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De l'imprimé à Internet cover

De l'imprimé à Internet

Chapter 10: 7. LES CYBERBIBLIOTHEQUES
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About This Book

The study examines how printed publishing and related professions adapt to the rise of the Web, combining a literature review with interviews and a contemporary survey. It surveys technical context and usage trends, maps online developments in bookselling, publishing, newspapers, libraries and catalogues, and describes emerging cyberlibraries and digital services. It reports professionals' experiences and expectations, and discusses intellectual property, electronic editions, multimedia convergence and multilingualism. Organized by topical chapters plus glossary, document and site selections, it offers a momentary overview of transitions and practical perspectives for stakeholders navigating the shift from paper-centered workflows to networked information environments.

Un problème tout aussi préoccupant est celui de la pression constante exercée sur les journalistes des salles de rédaction: le produit de leur travail n'est plus utilisé seulement en fin de journée, mais il doit être disponible tout au long de la journée. Ces tensions à répétition sont encore aggravées par une journée de travail sur écran pendant huit à dix heures d'affilée. Le rythme de travail et l'utilisation intensive de l'ordinateur entraînent de préoccupants problèmes de sécurité au travail. Après quelques années de ce régime, des journalistes "craquent" à l'âge de trente-cinq ou quarante ans.

Président de la Federación Nacional de Periodistas (FENAJ) (Fédération nationale des journalistes) du Brésil, Carlos Alberto de Almeida dénonçait lui aussi l'exploitation des journalistes. En théorie, les nouvelles technologies devaient donner la possibilité de rationaliser le travail et d'en réduire la durée pour favoriser l'enrichissement intellectuel et les loisirs. En pratique, les professionnels des médias, les cadres et les journalistes par exemple, sont obligés d'effectuer un nombre d'heures de travail de plus en plus grand. La journée légale de cinq heures est en fait une journée de dix à douze heures. Les heures supplémentaires ne sont pas payées, comme ne sont pas payées non plus celles effectuées le week-end par un journaliste pendant sa période de repos.

Si elle accélère le processus de production, l'automatisation des méthodes de travail, à commencer par la numérisation, entraîne une diminution de l'intervention humaine et donc un accroissement du chômage. Alors qu'auparavant le personnel de production devait retaper les textes du personnel de rédaction, la mise en page automatique a entraîné la combinaison des deux tâches de rédaction et de composition. Dans les services publicitaires aussi, la conception graphique et les tâches commerciales sont maintenant intégrées.

Etienne Reichel, directeur suppléant de Viscom (Visual Communication), l'association suisse pour la communication visuelle, démontrait que le transfert de données et la suppression de certaines phases de production ont réduit le nombre d'emplois traditionnels. Le travail de vingt typographes est maintenant assuré par six travailleurs qualifiés. La concentration des centres de production a entraîné une forte pression sur les petites et moyennes entreprises qui étaient auparavant génératrices d'emploi. Par contre, l'informatique permet à certains professionnels de s'installer à leur compte, comme c'est le cas pour 30% des salariés ayant perdu leur emploi.

Heinz-Uwe Rübenach pensait au contraire que l'emploi n'était pas menacé. Depuis des années, les rédactions locales sont reliées aux rédactions centrales et les journalistes produisent sur leur propre ordinateur des pages prêtes à l'impression. Une fois de plus, déclarait-il, "les journalistes et autres employés des journaux devront adapter leur activité aux nouvelles technologies afin de soutenir la concurrence et de préserver leur emploi".

Les services en ligne créent de nouveaux emplois. Lors d'une enquête auprès de l'Association européenne des directeurs de journaux, Heinz-Uwe Rübenach a observé que les services en ligne recrutaient des journalistes ne provenant pas des services de presse classiques, et qu'aucun poste n'avait été supprimé dans des entreprises de presse suite au développement des services en ligne. Phil O'Reilly, directeur général de la Newspaper Publishers' Association of NZ (NZ: New Zealand) expliquait qu'en Nouvelle-Zélande aussi le développement des sites sur Internet a entraîné quelques créations d'emploi. Mais aucun intervenant n'a donné le pourcentage de création d'emplois par rapport au nombre de licenciements.

Même si Internet est un gigantesque réservoir d'informations, la presse aura toujours besoin des journalistes, comme l'explique Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, dans un article de WebdoMag de juillet 1998:

"Certains ont prévu à court terme la disparition des médias traditionnels et de leurs artisans. 'Nous n'aurons plus besoin de journalistes quand un bon fureteur pour les groupes News sera disponible', estimait il y a deux ans Michael Hauben de l'Université Columbia. 'Plus la population de branchés grandira, plus les médias d'information professionnels seront marginalisés.' N'en croyons rien.

L'esprit de découverte et le goût de l'exploration et du bricolage technique de ceux et celles qui ont été précoces à adopter l'Internet (ceux que les sociologues du Net appellent les early doers) ne sont pas partagés par la deuxième vague d'utilisateurs qui constituent maintenant la partie la plus importante de cette 'masse critique'.

Et voilà le défi de la presse spécialisée, c'est-à-dire accompagner le grand public dans sa découverte du nouveau médium et dans son appropriation de l'espace cyber, l'aider à analyser, faciliter sa compréhension, ajouter une valeur à l'information brute."

Le goufre entre les "info-riches" et les "info-pauvres" est particulièrement présent dans la presse. Dans de nombreux pays africains, le tirage des journaux est extrêmement faible comparé au chiffre de la population, et chaque exemplaire est lu par une vingtaine de personnes au moins. Wilfred Kiboro, président de Nation Printers and Publishers (Kenya) (devenue Nation Media Group le 24 juillet 1998), a observé dans son entreprise la baisse du prix des journaux grâce au phénomène de convergence multimédia. D'après lui, les coûts de distribution pourraient eux aussi fortement baisser avec la mise en service d'un système d'impression par satellite qui éviterait de transporter les journaux par camion dans tout le pays.

Toutefois la convergence multimédia en particulier et la mondialisation de l'économie en général placent une fois de plus les pays en développement en état d'infériorité, puisque les moyens d'impression et de radiotélédiffusion sont dans les mains de quelques grands groupes occidentaux. Les problèmes économiques sont également doublés de problèmes culturels: paradoxalement, les informations concernant l'Afrique à destination des Africains ne viennent pas du continent lui-même, mais elles sont diffusées par des occidentaux qui transmettent leur propre vision de l'Afrique, sans réelle perception de sa situation économique et sociale.

Autre apport de taille au monde de la presse, Internet permet de lire en ligne des titres difficiles ou impossibles à trouver en kiosque. Un article du quotidien Le Monde du 23 mars 1998 donne l'exemple du quotidien algérien El Watan, en ligne depuis octobre 1997. Selon Redha Belkhat, rédacteur en chef du journal, l'enjeu est capital:

"Pour la diaspora algérienne, trouver dans un kiosque à Londres, New York ou
Ottawa, un numéro d'El Watan daté de moins d'une semaine relève de l'exploit.
Maintenant, le journal tombe ici à 6 heures du matin, et à midi il est sur
Internet."

Internet permet aussi aux journaux interdits d'exister, comme l'hebdomadaire indépendant La Nation qui, parce qu'il dénonçait les violations des droits de l'homme en Algérie, a été contraint d'arrêter ses activités en décembre 1996. Un an plus tard, un numéro spécial était disponible sur le site de Reporters sans frontières à l'occasion de l'anniversaire de sa disparition. "En mettant La Nation en ligne, notre but était de dire: cela n'a plus de sens de censurer les journaux en Algérie, parce que grâce à Internet les gens peuvent récupérer les articles, les imprimer, et les distribuer autour d'eux", indiquait Malti Djallan, à l'origine de cette initiative.

Nouvelles du bled est un journal électronique sur l'Algérie créé en décembre 1997 par Christian Debraisne, français, et Mohamed Zaoui, journaliste algérien en exil. L'équipe est maintenant constituée d'une douzaine de personnes qui se retrouvent le jeudi soir dans un café du onzième arrondissement de Paris. Christian Debraisne, qui effectue la mise en page, déclarait dans Le Monde du 23 mars 1998:

"Avec Internet, nous avons trouvé un espace de libre expression et, en prime, pas de problème d'imprimerie ni de distribution. Je récupère tous les papiers et je les mets en ligne la nuit à partir de chez moi."

