WeRead Powered by ReaderPub
Correspondance: Lettres de jeunesse cover

Correspondance: Lettres de jeunesse

Chapter 72: LXVI
Open in WeRead

About This Book

The collection presents early personal letters to friends and colleagues that mix everyday details with earnest reflections on love, artistic ideals, literary ambitions, and career choices. The writer debates romantic and realist views with peers, describes study plans and doubts, praises literary figures, and offers counsel and consolation. Interchanges with artists reveal developing aesthetic arguments while intimate observations of mood, health, and friendship show a young author shaping voice and priorities through candid, often persuasive epistles.

XLI

Paris, 5 février 1861.

Mon cher ami,

Je ne sais vraiment quelle destinée me poursuit dans le choix de mes logements. Tout enfant, j'ai habité, à Aix, la demeure de Thiers. Je viens à Paris et ma première chambre est celle de Raspail; puis aujourd'hui, je ne sais trop par quelle fatalité, je déménage de ce splendide septième, dont je t'ai parlé au printemps dernier et je choisis justement une nouvelle mansarde, celle où Bernardin de Saint-Pierre a écrit la plupart de ses œuvres. Un vrai bijou que cette nouvelle chambrette; petite, il est vrai, mais égayée par le soleil et surtout originale au possible. On y grimpe à l'aide d'un escalier tournant, deux fenêtres, l'une au midi, l'autre au nord. En un mot, un belvédère ayant pour horizon presque toute la grande ville. J'allais oublier de te dire que ma nouvelle rue se nomme Neuve-Saint-Étienne-du-Mont et que mon nouveau numéro est le numéro 24. Adresse-moi cependant tes lettres chez ma mère, même rue, 21.—Donc plus de Saint Victor, mais un Saint Étienne: à vrai dire, nous n'avons fait que changer de saint. Donne cette adresse à Houchard; car, bien que le cher garçon n'ait pas encore daigné m'écrire, par miracle, il pourrait arriver qu'il lui en vienne la fantaisie.—Fais-en de même à l'égard de Marguery.

Je t'écris uniquement pour t'apprendre cette nouvelle, et je ne sais vraiment quoi ajouter. N'importe quelle sottise d'ailleurs; cela t'est indifférent. Entre bavardage et bavardage, il n'est pas de choix.

Le plus facile pour moi est de répondre à ta lettre.—Hélas! non, je ne cours plus la campagne, je ne vais plus m'égarer dans les rochers du Tholonet, et surtout je ne gagne plus, la bouteille au carnier, la campagne de Baille, cette mémorable bastide de vineuse mémoire; autres temps, autres mœurs, comme dit la sagesse des nations. Je suis devenu tellement sédentaire que la moindre marche me fatigue, moi, ce viavore qui courais si allègrement jusqu'à Peyrolles, non sans rafraîchissements çà et là ingurgités. Mes grands plaisirs maintenant sont la pipe et le rêve, les pieds dans le foyer et les yeux fixés sur la flamme. Je passe ainsi des journées presque sans ennui, n'écrivant jamais, lisant parfois quelques pages de Montaigne. A parler franc, je veux changer de vie et me secouer un peu, pour me nettoyer de cette poussière de paresse qui me rouille. Il y a longtemps que je médite, il est temps de produire. Tout un volume, épisode par épisode, chapitre par chapitre, est classé dans ma tête; j'ai pris la ferme résolution de me mettre à l'œuvre et de terminer ce travail vers la fin de l'été prochain. Un autre triste résultat de la vie que je mène, est que je suis devenu affreusement gourmand.«—Tu l'étais déjà», me diras-tu; j'en conviens, mais non pas d'une façon aussi damnable. Boisson, nourriture, tout me fait envie, et je prends le même plaisir à dévorer un bon morceau qu'à posséder une femme. Je me montre à nu, je crois, et ma franchise me nuirait sans doute, si j'écrivais à quelque grave philosophe, prêchant ouvertement et péchant en secret. Mais à toi, mon bon vieux, si franc et si simple, je puis parler sans hypocrisie, certain que tu ne m'assourdiras pas de ta morale.

Ainsi donc, nous disons que tu vas peindre en plein hiver, assis sur la terre glacée, sans te soucier du froid. Cette nouvelle m'a charmé; je dis charmé, non pas que je prenne plaisir à te voir risquer un gros rhume et plus ou moins d'engelures, mais parce que je déduis d'une telle constance ton amour des arts et l'acharnement que tu mets au travail. Ah! mon pauvre cher, que je suis loin de t'imiter.—Pour l'instant, mon poêle étant éteint, crainte du froid aux pieds, j'écris dans mon lit, fort peu à mon aise, tu peux croire, car je tiens ma bougie d'une main et de l'autre je griffonne à grand'peine. D'ailleurs, le matin, lorsque je pourrais écrire ceci ou cela, je reste au lit à rêvasser, le tout par paresse d'allumer mon feu. C'est ma chanson éternelle: Je travaillerais bien si j'avais mon poêle allumé, mais rien n'est ennuyeux comme un tel préparatif. Et la conclusion est toujours d'aller me chauffer chez ma mère, en me jurant d'être plus sage au printemps. Pourvu que je ne trouve pas une autre raison d'oisiveté pendant les chaleurs. Un paresseux a toujours quelques belles raisons pour s'excuser de sa paresse, et rien n'est aussi facile que de se prouver à soi-même qu'on a éminemment raison.

Tu me demanderas peut-être pourquoi toutes ces sornettes vides pour toi d'intérêt. C'est que je sors d'une rude école, celle de l'amour réel; de telle sorte que je ne saurais trop aborder un sujet quelconque, tellement mon esprit se trouve abattu. J'en ai bien long à te raconter, lorsque tu arriveras ici. Ce n'est pas par lettres que l'on peut narrer de telles choses; l'événement en lui-même n'est rien, les détails seuls importent. Je doute même de pouvoir te communiquer dans un récit de vive voix toutes les sensations douloureuses ou riantes que j'ai ressenties. Le résultat est celui-ci, que j'ai maintenant pour moi l'expérience, et que connaissant le sentier, je pourrais y guider sûrement mes amis. Un autre résultat est que je possède de nouvelles vues sur l'amour et qu'elles me serviront grandement pour l'ouvrage que je compte écrire.

Tout ceci, je le répète, est de l'encre et du papier perdus. Si ce n'était pour bavarder avec toi, je m'en voudrais de gaspiller à de telles niaiseries un temps que je refuse même à des œuvres sérieuses. Je ne vois qu'une chose distinctement: que tu dois bientôt venir et que mes ennuis en diminueront. Puis, dans un horizon plus éloigné, que je vais entrer en place, gagner mon pain le jour et travailler le soir à mes belles rêveries. Et enfin, pêle-même dans le brouillard, à peine visibles, mon chien qui m'aime un peu, ma maîtresse qui ne m'aime pas du tout, et la foule, cette égoïste, indifférente foule, qui me parle, m'entoure, me coudoie, sans seulement troubler la tranquillité de mon désert.

Je t'attends.—Ton ami,

Émile Zola

Dis à M. Peicard que je m'occupe activement de son vaudeville et que j'attends pour lui écrire la solution.—Quant à Marguery, je crois qu'il m'avait donné une commission. Assure-lui qu'elle sera faite bientôt.


