Les autres géants américains sont notamment Bookpage Online ou encore Buybooks.com avec un catalogue de 1,4 million de titres américains, 500.000 titres allemands, 500.000 titres français, 200.000 titres anglais, 100.000 titres suédois, 80.000 films en vidéo ou sur disque laser, et 10.000 jeux informatiques pour console ou sur CD-ROM. Le plus important libraire "traditionnel" des Etats-Unis, Barnes & Nobles, a également décidé de se lancer dans la vente des livres sur Internet en créant en mai 1997 son site barnesandnoble.com. Il a ainsi déclenché une guerre des prix en faisant directement concurrence à Amazon.com.
3.3. Librairies de livres anciens
Plusieurs libraires de livres anciens ont saisi l'opportunité que représentait
Internet pour faire connaître leurs fonds.
Créé en novembre 1995 par Pascal Chartier, de la Librairie du Bât d'Argent (Lyon), Livre-rare-book est un site quadrilingue en français, anglais, italien et allemand. Il propose à la fois un catalogue de livres anciens regroupant les catalogues de plusieurs librairies de la région et un annuaire électronique international des librairies de livres d'occasion. Pascal Chartier considère que le Web lui a "ouvert une vaste porte", à la fois pour lui et pour ses clients. Comment voit-il son avenir professionnel avec Internet? Comme "peut-être la pire et la meilleure des choses, la pire parce qu'il peut générer un travail constant sans limite et la dépendance totale. Le meilleur parce qu'il peut s'élargir encore et permettre surtout un travail intelligent!", répondait-il dans son courrier électronique du 10 juin 1998.
Classé en plusieurs rubriques (beaux-arts, cartes postales, collections, ésotérisme, femmes, histoire, jeux, jouets, littérature, livres anciens, Lyonnais, musique, régionalisme en France, religions, revues, sciences, sports et voyages), le catalogue de livres anciens est commun à la Librairie du Bât d'Argent (Lyon), la Librairie Devaux (Moulins), la Libreria A. Guida (Naples), la Librairie Heurtebise (Dijon), la Librairie Lucas et Vermorel (Lyon), la Librairie Miraglia (Lyon) et la Librairie du Verseau (Lyon).
Spécialiste d'antiquités et de livres anciens, France Antiques héberge plusieurs sites de librairies anciennes. Basé à Amboise (Loire), ce site bilingue français-anglais se veut celui de tous les professionnels du marché de l'art ancien français: antiquaires, libraires, commissaires-priseurs, éditeurs d'art, fournisseurs et artisans d'art, etc. Mis à jour quotidiennement, le site informe également des ventes publiques, expositions, salons et manifestations diverses. France Antiques comprend douze catalogues de librairies anciennes. Le site propose aussi un annuaire des libraires, une liste des librairies complétée par un classement géographique, et un index par spécialités (autographes, manuscrits - beaux-arts, architecture, arts décoratifs - bibliographie, histoire du livre - etc.).
Dans les sites non francophones consacrés aux livres anciens, le site Paulus Swaen Old Maps and Prints propose des enchères sur Internet de cartes anciennes du monde entier, gravures, imprimés, atlas, globes et manuscrits médiévaux.
Par ailleurs, toujours dans le domaine du livre ancien, comme on le verra plus loin dans les chapitres consacrés aux cyberbibliothèques et aux catalogues, toutes les cyberbibliothèques proposent des oeuvres anciennes en texte intégral. Des catalogues tels que celui de RLIN (Research Libraries Information Network) recensent les fonds anciens de nombreuses bibliothèques dans le monde.
3.4. Fournisseurs de livres pour bibliothèques
Outre les librairies accessibles aux particuliers comme aux collectivités, il existe des fournisseurs en livres et périodiques exclusivement pour les collectivités, par exemple Blackwell et Dawson. Ces fournisseurs centralisent toutes les demandes émises par ces collectivités, ce qui évite à celles-ci le casse-tête engendré par la gestion de bons de commandes et de factures multiples. De plus, les fournisseurs disposent d'un réseau international, c'est-à-dire qu'ils s'engagent à fournir un livre ou un périodique quelle que soit sa provenance. Là aussi, les collectivités n'ont plus à faire face au casse-tête représenté par l'achat de documents hors des frontières d'un pays donné.
Blackwell's Book Services est un fournisseur international de livres, abonnements, bases de données bibliographiques et contrôle d'autorités à destination des bibliothèques universitaires, bibliothèques de recherche et grandes bibliothèques publiques du monde entier. La société, qui a fêté son vingtième anniversaire en 1995, a une histoire intéressante puisque, anglaise à l'origine, elle a conquis le marché américain puis mondial.