La revue de presse est effectuée à partir des journaux d'Alger. Dans le même article, Mohamed Zaoui expliquait:

"La rédaction d'El Watan, par exemple, nous envoie des papiers qu'elle ne peut pas publier là-bas. C'est une façon de déjouer la censure. J'avais envie d'être utile et j'ai pensé que mon rôle en tant que journaliste était de saisir l'opportunité d'Internet pour faire entendre une autre voix entre le gouvernement algérien et les intégristes."

Selon une enquête menée en février 1998 aux Etats-Unis par Market Facts pour le compte de MSNBC (Microsoft Network Broadcasting Corporation), Internet est en train de supplanter les médias classiques en tant que diffuseur de nouvelles. Avec une moyenne générale d'utilisation de 3,5 heures par semaine, Internet surclasse les magazines (2,4 heures), et il est déjà pratiquement à égalité avec les journaux (3,6 heures). Il tend à se rapprocher de la radio (4,5 heures), de la télévision par câble (5 heures) et de la télévision classique (5,7 heures). De plus, Internet l'emporte sur tous les autres médias pour la consultation des nouvelles au bureau, particulièrement les nouvelles économiques et financières.

Signe des temps, en France, l'Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille propose maintenant une formation en journalisme multimédia à destination des journalistes professionnels français et étrangers. "En associant sur un même support l'écrit, l'image, le son, les ressources documentaires et l'interactivité, le multimédia modifie substantiellement les pratiques des éditeurs et des professionnels", indiquait l'ESJ. Une deuxième session de formation de neuf mois - dont trois mois de stage en entreprise - a débuté en septembre 1998. Terminée en juin 1998, la première session comprenait huit diplômés.

Dans un article du cyberquotidien Multimédium datée du 17 avril 1998, Bruno Guglieminetti, réalisateur aux projets spéciaux numériques de Radio Canada, expliquait:

"Le journalisme en ligne fait appel à une toute autre philosophie, à un tout autre système de production que le journalisme "traditionnel". Avec la création de cette filière, Lille se plante vraiment à l'avant-garde du journalisme européen, ce qui n'empêchera pas les journalistes traditionnels d'y recevoir leur formation et d'y trouver leur compte."

La presse doit maintenant compter avec Internet pour les ressources qu'il offre dans de nombreux domaines:

- rapidité de propagation des informations,

- accès immédiat à de nombreux sites d'information,

- liens à des articles et sources traitant du même sujet,

- énormes capacités documentaires allant du général au spécialisé et réciproquement (cartes géographiques, notices biographiques, textes officiels, informations politiques, économiques, culturelles, etc.),

- grande variété d'illustrations suite au développement de stocks d'archives photographiques liés à des sites d'information,

- possibilités d'archivage avec dossiers d'archives et moteurs de recherche permettant de retrouver rapidement un article.

Internet permet une information en profondeur qu'aucun organe de presse ne pouvait donner jusqu'ici. Derrière l'information du jour se trouve toute une encyclopédie qui aide à la comprendre.

Même si la presse en ligne s'allie de plus en plus avec l'audiovisuel et la vidéo, l'important reste son contenu, comme le rappelait Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, dans son courrier électronique du 8 juin 1998:

"Dans le cas des Chroniques de Cybérie, nous avons pu lancer et maintenir une formule en raison des coûts d'entrée relativement faibles dans ce médium. Cependant, tout dépendra de l'ampleur du phénomène dit de 'convergence' des médias et d'une hausse possible des coûts de production s'il faut offrir de l'audio et de la vidéo pour demeurer concurrentiels. Si oui, il faudra songer à des alliances stratégiques, un peu comme celle qui nous lie au groupe Ringier et qui a permis la relance des Chroniques après six mois de mise en veilleuse. Mais quel que soit le degré de convergence, je crois qu'il y aura toujours place pour l'écrit, et aussi pour les analyses en profondeur sur les grandes questions."

6. LES BIBLIOTHEQUES SUR LE WEB

[Dans ce chapitre:]

[6.1. Bibliothèques francophones / 6.2. Répertoires de bibliothèques / 6.3. Internet dans les bibliothèques / 6.4. L'avenir des bibliothèques avec Internet]

Ce chapitre est consacré aux sites créés par des bibliothèques traditionnelles, caractérisées par des bâtiments, des bibliothécaires, des documents alignés sur les rayonnages, et des tables et sièges pour les lecteurs. Les cyberbibliothèques, ensembles de textes électroniques disponibles sur Internet, seront abordées au chapitre suivant.

Après avoir présenté quelques sites de bibliothèques francophones et plusieurs répertoires de bibliothèques en Europe et dans le monde, on se penchera sur l'utilisation d'Internet dans les bibliothèques, les nouveaux outils qu'il apporte aux bibliothécaires, et l'avenir des bibliothèques face à cette gigantesque manne documentaire formée à la fois par un Web encyclopédique et des cyberbibliothèques de plus en plus nombreuses.

6.1. Bibliothèques francophones

Le site très coloré de la Bibliothèque publique d'information (BPI) est un modèle du genre. Incluse dans le Centre national d'art et de culture Georges Pompidou qui est lui-même situé au coeur de l'ancien quartier des Halles, la BPI est la grande bibliothèque parisienne multimédia en libre accès. En travaux pour restructuration après vingt ans de fonctionnement (1977-1997), elle a déménagé provisoirement en novembre 1997 dans d'autres locaux du même quartier, avec réouverture prévue en l'an 2000. La page d'accueil de son site web permet le choix entre l'accueil à la BPI, l'organisation de la bibliothèque, son catalogue, les guides et outils, la programmation, les formations, les publications, le courrier et les sites web.

Le serveur de la BPI propose un accès direct aux catalogues des bibliothèques françaises. Il propose aussi l'Oriente-Express, un répertoire d'adresses de bibliothèques et de centres de documentation publics ou privés situés à Paris ou en région parisienne, choisis soit parce qu'ils sont ouverts à un large public, soit parce qu'ils font référence dans leur domaine. Tous les organismes sont présentés dans un cadre identique avec description des fonds et des domaines couverts, et un lien hypertexte vers leur site web.

Bilingue français-anglais, le serveur de la Bibliothèque nationale de France (BnF) est à la fois solidement ancré dans le passé et résolument ouvert sur l'avenir, comme en témoigne le menu principal de la page d'accueil avec ses neuf rubriques: nouveau (les nouvelles manifestations culturelles), connaître la BnF, les actualités culturelles, les expositions virtuelles (quatre expositions en septembre 1998: les splendeurs persanes, le roi Charles V et son temps, naissance de la culture française, tous les savoirs du monde), des informations pratiques, l'accès aux catalogues de la BnF, l'information professionnelle (conservation, dépôt légal, produits bibliographiques, etc.), la bibliothèque en réseau (francophonie, coopération nationale, coopération internationale, etc.), et les autres serveurs (bibliothèques nationales, bibliothèques françaises, universités, etc.). Enfin, bien en vue sur la page d'accueil, une photo ancienne permet d'accéder à Gallica, la cyberbibliothèque de la Bibliothèque nationale de France, sur laquelle on reviendra dans le chapitre suivant.

Le beau site bilingue français-anglais de la Bibliothèque municipale de Lyon propose quelques photos "pleine page". Il est organisé à partir du menu suivant: services en ligne, visite, collections, expositions, calendrier culturel, infos pratiques et liens.

Les sites web de bibliothèques françaises sont de plus en plus nombreux, et plusieurs répertoires ont été créés pour faciliter leur accès.

Réalisé par Thierry Samain, le répertoire des catalogues des bibliothèques francophones de l'ENSSIB (Ecole nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques) donne la liste de toutes les bibliothèques francophones classées en fonction des sept rubriques suivantes: bibliothèques générales, arts, droit et économie, lettres et sciences humaines, médecine, sciences de l'information et bibliothèques, sciences et techniques.

L'Association des bibliothécaires français (ABF) tient un répertoire des bibliothèques sur Internet en France, en francophonie et dans le monde.

Les sites Web des bibliothèques de Biblio On Line comprend cinq parties: bibliothèques publiques, bibliothèques universitaires, réseaux de bibliothèques, bibliothèques spécialisées et bibliothèques virtuelles.

