WeRead Powered by ReaderPub
Dans l'ombre chaude de l'Islam cover

Dans l'ombre chaude de l'Islam

Chapter 22: PETIT MONDE DE FEMMES
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

Recueil de récits et d’impressions de voyage qui restitue des paysages sahariens, des villages oasiens et des dunes, ainsi que des scènes de la vie quotidienne dans les cafés et les camps. L’auteure combine descriptions sensorielles — chaleur, vents, parfums, végétation — et portraits de musiciens, nomades et habitants, tout en livrant des méditations personnelles sur le déracinement, la tentation du départ et la soif d’appartenance. Les textes alternent entre topographie, moments contemplatifs et observations sociales et religieuses, avec un ton lyrique et attentif aux détails culturels et atmosphériques.

PETIT MONDE DE FEMMES

Les femmes ici composent un petit monde à part avec sa hiérarchie.

Tout d’abord Lella (Madame).

La mère de Sidi Brahim a la charge de toute l’administration intérieure : dépenses, recettes, aumônes. On ne la voit jamais, mais on sent partout son pouvoir ; crainte et vénérée de tous, cette vieille reine-mère musulmane vit ici presque cloîtrée, ne sortant que rarement et haut voilée, pour se rendre aux tombeaux de Sidi Ben Bou-Ziane et de Sidi Mohammed, qui fut son époux.

Autour d’elle gravite tout un petit monde de femmes pâles, qui sont les épouses des marabouts. Plus bas, c’est le peuple des négresses, vierges, mariées, veuves ou divorcées.

Parmi ces femmes de couleur règne un grand relâchement de mœurs. Pour quelques sous, pour un chiffon, et même pour le plaisir, elles se donnent à n’importe qui, arabe ou nègre. Elles font ouvertement des avances aux hôtes et s’offrent avec une impudence inconsciente, drôle souvent.

Les esclaves mâles contiennent encore un peu les mouvements de leur sang, mais toute la féminité noire s’abandonne à l’instinct, et ses querelles sont aussi futiles que ses amours. Parfois, dans les cours, éclatent des disputes criardes, qui précèdent des pugilats et des bondissements de nu au soleil.

Un matin, deux noires s’invectivent devant ma porte.

— Putain des juifs du Mellah !

— Renégate ! Voleuse ! Graine de calamité ! Racine amère !

— Dieu te fasse mourir, juive, fille de chacal !

Tout à coup, la voix sifflante de Kaddour, l’intendant, vient mettre fin au scandale.

Elles se séparent, en chiennes hargneuses, avec des dents qui brillent dans l’injure et qui mordent les mots comme de la chair.