XLII

Paris, 20 janvier 1862.

Mon cher Paul,

Voici longtemps que je ne t'ai écrit, je ne sais trop pourquoi. Paris n'a rien valu à notre amitié; peut-être a-t-elle besoin pour vivre gaillardement du soleil de Provence? Sans doute, c'est quelque malheureux quiproquo qui a mis du froid dans nos relations; quelque circonstance mal jugée, ou encore quelque parole méchante accueillie avec trop de faveur. Je l'ignore et je veux toujours l'ignorer; en remuant la fange on se souille les mains.—N'importe, je te crois toujours mon ami; j'entends que tu me juges incapable d'une action basse et que tu m'estimes comme par le passé. S'il en était autrement, tu ferais bien de t'expliquer et de me dire franchement ce que tu me reproches.—Mais ce n'est pas une lettre d'explications que je désire t'écrire. Je veux seulement répondre en ami à ta lettre, et causer un peu avec toi, comme si ton voyage à Paris n'avait pas eu lieu.

Tu me conseilles de travailler et tu le fais avec tant d'insistance que l'on pourrait croire que le travail me répugne. Je voudrais te persuader de ceci: que mon fervent désir, ma pensée de chaque jour, est de trouver une place; que l'impossibilité seule de m'occuper me tient cloué chez moi; que si je suis malade, si je me sens faiblir peu à peu, c'est de me voir, moi, grand garçon de vingt-deux ans, perdre non seulement le temps présent, mais encore l'avenir. Dis-toi cela chaque jour; dis-toi que je ne croupis pas volontairement dans la paresse, et que je préférerais être maçon à demeurer oisif.

Baille ne t'a pas trompé en te disant que j'entrerai, prochainement sans doute, en qualité d'employé dans la maison Hachette. J'attends une lettre qui m'annonce qu'une place vacante m'est offerte. Malheureusement, cette lettre peut encore éprouver un certain retard; et ce retard me tue.

Je n'ai encore vu Lombard qu'une fois. Bien que sa demeure soit à deux pas de la mienne, je sors si peu, que je ne sais trop quand je lui rendrai sa visite. Je lui dois cependant quelque reconnaissance. Il m'a envoyé le gérant d'un journal en quête d'un poète. C'est ainsi que, par son entremise, j'ai eu dernièrement quelques vers publiés, les premiers qui aient vu le jour dans la capitale. Si ce journal se maintient, je pourrais y acquérir un commencement de renommée.

Je vois Baille régulièrement chaque dimanche et chaque mercredi. Nous ne rions guère; il fait un froid de loup et les plaisirs de Paris, si plaisirs il y a, coûtent des sommes folles. Nous en sommes réduits à parler du passé et de l'avenir, puisque le présent est si froid et si pauvre. Peut-être l'été ramènera-t-il un peu de gaieté; si tu viens comme tu le promets, au mois de mars, si je suis placé, si la fortune nous sourit, alors pourrons-nous peut-être vivre un peu avec le présent, sans trop regretter, sans trop désirer. Mais voilà bien des si; il n'en faut qu'un qui manque pour que tout croule.

Ne me crois pas cependant complètement abruti. Je suis bien malade, mais non encore mort. L'esprit veille et fait merveille. Je crois même que je grandis dans la souffrance. Je vois, j'entends mieux. De nouveaux sens qui me manquaient pour juger de certaines choses me sont venus. Je saurais mieux peindre, il me semble, certains détails de la vie, qu'il y a un an. En un mot, mon horizon se recule; et, si je puis écrire un jour, ma touche sera plus ferme, car j'écrirai ce que j'aurai senti.—Espoir! je travaille toujours à mon grand poème; Baille en trouve l'idée grande; veuille Dieu que la forme réponde à la pensée.

Et toi, que fais-tu? Comment as-tu arrangé ta vie?—Devons-nous dire adieu à nos rêves et la sottise viendra-t-elle traverser nos projets?

Réponds-moi un de ces jours, lorsque tu le jugeras à propos. Dès que je serai entré chez Hachette, ou ailleurs, je t'en ferai part.

Baille me prie de te serrer la main pour lui. Il a tant de travail qu'il ne peut t'écrire maintenant.

Mes respects à tes parents.—Je te serre la main.

Ton ami,

Émile Zola.

11, rue Soufflot.


XLIII

Paris, le 29 septembre 1862.

Mon cher ami,

La foi est revenue; je crois et j'espère. Je me suis mis au travail franchement; chaque soir je m'enferme dans ma chambre et jusqu'à minuit j'écris ou je lis. Le meilleur résultat, c'est que j'ai retrouvé une partie de ma gaieté.—Je me suis dit ceci: en travaillant les sots parviennent, pourquoi n'essayerais-je pas de ce moyen? Je vais empiler manuscrit sur manuscrit dans mon secrétaire, puis, un jour, je les lâcherai un peu dans les journaux. J'ai déjà écrit trois nouvelles d'environ trente pages, depuis le départ de Baille; je compte en commettre une quinzaine et tâcher ensuite de les faire éditer quelque part.—Je suis dans les bons jours; je ris et je ne m'ennuie plus. Donne cette bonne nouvelle à Baille et dis-lui que ton retour achèvera de me guérir des blessures du passé,—car franchement le passé était pour beaucoup dans ma désespérance; il annulait presque l'avenir; m'en voici complètement hors.

Il est un espoir qui a sans doute contribué à chasser mon spleen, c'est celui de pouvoir presser bientôt ta main. Je sais que cela n'est pas encore bien sûr, mais tu me permets d'espérer, c'est déjà beaucoup. J'approuve complètement ton idée de venir travailler à Paris et de te retirer ensuite en Provence. Je crois que c'est une façon de se soustraire aux influences des écoles et de développer quelque originalité si l'on en a.—Ainsi, si tu viens à Paris, tant mieux pour toi et pour nous. Nous réglerons notre vie, passant deux soirées ensemble par semaine et travaillant toutes les autres. Les heures où nous nous verrons ne seront pas des heures perdues; rien ne me donne du courage comme de causer quelque temps avec un ami.—Je t'attends donc.

Tu n'avais pas besoin d'affranchir le paquet que tu devais m'expédier; je comptais bien payer le port. Mais, maintenant, la réflexion que tu fais me fait réfléchir. Puisque tu fais des économies, je veux en faire aussi. Tu remettras donc la toile à Baille qui me l'apportera.

Quant à la vue du barrage, je regrette vivement que la pluie t'empêche d'y travailler. Dès que le soleil luira, reprends le chemin des grands rochers, et tâche de terminer au plus tôt.—Si tu dois venir à Paris avec Baille, apporte-moi toujours une esquisse, je m'en contenterai; pourtant, si le tableau pouvait être terminé pour cette époque, ce n'en irait que mieux. Tu as encore un grand mois.

J'ai vu Marguery. Nous sommes, hier au soir, restés ensemble jusqu'à minuit. La vue de ce beau gros garçon m'a produit un singulier effet.—C'était toute ma jeunesse qui, tout à coup, revivait à mes yeux. Ce temps est si loin, tant de sensations ont effacé celles du jeune âge, j'en suis demeuré presque tremblant pendant un quart d'heure.—Quant à lui, tel je l'ai laissé, tel je l'ai revu. Aix a la singulière propriété des bocaux.

