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Cours familier de Littérature - Volume 22 cover

Cours familier de Littérature - Volume 22

Chapter 161: MOUMOU
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About This Book

La livraison rassemble entretiens mensuels, récits et croquis littéraires qui alternent réflexion et évocation lyrique. On y trouve une suite narrative où une musicienne évanouie sur un pont est secourue par paysans, embarquée sur un char nuptial et amenée à partager la joie, les chants et les images rurales, tandis que sa mélancolie reste présente. D'autres textes offrent scènes d'action et de péripéties, descriptions de paysage, portraits populaires et méditations sur la musique et la pitié. Le ton mêle pittoresque, sensibilité romantique et attention aux usages et aux rites villageois.

—Je désirerais vous faire remarquer... Songez un peu... ce serait bien mal. Si...

—Que voulez-vous dire? Je ne vous comprends pas.

—Je voudrais vous parler de Viéra.

—De Viéra?»

Et Boris sentit s'accroître sa rougeur.

«Voyez, Boris... Il faut prendre garde à ce qui peut arriver... Pardonnez-moi ma hardiesse; mais mon amitié me fait un devoir...

—Que signifient toutes ces réticences? Viéra est une personne sage, et, entre elle et moi, il n'y a pas d'autre lien que celui d'une honnête amitié.

—Permettez, Boris; quelle amitié peut-il y avoir entre un homme qui, comme vous, a reçu une si complète éducation, et une pauvre fille de village qui a vécu renfermée entre quatre murs?

—C'est pourtant comme je vous le dis, repartit Boris avec une certaine irritation, et je ne sais quelle idée vous vous faites de ce que vous appelez l'éducation.

—Écoutez, Boris, reprit Pierre, si vous voulez me dissimuler un secret, vous en avez le droit; mais, quant à me tromper, vous n'y réussirez pas, je vous en préviens: car j'ai aussi ma perspicacité, et la soirée que nous avons passée hier chez Étienne m'a fait comprendre...

—Qu'avez-vous donc compris?

—Que vous aimez Viéra, et que vous êtes déjà jaloux de son affection.

—Mais elle, demanda Boris en regardant fixement son ami, m'aime-t-elle?

—C'est ce que je ne puis affirmer. Cependant, je serais surpris qu'elle ne vous aimât pas.

—Pourquoi? Est-ce parce que je suis, comme vous le dites, un homme bien élevé?

—Oui, pour cette raison, et parce que vous jouissez d'une honorable situation... De plus, vous avez un extérieur agréable.»

Boris se leva et s'approcha de la fenêtre.

«Comment donc, reprit-il en revenant tout à coup vers Pierre, avez-vous remarqué que j'étais jaloux?

—Parce que vous étiez hier très-tourmenté de voir que ce petit étourneau de Karentef ne s'en allait pas.»

Boris se tut. Il sentait que son ami avait raison. Ce Karentef était un étudiant, d'un caractère jovial et amusant, mais étourdi, et porté à de mauvais penchants. Abandonné de trop bonne heure à lui-même, sans direction, déjà il était entré dans la série des passions funestes. Il avait la figure d'un bohémien, chantait, dansait comme les bohémiens, faisait la cour à toutes les femmes et se montrait fort empressé près de Viéra. Boris, en le rencontrant dans la maison d'Étienne, avait d'abord pris plaisir à le voir. Mais, lorsqu'il remarqua avec quelle attention Viéra l'écoutait chanter, il n'éprouva plus pour lui qu'un sentiment de répulsion.

«Eh bien! Pierre, dit Boris en se plaçant en face de son ami, je dois l'avouer: vous avez raison. Il y a longtemps que j'ai en moi une pensée qui n'était pas suffisamment éclaircie. Vous m'ouvrez les yeux. Oui, j'aime Viéra. Mais, croyez-moi, ni elle, ni moi, nous ne pouvons dévier de la droite ligne. Jusqu'à présent pourtant, je ne vois en elle aucun signe d'une prédilection particulière pour moi.

—Je ne sais, répliqua Pierre, mais les méchants ont l'œil fin.

—Que faut-il donc faire?

—Cesser vos visites.

—Vous croyez?

—Oui, puisque vous ne pouvez l'épouser.

—Et pourquoi, reprit Boris après un moment de réflexion, ne pourrais-je pas l'épouser?

—Parce que, comme je vous l'ai déjà dit, elle n'est pas votre égale.

—Je n'admets pas cette raison.

—Soit! Agissez comme il vous plaira. Je ne suis point votre tuteur.»

Pierre se mit à fumer sa pipe.

Boris s'assit près de la fenêtre, absorbé dans ses méditations. Son ami n'essaya point de l'en arracher. Il lançait en l'air un tourbillon de fumée.

Soudain Boris se leva, appela son domestique et lui ordonna d'atteler les chevaux.