A la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, la société de Richard Abel, basée à Portland (Oregon, USA), dominait le marché universitaire américain. Elle vendait des livres aux bibliothèques et proposait un service de catalogage automatisé. Mise en vente en 1974, cette société fut rachetée par la librairie et l'éditeur britanniques B.H. Blackwell et Blackwell Scientific, qui cherchaient à s'étendre en Amérique du Nord et qui s'installèrent à Portland sous le nom de Blackwell North America (BNA). Blackwell était déjà connu à cette époque en tant que fournisseur étranger de livres et de périodiques. Son unique représentant aux Etats-Unis, Jack Walsdorf, entama son travail de prospection dans les universités américaines, et la vente des livres débuta en mars 1975.
En 1979, Blackwell North America débuta à la fois un service bibliographique sur microfiches (standing order microfiche service) et un service de commande électronique (EAOS : easy access order system). Puis furent ajoutés une messagerie électronique ainsi qu'un service de commande électronique beaucoup plus sophistiqué. Le service de contrôle d'autorités fut considérablement développé. 200 millions de notices furent traitées en 20 ans, entre 1975 et 1995, et l'accent fut mis sur l'expansion internationale.
Comme Blackwell, Dawson est spécialiste du traitement de l'information: abonnements, livres et nouvelles technologies, à destination des professionnels de la documentation. De par sa vocation internationale, il propose un site trilingue anglais-français-espagnol.
C'est en 1809 que William Dawson s'établit comme libraire et dépositaire de journaux à Cannon Street, dans Londres, et qu'il créa le premier service de livraison de journaux par diligence hors de Londres, indique le site web.
Aujourd'hui, Dawson Holdings PLC est la plus grande société européenne d'abonnements et le plus grand fournisseur européen de livres pour les entreprises et les universités. La société est également un des grands groupes internationaux en services d'information. Elle procure des services d'acquisition et de gestion aux bibliothèques et centres de recherche du monde entier. En octobre 1997, pour mieux répondre à un marché en voie de mondialisation, Dawson a été réorganisé en deux grands secteurs, l'un gérant les abonnements, l'autre gérant les livres, ce indépendamment de la situation géographique de ses clients.
3.5. L'avenir des cyberlibrairies
Grâce au Web, les amoureux des livres disposent de catalogues en ligne répertoriant tous les titres disponibles. Ils ont la possibilité de passer commande immédiatement en utilisant le réseau Internet. Ils peuvent aussi suivre quotidiennement à l'écran l'actualité du livre. L'avenir des cyberlibrairies est très prometteur.
Chapters, le grand libraire canadien, et The Globe and Mail, quotidien de Toronto, se sont alliés pour créer une nouvelle cyberlibrairie canadienne, Chaptersglobe.com, ouverte à l'automne 1998. Le site comprend des critiques et recensions fournies par le journal, ses archives sur vingt ans, une liste de best-sellers et des forums de discussion.
Le groupe allemand Bertelsmann, qui a acquis au printemps 1998 Random House, la plus grande maison d'édition américaine, compte ouvrir prochainement une gigantesque cyberlibrairie proposant plusieurs millions de titres dans toutes les langues, avec livraison rapide dans le monde entier.
En France, la loi sur le prix unique du livre laisse peu de latitude sur les prix, contrairement aux possibilités qu'offre le prix libre du livre au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. En revanche, les libraires sont optimistes sur les perspectives d'un marché francophone. Un nombre significatif de commandes provient de l'étranger. Il représente par exemple un pourcentage de 10% des ventes pour la FNAC. Les clients sont des "Français et membres de la diaspora francophone, étrangers francophiles, universités ou écoles lointaines… soucieux de se procurer les derniers titres de l'édition parisienne ou simplement les livres qu'ils ne peuvent trouver à Kansas City ou à Kyoto", précisait Pierre Briançon dans le quotidien Libération du 14 novembre 1997.
Il faut également replacer le développement des cyberlibrairies françaises dans le contexte plus général du cybercommerce français. En mars 1998, le magazine Stratégies Internet a mené une étude sur le cybercommerce en France "auprès des 60 sites marchands les plus actifs en France, dressant ainsi l'état des lieux et donnant des pistes de réflexion aux entreprises françaises tentées par l'aventure du cybercommerce." La commande en ligne n'était possible qu'auprès d'une centaine de sites seulement. Le cybercommerce français représentait 40 millions de francs en 1997, avec une estimation de 160 millions de francs pour la fin de 1998. Le nombre d'acheteurs sur Internet étaient de 50.000 en mars 1998, avec une estimation de 400.000 pour mars 1999. L'étude indiquait que 25% des sites étaient considérés comme rentables dès 1997, alors que les autres envisageaient plutôt une rentabilité à moyen terme.