Le sujet de concours pour le prix de peinture était, cette année: Coriolan supplié par sa mère Viturie. Huit élèves sont montés en loge; ils ont commis huit croûtes. Le sujet, stupide par lui-même, a été traité huit fois stupidement. Il est curieux de penser combien notre école historique est faible et combien notre école paysagiste s'élève chaque jour. On pourrait, dans la poésie, faire la même remarque, le genre didactique est mort; le genre lyrique n'a jamais eu plus d'éclat que dans ce siècle.

Je pense que Baille est toujours à Nice. Je lui écrirai la semaine prochaine.

Écris-moi lorsque tu auras quelque nouvelle certaine sur ton voyage à me donner. Pense au barrage.—Je suis pressé par l'heure; je ne me relis pas.

A bientôt. Je te serre la main.—Ton ami,

Émile Zola.

 


 

LETTRES A MARIUS ROUX

 

XLIV

5 décembre 1864.

Mon cher Roux,

Je viens de lire ton article dans le Mémorial[3] qui m'a été envoyé.

Je te remercie mille fois de la façon charmante dont tu as présenté aux Aixois mes Contes à Ninon. Je ne trouve nullement que ton compte rendu soit provincial, comme tu me le disais hier au soir; il est alerte, spirituellement écrit, et fort obligeant pour moi, ce qui, je l'avoue, en double la valeur à mes yeux.

Nos compatriotes,—puisque tu veux que je sois Aixois, ce que j'accepte avec quelques réserves,—nos compatriotes vont être, je l'espère, enflammés d'un beau zèle et iront par bandes acheter le volume. Voilà un succès dont une bonne part te reviendra.

Merci donc, mon cher collaborateur, et laisse-moi te serrer la main deux fois aujourd'hui, et pour notre vieille amitié, et pour notre jeune succès.

Émile Zola.


XLV

14 novembre 1865.

Mon cher Roux,

Il est entendu que c'est toi qui parleras de mon livre.

Donc, merci à l'avance.

Tâche de faire une réclame à Baille, surtout à Cézanne, ce qui fera plaisir à leurs familles.

Je t'envoie la note imprimée qui pourra peut-être te servir. D'ailleurs, arrange cela comme bon te semblera.

Un peu de hâte seulement. J'ai besoin d'une bonne poussée avant la mise en vente des livres d'étrennes.

Bon courage et tout à toi.

Émile Zola.


XLVI

4 décembre 1865.

Mon cher ami,

Baille m'apporte ton article, et j'ai hâte de te remercier. Sans flatterie, c'est encore le meilleur qui ait paru sur le livre.

Puis, il a pour moi un charme particulier; il est intime, si je puis m'exprimer ainsi; il me semble te voir en pantoufles, t'entretenant avec moi de mon œuvre, de nos amis, de nous tous qui luttons, comme tu le dis si bien, et qui ignorons ce que l'avenir nous garde.

Que m'importe ce que pensent de moi Pierre ou Jean; je lis leurs comptes rendus avec une grande indifférence, je considère leur prose comme une bonne publicité commerciale. Mais ce que tu dis, toi, me va au cœur; tu me connais et tu me juges en ami; tu parles de ceux qui me sont chers; il va dans ton article un peu de ton âme qui l'anime et le fait vivre pour moi d'une vie chère et puissante. Voilà pourquoi tes paroles me sont plus précieuses que toutes celles qui ont été ou qui seront dites par les gens autorisés en matière de critique littéraire.

Merci aussi pour Cézanne et pour Baille. Ce dernier, qui me quitte à l'instant, me dit de te serrer vigoureusement la main. C'est fait.

Donne-moi l'autre, pour que je puisse en avoir au moins une à serrer en mon nom.

Viens me voir, dès que tu pourras disposer d'un moment. Je suis cloué devant mon bureau, et n'en puis bouger pour aller te chercher moi-même.

Tout à toi.

Émile Zola.


XLVII

10 décembre 1866.

Mon cher Roux,

Je viens de lire ton article dans le Mémorial, et je t'en remercie cordialement. C'est certainement une des pages les plus lestes et les plus spirituelles que je connaisse de toi. Tu as trouvé le moyen de me flatter énormément, et d'éreinter—énormément aussi—le roman-feuilleton.

Merci pour mon livre et merci pour mes croyances littéraires.

Autre chose. Il est décidé que je ferai un article sur Mistral dans le Grand Journal, et que je donnerai à cette étude tous les développements que je voudrai. Si tu peux m'avoir des détails, hâte-toi. Je désirerais aussi avoir le volume le plus tôt possible. Aie l'obligeance de venir me serrer la main un de ces soirs, et nous causerons de cette affaire.

Ton dévoué,

Émile Zola.


XLVIII

16 mars 1867.

Merci mille fois, mon cher Roux. Tes notes sont excellentes et vont me servir merveilleusement. Il y a là matière à quelques bons chapitres.

Le premier volume des Mystères de Marseille paraîtra bientôt. Je te l'adresserai, dès que j'en aurai un exemplaire.

Et, dès lors, nous pourrons songer au drame.

Ton bien dévoué,

Émile Zola.


XLIX

28 mai 1867.

Mon cher Roux,

Pourrais-tu me rendre un service?

Arnaud me persécute pour que je lui procure l'acte de société qui a été publié dans le Petit Journal, lorsque Millaud a mis la propriété de ce journal en actions. Arnaud veut imiter cet exemple.

Je me suis présenté au Petit Journal, mais je m'y suis mal pris. J'ai demandé tout sottement le numéro qui contenait l'acte de société en question, et on m'a répondu tout carrément qu'on ne voulait pas me le donner. Ils sont très méfiants, dans cette boutique-là; ils craignent toujours qu'on ne les attaque. Me voilà mis à l'index, et il est inutile que je tente davantage de leur arracher ce qu'ils ne veulent me remettre.

Ne pourras-tu essayer d'obtenir l'acte d'une façon plus habile! Par exemple, va trouver Escoffier, demande-lui à feuilleter une collection du journal. L'acte a paru l'année dernière, je ne sais au juste à quelle époque, vers les premiers mois, je crois. Tu prendras la date exacte du numéro, si tu ne pouvais avoir une copie de la pièce. Enfin, tu ferais pour le mieux. Il s'agit pour Arnaud d'intérêts importants.

Crois-tu pouvoir te charger de cette affaire et la terminer au plus tôt?

Arnaud m'a parlé.—de lui-même,—de notre drame. Je l'ai prié de faire des ouvertures au directeur du Gymnase et de conclure en notre nom. J'aurai sa réponse prochainement. Il faudrait nous hâter. Je te donnerai bientôt un rendez-vous pour causer de cette affaire.

Ton dévoué,

Émile Zola.

J'oubliais: l'acte de société a été publié, je crois, en premier Paris, par Timothée Trimm. Cela facilitera tes recherches.

Excuse-moi de te donner une pareille besogne. C'est que, vraiment, j'ai les bras liés, et que je ne sais plus comment faire.


L

3 juin 1867.