«Où allez-vous? demanda Pierre.

—Chez le père de Viéra.»

Pierre exhala précipitamment plusieurs bouffées.

«Faut-il vous accompagner?

—Non, j'aime mieux aujourd'hui faire cette visite seul. Je veux avoir une explication avec Viéra.

—Comme vous voudrez, répliqua Pierre.»

Puis, se jetant sur le canapé: «Ainsi, se dit-il, ce que je considérais comme une plaisanterie est devenu une affaire sérieuse. Que Dieu lui soit en aide!»

Le soir, il se retira dans sa maison, et il venait de se mettre au lit, quand tout à coup Boris apparut devant lui, tout poudré de neige, et lui dit, en se jetant dans ses bras et en le tutoyant pour la première fois:

«Mon ami, félicite-moi! J'ai son consentement, j'ai celui de son père. Tout est fini.

—Comment? s'écria Pierre étonné.

—Je me marie.

—Avec Viéra?

—Oui, c'est une affaire décidée.

—Pas possible!

—Quel homme!... Crois-moi donc.»

Pierre se leva, prit à la hâte ses pantoufles, sa robe de chambre, cria: «Marthe, du thé!» Puis, se tournant vers son ami: «Si tout est fini, lui dit-il, que le ciel te bénisse! Mais raconte-moi comment les choses se sont arrangées?»

Il est à remarquer qu'à partir de ce moment, les deux amis se tutoyaient comme s'ils ne s'étaient jamais parlé autrement.

«Très-volontiers, répondit Boris; tu sauras tout dans les plus petits détails.»

Voici ce qui s'était passé:

Quand Boris arriva à la demeure de sa fiancée, il n'y avait là, par extraordinaire, aucun visiteur, et le solitaire Étienne ne se promenait point, selon sa coutume. Il était souffrant et à demi couché dans un grand fauteuil. En voyant entrer Boris, il balbutia quelques mots, lui indiqua du doigt la table sur laquelle il y avait des flacons en permanence, et ferma les yeux. Boris s'assit près de Viéra, engagea avec elle la conversation à voix basse, et d'abord lui parla de l'état de son père.

«Ah! dit la jeune fille, c'est une chose terrible pour moi, quand il est malade. Il ne se plaint pas, il ne demande rien; il ne prononce pas un mot... Il souffre et ne veut pas le dire.

—Et vous l'aimez beaucoup!

—Qui, mon père? Plus que tout au monde. Que Dieu me préserve du malheur de le perdre! J'en mourrais.

—Ainsi, vous ne pourriez vous résoudre à vous séparer de lui?

—Et pourquoi me séparerais-je de lui?»

Boris fixa sur elle un regard pensif.

«Une jeune fille, reprit-il, ne peut cependant rester toujours dans la maison paternelle.

—Quelle idée... Mais je suis bien tranquille. Qui pourrait m'enlever?»

Boris fut sur le point de répondre: Moi, peut-être! Mais il se retint.

«À quoi songez-vous? lui demanda Viéra en le regardant avec son bon sourire habituel.

—Je pense, répondit-il... je pense...»

Puis, tout à coup, interrompant le cours de son idée, il lui demanda s'il y avait longtemps qu'elle connaissait Karentef.

«Je ne sais, en vérité. Mon père reçoit beaucoup de monde. Si je ne me trompe, c'est l'an dernier que Karentef est venu ici pour la première fois.

—Et il vous plaît?

—À moi? Pas du tout.

—Pourquoi donc?

—Il est négligé et malpropre. Cependant, je dois dire qu'il chante à merveille. Son chant pénètre jusqu'au cœur.

—Mais, reprit Boris après un instant de réflexion, qui donc vous plaît?

—Beaucoup de gens; vous, d'abord.

—Oui, j'espère que vous avez pour moi un bon sentiment d'amitié. Mais n'avez-vous pas quelque autre prédilection plus vive?

—Que vous êtes curieux!

—Et vous, que vous êtes froide!

—Que voulez-vous dire? demanda innocemment la jeune fille.

—Écoutez...»

En ce moment Étienne se retourna dans son fauteuil.

«Écoutez, continua-t-il en baissant encore la voix, tandis que tout son sang affluait à son cœur; il faut que je vous parle... d'une affaire grave... mais pas ici.

—Où donc?

—Dans la chambre voisine.

—Pourquoi? c'est donc un secret?

—Oui.

—Un secret!» murmura la jeune fille avec surprise.

Et elle se dirigea vers la chambre que Boris lui indiquait.

Il la suivit dans une agitation fiévreuse.

«Eh bien?» dit-elle avec curiosité.

Boris voulait préparer son aveu par plusieurs circonlocutions; mais en regardant cette originale figure animée par le sourire qui le charmait tant, en voyant ces beaux yeux si purs et si doux, il n'eut pas la force de se maîtriser, et dit simplement:

«Viéra, voulez-vous m'épouser?

