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Couleurs. Contes nouveaux; suivis de Choses anciennes

Chapter 25: LE RACHAT DES LAIDES
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About This Book

The volume gathers short stories, novellas and critical essays that move between lyrical fiction and aesthetic reflection. Fiction pieces enact brief, often sensual or uncanny episodes set in rural or dreamlike landscapes, emphasizing rhythmic, poetic prose and intimate observation. Essays and dialogues examine literary style, language, and the relation of poetry and prose, arguing for rhythm as the basis of literary beauty and treating topics from love and art to criticism of contemporary writers. Interspersed are character studies, meditative promenades, and fragments that blend erudition with playful imagination, producing a varied sequence of narratives and reflections united by concern for form, tone, and the musicality of language.

LE RACHAT DES LAIDES

Les capricantes aiguilles de Popp, les Popp, disaient minuit : minuit, les trottoirs et les yeux aigus des femmes blêmes.

« Minuit, c'est fait, je puis rentrer. »

Tel qu'un peu ivre, il marchait, les jambes lourdes, et des battements de cœur si drus que le sang vers ses tempes rebondissait et bouillonnait.

« C'est fait, j'en suis sûr. Je les ai séparément prévenus : « Dîner de fondation et refus inadmissible. » J'ai prévenu ma femme : « Ma toute bien-aimée, à minuit je serai rentré, — sans faute. »

Il remontait le boulevard Malesherbes.

— « C'est fait. Ah! il le fallait. Elle était si laide! Dix-huit mois de mariage ne m'ont pas habitué à ce nez court, à ces yeux ternes, à ces cheveux durs, à ce teint de métisse, et la taille pas fine, et la gorge, heu! et le reste, vulgaire!

« Il le fallait. J'en avais honte. Ah! mon cher Paul, tu l'as rédimée et tu m'as sauvé, mon cher, si cher ami! Quel autre que toi eût agi avec un désintéressement aussi rare, — quoique inconscient? Ah! demain, comme je t'écraserai les mains dans mes mains réjouies! Oui, je t'embrasserai.

« Il le fallait. Alors, j'ai commencé de les laisser seuls, après avoir excité Paul par de petites tendresses pour ma femme adorée : Je baisais Juliette dans le cou, un peu longuement, puis ceci, puis ça, et je sais. Une brève course : « Faites donc un peu de musique. »

« Il le fallait. Je sortais, je rentrais en faisant du bruit, et dans le silence du petit salon, un subit accord… « Eh bien, on ne s'est pas trop ennuyé? » Elle, presque câline et moins laide déjà : « Non, Paul est si gentil, mais tu abuses de lui! »

« C'est fait. Juliette a un amant. Donc, elle n'est pas si affreuse qu'elle en a l'air. C'est fait. Ah! je n'en suis pas fâché! Tout le temps je me disais, ce soir : « Il la dévêt, elle sourit, sérieuse un peu, tout de même, il pose ses lèvres, ici et là, il la prend en ses bras, il la couche, il vient, etc. » Ça fut une pénible soirée. C'est fait. »

Les capricantes aiguilles de Popp, les Popp disaient minuit, — et plus : minuit passé, les yeux suraigus des femmes blêmes.

Sonner. Monter. Entrer.

Elle dormichonnait, agitée. La lampe, pas baissée, illuminait sa gorge et ses bras nus.

— Tu dors, chère? Tiens, cette petite tache rose, au sein, là… Tu te serres toujours trop dans ton corset… Ah! mais, tu sais, je te trouve charmante, ce soir! Oh! ce regard m'excite! Attends, petite coquine!

Il chantonnait : « C'est fait, c'est fait, c'est fait! »

Après un silence, il redit, se rapprochant du lit :

« Est-elle jolie, ce soir, la méchante! jolie, jolie, jolie! »

Et Juliette souriait, si perversement heureuse, qu'elle était presque jolie, — oui, presque.