Mon cher Roux,

Je reçois une lettre d'Arnaud dans laquelle il est dit que le directeur du Gymnase paraît bien disposé. Seulement ce directeur demande qu'on lui abandonne les droits d'un certain nombre de représentations.

Je réponds à Arnaud par retour du courrier, et je crois pouvoir lui dire, en ton nom et au mien, que nous sommes prêts à quelques sacrifices. Mon avis est qu'il ne faudrait pas que ces sacrifices fussent trop forts. Je voudrais bien m'entendre avec toi à ce sujet, et au plus tôt. Si tu peux venir jeudi soir, après ta visite chez Clément, tu me feras plaisir. Pour moi, je crois l'affaire du drame terminée; mais il faut que je te lise la lettre d'Arnaud qui nous donne d'excellents conseils pour la censure.

Si tu as fait un bout de plan, apporte-le.

A jeudi donc, s'il est possible, et tout à toi.

Émile Zola


LI

4 juin 1867.

Mon cher Roux,

Je reçois ta lettre. Donc, à vendredi soir.

Je t'avoue qu'il se fait des trous dans mon budget. Je te prie—entre nous—d'être ferme avec M. Clément.

Vendredi, je te donnerai le premier volume des Mystères et ma brochure sur Ed. Manet.

Tout à toi.

Émile Zola.

Tourne, je te prie.

Il nous faudra entièrement bouleverser le roman. Il faut que l'affaire de Roux soit méconnaissable, si nous voulons vaincre la censure. Mon idée reste celle-ci. Un prologue dans lequel la naissance des deux enfants est expliquée; suivre des routes différentes,—la route du vice et la route de la vertu; au dénouement tout s'explique, la vertu est récompensée et le vice puni. Il y a de belles scènes à trouver.

N'importe. Fais ton plan. Ce sera notre base de travail.

Pas de prêtre dans le drame, si ce n'est pour dire un grand bien de l'église.

Tourne encore.

A la Bibliothèque on ne prête les journaux que vingt et un ans après leur apparition. Arnaud me tourmente toujours pour que je lui envoie son acte. Comment faire? Tâche donc d'avoir une idée pour me sortir d'embarras.

Après tout, Arnaud nous rend des services, et je ne voudrais pas faire preuve de mauvaise volonté.


LII

8 juin 1867.

Mon cher Roux,

J'ai eu une atroce insomnie, la nuit dernière, et, ne pouvant dormir, j'ai travaillé à notre drame. Je crois avoir trouvé des scènes très saisissantes, toute une intrigue corsée et poignante. Ne fais rien, ne bâtis rien, avant d'avoir reçu les notes que je rédige. Je t'enverrai ces notes sans doute demain. Tu travailleras sur la donnée que je vais te fournir, et, mardi soir, nous pourrons arrêter le plan.

A demain.

Tout à toi.

Émile Zola.


LIII

16 juillet 1867.

Mon cher collaborateur,

Voici le dernier tableau.

J'ai arrangé plusieurs choses pour donner quelque vraisemblance à nos gros mensonges.

Ainsi Granier et Lussac ne peuvent ignorer que Mathéus est caissier chez Bernard (Granier y a vu Mathéus au deuxième acte).

Ah! mon pauvre ami, quel ours!

Fais copier tout ça au plus vite, et nous déchaînons la bête.

Je t'écrirai pour t'inviter à souper un de ces soirs, en célébration de notre heureux accouchement.

A toi.

Émile Zola.


LIV

Paris, 23 juillet 1867.

Mon cher Roux,

J'ai passé la journée d'hier dimanche à relire notre drame. Le copiste n'a fait qu'une boulette grave; il a dû passer une page du manuscrit dans le prologue. Dans la grande scène entre Aurany et Mathéus, il y a un trou: après l'aparté de Lussac: «Ces hommes m'épouvantent, ils ont le génie du mal...», se trouvent brusquement, dans la copie, ces mots de Mathéus: «Voici mon petit moyen...»

Examine le manuscrit et rends-toi compte de l'erreur. Je le répète, ce doit être une page entière qui a été passée. J'espère que cette page n'a pas été égarée. En tous cas, apporte le manuscrit demain soir, et nous verrons.

Les autres erreurs sont insignifiantes. Ton copiste est un homme intelligent.

J'ai dû faire quelques petits changements, et, surtout, mettre un grand nombre d'indications scéniques. Il faut que nous parcourions le tout ensemble, rapidement. Je ne comprends pas du tout le décor de la Canebière. Viens de bonne heure. Il faut en finir.

En somme, le drame se tient, et je compte sur un succès, si les circonstances nous aident.

A demain soir. N'oublie pas le manuscrit.

Ton dévoué.

Émile Zola.


LV

Paris, 14 août 1867.

Mon cher Roux,

Puisque le sieur Bellevaut[4] prend l'attitude d'un croquemitaine, je te prie de faire, à l'occasion, la grosse voix, pour lui montrer que nous ne sommes pas des petits enfants et qu'on ne nous avale pas d'une bouchée. Sois ferme et digne.

Nous devons forcément accepter le renvoi en octobre. Mais il ne faut pas pour cela laisser dormir les choses. Fais comprendre à la bête féroce que tu n'as qu'un mois à rester là-bas et que tu ne veux pas partir avant d'avoir tout réglé. Là est le grand point. Bellevaut te dira sans doute qu'il a le temps, que rien ne presse. Insiste, force-le à arrêter tout de suite avec toi le drame tel qu'il doit être joué. Fais les quelques corrections dont nous sommes convenus, puis retourne auprès du directeur et oblige-le à revoir la pièce avec toi, à faire les changements nécessaires, en un mot à donner au manuscrit sa forme définitive. Cela est de la dernière importance. Ne fais copier la pièce que lorsque toutes les modifications auront été faites. Et, pour arriver à ce résultat, donne pour unique et bonne raison ton court séjour à Marseille. Lorsque le manuscrit sera mûri à point, remets-le à des copistes, qu'Arnaud te trouvera,—et occupe-toi ensuite de la censure. Tu le comprends, lorsque tu reviendras ici, il faut que Bellevaut n'ait plus qu'à monter et à jouer la pièce, afin que nous n'ayons pas des embarras avec lui, à deux cents lieues de distance. Ta conduite est donc toute tracée: avant tout, arrêter le manuscrit, puis le faire copier, puis obtenir le permis de la censure. Si tout cela marche convenablement, tu exigeras un commencement d'étude avant ton départ, afin de pouvoir assister à une ou deux répétitions. Ce serait uniquement pour voir la chose à la scène. Ensuite, les artistes mettront tout l'intervalle qu'ils voudront entre les premières et les dernières répétitions. Je tiens énormément à ce que tu puisses te rendre compte de la mise en scène.

Je ne saurais trop te le répéter, l'important est d'en finir avec les remaniements que demande Bellevaut. Lorsque la pièce sera décidément arrêtée, nous pourrons attendre en paix. Jusque-là nous sommes dans le vague.