—Que dites-vous? s'écria la jeune fille, tandis que son visage se colorait d'une rougeur de pourpre.

—Voulez-vous m'épouser? répéta lentement Boris.

—Mais.... en vérité.... je ne sais.... je ne m'attendais pas....»

Et, dans la vivacité de son émotion, Viéra s'appuya sur le bord de la fenêtre, comme si elle craignait de tomber; puis, tout à coup, elle sortit et s'enfuit dans sa chambre.

Boris, après un moment d'attente, rentra au salon tout troublé. Sur la table était un numéro de la Gazette de Moscou. Il le prit et essaya de le lire, mais il ne comprenait pas un des mots que ses yeux parcouraient, et ne comprenait pas même ce qui se passait en lui. Un quart d'heure après il entendit derrière lui un léger frôlement, et sans tourner la tête il sentait que Viéra était là.

Quelques instants encore s'écoulèrent. Il regarda la jeune fille à la dérobée; elle était assise près de la fenêtre, immobile et pâle. Enfin, il se leva et alla s'asseoir près d'elle. Étienne avait la tête appuyée sur le dossier de son fauteuil et ne faisait pas un mouvement.

«Pardonnez-moi, Viéra, dit Boris, en faisant un effort sur lui-même pour ramener l'entretien.... J'ai eu tort.... Je n'aurais pas dû si subitement.... Mais je cherchais une occasion, et puisque je l'ai trouvée, je voudrais savoir ce que je puis....»

Viéra l'écoutait les yeux baissés et le visage en feu.

«Viéra, je vous en prie, un mot, un seul mot.

—Que voulez-vous que je vous dise? répondit-elle enfin. Je ne sais.... Vraiment, cela dépend de mon père.

—Est-ce que tu es malade?» s'écria tout à coup Étienne.

Viéra tressaillit, leva la tête et vit son père qui la regardait d'un air inquiet. Elle s'approcha de lui.

«Que dites-vous, mon père? lui demanda-t-elle.

—Est-ce que tu es malade?

—Moi? non... Pourquoi cette idée?»

Il continuait à l'observer attentivement.

«Tu es vraiment tout à fait bien? ajouta-t-il.

—Certainement. D'où vous vient cette inquiétude?

—Braou! braou!» murmura Étienne. Et de nouveau il ferma les yeux.

La jeune fille se dirigeait vers la porte. Boris l'arrêta.

«Me permettez-vous, au moins, lui dit-il, de parler à votre père?

—Si vous le voulez, répondit-elle d'une voix timide; mais il me semble que je ne suis pas votre égale.»

Il essaya de lui prendre la main, mais elle la retira et disparut.

«C'est singulier, se dit-il, elle me fait précisément la même observation que Pierre.»

Resté seul avec le père de Viéra, Boris se promit de ne pas perdre un moment pour le préparer à la demande si inattendue qu'il devait lui adresser. Mais la tâche n'était pas aisée. Le vieillard, souffrant et agité, tantôt s'assoupissait, tantôt paraissait absorbé dans un rêve, et ne répondait que par quelques brèves et insignifiantes paroles aux questions et aux diverses insinuations de Boris. Enfin, le jeune amoureux, voyant que tous ses préliminaires étaient inutiles, se décida à traiter l'affaire ouvertement.

À diverses reprises, il fit un effort; il essaya de parler, et la parole décisive expirait sur ses lèvres.

«Étienne Pétrovitch, dit-il enfin, je dois vous exprimer un désir dont vous serez bien surpris.

—Braou! braou! dit tranquillement Étienne.

—Un désir auquel vous ne vous attendez certainement pas.»

Étienne ouvrit les yeux.

«Promettez-moi seulement de ne pas être irrité contre moi.»

Les paupières du vieillard se dilatèrent.

«Je viens.... je viens vous demander la main de votre fille.»

Par un mouvement impétueux, Étienne se leva sur son fauteuil.

«Comment!» s'écria-t-il avec une indicible expression de physionomie.

Boris renouvela sa demande.

Étienne fixa sur lui un regard si prolongé et si perçant que Viasovnine en devint tout confus.

«Viéra, dit-il, est-elle instruite de votre demande?

—Je lui ai exprimé mes vœux, et elle m'a permis de vous en parler.

—Quand donc avez-vous eu cette explication avec elle?

—À l'instant même.

—Attendez-moi,» dit Étienne. Et il sortit.

Boris resta dans le cabinet du vieillard, promenant ses regards inquiets autour de lui, quand, tout à coup, le son de la clochette d'un attelage se fit entendre. Une voix d'homme retentit dans l'antichambre, et Michel Micheïtch apparut.

Pour le jeune amoureux, cette visite était une cruelle contrariété.

