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Dans l'Inde (de Ceylan au Népal)

Chapter 32: 31 DÉPART
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About This Book

Credits: Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team at https: //www. pgdp. net (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive) A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE 100 EXEMPLAIRES SUR VÉLIN PUR FIL DES PAPETERIES LAFUMA, DE VOIRON, NUMÉROTÉS DE 1 A 100. CES VOLUMES CONSTITUANT L’ÉDITION ORIGINALE.

31
DÉPART

A bord de l’Armand Béhic, 13 octobre 1922. — Et voilà cette belle aventure hindoue terminée. Après un an, presque jour pour jour, voyageurs mélancoliques, nous avons retracé nos pas, et, après avoir vu défiler le cortège des saisons, les six saisons de ce pays, frais, hiver, printemps, été, pluies, automne, nous avons quitté l’Inde ; le beau voyage appartient au passé. Depuis le Mysore d’ailleurs, nous sommes comme déliés, détachés de la vie réelle, sans contact avec les gens, ne voyant des choses que leur visage extérieur, ce que voient les touristes. C’est à Bangalore que, pour la dernière fois, des Hindous sont venus saluer au départ le professeur français, qu’on nous a apporté les deux bananes et la noix de coco rituelles et les guirlandes de fleurs, ces magnifiques guirlandes du Mysore, les plus belles qui nous aient été données en cette année où il nous en fut tant offert.

Nous nous sommes arrêtés à Tanjore, pour visiter le grand temple pyramidal. Nous y sommes arrivés à l’heure de la « pouja », du culte de Siva, quand les prêtres versent sur le linga l’eau rafraîchissante. Nous n’avons pu naturellement voir que les cérémonies extérieures, nous avons vu porter au dieu les plateaux chargés de nourriture, et entendu à la fin le prêtre officiant, le poujari, lui jouer quelques airs de flûte. Siva étant le dieu de l’ascétisme et de la destruction, on l’a régalé de deux strophes de la Marseillaise. En a-t-il été étonné et charmé autant que nous ?

Nous nous sommes longuement promenés dans ces belles cours plantées de bilva, l’arbre cher à Siva et de basilic, que préfère Vishnou. Les édifices se dressent, cultes et dieux voisinant, fraternisant, se complétant. Dans un coin, à l’ombre, un ascète, dans une de ses périodes de silence, est accroupi ; c’est par son disciple, malin et déluré que nous savons ce qui concerne le maître, le gourou, d’où il est, quelles sont ses pratiques, c’est à lui aussi que nous donnons la petite pièce d’argent, notre offrande, et le saint homme lève à peine les yeux quand le « mleccha », le barbare d’Occident, les mains jointes et soulevées à la hauteur du front lui adresse en sanscrit la formule de salutation.

Nous reprenions le lendemain la route du Sud. Les formalités de douane, les visites de toutes sortes commencent, moins strictes, moins serrées qu’à l’arrivée ; il est plus facile de sortir de l’Inde que d’y entrer. Il ne nous a été presque rien demandé. Pour la visite de santé, à la station perdue dans les dunes, quand le médecin hindou vit le nom inscrit sur le passeport, une sorte d’émotion empourpra son visage : Professeur S. L., un grand ami de l’Inde. J’ai vu mon mari entouré de bien des respects, recevoir bien des hommages, tout au long de cette année ; aucun ne m’a été plus sensible que celui de cet inconnu.

Et cette fois encore, nous n’avons pu visiter Ramesseram, un des quatre grands pèlerinages de l’Inde. Nous avons vu de loin la haute pyramide sculptée qui surmonte le sanctuaire, les pèlerins à peu près nus, qui, incessamment, le front barré de santal, les chapelets enroulés en colliers, vont adorer Rama, incarnation de Vishnou, à l’endroit consacré où il quitta l’Inde pour Ceylan, avec l’armée des singes. Lisez le Ramayana…

Sur le chemin de Colombo, nous nous sommes arrêtés pour voir ce qui fut la grande cité bouddhique de l’île, Anouradhapoura. Ce n’est plus maintenant qu’un village. La jungle et la forêt l’enserrent de toutes parts ; les vieilles pierres dressées, monolithes grossièrement équarris, les débris de chapiteaux et de statues, le nombre des édifices prouvent l’importance de ce qui fut autrefois résidence royale. Mais rien de la beauté de Sanchi, par exemple, rien non plus de la décoration fabuleuse des temples hindous. Ces grands sites bouddhiques n’évoquent pour moi que des idées de moines et de couvents. La truculence des légendes brahmaniques et la sculpture qui les illustre, dieux aux dix bras, à la tête d’éléphant, à l’œil de poisson, dieux singes, ours, héros à dix têtes, leurs amours, leurs combats, leurs épreuves, la série fantastique de leurs existences successives, conviennent à cet immense pays où tout est hors de la commune mesure, la flore, la faune, les montagnes, les rivières et l’imagination sans bornes des hommes.

Maintenant, c’est le bateau, la route de l’Indochine, puis d’un Orient plus lointain encore.

Hier nous avons été arrêtés en plein océan par une grosse barque de Zanzibar, complètement perdue depuis cinq jours et qui demandait le point, de l’eau, des vivres. D’étranges bêtes nous font escorte : poissons sauteurs, poissons volants, méduses de toutes couleurs, et, mollement portés par le flot, de courts serpents, pareils à ceux du curieux petit aquarium de Madras. Les pêcheurs n’aiment guère les trouver dans leurs filets.

Nous avons quitté l’Inde…