Bellevaut trouve la pièce trop longue. Elle n'est certes pas plus longue que les longs mélodrames qui sont au répertoire. Enfin, coupe, s'il est nécessaire, quelques scènes épisodiques. Le malheur est que toutes les scènes me paraissent utiles. Il est bien entendu que nous conservons l'attitude de nos héros. Il ne faut pas permettre qu'on touche à Daniel: il est l'originalité, la vie de la pièce. D'ailleurs, tu verras. Tant que les coupures ne seront pas faites dans le vif du drame, tu peux couper sans me prévenir; autrement, avertis-moi. Je ne veux pas du tout me laisser manger par M. Bellevaut, et, en somme, je tiens à nos personnages et à nos phrases, puisqu'il veut faire le méchant. Défends-toi hardiment, au risque de tout casser. J'avoue que je suis très en colère contre le grossier personnage dont tu me traces un si vilain portrait.

Conserve intact notre manuscrit primitif. Il nous fera besoin pour le volume et pour les autres théâtres où nous n'aurons pas affaire à un ogre.

Tiens-moi au courant. Je ne serai pas tranquille que lorsque Bellevaut aura accepté le manuscrit. Aurons-nous une actrice suffisante pour le rôle de Clairon? Va donc un peu au théâtre.

Arnaud te donnera un bon coup de main. Dis-lui ce que nous avons décidé pour la publicité. Avant ton départ, parle-lui de la publication du drame dans le Messager, et vois ce qu'il en dit. Lui seul peut et doit nous imprimer notre ours.

Écris-moi dès que tu auras revu Bellevaut et que vous aurez décidé la nature et le nombre des changements. Hâte-toi, car tu as peu de temps, et il peut se présenter des obstacles. Il faut que tu ne laisses aucun empêchement derrière toi.

Mon pauvre ami, voilà bien de la besogne, et je ne puis collaborer à tes soucis. Tu seras deux fois le père de notre drame.

Ma mère et ma femme te présentent leurs amitiés.

Une bonne poignée de main.

Émile Zola.

Mes compliments empressés à ta famille. Va donc voir Paul, à Aix, et dis-lui de m'écrire; je suis sans nouvelles de lui depuis un mois.

Tu comprends pourquoi il est préférable d'arrêter les corrections avec Bellevaut, et de faire ces corrections, avant de confier le manuscrit aux copistes. D'abord, il est inutile de faire copier ce que l'on doit retrancher. Ensuite, il est peu prudent de nous mettre sur le dos les frais de deux nouvelles copies, sans avoir un oui formel de Bellevaut. Et tu n'auras ce oui formel que lorsque la forme de la pièce sera définitivement arrêtée.—Je t'engage à faire valoir ces raisons auprès de Bellevaut pour le décider à revoir sur-le-champ la pièce avec toi; dis-lui,—et donne les raisons,—que tu ne peux faire copier la pièce sans que le manuscrit soit tel qu'il doit être.

D'ailleurs, la bonne volonté de Bellevaut ne nous est encore nullement prouvée. Il faut nous défier des enthousiasmes d'Arnaud, qui voit toujours tout en rose. Il m'a écrit que Bellevaut était charmé du drame, et on t'a assuré que Bellevaut serait ravi de nous jouer. Tout cela est bel et bon. Mais je te prie de savoir par toi-même si le ravissement de Bellevaut est vraiment tel que le voit Arnaud. D'après la réception que l'ogre t'a faite, je ne vois pas tout couleur de rose. Avant de faire les frais de copie, il me semble nécessaire de savoir nettement à quoi nous en tenir. Et, je le répète pour la dixième fois peut-être, nous ne saurons à quoi nous en tenir que, lorsque les corrections faites, Bellevaut te dira: «Maintenant tout va parfaitement, et je jouerai le drame tel qu'il est là, lorsque j'aurai trois copies et que la censure aura prononcé.»


LVI

Paris, 25 août 1867.

Mon cher ami, j'ai reçu ta lettre qui est excellente. Tout va pour le mieux. Mille fois merci pour tes peines. Tu as parfaitement fait d'effacer quelques phrases dans le prologue, et d'atténuer le rôle de Clairon. J'approuve aussi,—puisqu'il le faut,—l'explication des toilettes de Clairon, achetées à l'aide de ses économies. Seulement, je crains que la situation de notre héroïne ne soit guère comprise aux Aygalades et chez Sauvaire. Lorsque ce dernier était son amant, heureuse ou non, elle allait au bras de cet homme, et sa présence était toute naturelle. Maintenant, son désir de suivre Daniel peut expliquer sa venue, mais sa conduite n'en reste pas moins très étrange, et on ne comprend plus son attitude devant le maître portefaix. Il y a là une nuance que tu dois saisir. Je le dis ces choses, non pas pour désapprouver tes changements, que je crois comme toi nécessaires, mais pour te prier de glisser çà et là quelques mots qui éclaircissent la situation. Ainsi, je vois du premier coup d'œil quelques petits détails: il est nécessaire de dire que Clairon a accepté le bras de Sauvaire pour aller aux Aygalades et qu'elle accepte ses hommages, quitte à ne jamais l'en récompenser; si elle n'a pas ouvertement Sauvaire pour chaperon, elle se promène dans la fête comme une âme en peine, et l'effet comique, «Ah! mon Dieu!» est amoindri. De même, pour sa présence chez le maître portefaix. Remarque que si nous n'établissons pas un lien quelconque entre elle et Sauvaire, la raison de leur présence vis-à-vis l'un de l'autre n'apparaît pas. Il faudrait absolument que leur position respective fût nettement indiquée dans une scène placée dès le commencement du tableau des Aygalades. Il est d'autant plus facile de poser cette situation, que cette situation n'est plus scabreuse du tout. Si nous ne la posons pas carrément, le public ne comprendra peut-être pas, et verra en Clairon ce que nous avions fait d'elle d'abord, une prostituée. D'ailleurs, tu dois avoir les mêmes craintes que moi, et je suis certain que tu t'es attaché à donner au rôle difficile de notre héroïne le plus de vraisemblance possible. Ne crains pas d'être clair surtout. La scène du collier est bonne, elle sert à faire croire aux invités de Sauvaire que Clairon a succombé. C'est là sans doute ta pensée. Et j'applaudis.

Je ne te parle pas des autres rôles puisque tu n'y fais aucun changement.

Ton sous-titre, maintenant. Je t'avoue que je n'aime pas du tout «ou l'Enfant de la Louve», d'autant plus que Clairon, troisième édition, n'est plus une louve, et qu'ainsi ce sous-titre va contre le véritable sens de la pièce. D'ailleurs, d'après ce que tu me dis, j'ai grand'peur que le roman ne nuise au drame, et je voudrais comme toi tâcher de nous sortir de ce mauvais pas. Il faut être carré. Je propose simplement de changer notre titre et d'appeler la pièce: les Drames de Marseille. Vois si Bellevaut accepte cela. Mais pas de sous-titre, s'il est possible. Je les déteste. D'autre part, si tu crois réellement qu'il y a un parti quelconque contre moi, nous pourrions faire annoncer habilement dans une feuille marseillaise que le drame ne ressemble pas du tout au roman. Tout cela est grave, je le sais, et peut-être ferions-nous mieux de laisser aller les choses. Attendons, si tu veux, ton retour ici, pour décider cette grosse question. La première représentation est seule à craindre; on saura ensuite à quoi s'en tenir.