«Ah! nous avons ici une bonne température! s'écria Michel en s'asseyant sur le canapé.—Bonjour... Où est Étienne?

—Il va venir.

—Quel froid, aujourd'hui!» ajouta Michel en se versant un verre d'eau-de-vie.

Puis, à peine l'eut-il bu qu'il dit:

«Je viens de faire encore une promenade en ville.

—Vraiment! répondit Boris, qui s'efforçait de surmonter son agitation.

—Oui, et cela grâce encore à ce coquin d'Onufre. Figurez-vous qu'il m'a conté une quantité de diableries, de sornettes inimaginables. Il me parlait d'une affaire comme on n'en a jamais vu; des centaines et des centaines de roubles à prendre en un seul coup de râteau. En résumé, il m'a emprunté vingt-cinq roubles, et j'ai éreinté mes chevaux à courir en vain dans toutes les rues.

—Est-il possible?

—C'est la vérité même. Quel fripon! Il devrait traîner le boulet sur le grand chemin. Je ne sais à quoi songe la police; mais il a le diable au corps. Il est capable de nous réduire à la besace.»

Étienne rentra, et Michel courut au-devant de lui pour lui raconter sa dernière mésaventure.

«Est-ce qu'il ne se trouvera pas quelqu'un, ajouta-t-il, pour lui rompre les os?

—Lui rompre les os!» répéta Étienne en éclatant d'un de ses rires convulsifs.

—Oui, oui, les os,» reprit Michel enchanté du succès de son bon mot. Mais il s'arrêta quand il vit Étienne tomber sur le divan dans une sorte d'anéantissement.

«Voilà ce qui lui arrive toujours quand il rit ainsi, murmura Michel. Je n'y comprends rien.»

Viéra arriva toute troublée et les yeux rouges.

«Mon père n'est pas bien aujourd'hui,» dit-elle à Michel à voix basse.

Michel baissa la tête, s'approcha de la table et y prit un morceau de pain et de fromage. Quelques instants après, Étienne parvint pourtant à se relever et essaya de marcher dans sa chambre. Boris se tenait assis à l'écart dans une anxiété extrême. Michel recommençait le récit de son aventure avec Onufre.

On se mit à table. Michel fut le seul qui parlât pendant le dîner. Vers le soir, Étienne prit Boris par la main et le conduisit dans une autre chambre.

«Vous êtes un honnête homme, lui dit-il en le regardant fixement.

—Oui, je vous le garantis, et j'aime votre fille.

—Vous l'aimez réellement?

—Je l'aime, et m'efforcerai de mériter son affection.

—Elle ne vous ennuiera pas?

—Jamais.»

Le vieillard fit un effort qui imprima à son visage une sorte de douloureuse contraction.

«Vous avez bien réfléchi?... reprit-il. Vous aimez.... Je consens.»

Boris voulait l'embrasser.

«Plus tard,» dit le vieillard. Puis, détournant la tête et s'approchant de la muraille, il pleura.

Quelques minutes s'écoulèrent. Étienne s'essuya les yeux, se dirigea vers son cabinet, et, sans lever la tête, dit à Boris, avec son sourire accoutumé:

«Aujourd'hui, restons-en là...; demain, tout ce qui sera nécessaire.

—Très-bien! très-bien!» répliqua Boris en le suivant dans son cabinet, où il échangea un regard avec Viéra.

Il éprouvait au fond de l'âme un sentiment de joie, et en même temps il était inquiet; il lui tardait de s'en aller, ne fût-ce que pour échapper à l'insupportable Michel, et il désirait revoir son fidèle Pierre. Il partit en promettant de revenir le lendemain. En franchissant le seuil de l'antichambre, il baisa la main de Viéra. Elle le regarda.

«À demain, dit-il.

—Adieu, répondit-elle tranquillement.

—Voilà, mon cher Pierre, dit Boris en terminant son récit, voilà ce qui s'est passé. Je me suis demandé d'où vient que, dans sa jeunesse, l'homme est si souvent peu porté au mariage? C'est qu'il craint d'asservir sa vie. Il se dit: J'ai le temps. Pourquoi me presser. En attendant encore, je trouverai peut-être un meilleur parti; et, soit qu'on reste dans le célibat ou qu'on se marie à la première occasion, c'est toujours l'effet de l'amour-propre ou de l'orgueil. Moi, je me dis: Dieu t'a fait rencontrer une douce et honnête créature, ne rejette pas ce don providentiel, ne t'abandonne pas à de vaines fantaisies. Je ne puis trouver une meilleure femme que Viéra. S'il y a quelque lacune dans son éducation, c'est à moi d'y remédier. Elle est, il est vrai, d'un caractère un peu phlegmatique. Est-ce un malheur? Non, au contraire. Voilà quelles ont été mes réflexions. Toi-même, tu m'as engagé à me marier. Et si je me trompe, ajouta-t-il d'un air pensif, si je me trompe.... après tout, ce n'est pas une si grande chute. Je n'avais plus rien à attendre de la vie.»