Résultat de la coopération entre sites web en bibliothéconomie et sciences de l'information, Sitebib permet maintenant une "gestion partagée des liens" entre différents organismes.

Situé sur le site de la Bibliothèque nationale de France, le Catalogue collectif de France (CCFR) permet de "trouver des informations détaillées sur les bibliothèques françaises, leurs collections et leurs fonds (anciens, locaux ou spécifiques), connaître précisément les services qu'elles rendent et interroger leur catalogue en ligne".

6.2. Répertoires de bibliothèques

Les répertoires des bibliothèques tenus à jour par des organismes français viennent d'être signalés.

Il existe bien sûr des répertoires nationaux pour chaque pays, par exemple, sur le site du Fachbereich Informatik de la Techniche Universität de Berlin (Allemagne), Bibliotheken, qui donne la liste des bibliothèques nationales, universitaires et publiques d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse, ou encore BIBSYS, qui est le site des bibliothèques de Norvège.

Géré par la bibliothèque de l'Université d'Exeter, Library and Related Resources est la liste des principales ressources offertes par les bibliothèques, musées et centres de recherche du Royaume-Uni.

Dans sa section Library and Information Science Resources, la Library of Congress (USA) donne une liste des bibliothèques publiques et bibliothèques universitaires avec accès à leurs serveurs et à leurs catalogues. Plusieurs autres rubriques concernent la recherche et la référence, les services techniques, les collections particulières, les cyberbibliothèques, les organisations professionnelles, les écoles des sciences de l'information et des bibliothèques, les journaux professionnels et les fournisseurs de bibliothèques.

A l'échelon européen, la rubrique General Library Resources on the Web, gérée par l'Union européenne, donne une liste des bibliothèques en Europe et dans le monde, une liste des bibliothèques publiques, une liste d'éditeurs, et des informations diverses sur les bibliothèques et les projets de l'Union européenne dans ce domaine.

Site trilingue anglais-français-allemand, Gabriel est l'acronyme de "Gateway and Bridge to Europe's National Libraries". Comme son nom l'indique, il s'agit du serveur des bibliothèques nationales européennes, créé afin d'offrir un point d'accès unique aux services et collections de ces bibliothèques.

"Gabriel rappelle également les travaux de Gabriel Naudé, dont l'Advis pour dresser une bibliothèque (Paris, 1627) est le premier travail théorique en Europe sur les bibliothèques et qui constitue ainsi un point de départ sur les bibliothèques de recherche modernes. Le nom Gabriel est aussi employé dans de nombreuses langues européennes et vient de l'Ancien Testament, Gabriel étant l'un des archanges ou messager céleste. Il est également présent dans le Nouveau Testament et dans le Coran."

Le site procure des liens hypertextes avec tous les services en ligne des bibliothèques nationales européennes. Il couvre les pays suivants: Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Malte, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, San Marino, Suède, Suisse, Turquie et Vatican. Le site donne aussi des nouvelles de leurs projets communs.

Comment Gabriel vit-il le jour?

L'idée d'un site web commun aux bibliothèques nationales européennes fut émise en 1994 à Oslo (Norvège) lors de la réunion de la Conference of European National Libraries (CENL). En mars 1995, une nouvelle réunion rassembla les représentants de la Koninklijke Bibliotheek (Pays-Bas), la British Library (Royaume-Uni) et la Bibliothèque de l'Université d'Helsinki (Finlande) afin de discuter du site web de la CENL. Ils se mirent d'accord sur un projet pilote et furent ensuite rejoints par trois autres bibliothèques nationales: Die Deusche Bibliothek (Allemagne), la Bibliothèque nationale de France et la Biblioteka Narodowa (Pologne).

Le projet Gabriel fut approuvé en septembre 1995 lors de la réunion annuelle de la CENL à Berne (Suisse). Il fut ensuite lancé sur Internet par la British Library qui s'occupa de sa maintenance éditoriale, avec la collaboration des bibliothèques nationales de Finlande et des Pays-Bas. La seconde étape eut lieu entre octobre 1995 et septembre 1996. Toutes les bibliothèques nationales qui n'avaient pas participé à la phase pilote furent invitées à se joindre au projet, ce qui permit une extension rapide de celui-ci. Entre-temps, de nombreuses bibliothèques avaient ouvert leur propre serveur web. Lors de sa réunion à Lisbonne (Portugal) en septembre 1996, la CENL décida le lancement de Gabriel en tant que service officiel de la CENL à compter du 1er janvier 1997. Sa maintenance éditoriale fut reprise par la Koninklijke Bibliotheek (Pays-Bas).

La recherche sur Gabriel peut être effectuée par pays ou bien par type de services. Ces types de services sont les suivants : OPAC (online public access catalogues), bibliographies nationales, catalogues collectifs nationaux, index du contenu des périodiques, serveurs web, gophers (systèmes d'information à base de menus textuels à plusieurs niveaux), et liste complète des services en ligne par bibliothèque.

Quelle est la situation dans les bibliothèques publiques?

Internet and the Library Sphere, document de l'Union européenne mis à jour le 11 décembre 1998, évalue à environ 1.000 le nombre de bibliothèques publiques ayant un serveur web. Ces bibliothèques sont réparties dans une trentaine de pays. Les pays les plus représentés sont la Finlande (247 bibliothèques), la Suède (132 bibliothèques), le Royaume-Uni (112 bibliothèques), le Danemark (107 bibliothèques), l'Allemagne (102 bibliothèques), les Pays-Bas (72 bibliothèques), la Lituanie (51 bibliothèques), l'Espagne (56 bibliothèques) et la Norvège (45 bibliothèques). Les pays nouvellement représentés sont la République tchèque (29 bibliothèques) et le Portugal (3 bibliothèques). La Russie propose aussi une liste de 26 bibliothèques de référence sur le Web. Les sites sont très hétérogènes. Certains mentionnent seulement des informations de base telles que l'adresse des locaux et les heures d'ouverture, tandis que d'autres proposent toute une gamme de services, ainsi que l'accès à l'OPAC (online public access catalogue) de la bibliothèque.

Public Libraries of Europe, liste de Sheila et Robert Harden, procure un annuaire des sites de bibliothèques publiques européennes avec classement par pays. Géré par la St Joseph County Public Library, à South Bend (Indiana, USA), SJCPL's Public Library WWW Servers répertorie 560 serveurs de bibliothèques publiques dans le monde.

Si on souhaite un outil à l'échelle mondiale, LibWeb: Library Servers via WWW, tenu à jour par Thomas Dowling, de la Digital Berkeley Library (Californie, USA), recense tous les serveurs de bibliothèques disponibles sur le Web, à savoir 2.500 serveurs dans 70 pays. La mise à jour est quotidienne, tous les jours à minuit heure locale. La recherche est possible par lieu, type de bibliothèque ou nom. Excepté pour les Etats-Unis, le classement est effectué par continent et non par pays. Une centaine de bibliothèques européennes est répertoriée.

6.3. Internet dans les bibliothèques

L'Union européenne dispose d'un Programme des bibliothèques dont le but est d'aider au développement des ressources Internet et de faciliter les connexions des bibliothèques avec l'infrastructure de l'information et des communications. Le développement de systèmes appropriés est effectué en fonction de deux objectifs principaux: d'une part faciliter l'accès de l'usager aux ressources de la bibliothèque, d'autre part faciliter l'interconnexion des bibliothèques entre elles dans le cadre du développement des autoroutes de l'information. Les tests de validation sont accompagnés de mesures permettant de promouvoir des normes, diffuser des résultats et informer le personnel des bibliothèques des possibilités offertes par les systèmes télématiques.

Parallèlement à ces travaux menés à l'échelon international, de nombreuses bibliothèques sont en train de développer une cyberbibliothèque à côté de leurs collections traditionnelles.

La Bibliothèque nationale de France a créé Gallica qui, dans un premier temps, propose des images et textes du 19e siècle francophone. Une sélection de 3.000 livres est complétée par un échantillon de la future iconothèque numérique. Grâce à son site web, la Bibliothèque municipale de Lyon met ses enluminures à la disposition de tous. Une sélection de 3.000 images (avec une prévision de 10.000) permet au grand public de faire connaissance avec 200 manuscrits et incunables s'échelonnant du 5e siècle à la Renaissance. La bibliothèque électronique de Lisieux propose chaque mois la version intégrale d'une oeuvre littéraire, ainsi que les oeuvres littéraires des mois précédents.

