. A M. Edouard Cadol. 17 mars.
   DCLXVII. A madame Juliette Lambert. 23 mars.
  DCLXVIII. A madame Lebarbier de Tinan. 26 mars.
    DCLXIX. A M. Henri Harrisse. 9 avril.
     DGLXX. A madame Edmond Adam. 8 juin.
    DCLXXI. A M. Louis Viardot. 10 juin.
   DCLXXII. A Gustave Flaubert. 21 juin.
  DCLXXIII. A M. Joseph Dessauer. 5 juillet.
   DCLXXIV. A M. Guillaume Guizot. 12 juillet.
    DCLXXV. A Gustave Flaubert. 31 juillet.
   DCLXXVI. A madame Pauline Villot. août.
  DCLXXVII. A Gustave Flaubert. août.
 DCLXXVIII. Au même. 18 septembre.
   DCLXXIX. A Maurice Sand. septembre.
    DCLXXX. A Gustave Flaubert. fin septembre.
   DCLXXXI. Au même. 15 octobre.
  DCLXXXII. A M. Alexandre Dumas fils. 31 octobre.
 DCLXXXIII. A Gustave Flaubert. 20 novembre.
  DCLXXXIV. A M. de Chilly. 12 décembre.
   DCLXXXV. A S. A. le prince Napoléon (Jérôme). 17 décembre.
  DCLXXXVI. A madame Edmond Adam. 20 décembre.
 DCLXXXVII. A Gustave Flaubert. 21 décembre.

1869

DCLXXXVIII. A M. Emile Rollinat. 2 janvier.
  DCLXXXIX. A M. Armand Barbès. 2 janvier.
      DCXC. A madame Edmond Adam. 10 janvier.
     DCXCI. A Gustave Flaubert. 17 janvier.
    DCXCII. Au même. 11 février.
   DCXCIII. A M. Edmond Plauchut. 18 février.
    DCXCIV. A Gustave Flaubert. 24 février.
     DCXCV. A M. Alexandre Dumas fils. 12 mars.
    DCXCVI. A Gustave Flaubert. 2 avril.
   DCXCVII. A M. Charles-Edmond. 20 avril.
  DCXCVIII. A Maurice Sand. 14 mai.
    DCXCIX. A M. Edmond Plauchut. 11 juin.
       DCC. Au même. 15 août.
      DCCI. A Maurice Sand. 18 septembre.
     DCCII. Au même. 22 septembre.
    DCCIII. Au même. 17 octobre.
     DCCIV. A M. Edmond Plauchut. 10 novembre.
      DCCV. A Gustave Flaubert. 15 novembre.
     DCCVI. A Louis Ulbach. 26 novembre.
    DCCVII. A Médéric Charot. 28 novembre.
   DCCVIII. A madame Edmond Adam. 29 novembre.
     DCCIX. A Gustave Flaubert. 30 novembre.
      DCCX. Au même. 4 décembre.
     DCCXI. A M. Alexandre Dumas fils. 10 décembre.
    DCCXII. A Gustave Flaubert. 14 décembre.
   DCCXIII. A M. Berton père. décembre.
    DCCXIV. A Gustave Flaubert. 17 décembre.
     DCCXV. Au même. 18 décembre.
    DCCXVI. A madame Edmond Adam. 24 décembre.

1870

   DCCXVII. A M. Armand Barbès. 4 janvier.
  DCCXVIII. A mademoiselle N. Fleury. 6 janvier.
    DCCXIX. A Gustave Flaubert. 9 janvier.
     DCCXX. A Victor Hugo. 2 février.
    DCCXXI. A Maurice Sand. 21 février.
   DCCXXII. A madame Simonnet. 21 février.
  DCGXXIII. A Maurice Sand. 23 février.
   DCCXXIV. Au même. 26 février.
    DCCXXV. Au même. 27 février.
   DCCXXVI. Au même. 2 mars.
  DCCXXVII. A Gustave Flaubert 19 mars.
 DCCXXVIII. Au même. 30 mars.
   DCCXXIX. A M. Edmond Plauchut. 3 avril.
    DCCXXX. A Michel Lévy. 20 avril.
   DCCXXXI. Au même. 26 avril.
  DCCXXXII. A Gustave Flaubert. 20 mai.
 DCCXXXIII. A madame Edmond Adam. 8 juin.
  DCCXXXIV. A Gustave Flaubert. 29 juin.
   DCCXXXV. A M. Emile de Girardin. 3 juillet.
  DCCXXXVI. A M. le docteur Henri Favre. 3 juillet.
 DCCXXXVII. A mademoiselle Leroyer de Chantepie. 14 juillet.

FIN DE LA TABLE DU TOME CINQUIÈME

End of Project Gutenberg's Correspondance, Vol. 5, 1812-1876, by George Sand