Même si la création d'une nouvelle législation s'avère difficile parce que freinée par la librairie "traditionnelle", l'abolition des frontières dans le marché du livre est inévitable, puisqu'elle est liée à fois à la structure même d'Internet, réseau des réseaux par-delà les frontières, et à la mondialisation de l'économie, phénomène économique bien réel. Dans la foulée d'Internet Bookshop, librairie en ligne britannique qui a décidé de vendre des livres publiés aux Etats-Unis, d'autres librairies suivent, et on pense à définir une nouvelle législation.
Les libraires ou les éditeurs vendront-ils bientôt à ceux qui le souhaitent le texte intégral des livres en version électronique? Dans ce cas, l'inévitable délai dû à l'envoi du livre par voie postale disparaîtra. On nous promet pour très bientôt les livres électroniques, ordinateurs de la taille d'un livre sur lesquels on pourra stocker des dizaines puis des centaines de textes électroniques. Si nombre de lecteurs actuels sont nés à l'ère du papier et préfèrent encore lire un roman de trois cents pages en version imprimée, ceci ne sera peut-être plus le cas pour les générations qui auront commencé à utiliser l'ordinateur dès l'âge de trois ans.
4. LES EDITEURS SUR LE WEB
[Dans ce chapitre:]
[4.1. Quelques exemples d'éditeurs / 4.2. Répertoires d'éditeurs / 4.3. Edition traditionnelle et édition électronique / 4.4. Les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?]
Comme les libraires, les éditeurs sont en train d'investir le Web. Et, comme pour les libraires, certains éditeurs traditionnels considèrent leur site web comme une vitrine permettant de faire connaître leur activité, alors que d'autres sont des cyberéditeurs qui traitent la totalité de leurs affaires sur le Net. L'édition électronique offre de nouvelles perspectives. Elle permettrait entre autres de résoudre la crise affectant les éditions universitaires et de recherche.
4.1. Quelques exemples d'éditeurs
Spécialisées dans les romans policiers, les éditions du Choucas ont été fondées en 1992 par Suzanne et Nicolas Pewny, libraires à Glapigny (Haute-Savoie). Sur leur site web, créé en 1996, ils proposent un chapitre de chaque nouveauté. Publié en septembre 1997, Affaire de coeurs est l'oeuvre de deux Canadiens, Fernand Héroux et Liz Morency, que les éditeurs ont connus grâce au Web. Les échanges ont été effectués par courrier électronique. Réalisée par Joane Michaud, infographiste et affichiste québécoise, l'illustration de la couverture a elle aussi été reçue par le biais d'Internet.
Nicolas Pewny expliquait sa démarche dans son courrier électronique du 8 juin 1998:
"Le site des éditions du Choucas a été créé fin novembre 1996. Lorsque je me suis rendu compte des possibilités qu'Internet pouvait nous offrir, je me suis juré que nous aurions un site le plus vite possible. Un petit problème: nous n'avions pas de budget pour le faire réaliser. Alors, au prix d'un grand nombre de nuits sans sommeil, j'ai créé ce site moi-même et l'ai fait référencer (ce n'est pas le plus mince travail). Le site a alors évolué en même temps que mes connaissances (encore relativement modestes) en la matière et s'est agrandi, et a commencé à être un peu connu même hors France et Europe.
Le changement qu'Internet a apporté dans notre vie professionnelle est considérable. Nous sommes une petite maison d'édition installée en province. Internet nous a fait connaître rapidement sur une échelle que je ne soupçonnais pas. Même les médias 'classiques' nous ont ouvert un peu leur portes grâce à notre site. Les manuscrits affluent par le courrier électronique. Ainsi nous avons édité deux auteurs québécois. Beaucoup de livres se réalisent (corrections, illustrations, envoi des documents à l'imprimeur) par ce moyen. Dès le début du site nous avons reçu des demandes de pays ou nous ne sommes pas (encore) représentés: USA, Japon, Amérique latine, Mexique, malgré notre volonté de ne pas devenir un site 'commercial' mais d'information et à 'connotation culturelle'. (Nous n'avons pas de système de paiement sécurisé, etc., nous avons juste référencé sur une page les libraires qui vendent en ligne)."
Comment Nicolas Pewny voit-il son avenir professionnel avec Internet?
"J'aurais tendance à répondre par deux questions: Pouvez vous me dire comment va évoluer Internet? Comment vont évoluer les utilisateurs? Nous voudrions bien rester aussi peu 'commercial' que possible et augmenter l'interactivité et le contact avec les visiteurs du site. Y réussirons-nous? Nous avons déjà reçu des propositions qui vont dans un sens opposé. Nous les avons mis 'en veille'. Mais si l'évolution va dans ce sens, pourrons-nous résister, ou trouver une 'voie moyenne'? Honnêtement, je n'en sais rien."