Qu'elles soient des bibliothèques de textes, des bibliothèques d'images fixes ou animées ou des bibliothèques sonores, ou bien qu'elles associent les trois supports, les cyberbibliothèques créées par les bibliothèques et médiathèques pour faire connaître leurs collections se développent très rapidement. Elles permettront à un large public d'avoir accès à des documents jusque-là pratiquement impossibles à consulter parce qu'appartenant à des fonds anciens, des fonds locaux et régionaux, ou des fonds spécialisés. Ces fonds étaient souvent très difficilement accessibles pour des raisons diverses: souci de conservation des documents rares et fragiles, heures d'ouverture réduites, nombreux formulaires à remplir, délais de communication, pénurie de personnel, qui étaient autant de barrières à franchir et qui demandaient souvent au chercheur une patience à toute épreuve et une détermination hors du commun pour arriver jusqu'au document.

Grâce à la cyberbibliothèque, la bibliothèque peut enfin rendre comptatibles deux objectifs qui jusque là ne l'étaient guère, à savoir la conservation des documents et la communication de ceux-ci. D'une part le document ne quitte son rayonnage qu'une seule fois pour être scanné, d'autre part le grand public y a enfin accès. A long terme, une fois numérisés, tous ces fonds qui dorment sur les rayonnages pourront être utilisés sans le parcours du combattant qu'on vient d'évoquer. Assis sur sa chaise ou dans son fauteuil, le lecteur pourra avoir accès à des oeuvres en cliquant de l'une à l'autre, au gré de son humeur, de ses centres d'intérêt ou d'une curiosité passagère, de façon encore plus pratique qu'en se promenant dans les rayonnages, et surtout de façon beaucoup plus exhaustive puisque, dans les bibliothèques, une bonne partie des collections se trouve rangée dans des magasins et n'est donc pas en libre accès pour le lecteur qui "chine". Si le lecteur veut ensuite consulter le document lui-même - dans certains cas, la consultation à l'écran ne peut remplacer le "contact" direct avec l'oeuvre - il pourra ensuite se lancer dans les différentes étapes de la consultation "traditionnelle", mais ceci en connaissance de cause, après que le "feuilletage" à l'écran lui ait permis de sélectionner les documents en question afin de ne demander que ceux qui l'intéressent vraiment.

Le terme cyberspace (de l'anglais cyberspace) doit sa paternité à l'auteur de science-fiction William Gibson qui le décrit dans son roman Neuromancien paru en 1984:

"Cyberespace: une hallucination consensuelle expérimentée quotidiennement par des milliards d'opérateurs réguliers, dans chaque nation, par des enfants à qui on enseigne des concepts mathématiques… Une représentation graphique des données extraites des banques de tous les ordinateurs dans le système humain. Complexité incroyable. Des lignes de lumière qui vont dans le non-espace de l'esprit, des agglomérats et des constellations de données. Et qui fuient, comme les lumières de la ville."

Nombreux sont les bibliothécaires qui rêvent de pouvoir offrir à leurs lecteurs de véritables cyberespaces dans lesquels ils puissent travailler. Reste à savoir si on leur en donnera les moyens. "Les bibliothèques françaises développent une connexion à l'Internet ouverte au public, mais elles sont malheureusement encore peu nombreuses, moins d'une dizaine en avril 1997", écrivait Florent Latrive dans le quotidien Libération du 25 avril 1997.

La Bibliothèque publique d'information (BPI), la Médiathèque d'Issy-les-Moulineaux ou la Bibliothèque municipale de Lyon, par exemple, mettent Internet à la disposition de leur public.

Situés dans le département du Lot-et-Garonne (sud-ouest de la France), les quatre villages d'Armillac, Labretonie, Laperche et Saint-Barthélémy comptent 950 habitants. Leur site, le site d'ARPALS (Amicale du regroupement pédagogique Armillac Labretonie Saint-Barthélémy), a pour sous-titre: "Internet et Multimédia aux champs ou comment amener la culture en milieu rural". Il a été créé par une association de parents d'élèves d'un Regroupement pédagogique intercommunal (RPI), et ce "regroupement pédagogique permet à des villages de mettre 'leur école en commun' pour éviter des fermetures de classes dans le monde rural."

L'association a mis sur pied tout un ensemble d'activités pour conserver les habitants actuels et en attirer d'autres: d'une part des animations telles que repas, kermesse ou bal masqué, qui sont annoncées sur le site web, d'autre part une bibliothèque intercommunale de 1.300 livres en partenariat avec la Bibliothèque départementale de prêt (BDP) de Villeneuve-sur-Lot. Le site présente une sélection de livres avec un résumé pour chacun d'eux.

L'association a également mis en place une multimédiathèque ouverte 22 heures par semaine pour un public allant de 3 à 76 ans. Quatre ordinateurs (ordinateurs multimédias Scenic Multimédium de chez Siemens Nixdorf, complétés de deux imprimantes couleurs Hewlett Packard et d'un scanner à plat Hewlett Packard) permettent la consultation de CD-ROM, le libre accès à Internet et l'utilisation de logiciels bureautiques tels que Works, Dbase for Windows, Corel Draw, Publisher, PhotoPaint, etc.

Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, Jean-Baptiste Rey, webmestre du site, précisait: "Notre site Internet a été lancé en 1996. Son but est de faire connaître l'existence de la médiathèque intercommunale de St-Barthélémy et ce que nous y faisons. C'est un moyen pour nous de démontrer l'utilité et l'intérêt de ce type de structures et la simplicité de l'usage des nouvelles technologies dans le cadre d'une bibliothèque." Le but du site est d'aider la bibliothèque à intégrer Internet dans son fonctionnement et dans les services qu'elle offre à son public. Son but est "également de pallier à la faiblesse de notre fonds documentaire. Internet et le multimédia nous permettent d'offrir beaucoup plus de ressources et d'informations à nos usagers".

Mais, jusqu'à une époque récente, à l'exception de quelques initiatives le plus souvent dues à des bibliothécaires passionnés qui se battent pour franchir toutes sortes de barrières, y compris psychologiques et budgétaires, les espaces Internet dans les bibliothèques semblaient malheureusement se développer moins vite que les cybercafés, Internet dans les établissements d'enseignement, Internet à La Poste et Internet chez France Télécom. La situation devrait maintenant évoluer assez rapidement puisque, en avril 1998, le ministère de la Culture a annoncé un budget de 10 millions de FF pour la création d'"espaces culture multimédia".

Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, Christiane Jadelot, ingénieur d'études à l'INaLF-Nancy (INaLF: Institut national de la langue française), expliquait:

"Je pense qu'il faut équiper de plus en plus les laboratoires avec du matériel de pointe, qui permette d'utiliser tous ces médias. Nous avons des projets en direction des lycées et des chercheurs. Le ministère de l'Education nationale a promis de câbler tous les établissements, c'est plus qu'une nécessité nationale. J'ai vu à la télévision une petite école dans un village faisant l'expérience de l'Internet. Les élèves correspondaient avec des écoles de tous les pays, ceci ne peut être qu'une expérience enrichissante, bien sûr sous le contrôle des adultes formés pour cela. Voilà ma petite expérience. Je me suis équipée maintenant à domicile dans un but plus ludique, en espérant convaincre ma fille d'utiliser au mieux tous ces outils!"

Voici les projets français lancés en 1998.

En janvier 1998, lors d'une cérémonie d'inauguration dans le bureau de poste d'Autrans (Isère), La Poste a lancé le projet Cyberposte dans la région du Vercors. Cette inauguration a marqué le premier pas dans la réalisation du projet national des 1.000 bureaux Internet d'ici la fin 1998. Dans tous les bureaux de poste de la région, Internet est désormais à la disposition du public au moyen d'une carte à puce (90 FF pour trois heures de connexion) et d'une adresse électronique pour tous. Le but du projet est de familiariser le public avec les nouvelles technologies et, à long terme, de lui permettre d'effectuer des téléprocédures.

En février 1998, France Télécom annonçait à son tour un plan national d'ouverture d'espaces multimédias ouverts à tous, avec priorité pour les étudiants et les enseignants. En partenariat avec les collectivités locales, une centaine d'espaces multimédias sont prévus pour les trois ans qui viennent, et vingt d'entre eux devaient être opérationnels à la fin 1998.