Pierre écoutait son ami en silence, prenant de temps à autre quelques cuillerées du mauvais thé que Marthe lui avait préparé à la hâte.

«Pourquoi ne parles-tu pas? lui demanda Boris en s'arrêtant tout à coup devant lui. Ce que je t'ai dit, n'est-ce pas juste? N'es-tu pas d'accord avec moi?

—L'affaire est terminée, répliqua Pierre lentement. La jeune fille accepte ton offre. Le père la sanctionne. Il n'y a plus rien à dire. Que tout soit pour le mieux! Maintenant il ne s'agit plus de réfléchir; il faut t'occuper de ton mariage; demain nous en reparlerons. Le matin, comme dit le proverbe, est plus sage que le soir. À demain donc.

—Mais voyons, embrasse-moi donc, homme froid que tu es! dit Boris.

—De grand cœur, répondit le bon Pierre en le serrant dans ses bras. Que Dieu te donne toutes les joies de ce monde!»

Boris se retira.

«Quel événement, se dit Pierre en se remettant au lit et en se retournant avec inquiétude tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et tout cela parce qu'il n'a pas servi dans la cavalerie, qu'il est habitué à se laisser aller à ses idées et ne connaît point la discipline.»

Un mois après, Boris était l'époux de Viéra. Lui-même n'avait pas voulu que le mariage fût retardé. Pierre fut son garçon d'honneur. Pendant ce mois d'attente, Boris avait été chaque jour chez son beau-père, mais ces fréquentes visites n'avaient point modifié ses rapports avec Viéra. Elle était tout aussi modeste et aussi réservée. Un jour il lui apporta un roman de Sagoskin: Jouri Miroslawski, et lui en lut quelques chapitres. Ce livre lui plut. Mais, lorsqu'il fut achevé, elle n'en demanda pas d'autres.

Un soir, Karentef vint la voir et resta longtemps les yeux fixés sur elle. Il faut dire qu'il était dans un état d'ivresse. Il semblait qu'il avait le désir de lui parler; pourtant il se tut. On le pria de chanter. Il entonna un chant qui commençait par des sons plaintifs, puis éclatait en une sorte de mélodie sauvage. Ensuite il jeta sa guitare sur le divan, sortit précipitamment, mit sa tête entre ses mains et éclata en sanglots.

La veille de son mariage, Viéra était triste, et son père paraissait aussi fort abattu. Il avait espéré que Boris viendrait vivre avec lui, et Boris l'engageait au contraire à suivre sa fille dans sa nouvelle demeure. Étienne refusa, disant qu'il ne pouvait quitter la maison où il avait ses vieilles habitudes. Viéra lui promit d'aller le voir plusieurs fois dans la semaine.

«Braou! braou!» répondit tristement le vieillard.

Au commencement de sa nouvelle existence, Boris se trouva très-heureux. Viéra dirigeait sa maison dans la perfection. Il aimait sa calme et constante activité. Il aimait la simplicité et la droiture de son caractère. Quelquefois il l'appelait sa petite ménagère hollandaise, et il déclarait à Pierre que, pour la première fois enfin, il connaissait les agréments de la vie.

Depuis le jour du mariage, Pierre ne venait plus si souvent chez lui, et n'y restait plus si longtemps, quoique Boris le reçût avec cordialité comme autrefois et que Viéra eût pour lui une sincère affection.

Un jour que Boris lui reprochait la rareté de ses visites:

«Que veux-tu, lui dit doucement l'honnête Pierre, ta vie n'est plus la même. Tu es marié; je suis garçon. Je craindrais de me rendre importun.»

Cette fois-là, Boris n'insista pas. Mais peu à peu il s'aperçut que, sans son ami, son intérieur était fort peu récréatif. Sa femme ne suffisait plus pour l'occuper. Souvent même il ne savait que lui dire, et restait des matinées entières sans prononcer un mot. Cependant il la regardait encore avec plaisir, et chaque fois que de son pied léger elle passait près de lui, il lui baisait la main, ce qui ne manquait jamais de faire éclore sur les lèvres de la jeune femme un doux sourire.

Mais ce sourire ne le charmait plus comme autrefois, et peut-on toujours se contenter d'un sourire?

Entre lui et Viéra, il y avait, trop peu de rapports intellectuels. Il commençait à s'en apercevoir.

«Décidément, se disait-il un jour en s'asseyant sur le canapé les mains croisées, la bonne Viéra n'a guère de ressources; et il se rappela l'aveu qu'elle lui avait fait elle-même: «Je ne suis pas votre égale.» Si j'avais, reprit-il, la flegmatique nature d'un Allemand, où si j'étais lié à quelque emploi qui m'occuperait la plus grande partie du jour, une telle femme serait un trésor. Mais avec mon caractère, et dans ma position.... Est-ce que je me serais trompé?»