Tu as fait faire, me dis-tu, une copie de la pièce. Tu ne me dis pas combien cela t'a coûté. Je ne pense pas que tu aies besoin d'argent à Marseille. En tous cas, écris-moi, si tu veux que je t'adresse ma part des frais.

Donc, tu n'as plus qu'à revoir Bellevaut et à t'occuper de la censure. Tâche de mener rondement tes rapports avec les gardiens de la morale publique. Il faut que nous ayons l'autorisation avant ton retour. Quant à Bellevaut, puisqu'il est charmant, tout ira bien. Continue à lui prouver que le drame n'est pas trop long, et ne lui accorde, autant que possible, aucune coupure.

Autre chose. Tu me dis que nous passerons avant Hernani. Cela est bien vague. J'ai le projet,—peu arrêté, il est vrai,—d'aller à Marseille pour la première. Je désirerais savoir si nous serons joués au commencement ou à la fin d'octobre. A huit jours près, tu peux m'envoyer ce renseignement.—Le malheur est que si je ne suis pas là, nous n'aurons aucune garantie pour le respect de notre prose. J'ai peur qu'on n'abîme singulièrement notre manuscrit. Avant de t'éloigner, tu feras bien de t'occuper des représentations, comme si je ne devais pas aller à Marseille. Laisse là-bas un représentant. Tâche de composer une salle. Règle la question des billets, le service à faire à la presse. En un mot, agis comme si tu étais à la veille de la première.—Il est une autre question grave. Il faut que la pièce soit imprimée pour pouvoir être lancée dans les autres théâtres. Vois si Arnaud est disposé à nous prêter son journal ou simplement à imprimer la pièce en volume. Il est entendu que, dans ces questions, tu as plein pouvoir pour traiter.

Je vais lancer la réclame au Figaro. Si elle passe, je t'enverrai le numéro qui la contiendra, et tu pourras faire une tournée dans les journaux de Marseille. Vois surtout Émile Barlatier[5], en mon nom.

Tu me dis que le roman «a produit une fâcheuse impression». Cela est vague. Tâche donc d'avoir des détails, pour me les donner à ton retour. Je désirerais connaître nettement la position. On affirme que tout le peuple est avec moi (c'est un jeune Provençal dont je viens de recevoir la visite, qui m'a dit cela). On me dit en outre qu'Arnaud seul est mis en cause et qu'on me place à part. Est-ce pour me faire plaisir qu'on me conte ces choses? Je ne sais. Tu seras assez mon ami pour me dire la vérité. Vois ce que c'est que «la fâcheuse impression», et vois-le de près. Je n'ai pas besoin de t'en dire davantage. Tu sauras m'avouer où j'en suis dans l'amitié des Provençaux.—Surtout ne parle pas de cabale, même à tes plus intimes amis. Ce serait le moyen d'y faire songer quelque malintentionné. Il suffit de parler de cabale pour qu'il en naisse une sur-le-champ. Parle au contraire du grand succès probable et répands le bruit que le drame ne ressemble pas au roman. D'ailleurs, s'il y a mauvaise foi avec nous, je suis disposé à faire un tapage de tous les diables.

Écris-moi quand tu auras revu Bellevaut, quand tu auras une réponse de la censure, en un mot quand tu auras des nouvelles quelconques.

Mes compliments sincères à ta famille. Tu as les amitiés des miens, et une bonne poignée de main de moi.

Émile Zola.


LVII

Paris, 4 septembre 1867.

Mon cher Roux,

Je ne suis pas affamé de nouvelles, mais j'aurais désiré pourtant que tu répondisses sur-le-champ à la question que je te posais relativement à l'époque exacte où serait joué notre drame. Cela est d'une grande importance pour moi. Je n'ai pas abandonné mon idée de voyage, et, si la pièce ne passe pas plus tard que le 15 octobre, j'irai sans doute à Marseille, je partirai vers la fin de septembre. Dans ce cas, il faut que je fasse mes préparatifs, il faut surtout que je prévienne Paul, qui reviendrait sur-le-champ à Paris, si j'abandonnais mon projet, ou qui m'attendrait, si je lui donnais suite. Tu vois donc que j'ai un vif intérêt à savoir si les Mystères peuvent être joués vers le 15 octobre. Je te prie de voir M. Bellevaut et de lui dire que nous tenons particulièrement à ce qu'il ne rejette pas plus loin la représentation. On annonce Hernani, on annonce la Grande Duchesse; jusqu'où cela ira-t-il? bon Dieu! Je vois mon voyage tombé dans l'eau, car je n'irai certainement pas là-bas, si je ne dois y trouver aucun ami, et je ne puis pousser l'égoïsme jusqu'à retenir Paul à Aix indéfiniment. Avant de quitter Marseille, tâche donc d'obtenir une date fixe, la plus rapprochée possible, afin que je puisse savoir à quoi m'en tenir.

Je ne te parle pas de la censure, ni des corrections, ni de rien. Tu me parleras de tout cela à ton retour. Tâche de ne rien laisser en suspens derrière toi. N'oublie pas de t'inquiéter de l'impression de la pièce, soit dans le Messager, soit en volume.—Si tu n'as que le temps de m'écrire un mot pour me donner la date que je te demande, ne me parle pas du reste, puisque nous devons nous voir la semaine prochaine.

Autre chose: j'ai reçu le Sémaphore, le numéro que tu m'as envoyé, et je regrette qu'on ne s'y soit pas servi de la formule dont nous étions convenus: «Nous lisons dans le Figaro, etc.» Cela aurait fait, je crois, plus d'effet; la note publiée a l'air trop local. Il faut absolument que tu trouves un autre journal où l'on dise que la presse parisienne a annoncé notre drame. (Tu ignores peut-être que la plupart des journaux, le Temps, l'Époque, la Liberté, ont reproduit la note du Figaro.) Tu comprends que les Marseillais ne doivent pas ignorer que Paris s'est ému à la nouvelle de notre tentative de décentralisation. Il serait bon de le faire dire et même de le faire répéter quatre ou cinq fois.—Qu'as-tu fait au Mémorial et à la Gazette du Midi? Cette dernière m'est hostile.

Un mot de réponse, et à bientôt.

Mille compliments aux tiens. Tu as les compliments de ma femme et de ma mère.

Ton dévoué.

Émile Zola.

J'ai fini ce matin mon roman qui paraît dans l'Artiste. Je respire et je me sens des envies de dormir jusqu'à ce soir.


LVIII

17 septembre 1867.

Mon cher Roux,

J'ai vu plusieurs éditeurs parisiens, et j'ai acquis la certitude qu'une pièce jouée en province ne peut être publiée qu'en province. A Paris, on ne croit pas à la décentralisation,—on m'a presque ri au nez. Donc, nous ne pouvons compter que sur Arnaud. J'attends une lettre de lui, et, en lui répondant, je le pousserai à imprimer notre drame au plus vite.

D'autre part, je suis allé chez Péragallo donner mon pouvoir. J'ai parlé des billets d'usage, et l'on n'a pas su ce que je voulais dire. L'agent de la Société a droit à quatre places, voilà tout. Donc ne forçons pas le sieur Péragallo à mettre le nez dans l'inconnu. Mais je suis d'avis que M. Peysse demande à M. Bellevaut ce qu'il a voulu dire par les billets d'usage. Peut-être y a-t-il là quelque bénéfice illicite que je ne suis pas d'avis de laisser échapper. Charge-toi d'approfondir cette question.