Le 14 avril 1998, le gouvernement lançait trois appels à projets multimédias à l'intention des bibliothèques, des PME (petites et moyennes entreprises) et du secteur éducatif, qui représentent 22 millions de FF destinés à soutenir les initiatives sélectionnées, et qui sont répartis ainsi: 5 millions pour les PME, 5 millions pour les bibliothèques et 12 millions pour les écoles. Mis en place par le ministère de la Culture et de la Communication et le ministère de l'Environnement et de l'Aménagement du territoire, ce programme est destiné à faciliter l'acquisition de matériel multimédia par les bibliothèques des petites communes, les établissements scolaires et les PME des régions rurales et des zones en reconversion industrielle. L'objectif est un souci d'équité territoriale pour faire face à l'inégalité géographique existante alors qu'Internet devrait au contraire permettre à tous d'accéder aux mêmes services quel que soit le lieu géographique.

A cette occasion, Catherine Trautman, ministre de la Culture, annonçait que, "après le monde universitaire, le monde des entreprises, c'est le monde de la culture qui s'empare de l'Internet", et que 1998 serait donc "l'année de lancement de l'Internet culturel". Elle précisait aussi que "cette politique ne vise pas seulement à améliorer notre position dans la compétition économique, mais aussi, fondamentalement, à garantir une nouvelle liberté d'expression et de communication pour nos concitoyens". 5 millions de FF ont été débloqués pour inciter les bibliothèques de villes de moins de 5000 habitants à s'équiper de connexions Internet, et les villes intéressées devaient déposer leurs dossiers avant le 30 juin. D'ici la fin de 1998, une centaine d'"espaces culture multimédia" devaient être créés dans les bibliothèques et centres culturels.

Quant à nos voisins anglais, ils ont lancé le 16 avril 1998 un très important programme d'investissement dans les technologies de l'information sur cinq ans (1998-2002). En dévoilant ce programme, Tony Blair, premier ministre, déclarait: "Nous sommes au coeur de la révolution de l'information. Il est vital que la Grande-Bretagne ouvre la voie afin que nous soyons les pionniers de l'Europe dans ce que l'on appelle l'âge de l'information." La moitié du budget de 600 millions de livres (environ 6 milliards de FF) sera consacré à l'achat de matériel, et l'autre moitié à la formation. L'achat de matériel devait permettre le câblage des écoles britanniques en 1998, l'achat de 10.000 ordinateurs portables pour les professeurs, la mise en ligne de l'information dans les bibliothèques et la connexion de tous les établissements de santé. Le budget attribué à la formation permettra de financer la création de 40.000 blocs de formation dans les centres d excellence IT (IT: information technology - ces centres sont de nouveaux établissements spécialisés créés par le gouvernement), une formation de base à tous les professeurs et à tous les bibliothécaires, un bagage informatique à la plupart des élèves anglais, et la formation aux technologies de l'information de 200.000 travailleurs britanniques.

En ce qui concerne les grandes bibliothèques, une très intéressante initiative est celle menée à bien par Pierre Pelou, directeur de la Bibliothèque de l'Office des Nations Unies à Genève (ONUG). Ouvert depuis juillet 1997, un Cyberespace est mis gratuitement à la disposition des représentants des missions permanentes, délégués de conférences, fonctionnaires internationaux, chercheurs, étudiants, journalistes, membres des professions libérales, ingénieurs et techniciens. Le personnel du Cyberespace collabore aussi avec la Section de formation des Nations Unies pour l'organisation de l'enseignement à distance.

Ce Cyberespace a été aménagé au premier étage de l'imposante bibliothèque par Antonio Bustamante, architecte au Palais des Nations (bâtiment qui abrite les Nations Unies à Genève). Les 24 stations comprennent chacune un ordinateur Intel Pentium MMX 200Mhz avec une mémoire de 32 Mo, un disque de 2,5 Go, un lecteur 16x de CD-ROM, des cartes Matrox Millenium Graphics et Matrox Media XL-MPEG, et un casque individuel. Chaque groupe de trois ordinateurs est relié à une imprimante laser.

En plus de l'utilisation du traitement de texte WordPerfect et de l'accès au courrier électronique, chaque station permet la consultation des services suivants:

- Internet,

- le système optique des Nations Unies,

- un serveur regroupant une cinquantaine de CD-ROM en réseau,

- la banque de données UNBIS (United Nations Bibliographic Information System) coproduite par les deux bibliothèques des Nations Unies à New York et à Genève,

- le catalogue de la Bibliothèque de l'Office des Nations Unies à Genève,

- Profound, qui est une collection de banques de données économiques et commerciales,

- RERO, qui est le catalogue du Réseau romand des bibliothèques suisses et qui comprend celui de la Bibliothèque des Nations Unies de Genève à titre de bibliothèque associée,

- un ensemble de CD-ROM multimédia (Encarta 97, L'état du monde, Elysée 2, Nuklear, etc.),

- des vidéocassettes multistandards et des disques DVD (digital versatile disk) présentant des programmes, films et documentaires sur l'action internationale, l'action humanitaire, etc.

Les avantages d'Internet pour les bibliothécaires? Voici un sujet de réflexion mené par de très nombreux organismes.

Une réflexion particulièrement intéressante est celle de l'Internet Public Library (IPL), qui se définit comme la première bibliothèque publique d'Internet et pour Internet. Cette cyberbibliothèque dispose de 20.166 documents sélectionnés, catalogués et décrits par le personnel de l'IPL. En tant que bibliothèque expérimentale, l'IPL gère aussi une section intitulée IPL Services For Librarians, qui est consacrée aux avantages d'Internet pour les bibliothécaires et les professionnels de l'information, et qui donne des informations sur les réalisations et la formation professionnelle dans ce domaine.

Pour les bibliothécaires, Internet est un outil de communication sans précédent.

D'abord le courrier électronique. Ceux qui ont pu y goûter sont enthousiasmés par les avantages qu'il procure. Doté d'une adresse électronique, tout professionnel dispose d'un outil de communication simple et rapide pour entrer en relation avec les collègues de sa ville, de sa région, de son pays et du monde entier. Plus besoin d'attendre que la ligne de son correspondant soit libre. Plus besoin non plus d'effectuer des calculs de fuseaux horaires quand on téléphone dans un autre continent. Le message attend le correspondant dans sa boîte aux lettres électronique, et le correspondant lit et répond à ses messages au moment choisi par lui. Le courrier électronique est également moins formel que le courrier classique. On ne peut pas jeter sur le papier une question de trois lignes avec un simple bonjour et au revoir, alors que c'est possible sur écran. Pas d'enveloppe, pas de timbre, pas de télécopieur engorgé. Tous ceux qui ont pratiqué le courrier électronique pendant quelques semaines se demandent comment ils ont jamais pu s'en passer.

Par le biais d'Internet, les bibliothécaires ont également la possibilité de participer à un ou plusieurs forums de discussion leur permettant de s'informer, de suivre et participer à des débats, de demander des avis et des conseils. Pour un bibliothécaire ou documentaliste travaillant seul, c'est un grand "bol d'air" sur l'extérieur. Pour celui qui est entouré de collègues, le forum de discussion lui permet la fréquentation de personnes venant d'autres horizons.

Créée en 1993, la liste de diffusion Biblio-fr est à destination des bibliothécaires et documentalistes francophones, et elle est ouverte aussi à toute personne intéressée par la diffusion électronique de l'information documentaire. Elle comptait 3.329 abonnés le 20 décembre 1998.

Modérée par Hervé Le Crosnier, professeur à l'Université de Caen (Normandie), cette liste de diffusion est le regard francophone des documentalistes sur les questions soulevées par le développement d Internet : diffusion de la connaissance, organisation de collections de documents électroniques, maintenance et archivage de l'écrit électronique. Le but de Biblio-fr est également d'assurer la présence de la langue française sur un réseau multilingue qui accorde leur place à toutes les cultures.

