WeRead Powered by ReaderPub
Couleurs. Contes nouveaux; suivis de Choses anciennes cover

Couleurs. Contes nouveaux; suivis de Choses anciennes

Chapter 39: ITER AD LUXURIAM
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

The volume gathers short stories, novellas and critical essays that move between lyrical fiction and aesthetic reflection. Fiction pieces enact brief, often sensual or uncanny episodes set in rural or dreamlike landscapes, emphasizing rhythmic, poetic prose and intimate observation. Essays and dialogues examine literary style, language, and the relation of poetry and prose, arguing for rhythm as the basis of literary beauty and treating topics from love and art to criticism of contemporary writers. Interspersed are character studies, meditative promenades, and fragments that blend erudition with playful imagination, producing a varied sequence of narratives and reflections united by concern for form, tone, and the musicality of language.

ITER AD LUXURIAM

Grain de raisin choisi à la vigne de la femme, tu vas vivre et tu seras un homme. Né de la luxure, tu aimeras la luxure, et, au jour de ta mort, tu pleureras d'entrer dans le royaume où elle n'entre pas, mais tu laisseras un fils qui répétera tes actes, miroir ressuscité où l'image que tu fus pâlira du même désir éternel.

D'abord, tu auras chaud dans les eaux maternelles, et le sang de ta mère te gonflera d'amour : comme tu es bien en cet habitacle aveugle qui te fait participer à une vie charmante! Ta mère est jolie. Tant qu'elle te méconnaîtra, tu seras bercé dans l'orage des valses et des chevauchées ; les jeunes filles presseront ingénues, contre toi, leur ventre pur, et le plaisir d'un homme, quand les nuits seront à moitié, viendra jusqu'au seuil de ta grotte choquer ton obscur sommeil de larve.

Puis, un mouvement dira ta vie et tu deviendras le centre d'un monde. Des yeux tendres, à travers la terre et l'eau, te toucheront comme des antennes. On te couchera sur des chaises longues.

Un jour, un tremblement prendra tes membres et ton cœur. Le lac vidé te laissera à sec, et tu auras si peur que, d'un tour de reins tu sauteras dans la vie. L'air est dur, tu crieras. Puis tu boiras, tu dormiras. Le jour où ta petite bouche rendra à ta mère un de ses dix mille baisers, elle aura des larmes dans les yeux, des larmes toutes pareilles aux larmes que tu arracheras aux yeux des autres femmes, car il n'y a qu'une qualité d'eau pour la diversité des yeux et des cœurs. Sorti de la femme, ton rêve adolescent sera d'y rentrer. Le ciel et la terre ne contiennent pas autre chose pour un jeune mâle. Tu féconderas la vigne dont tu es chu. Le grain enflé crèvera et tu verras l'image de ce que tu fus quand tu n'étais pas.

Les vignes se fanent et les hoyaux s'ébrèchent, mais en voici d'autres et d'autres. De luxure en luxure se perpétue la vie. Les yeux devinent sous les robes les beaux triangles. Les ventres s'attirent, aimants, amants. Aimer, c'est ventre à ventre. Le flambeau de la vie, c'est celui que tu levais et qui tombe. Laisse à ceux qui sont sortis de toi le soin de la luxure éternelle. Songe au pauvre chaînon que tu es devenu. Songe aux socs et aux chocs, si tu veux. La charrue, la terre, songe à la terre. C'est là que vient mourir le chemin de la luxure. Iter ad luxuriam.