Sais-tu que l'agence nous prend 10 p. 100, ce qui joint aux 20 p. 100 promis à Bellevaut fait 30 p. 100. Nous sommes volés.

Dès que tu auras des nouvelles, communique-les-moi, demande la date probable de la première.

A toi.

Émile Zola


LIX

Marseille, 4 octobre 1867.

Mon cher Roux,

J'ai vu Arnaud que ta lettre ne paraît pas avoir trop ému. D'ailleurs, je n'ai fait que lui serrer la main, me réservant de lui parler affaire, après le succès ou la chute. Ma position restera très fausse jusque-là. Demain soir, je serai fixé.

Je viens de voir M. Peysse. Voici en quelques lignes le résumé de notre conversation. Les artistes sont bien disposés, mais Bellevaut l'est très mal; il élève en outre une question d'intérêt que je réglerai demain avec lui. (M. Peysse me conduira à lui, à onze heures, et j'assisterai peut-être encore à une répétition.)—Les coupures, paraît-il, se réduisent à des retranchements (nombreux) de phrases; pas une scène n'aurait été coupée; en somme, le mal est sans doute moindre que nous ne le pensions.—Peysse parait compter sur un succès ordinaire. Il est évident que tous ces gens-là n'ont pas foi en notre génie, et ils ont bien raison.

Je n'ajoute rien. Tout ceci est pour te tenir en haleine. Demain je saurai à quoi m'en tenir, et dimanche matin je t'enverrai un télégramme.

Je n'ai pu voir ta famille aujourd'hui, et je doute d'avoir demain le temps nécessaire pour lui rendre visite. En tout cas, ce sera pour dimanche.

Si tu as besoin de m'écrire, adresse-moi ta lettre chez Arnaud. Quant à moi, je ne t'écrirai plus que pour te donner des détails, après la consommation du crime. Je m'occuperai de l'impression en volume, s'il y a lieu, soit chez Arnaud, soit ailleurs.

A bientôt, et pas de cauchemars.

Ton dévoué.

Émile Zola.


LX

Télégramme du 6 octobre 1867.

Paris, Marseille, 523, 1867, 51.

Monsieur Roux, 13, rue Neuve-Guillemin, Paris.

Applaudissements durant les actes, applaudissements et sifflets toile baissée. Succès incertain.

Zola.


LXI

Marseille, 6 octobre 1867.

Mon cher Roux,

Je complais t'écrire longuement, mais le courage me manque. Quand je te verrai, je te raconterai la soirée d'hier. Voici quelques brefs détails.

En somme, c'est un succès contesté, qui peut se tourner en chute complète, ce soir. Comme je le l'ai dit dans ma dépêche, le commencement de la pièce a bien marché. Les tableaux: Les Aygalades et Le crime, n'ont pas donné ce que nous en attendions, et dès lors la pièce a langui. Elle s'est un peu relevée vers la fin. Jusqu'au dernier moment, la salle n'avait ni sifflé, ni chuté, ni donné aucune marque d'improbation. Seulement, lorsque le rideau est tombé sur le: Il nous a maudits, de Clairon, des applaudissements trop vifs ont amené quelques coups de sifflet. Il y a eu lutte, et les applaudissements continuant, on a exigé les noms des auteurs. On nous a nommés. Nouvelle bataille de courte durée, les applaudissements l'ont emporté!

Ce soir dimanche, tout va se décider.

Il y a eu, à coup sûr, une petite cabale. Les sifflets sont partis des premières, aux places réservées. Peysse est certain de la chose, et Bellevaut croit que c'est la petite presse marseillaise qui s'est égayée. Drôle de façon de s'égayer. En somme, l'honneur est sauf, mais nous ne tenons pas un succès de «bon aloi», comme dit cet excellent homme des contributions indirectes.

Quant à la pièce en elle-même, elle m'a paru trop longue, véritablement ennuyeuse. On a commencé à huit heures et fini à une heure. Le public était las. Si nous avions assisté aux répétitions et fait les coupures nécessaires, tout aurait marché. C'est l'opinion de tous ceux qui ont causé avec moi. Je viens d'aller voir Bellevaut et d'essayer de faire des coupures pour ce soir. Il paraît que cela est impossible. Si la pièce ne tombe pas, les coupures seront faites pour la troisième représentation. Hier, on a fait 1,200 francs de recette.

L'interprétation est, selon moi, très insuffisante. Mme Méa est d'un faux à agacer les dents. Elle épuise tous ses sanglots dès la première scène. Sauvaire, Lussac, Daniel, surtout ce dernier, ont joué convenablement. Le reste m'a paru d'une faiblesse déplorable. C'est une trop grande machine pour une pareille scène; il nous faudrait la scène de la Porte-Saint-Martin. Le décor du prologue est ridicule et les acteurs y étouffent.—Enfin, je te parlerai longuement de tout cela vers la fin de la semaine, lorsque je serai à Paris.

J'ai vu tes parents hier, avant la représentation, et je ne sais si je pourrai les revoir. Je pars pour Aix demain matin, de bonne heure.

Un dernier mot, la salle était très belle. Il y avait le maire! Nos amis ont peu donné. D'ailleurs, tu vas recevoir des lettres de condoléance que tu me communiqueras...

A bientôt, et pas trop de découragement.

Émile Zola.

Je ne te parle pas de l'impression de la pièce. Il faut attendre le succès ou la chute de ce soir. La première bataille est nulle.


LXII

Marseille, 7 octobre 1867.

Mon cher Roux,

Deux mots à la hâte. La deuxième, hier, a beaucoup mieux marché. Rien que des applaudissements. La pièce n'a duré que quatre heures et demie, et a commencé à sept heures et demie. En somme, c'est un succès, à moins que la troisième, qui se joue demain, ne marche pas. J'assisterai jeudi à la quatrième.

Les acteurs n'ont plus eu de manque de mémoire et ont réussi toutes leurs entrées. Encore quelques coupures, et tout ira bien. A la première, nous avons eu une légère cabale d'écrivassiers marseillais. Je viens d'apprendre cela. D'ailleurs, je te conterai tout de vive voix.

Je vais parler à Arnaud de l'impression.

Ton dévoué.

Émile Zola.


LXIII

Marseille, 10 octobre 1867.

Mon cher Roux,

J'arrive d'Aix. Je ne sais comment a marché la troisième. Peu de monde, je crois, mais pas de sifflets.

Je pars demain pour Paris, où j'arriverai samedi dans la nuit. Je t'attends dimanche soir pour manger la côtelette de l'amitié et te conter les heurs et malheurs de notre œuvre.

Je verrai demain matin Bellevaut, Arnaud, et tutti quanti, le terminerai nos affaires, qui commencent un peu à me peser.

Donc à dimanche. Viens vers les deux heures, si tu as le temps.

Ton dévoué.

Émile Zola.


LXIV

9 janvier 1868.

Mon cher Roux,

Nous jouons de malheur pour mon article du Gaulois. Le journal est plein à crever, je ne passerai sans doute que lundi.