Biblio On Line, qui se présente comme le serveur français des informations culturelles sur Internet, est un excellent outil à destination des bibliothèques. Jean-Baptiste Rey, son rédacteur, expliquait dans son courrier électronique du 8 juin 1998:

"Le site dans sa première version a été lancé en juin 1996. Une nouvelle version (l'actuelle) a été mise en place à partir du mois de septembre 1997. Le but de ce site est d'aider les bibliothèques à intégrer Internet dans leur fonctionnement et dans les services qu'elles offrent à leur public. Le service est décomposé en deux parties:

- une partie "professionnelle" où les bibliothécaires peuvent retrouver des informations professionnelles et des liens vers les organismes, les institutions et les projets et réalisations ayant trait à leur activité,

- une partie comprenant annuaire, mode d'emploi de l'Internet, villes et provinces, etc… permet au public des bibliothèques d'utiliser le service Biblio On Line comme un point d'entrée vers Internet.

Personellement Internet a complètement modifié ma vie professionnelle puisque je suis devenu webmestre de site Internet et responsable du secteur nouvelles technologies d'une entreprise informatique parisienne. Il semble que l'essort d'Internet en France commence (enfin) et que les demandes tant en matière d'informations, de formations que de réalisations soient en grande augmentation."

L'Ecole nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques (ENSSIB) tient à jour une section Référence, qui comprend notamment des dossiers thématiques (histoire du livre, enseignement à distance, bibliothèques électroniques, cours sur Internet en sciences de l'information, économie du document, normes et normalisation, droit de l'information) et une liste des revues en sciences de l'information.

L'ENSSIB héberge également la version électronique du Bulletin des bibliothèques de France (BBF), revue professionnelle bimensuelle créée en 1956. "Professionnels et spécialistes de l'information y discutent de toutes les questions concernant la politique et le développement des bibliothèques et des centres de documentation: évolution par secteur, grands projets, informatisation, technologies de l'information, écrits électroniques, réseaux, coopération, formation, gestion, patrimoine, usagers et publics, livre et lecture…"

Le serveur permet l'accès aux textes intégraux des articles depuis 1995. Dans son courrier électronique du 6 juillet 1998, Annie Le Saux, rédactrice du Bulletin des bibliothèques de France, expliquait:

"C'est en 1996 que le BBF a commencé à paraître sur Internet (les numéros de 1995). […] Nous nous servons beaucoup du courrier électronique pour prendre contact avec nos auteurs et pour recevoir leurs articles. Cela diminue grandement les délais. Nous avons aussi recours au Web pour prendre connaisance des sites mentionnés lors de colloques, vérifier les adresses, retrouver des indications bibliographiques dans les catalogues des bibliothèques…"

Publié deux fois par an, au printemps et à l'automne, Cursus est le périodique électronique étudiant de l'Ecole de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI) de l'Université de Montréal (Québec).

Concernant les revues professionnelles anglophones, le Library Journal Digital (LJDigital), sélection électronique du Library Journal, est la plus ancienne revue américaine des bibliothèques. Les vingt numéros annuels sont lus par 100.000 abonnés, qui disposent de 7.500 analyses faites par des bibliothécaires sur des livres, documents audio, documents vidéo, CD-ROM, sites web, magazines, etc., soit 250 à 300 analyses par numéro, le plus souvent avant la publication des dits documents.

Publiée par les bibliothèques de l'Université de Houston (Texas, USA), la Public Access Computer Systems Review (PACS-R) est une revue électronique sur les systèmes informatiques dans les bibliothèques. Elle est diffusée gratuitement sur Internet et d'autres réseaux informatiques à environ 8.000 personnes dans une soixantaine de pays. Les contributions traitent des thèmes suivants: bibliothèques numériques, systèmes de livraison des documents, édition électronique, systèmes expert, systèmes hypermédias et multimédias, bases de données locales, ressources et outils d'information en réseau, catalogues en ligne. Ses archives sont intégralement disponibles sur le Web.

Les associations de bibliothécaires sont également présentes sur le Web. Fondée en 1906 et reconnue d'utilité publique en 1969, l'Association des bibliothécaires français (ABF) est, avec ses 3.500 adhérents, la plus ancienne et la plus importante association de bibliothécaires en France. Elle regroupe des bibliothécaires de tous types d'établissements et de toutes catégories. L'Association des professionnels de l'information et de la documentation (ADBS) dispose d'un site bilingue français-anglais articulé autour de trois grandes rubriques : vie associative, vie professionnelle, produits et services.

Créée en 1937, l'American Society for Information Science (ASIS) est une association de recherche regroupant 4.000 professionnels de l'information et favorisant les nouvelles théories et techniques permettant d'améliorer l'accès à l'information. L'Association for Research Libraries (ARL) est une organisation à but non lucratif regroupant les bibliothèques des institutions de recherche nord-américaines. Elle est à la fois un forum pour les échanges d'idées et un agent pour l'action collective, cette action consistant à développer la communication dans le domaine de la recherche.

A la fois sobre et superbe, le site de l'International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA) offre une mine d'informations dans tous les domaines de la bibliothéconomie. Organisme international indépendant à destination des bibliothécaires du monde entier, l'IFLA se veut un carrefour pour échanger des idées et promouvoir la coopération internationale et la recherche dans tous les secteurs d'activité des bibliothèques. Ses objectifs sont de représenter les bibliothécaires au niveau international, promouvoir la formation continue du personnel des bibliothèques, et développer et mettre en oeuvre des directives pour les bibliothèques.

Dans son courrier électronique du 18 juin 1998, Olivier Bogros, créateur de La bibliothèque électronique de Lisieux (Normandie), donnait son sentiment sur la place d'Internet dans les bibliothèques:

"[Internet est] un outil formidable d'échange entre professsionnels (tout ce qui passe par le courrier électronique, les listes de diffusion et les forums) mais qui est un consommateur de temps très dangereux: on a vite fait si l'on n'y prend garde de divorcer et de mettre ses enfants à la DASS [Direction d'action sanitaire et sociale]. Plus sérieusement c'est pour les bibliothèques la possibilité d'élargir leur public en direction de toute la francophonie. Cela passe par la mise en ligne d'un contenu qui n'est pas seulement la mise en ligne du catalogue, mais aussi et surtout la constitution de véritables bibliothèques virtuelles. Les professionnels des bibliothèques sont les acteurs d'un enjeu important [concernant] la place de la langue française sur le réseau."

6.4. L'avenir des bibliothèques avec Internet

Service interactif de la Commission européenne, I*m Europe présente l'information la plus récente sur les marchés européens du multimédia et des services d'information électronique, y compris le Programme d'applications télématiques destiné aux bibliothèques. Le site web est en anglais, et il inclut des documents dans les onze langues européennes officielles.

L'informatique d'abord et Internet ensuite amènent les bibliothèques à définir leur rôle vis-à-vis de l'édition électronique.

Le projet BIBLINK fut lancé en avril 1996 par le Programme d'applications télématiques de l'Union européenne. Son objectif était d'établir des liens entre les agences bibliographiques nationales et les éditeurs de documents électroniques, afin de contribuer à la création d'un service bibliographique qui fasse autorité. Le projet émanait de CoBRA (Computerised Bibliographic Record Action), forum de l'Union européenne institué suite au développement de l'édition électronique pour susciter des décisions à l'échelon international.

Pratiquement, le projet BIBLINK doit procurer un système pilote qui permettrait aux éditeurs de documents électroniques de transmettre aux services bibliographiques nationaux des notices de base comportant un nombre minimal d'informations sur ces documents. Ces services bibliographiques seraient ensuite autorisés à enrichir ces notices de base - notamment par le contrôle d'autorités sur les noms propres et l'ajout de mots-clés correspondant aux sujets traités - et à retransmettre ensuite les notices complétées aux éditeurs.

Dans ce monde bouleversé à la fois par les possibilités documentaires sans précédent qu'offre Internet et par le développement vertigineux des cyberbibliothèques, que vont devenir les bibliothécaires et les documentalistes? Vont-ils devenir des cyberthécaires, nouvelle génération de bibliothécaires spécialistes du multimédia, ou bien vont-ils progressivement disparaître parce que les usagers n'auront tout simplement plus besoin d'eux lorsque tous les documents seront disponibles en ligne?

Dans Digital Literacy (New York, Wiley, 1997), Paul Gilster assure que ce sont les bibliothécaires et non les programmeurs qui seront la clé du développement des cyberbibliothèques et d'Internet. Surpris par le pessimisme qui a saisi les bibliothécaires devant les changements affectant leur profession, il pense que celui-ci est sans fondement. D'après lui, Internet n'est pas plus une menace pour les livres que l'avion n'était une menace pour la voiture. Le livre "physique" gardera son utilité pendant qu'Internet se développera, et les deux supports seront en quelque sorte des voies parallèles avec des fonctions différentes.