Cette dernière réflexion lui fit plus de peine qu'il ne l'aurait cru.

Le lendemain, comme il engageait Pierre à revenir plus souvent, et comme Pierre lui répondait de nouveau qu'il craignait de le déranger:

«Tu te trompes, mon ami, répondit Boris, tu ne nous gênes nullement quand tu viens nous voir. Au contraire, avec toi, nous nous sentons plus gais.—Il fut sur le point d'ajouter: Et plus légers; ce qui était vrai.

Boris causait à cœur ouvert avec Pierre comme avant son mariage. Viéra se plaisait aussi à voir ce vieil ami. Elle aimait, elle estimait son mari, mais, avec tout son attachement pour lui, elle ne savait comment s'entretenir avec lui, ni comment l'occuper, et elle remarquait qu'il s'égayait et s'animait quand Pierre était là.

Ainsi le fidèle Pierre devenait nécessaire aux deux époux. Il aimait Viéra comme sa fille, et comment ne pas l'aimer, cette bonne âme candide? Quand Boris, dans un de ses moments d'abandon, lui confia ses secrètes pensées et ses tristesses, Pierre lui reprocha son ingratitude et lui représenta vivement toutes les qualités de la jeune femme. Un jour que Boris en était venu à lui dire que lui et Viéra n'étaient pas faits l'un pour l'autre: «Ah! s'écria Pierre avec un accent de colère, tu n'es pas digne d'elle!

—Mais, répliqua Boris, il n'y a rien en elle!

—Comment, rien! Te fallait-il donc une créature extraordinaire? C'est une femme excellente. Que peux-tu désirer de plus?

—C'est vrai,» repartit vivement Boris.

La vie des deux époux s'écoulait mollement, paisiblement. Avec la douce Viéra, il n'était pas possible d'avoir une altercation, ni même un désaccord; mais, dans les plus petits incidents de leur existence, on pouvait remarquer que leurs cœurs s'éloignaient peu à peu l'un de l'autre, comme on remarque dans l'état physique d'un blessé l'influence d'une plaie invisible.

Viéra n'avait pas l'habitude de se plaindre. En outre, elle n'avait pas même pu, dans sa pensée, accuser son mari, et il ne lui arrivait même pas de songer qu'il n'était pas très-aisé de vivre avec lui. Deux personnes seulement comprenaient sa situation: c'étaient son vieux père et son ami Pierre. Quand elle allait voir son père, il l'accueillait avec une tendresse mélancolique, il la regardait avec une expression de considération et il ne lui faisait aucune question sur son intérieur. Mais il soupirait, et lorsqu'il se promenait dans sa chambre, ses deux perpétuelles exclamations: «Braou! braou!» ne résonnaient plus ainsi qu'autrefois, comme l'accent d'une âme paisible qui s'est détachée des soucis terrestres. Depuis le jour où sa fille l'avait quitté, sa figure était devenue pâle, et ses cheveux en peu de temps avaient blanchi.

Les secrètes souffrances de Viéra ne pouvaient non plus échapper au regard de Pierre. La jeune femme n'exigeait pas que son mari s'occupât d'elle, ni même qu'il prît à tâche de s'entretenir avec elle; mais ce qui la désolait, c'était de penser qu'elle l'ennuyait. Un jour, Pierre la surprit assise à l'écart, le visage tourné contre le mur, immobile et pleurant. De même que son père, à qui elle ressemblait sur tant de points, elle ne voulait pas laisser voir ses larmes; elle les essuyait avec soin, même quand elle était seule. Pierre s'éloigna sur la pointe du pied. Il prenait à tâche constamment de ne pas lui laisser deviner qu'il comprenait le secret de sa douleur. En revanche, il ne ménagea pas Boris. Jamais, à la vérité, il n'en vint à lui dire avec une froide vanité ces mots blessants, ces mots cruels que les hommes les meilleurs ne peuvent s'empêcher de prononcer en ces moments d'emportement: «Vois-tu, je t'avais bien dit d'avance ce qui arriverait.» Mais il lui reprocha vivement son indifférence envers Viéra, et enfin le décida à se rendre près d'elle et à lui demander si elle était souffrante.

Elle le regarda avec une telle placidité et lui répondit si tranquillement, qu'il s'éloigna très-mécontent des reproches que Pierre lui avait adressés, mais satisfait de penser que Viéra ne soupçonnait pas la nature de ses sentiments envers elle.

Ainsi se passa l'hiver. Une telle situation ne peut durer longtemps. Elle aboutit à une séparation, ou à un changement qui est rarement heureux.