Voici ce que j'ai arrêté: si lundi les éditeurs et exécuteurs testamentaires ne se sont pas réunis, je laisse paraître l'article; si le pot aux roses est découvert, je transforme l'article, je publie toujours les Lits, mais en les mettant sous le nom de leur véritable auteur et en racontant l'histoire[6]. Donc, de toutes façons, je donne au jeune Alexis le coup d'épaule qu'il mérite.

Autre chose.

Je viens de voir Lacroix, et nous sommes décidés à laisser passer tout de suite ma charge dans le Monde pour rire. Nous agirons ensuite auprès de l'Éclipse. Je vais donc t'envoyer mon portrait dans le plus bref délai.

Ne joint-on pas à la charge une courte biographie? En ce cas, tu voudras bien te charger de cette biographie.

Ton dévoué.

Émile Zola.


LXV

Paris, 17 avril 1868.

Mon cher Roux,

Vingt lignes en courant.

Je viens de déménager, et je suis encore dans les ennuis d'un bouleversement général. De là mon silence jusqu'à ce jour.

Pas de nouvelles en somme. J'ai vu Duret hier chez Manet. L'affaire marche mal. Pelletan m'a l'air d'être aussi incapable que Mille comme homme d'affaires. On ne sait plus quand la Tribune paraîtra, ni même si elle paraîtra.—Belot n'a pas encore lu notre drame. Il fait un roman pour gagner quelques sous, et je n'irai chez lui que dans cinq ou six jours. Rien de définitif de ce côté.—J'ai gardé le meilleur pour la fin. Il vient de se fonder un journal à deux sous, l'Événement illustré, sous la direction d'Adrien Marx!!! On m'a offert le Salon dans cette feuille, ce que j'ai accepté faute de mieux. Dès ton retour, je te présenterai à Marx, et j'espère que tu placeras chez lui tes renseignements quotidiens sur Paris. Que cette espérance ne hâte pas ton retour. Je t'annonce simplement cela, comme une chose qui peut devenir bonne.

D'ailleurs, tu reviendras sans doute bientôt. Tu me trouveras en train de corriger les épreuves de la deuxième édition de Thérèse Raquin. Je vais aussi me mettre sérieusement à mon travail pour Kératry. La besogne a l'air de vouloir venir. Elle sera la bienvenue. Je chôme depuis assez longtemps, grâce au monument de Verlé.

Et toi, que fais-tu? Un bout de lettre, si tu as quelque chose d'intéressant à m'apprendre. Tu connais ma nouvelle adresse: 23, rue Truffaut, Batignolles.

Et puis, c'est tout. J'aime mieux causer longuement avec toi, quand tu reviendras.

J'ai une commission à te donner. Rapporte-moi le deuxième volume du Congrès scientifique que tu prendras en mon nom chez Aubin. Une lettre m'a invité à le faire réclamer à cette librairie.

Voilà. Tu as le bonjour de ma mère, de ma femme. Présente mes compliments à tes parents, et va dire à Mme Méa que je la porte dans mon cœur.

Une bonne poignée de main de ton dévoué

Émile Zola.


LXVI

Marseille, 19 septembre 1870.

Mon cher Roux,

Arnaud le remettra cette lettre et t'expliquera les raisons qui me font l'écrire.

En deux mots, veux-tu que nous fassions un petit journal à Marseille[7], pendant notre villégiature forcée. Cela occupera utilement notre temps. Sans toi, je n'ose tenter l'aventure. Avec toi, je crois le succès possible. Nous avons ici les hommes et les choses pour nous. Donne-moi une réponse immédiate. Tu ferais même bien, si ma proposition te souriait, de venir demain à Marseille avec Arnaud. L'affaire doit être enlevée.

Dis-toi tout ce que je ne te dis pas, et de toutes façons donne-moi une réponse. Nous réglerions les détails ensemble.

Mes compliments à ta famille.

Ton dévoué.

Émile Zola.


LXVII

Mon cher Roux.

Voici la requête. Je la crois excellente.

J'ai peu de choses à te dire. Remets la lettre et plaide la cause, s'il y a lieu. Il serait bon que le maire lût l'épître devant toi. Dis-lui bien que je n'ai pu indiquer le genre de récompense, mais que j'estime qu'il serait convenable de donner le nom de mon père à une rue. Cherche même avec lui la rue qu'on pourrait choisir. Tout cela, bien entendu, est livré aux hasards de la conversation.

J'écris à Arnaud pour le mettre en campagne. Il faudrait qu'on vît le plus de conseillers municipaux possible[8]. Enfin, fais ce que tu pourras. Tu as bien peu de temps à toi, et je te donne là une commission un peu lourde. Tu me pardonneras.

Rien de nouveau ici. Je ne mets pas le nez dehors d'ailleurs. Je travaille et suis à peu près à la moitié de mon roman,—qui doit continuer à ennuyer le public. Moi, j'en suis très satisfait, ce qui est le principal.

Bavarde un peu là-bas et viens vite me conter les cancans. Et les troubadours? ont-ils bien fait les choses? J'ai comme un vague désir de faire sur eux ma prochaine causerie de la Tribune. J'attends des détails dans les journaux.

Mes compliments à ta famille. Tu as les amitiés des miens.

Une bonne poignée de main, et à bientôt.

Émile Zola.


LXVIII

Paris, 25 décembre 1872.

Mon cher Roux.

Le petit Noël m'a apporté hier une andouillette de Vire comme on en voit peu, et j'ai embrassé le petit Noël. Je te remercie de ton cadeau, il est charmant, et me touche beaucoup. Tu m'en avais parlé; mais c'était si loin, qu'il m'a semblé le recevoir une seconde fois. Merci encore.

Je voulais d'ailleurs t'écrire pour te demander des nouvelles de ta revue; si tu as du temps à perdre, jette-moi un mot à la poste; cela me fera plaisir. Il est vrai que je te reverrai bientôt.

Je regrette que tu ne te sois pas trouvé ici ces jours derniers. L'interdiction du Corsaire a fait un bruit énorme. Les journaux, à court de copie au moment des vacances, se sont jetés sur mon article. J'y perds quelque argent, mais j'y gagne un terrible tapage. Charpentier fait faire des affiches. Moi, je suis en train d'écrire une brochure, une réponse ou plutôt une défense; j'attendrai lundi ou mardi pour la lancer, afin de ne pas trop paraître taper sur la grosse caisse; c'est moins une affaire d'argent que de précaution pour l'avenir.

Il y a quelques articles très curieux. Je n'ai pu malheureusement les collectionner, parce qu'il aurait fallu acheter tous les journaux pendant trois jours. Mais j'en ai pourtant mis de côté quelques-uns qui t'amuseront.

J'ai ce soir à dîner Béliard, Philippe et Alexis[9]. Hier, jour de réveillon, j'ai porté un toast à la réussite de ta revue. Puis nous sommes allés à la messe de minuit à la Trinité. C'est très pauvre, et pas solennel du tout. Au demeurant, il fait beau et Paris paraît très réjoui.

Tout le monde te serre la main. Moi, j'en fais autant, et des deux mains à la fois; et je te prie de présenter mes compliments et mes amitiés à ta famille.

Ton bien dévoué.

Émile Zola.