Cependant, au moins dans le domaine des bibliothèques spécialisées, on ne voit maintenant plus guère l'utilité d'aligner des documents sur les rayons, alors qu'il est tellement plus pratique de les scanner pour pouvoir les stocker sur un disque dur, les communiquer par voie électronique et les imprimer seulement à la demande. Nous sommes en pleine période de transition.

Par contre, les bibliothèques publiques auront probablement une durée de vie plus longue. On ne va pas lire sur écran cinq cents pages d'un roman de Zola ou de Proust. Mais c'est sans doute aussi une question de génération. Les enfants qui jouent avec l'ordinateur dès l'âge de trois ans ne verront peut-être aucun problème à lire les oeuvres de Zola ou de Proust à l'écran. Il est vrai que, pour le moment, emporter son ordinateur pour lire au coin du feu ou dans son lit est beaucoup moins pratique que d'avoir son livre de poche, même quand il s'agit d'un portable, mais les ordinateurs portables deviennent de plus en plus compacts et légers, et la qualité des écrans s'améliore chaque année. De plus, dès cette année, les livres électroniques, petits ordinateurs de la taille d'un livre, seront disponibles sur le marché et permettront de lire et stocker une dizaine d'oeuvres, chiffre qui devrait augmenter rapidement. Il faudra toutefois attendre quelque temps pour que leur prix soit à la portée de toutes les bourses.

Quant aux bibliothèques nationales et aux grandes bibliothèques, elles auront toujours à préserver le patrimoine pluricentenaire constitué par les manuscrits, les incunables et les livres imprimés, les collections de journaux, les partitions musicales, les gravures, les images, les photos, les films, les documents électroniques, etc., qui se sont accumulés sur leurs rayons, en partie grâce au dépôt légal.

Comme on a déjà vu apparaître les discothèques, les vidéothèques et les médiathèques il y a quelques années, on assistera certainement à l'apparition d'un nouveau type de bibliothèque et à une nouvelle génération de professionnels de la documentation. Le premier site web de bibliothèque - celui de la Bibliothèque publique d'Helsinki (Finlande) - ne date jamais que de février 1994. On ne fait qu'amorcer un virage, et l'avenir est encore flou.

Le métier de bibliothécaire, qui s'est beaucoup transformé avec l'apparition de l'informatique, va continuer de se transformer avec l'apport d'Internet.

L'informatique a déjà permis au bibliothécaire de ne plus passer des heures à classer manuellement ses fiches dans de multiples tiroirs en bois. Elle lui a permis de remplacer ces énormes catalogues sur fiches par des catalogues informatiques consultables à l'écran, avec un classement alphabétique ou systématique effectué non plus par lui-même mais par la machine. Elle a permis aussi le prêt informatisé et la gestion informatisée des commandes, faisant disparaître l'impressionnant stock de fiches et bordereaux nécessaires lors des opérations manuelles.

L'informatique en réseau a fait naître ensuite les catalogues collectifs permettant de regrouper dans une même base de données les catalogues de bibliothèques de la même région, du même pays ou de la même spécialité, entraînant du même coup des services très facilités pour le prêt interbibliothèques et le regroupement des commandes auprès de fournisseurs.

Puis un certain nombre de bibliothèques ont ouvert un serveur Minitel pour la consultation de leur catalogue, désomais disponible au domicile du lecteur. Progressivement, ces catalogues deviennent disponibles sur Internet, avec une consultation plus souple et plus attractive que sur Minitel. A long terme, on pourra également disposer des documents eux-mêmes en version électronique, et pas seulement de leurs références.

Les serveurs web de bibliothèques proposent aussi d'autres services tels que renseignements à distance, cyberbibliothèques ou liens hypertextes avec d'autres sites, ce qui évite à leurs usagers de se perdre dans la Toile.

Par la suite, pour des recherches pointues, les usagers auront certainement besoin d'avoir recours à un cyberthécaire en ligne, un peu comme un fournisseur de matériel ou de programmes informatiques met un service d'aide en ligne à la disposition de ses clients.

Comme le précisait Peter Raggett, sous-directeur de la Bibliothèque centrale de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, Paris), dans son courrier électronique du 18 juin 1998, "les responsables de l'information ont un grand rôle à jouer dans la recherche et l'organisation de l'information sur Internet". Lui-même a sélectionné plusieurs centaines de sites pour en favoriser l'accès à partir de l'Intranet de l'OCDE, et cette sélection fait partie du "bureau de référence virtuel" proposé par la bibliothèque à l'ensemble du personnel de l'Organisation. "Outre les liens, ce bureau de référence virtuel contient des pages de références aux articles, monographies et sites web correspondant aux différents projets de recherche en cours à l'OCDE, l'accès en réseau aux CD-ROM, et une liste mensuelle des nouveaux titres. Le catalogue de la bibliothèque sera bientôt lui aussi disponible sur l'Intranet."

Peter Raggett prévoit "une forte expansion d'Internet pour l'éducation et la recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des bibliothèques virtuelles permettant à un étudiant de suivre un cours géré par une institution à l'autre bout du monde." La tâche du bibliothécaire sera de filtrer les informations pour le public. "Je me vois devenir de plus en plus un bibliothécaire virtuel, dit-il. Mes clients ne me rencontreront peut-être pas mais ils me contacteront par e-mail ou par téléphone ou par télécopieur, j'effectuerai la recherche et je leur enverrai les résultats électroniquement."

7. LES CYBERBIBLIOTHEQUES

[Dans ce chapitre:]

[7.1. Définition de la cyberbibliothèque / 7.2. Cyberbibliothèques francophones / 7.3. Cyberbibliothèques non francophones / 7.4. Un exemple: la toile littéraire francophone / 7.5. L'avenir des cyberbibliothèques]

Appelées aussi bibliothèques numériques, bibliothèques électroniques ou bibliothèques virtuelles, bien qu'elles soient bien réelles quoique sur écran, les cyberbibliothèques sont peut-être l'apport majeur d'Internet dans le domaine de l'imprimé.

Grâce à Internet, des centaines d'oeuvres du domaine public, documents littéraires et scientifiques, articles, travaux universitaires et de recherche, images et bandes sonores sont maintenant disponibles à l'écran, et le mouvement va en s'amplifiant.

Après avoir tenté de définir la cyberbibliothèque, on décrira quelques cyberbibliothèques francophones et non francophones. On prendra aussi comme exemple la toile littéraire francophone sur le Web, et on examinera ensuite le futur des cyberbibliothèques.

7.1. Définition de la cyberbibliothèque

Bibliothèque pionnière en Europe dans sa réflexion sur la cyberbibliothèque, la British Library la définit comme une entité résultant de l'utilisation des technologies numériques pour acquérir, stocker, préserver et diffuser des documents. Ces documents sont soit publiés directement sous forme numérique, soit numérisés à partir d'un document imprimé, audiovisuel ou autre.

Une collection numérique devient une bibliothèque numérique quand elle répond aux quatre facteurs suivants: 1) elle peut être créée et produite dans un certain nombre d'endroits différents, mais elle est accessible en tant qu'entité unique, 2) elle doit être organisée et indexée pour un accès aussi facile que possible à partir du lieu de base où elle est produite, 3) elle doit être stockée et gérée de manière à avoir une existence assez longue après sa création, 4) elle doit trouver un équilibre entre le respect du droit d'auteur et les exigences universitaires.

Dans Information Systems Strategy, un document qui était présent sur le site de la British Library en 1997, Brian Lang expliquait que la cyberbibliothèque ne devait pas être envisagée comme un secteur à part, mais qu'elle devait au contraire faire partie intégrante d'une vision globale de la bibliothèque. Alors que certains pensent que les documents numériques prédomineront dans les bibliothèques du futur et que d'autres sont au contraire convaincus que leur impact sera faible, la British Library n'envisage pas une bibliothèque exclusivement numérique. Elle considère comme fondamentale la communication physique des imprimés, manuscrits, partitions musicales, bandes sonores, etc., tout en ayant conscience de la nécessité du développement parallèle des documents numériques.