Boris ne se montrait ni exigeant ni emporté, comme cela arrive souvent aux hommes qui se sentent dans leur tort; il ne se laissait point entraîner non plus au sarcasme ni à d'amères plaisanteries. Dans son esprit, il s'était élevé seulement une nouvelle idée, l'idée d'entreprendre un voyage en un temps opportun.

—Un voyage! se disait-il dès le matin; un voyage! répétait-il en se mettant le soir au lit, et ce mot avait pour lui un charme indicible. Avant d'en venir à cette dernière résolution il voulut, pour essayer de se distraire, revoir Sophie Cirilova; mais le langage prétentieux, le sourire affecté, la folle coquetterie de la jeune veuve ne produisirent sur lui qu'une impression désagréable.—Quelle différence, s'écria-t-il, avec la vraie simple nature de Viéra, et cependant il ne pouvait renoncer au projet de s'éloigner de Viéra.

Le printemps, le magique printemps qui ravive toute la nature, qui fait voyager les oiseaux de par delà des mers, mit fin à son irrésolution, imprima un dernier élan à sa pensée. Il prétexta une affaire grave qu'il aurait longtemps négligée et qui l'obligeait enfin à se rendre à Pétersbourg. En disant adieu à Viéra, il sentit pourtant son cœur se serrer; il souffrait de quitter cette douce et excellente femme, ses larmes coulèrent sur le front pâle où il déposait un dernier baiser.—Je reviendrai bientôt, dit-il, et je t'écrirai, ma chère aimée. Il la recommanda à l'affection de Pierre et monta en voiture triste et pensif.

Mais sa tristesse s'allégea à la vue des plaines riantes et de la première verdure si fraîche et si tendre des saules et des bouleaux épanouis sur son chemin. Une joie indéfinissable, un enthousiasme juvénile s'empara de son âme. Il sentit sa poitrine se dilater, et, en portant ses regards vers l'horizon lointain:—Non, non, s'écria-t-il avec le poète, on n'attèle pas au même limon le cheval fougueux et la biche craintive.

Viéra était restée seule, mais Pierre venait souvent la voir, et son père s'était décidé à quitter son cher cabinet pour se rendre près d'elle. Quelle joie ils éprouvèrent à se retrouver ensemble! Ils avaient les mêmes goûts et les mêmes habitudes. Cependant Boris n'était point oublié; tout au contraire, il était le lien de réunion. Ils parlaient souvent de lui, de son esprit, de son instruction, de sa bonté. Il semblait même que son absence ne servît qu'à le faire mieux apprécier. Le temps était superbe. Les jours passaient paisiblement, doucement, comme ces grands nuages blancs et lumineux qui flottent à la surface d'un ciel bleu.

Le voyageur n'écrivait pas souvent, mais ses lettres étaient lues et relues avec avidité. Dans chacune de ses lettres, il parlait de son prochain retour; mais un jour, Pierre en reçut une qui annonçait une tout autre nouvelle. Elle était ainsi conçue:

«Mon cher ami, mon bon Pierre, j'ai longtemps réfléchi à la façon dont je commencerai cette lettre, et, après y avoir tant songé, j'aime mieux te dire tout de suite et tout nettement que je vais en pays étranger. Cette nouvelle va bien te surprendre et sans doute t'irriter. Tu ne l'avais pas prévue, et tu es en droit de m'accuser. Je n'essayerai pas de me justifier, et j'avoue même que je me sens rougir en songeant à tes reproches. Mais écoute-moi avec quelque indulgence. D'abord je ne m'éloigne que pour peu de temps, et je pars avec une société charmante et de la façon la plus agréable; en second lieu, je suis convaincu qu'après avoir cédé à cette dernière fantaisie, après avoir satisfait à ce désir de voir de nouvelles contrées et de nouveaux peuples, j'en reviendrai à la vie la plus calme et la plus casanière. Je saurai apprécier comme je dois le faire la grâce imméritée que le sort m'a accordée en me donnant une femme comme Viéra. Je t'en prie, fais-lui bien comprendre ces idées en lui montrant ma lettre. Aujourd'hui je ne lui écris pas à elle-même, mais je lui écrirai de Stettin, par le retour du bateau. En attendant, dis-lui que je me prosterne à genoux devant elle, que je la conjure de ne point condamner son méchant mari. Telle que je la connais, avec son âme angélique, je suis sûr qu'elle me pardonnera, et dans trois mois, je le jure par tout ce qu'il y a de plus sacré, j'irai la rejoindre, et jusqu'à mon dernier jour nulle puissance ne pourra me séparer d'elle. Adieu, ou pour mieux dire, à revoir bientôt. Je t'embrasse et je baise les jolies mains de ma Viéra. Adressez-moi vos lettres à Stettin. Je vous écrirai de là. S'il arrivait quelque accident ou quelque affaire imprévue dans ma maison, je compte sur toi comme sur un appui invariable.

