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Couleurs. Contes nouveaux; suivis de Choses anciennes cover

Couleurs. Contes nouveaux; suivis de Choses anciennes

Chapter 36: L'ENTRÉE DES HOMMES D'ARMES
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About This Book

The volume gathers short stories, novellas and critical essays that move between lyrical fiction and aesthetic reflection. Fiction pieces enact brief, often sensual or uncanny episodes set in rural or dreamlike landscapes, emphasizing rhythmic, poetic prose and intimate observation. Essays and dialogues examine literary style, language, and the relation of poetry and prose, arguing for rhythm as the basis of literary beauty and treating topics from love and art to criticism of contemporary writers. Interspersed are character studies, meditative promenades, and fragments that blend erudition with playful imagination, producing a varied sequence of narratives and reflections united by concern for form, tone, and the musicality of language.

L'ENTRÉE DES HOMMES D'ARMES

Il regagna les premières maisons du petit bourg féodal, s'engagea dans les étroites rues, passa sous un antique porche où pointaient encore les dents rouillées d'une herse. Franchie cette menaçante voûte, on apercevait de monumentales arcades, des ogives fleuries d'écussons. Dans ces solides ruines, une auberge s'abritait, dominée par le puissant donjon, dont les créneaux émergeaient d'un fouillis de lierres. La cour était vaste, enclose de vieilles murailles, déserte, animée seulement par les cris effarés des corneilles nichées dans les meurtrières.

Le donjon, le lierre, les corneilles, les murs anciens, les ogives, toute cette vétusté pleine d'une si noble paix! Il se posa sur un banc, éprouvant une réelle joie, le contentement de vivre, quelques instants, au milieu de pierres qui avaient vu d'autres faces, d'autres gestes, d'autres fêtes que les faces avides, les gestes pressés, les fêtes grossières d'un siècle mercantile.

Il déjeuna en plein air, servi par une alerte fille aux yeux bruns, dont la coiffe en mitre arrondie, inclinée vers la nuque, s'accommodait à l'ensemble de la vision.

Une pareille péronnelle jadis avait dû capter par ses sourires la maussaderie des soudards anglais, ou arrêter, par un sérieux regard des mêmes yeux bruns et doux, la lourde effervescence des reîtres bourguignons : peut-être que des sabots de cheval allaient retentir sous le porche, des lances cliqueter sur les cuissards d'acier… Il entendit la sonnaille des cottes de mailles, le grincement des solerets ; des voix sourdement juraient sous la visière grillée des salades empanachées…