Cyberbibliothèque hébergée par l'Université Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, USA) et reliée au catalogue expérimental (Experimental Search System - ESS) de la Library of Congress , l'Universal Library définit les trois avantages de la bibliothèque numérique: 1) elle occupe moins de place qu'une bibliothèque réelle et son contenu peut être copié ou sauvegardé électroniquement, 2) elle est immédiatement accessible à quiconque sur Internet, 3) comme toute recherche sur son contenu peut être automatisée, elle permet une réduction des coûts importante et le développement sensible de l'accessibilité des documents.

Qui dit cyberbibliothèque dit numérisation, c'est-à-dire conversion des textes et des images en bits et en octets pour traitement informatique. Pour pouvoir être consulté à l'écran, un livre peut être numérisé en mode image ou en mode texte. La numérisation en mode image correspond à la photographie du livre page après page, pour un coût approximatif de 3 FF par page. C'est la méthode employée pour les numérisations à grande échelle, par exemple pour la plus grande partie du programme de numérisation de la Bibliothèque nationale de France. Outre un coût peu élevé, l'avantage qu'y voient les bibliothèques est la conservation de la notion de livre, puisque la version informatique est en quelque sorte le fac-similé de la version imprimée.

Les documents sont également patiemment dactylographiés page après page - par exemple ceux d'ABU: la bibliothèque universelle, de La bibliothèque électronique de Lisieux ou du Project Gutenberg. Il s'agit dans ce cas de numérisation en mode texte - puisqu'elle implique la saisie d'un texte. Contrairement à la numérisation en mode image, la version informatique ne conserve pas la notion de livre ou de page. Le livre devient texte, à savoir un ensemble de caractères standardisés qui apparaît en continu à l'écran. Cette méthode, beaucoup plus onéreuse, permet les recherches textuelles, et elle rend l'indexation du texte beaucoup plus facile. Même si, pour des raisons de coût, le texte est numérisé en mode image, la numérisation en mode texte est souvent utilisée pour les tables des matières et les sommaires. Des recherches sont actuellement menées pour que la lecture d'un texte en mode image soit également possible en mode texte.

7.2. Cyberbibliothèques francophones

Hébergée par l'Université de Genève (Suisse), Athena est l'oeuvre de Pierre Perroud. Le site bilingue français-anglais donne accès à 8.000 documents en plusieurs langues dans les domaines suivants: philosophie, sciences, période classique, littérature, histoire, économie, etc. Un de ses objectifs est de mettre des textes français à la disposition de la communauté d'Internet. La section Helvetia concerne les livres sur la Suisse. Athena propose aussi des liens avec d'autres cyberbibliothèques, ainsi qu'une table de minéralogie qui est l'oeuvre de Pierre Perroud et qui est consultée dans le monde entier.

Dans L'Hebdo, Pierre-Louis Chantre nous présente Pierre Perroud, 53 ans, professeur de philosophie au Collège Voltaire de Genève, qui consacre trente heures par semaine à Athena pour numériser des livres, mettre en page des textes envoyés par des volontaires, établir des liens électroniques avec des livres disponibles ailleurs et répondre aux centaines de lettres électroniques qu'il reçoit puisque le nombre de personnes qui consultent le site varie entre 3 mille et 18 mille par jour. Malgré ses demandes répétées au département de l'Instruction publique de Genève, celui-ci ne le paie que deux heures par semaine pour ce travail.

Ouvert en 1997, Gallica est la cyberbibliothèque de la Bibliothèque nationale de France, inaugurée avec des images et textes du 19e siècle francophone, qui fut le "siècle de l'édition et de la presse moderne, siècle du roman mais aussi des grandes synthèses historiques et philosophiques, siècle scientifique et technique". Ce serveur expérimental comprend 2.500 ouvrages numérisés en mode image complétés par 250 volumes saisis en mode texte de la base FRANTEXT du CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Classées par discipline, ces ressources sont complétées par une chronologie du 19e siècle et des synthèses sur les grands courants en histoire, sciences politiques, droit et économie, littérature, philosophie, sciences et histoire des sciences. Le site propose aussi un échantillon de l'iconothèque numérique de la même époque, à savoir le fonds du photographe Eugène Atget, une sélection d'images sur l'écrivain Pierre Loti, une collection d'images de l'Ecole nationale des ponts et chaussées sur les grands travaux qui ont accompagné la révolution industrielle en France, et un choix de livres illustrés de la Bibliothèque du Musée de l'homme.

Le but de Gallica est de préfigurer ce que sera la consultation à distance des collections numérisées de la Bibliothèque nationale de France, qui devraient comprendre 100.000 volumes et 300.000 images fixes à la fin de 1999 et s'accroître ensuite régulièrement. Ces collections numériques pourront également être consultées sur place au moyen de 3.000 postes multimédias (dont quelques centaines fonctionnent déjà), et qui permettront à la fois d'accéder aux catalogues et de consulter les documents numériques. Les 100.000 volumes, qui représentent 30 millions de pages numérisées, ont été choisis dans les collections des imprimés, et plus du tiers concerne le 19e siècle. Quant aux 300.000 images fixes, la moitié appartient aux départements spécialisés de la BnF (Estampes et photographie, Manuscrits, Arts du spectacle, Monnaies et médailles, etc.). L'autre moitié provient de collections d'établissements publics (musées et bibliothèques, La Documentation française, l'Ecole nationale des ponts et chaussées, l'Institut Pasteur, l'Observatoire de Paris, etc.) ou privés (associations, agences de presse dont Magnum, l'Agence France-Presse, Sygma, Rapho, etc.).

Fin 1997, il était expliqué sur le site que Gallica se voulait moins une banque de données numérisées qu'un "laboratoire dont l'objet est d'évaluer les conditions d'accès et de consultation à distance des documents numériques". Le but était d'expérimenter la navigation dans ces fonds, une navigation qui permet à la fois le libre parcours du chercheur ou du curieux et des recherches textuelles très pointues.

En 1998 la Bibliothèque nationale de France a quelque peu modifié ses orientations premières. Dans Le Figaro du 3 juin 1998, Jérôme Strazzulla expliquait que la BnF était "passée d'une espérance universaliste, encyclopédique, à la nécessité de choix éditoriaux pointus". Dans cet article, Jean-Pierre Angremy, président de la BnF, expliquait le choix de son comité éditorial:

"Nous avons décidé d'abandonner l'idée d'un vaste corpus encyclopédique de cent mille livres, auquel on pourrait sans cesse reprocher des trous. Nous nous orientons aujourd'hui vers des corpus thématiques, aussi complets que possibles, mais plus restreints. […] Nous cherchons à répondre, en priorité, aux demandes des chercheurs et des lecteurs."

Prévu pour dans deux ans, le premier corpus concerne les voyages en France, et il rassemblera des textes, estampes et photographies du 16e siècle à 1920. Les corpus envisagés ensuite sont: Paris, les voyages en Afrique des origines à 1920, les utopies, et les mémoires des Académies des sciences de province.

Fondée en avril 1993 et hébergée par le Centre d'études et de recherche informatique (CEDRIC) du Conservatoire des arts et métiers (CNAM), l'ABU: la bibliothèque universelle est la cyberbibliothèque de l'Association des bibliophiles universels. Depuis 1993, elle permet l'accès libre au texte intégral d'oeuvres du domaine public francophone soit, en chiffres, 223 textes et 76 auteurs.

Ce nom ABU vient à la fois de Aboulafia, petit ordinateur présent dans Le pendule de Foucault, roman d'Umberto Ecco dans lequel "s'entremêlent savoirs anciens et high tech", et dont l'intrigue est située au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), qui héberge l'ABU. "Au départ, il s'agissait de biblioFiles universels, et non de biblioPHiles; mais la préfecture de Paris n'a pas semblé saisir tout le sel de ce néologisme", explique l'ABU sur son site.

La bibliothèque électronique de Lisieux (Normandie) comprend la version intégrale d'une oeuvre littéraire du domaine public - avec une nouvelle oeuvre chaque mois - les archives des mois précédents, une sélection d'oeuvres courtes du 19e siècle, une sélection du fonds documentaire de la bibliothèque (opuscules, brochures, tirés à part), une sélection de son fonds normand (brochures et bibliographies), ainsi qu'un choix de sites normands et de sites littéraires francophones.