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Dans l'ombre chaude de l'Islam cover

Dans l'ombre chaude de l'Islam

Chapter 25: L’ILLUMINÉ
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About This Book

Recueil de récits et d’impressions de voyage qui restitue des paysages sahariens, des villages oasiens et des dunes, ainsi que des scènes de la vie quotidienne dans les cafés et les camps. L’auteure combine descriptions sensorielles — chaleur, vents, parfums, végétation — et portraits de musiciens, nomades et habitants, tout en livrant des méditations personnelles sur le déracinement, la tentation du départ et la soif d’appartenance. Les textes alternent entre topographie, moments contemplatifs et observations sociales et religieuses, avec un ton lyrique et attentif aux détails culturels et atmosphériques.

L’ILLUMINÉ

Au sommet de la Barga, au milieu d’un amas de rochers sombres, un illuminé vit au fond d’une cellule étroite taillée dans le roc.

Vêtu d’une loque sombre, grand, le corps décharné, avec un fin visage bronzé et émacié, l’anachorète a laissé pousser ses cheveux gris et sa barbe inculte. Son regard est devenu fixe, et ses lèvres ne cessent de murmurer indéfiniment les mêmes invocations mystiques, qui entretiennent depuis tantôt vingt ans sa constante extase.

Dans sa jeunesse, l’Illuminé, que la grâce de l’inconscience n’avait pas encore touché, a beaucoup voyagé, au Maroc, en Algérie, dans le désert et au Soudan. Ce dut être un de ces admirables voyages que, de nos jours, seuls les Arabes savent encore accomplir, s’en allant à pied de village en village, en demandant le gîte et le pain dans le sentier de Dieu.

Puis, lassé de la vanité du savoir humain et de la monotonie des choses, le saint est revenu sur le sol natal et s’est retiré, pour toujours, dans sa cellule grise, d’où il ne sortira plus que porté par les croyants vers le calme définitif des vagues nécropoles d’en bas.

Je le regarde, ce bel anachorète saharien, et je pense que les solitaires chrétiens des premiers siècles devaient lui ressembler, dans les décors pareillement désolés de la Thébaïde et de la Cyrénaïque ardentes.

Eux aussi cherchaient dans l’extase la satisfaction de cet impérieux besoin d’éternité qui sommeille au fond de toutes les âmes simples.

Ce besoin d’éternité, je l’éprouve moi-même parfois… pas toujours. D’autres m’ont dit qu’ils n’en souffraient jamais, et ceux-là n’étaient pas toujours des raisonneurs grossiers ; ils aspiraient à la vie, à toute la vie, comme à une illumination rapide que suivra l’éternelle nuit.

L’un d’eux, avec qui j’ai partagé le plus pur de mon âme rêveuse, en des minutes d’exaltation et de nostalgie, me disait :

« Je ne trouve de goût à la vie que dans la certitude de mourir un jour. J’ai besoin de savoir que ça ne durera pas. » Cet état d’esprit m’a étonnée.

L’Illuminé de la Barga possède peut-être l’éternité…