«Ton ami Boris Viasovnin.

«P. S. Fais remettre, en automne, des tentures dans mon cabinet. C'est entendu. Adieu.»

Hélas! les espérances exprimées dans cette lettre ne devaient jamais se réaliser. Le bateau arrivait en vue de Stettin, la rive étrangère se déroulait aux regards des passagers sous les rayons d'un beau soleil. Appuyé sur la balustrade du bâtiment, Boris, absorbé dans une muette rêverie, regardait la vague verte et profonde qui se creusait en gémissant sous la roue du bateau, et, dans son rapide tournoiement, l'arrosait d'un flot d'écume. Dans son immobilité, dans sa contemplation, tout à coup le vertige s'empara de lui, et il tomba à la mer. À l'instant même on arrêta le navire, à l'instant on lança la chaloupe à l'eau; mais il était trop tard: Boris avait cessé de vivre.

Pierre avait déjà éprouvé un chagrin cruel en communiquant à Viéra la dernière lettre de son mari. Mais lorsqu'il s'agit de lui révéler le fatal événement, il faillit en perdre la tête. Ce fut Michel qui, le premier, apprit cette nouvelle par le journal. Aussitôt il résolut d'aller l'annoncer à Pierre, et emmena Onufre, avec qui il s'était de nouveau réconcilié. Dès son entrée dans la maison de Vasilitch, il s'écria: «Quel malheur! Figurez-vous...» Longtemps Pierre refusa de le croire; lorsque enfin il ne put plus douter de cette catastrophe, il resta tout un jour sans oser se montrer à Viéra. Enfin il se présenta devant elle, si pâle, si abattu, qu'à son aspect elle se sentit atterrée. Il voulait la préparer peu à peu au malheur qu'il devait lui faire connaître, mais ses forces le trahirent. Le pauvre Pierre tomba sur une chaise et murmura en pleurant: «Il est mort! il est mort!»

Un an s'est écoulé. Souvent du tronc des arbres, que l'on a coupés, on voit s'élever de nouveaux rejetons; souvent les plaies les plus profondes se cicatrisent; la vie triomphe de la mort qui, à son tour, triomphera de la vie. Peu à peu Viéra se consola et se ranima.

Boris, d'ailleurs, n'était point de ces hommes qu'on ne peut remplacer, s'il en est dans le monde qui ont cet honneur suprême, et Viéra n'était pas de nature à se consacrer toute sa vie à un sentiment unique, s'il est des sentiments qui ont cette puissance. Elle s'était mariée sans peine, mais sans enthousiasme; elle avait été fidèle et dévouée à son mari, mais elle ne pouvait lui donner toute son existence. Elle l'avait pleuré sincèrement, mais raisonnablement. On ne peut rien demander de plus.

Pierre continua à la voir. Il était son plus intime, ou pour mieux dire, son unique ami. Un jour qu'il se trouvait seul avec elle, il la regarda avec sa bonne expression de physionomie et lui demanda simplement si elle voulait l'épouser. Elle sourit et lui tendit la main.

Après leur mariage, leur vie se continua tranquillement comme par le passé. Dix années se sont écoulées. Ils ont deux filles et un garçon. Le vieil Étienne demeure avec eux, ne pouvant plus se résoudre à les quitter, ni à s'éloigner de ses petits-enfants. L'aspect de ces enfants l'a rajeuni. Il cause et joue sans cesse avec eux, surtout avec le petit garçon qui, comme lui, s'appelle Étienne, et qui, sachant l'ascendant qu'il exerce sur son aïeul, s'amuse à le contrefaire quand le vieillard se promène dans la chambre en répétant: «Braou! braou!» Et le grand-père rit, et chacun rit avec lui de ces espiègleries. Le pauvre Boris n'est point oublié dans ce cercle d'affections. Pierre parle de son ami avec une vive cordialité. Chaque fois qu'il en trouve l'occasion, il ne manque pas de dire: «Voilà ce que faisait Boris, voilà ce qui lui plaisait,» et Pierre et sa femme, et tous ceux qui leur appartiennent, vivent d'une vie uniforme, silencieuse, paisible. Cette paix, c'est le bonheur... Il n'y en a pas d'autre en ce monde.

XII

Suivent plusieurs récits aussi simples, aussi vrais que nous laissons à la curiosité des lecteurs.

Mais en voici un, composé de deux notes qui arrachent du cœur des larmes qu'on n'y soupçonnait pas.

Lisez attentivement et étonnez-vous de ce que contient l'amitié d'un homme pour ce complément de l'homme, un pauvre chien, ami qui comprend par le cœur tout ce que l'intelligence révèle à son ami.

L'homme qui a trouvé ces pages dans son âme a plus de sensibilité que J.-J. Rousseau et presque autant que le chevalier de Maistre.

MOUMOU