De plus en plus d'éditeurs sont présents sur le Web, par exemple Gallimard, La Documentation française, Marabout et les éditions Odile Jacob. Le site des Presses universitaires de France (PUF) présente le fonds éditorial des PUF, ainsi que la collection encyclopédique Que sais-je?, avec une recherche par numéro, un historique de la collection, une présentation des titres sur les trois derniers mois, un descriptif détaillé des dernières parutions, et un classement thématique.
Les éditions du Cerf se présentent comme la bibliothèque francophone de sciences humaines et religieuses. Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, Hervé Ponsot, webmestre du site, précisait:
"Pour les éditions du Cerf dont je m'occupe sur le plan Internet, en effet, le site existe en lien avec les éditions, mais marginalement quand même : le serveur se trouve en dehors du Cerf, et il est géré par une personne extérieure au Cerf, moi-même. Bref, il s'agit plutôt d'un service rendu, dont on ne peut dire qu'il ait bouleversé la maison Cerf. Il reste que, par la grâce de Dieu, de plus en plus de consultants arrivent sur ce site, et que des commandes me sont adressées de plus en plus régulièrement, sans que nous les ayons cherchées, puisque le site a été créé en priorité pour rendre service aux chercheurs, et secondairement pour faire de la publicité pour la maison et renouveler son image…
Mais j'ai constaté, et beaucoup de personnes m'ont confirmé, que les sites de service pouvaient se révéler rentables, parfois plus facilement et plus rapidement que les sites commerciaux: l'exemple le plus connu est fourni par les sites de recherche sur Internet. La suite envisagée pour le site Cerf ne devrait pas fondamentalement changer par rapport à ce qui se passe aujourd'hui: rendre service aux chercheurs, faire connaître la maison en lui donnant une image dynamique. Nous pensons certes un jour faire du site, ou d'un site voisin, un site commercial: mais la maison ne peut se permettre, compte tenu de sa faible surface financière, d'être leader en ce domaine; les pas seront donc comptés et très prudents."
Lancées en août 1996, les éditions CyLibris vendent leurs livres uniquement sur le Web et ne les impriment qu'à la demande, ce qui leur permet d'éviter le stock et les intermédiaires. Trois mois après, l'éditeur avait signé des contrats avec treize auteurs et vendu cent livres. Le site offre des extraits d'ouvrages et des informations sur de nouveaux auteurs, et il se propose aussi d'être le carrefour de la petite édition.
Le site des éditions 00h00.com (00h00 se prononce: zéro heure) a été ouvert le 18 mai 1998.
"La création de 00h00.com marque la véritable naissance de l'édition en ligne. C'est en effet la première fois au monde que la publication sur Internet de textes au format numérique est envisagée dans le contexte d'un site commercial, et qu'une entreprise propose aux acteurs traditionnels de l'édition (auteurs et éditeurs) d'ouvrir avec elle sur le réseau une nouvelle fenêtre d'exploitation des droits. Les textes offerts par 00h00.com sont soit des inédits, soit des textes du domaine public, soit des textes sous copyright dont les droits en ligne ont fait l'objet d'un accord avec leurs ayants-droit. […] Avec l'édition en ligne émerge probablement une première vision de l'édition au 21ème siècle. C'est cette idée d'origine, de nouveau départ qui s'exprime dans le nom de marque, 00h00. […]
Internet est un lieu sans passé, où ce que l'on fait ne s'évalue pas par rapport à une tradition. Il y faut inventer de nouvelles manières de faire les choses. […] Le succès de l'édition en ligne ne dépendra pas seulement des choix éditoriaux : il dépendra aussi de la capacité à structurer des approches neuves, fondées sur les lecteurs autant que sur les textes, sur les lectures autant que sur l'écriture, et à rendre immédiatement perceptible qu'une aventure nouvelle a commencé."
Tous les titres sont disponibles sous la forme d'un exemplaire numérique et d'un exemplaire papier. Les collections sont les suivantes: inédits, théâtre classique français, contes et récits fantastiques, contes et récits philosophiques, souvenirs et mémoires, philosophie classique, réalisme et naturalisme, cyberculture, romans d'enfance, romans d'amour, nouvelles et romans d'aventure. Le recherche est possible par auteur, par titre et par genre. Pour chaque oeuvre, on a un descriptif en quelques lignes, un descriptif détaillé, la table des matières et les commentaires des lecteurs. Le paiement est effectué en ligne grâce à un système sécurisé mis en place par 00h00.com et la Banque populaire. Pour ceux que le paiement en ligne rebute, il sera bientôt possible de régler hors ligne par télécopieur, courrier, carte bancaire ou chèque.
Pas de stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un lien direct avec le lecteur et entre les lecteurs eux-mêmes. Sur le site, les cybernautes/lecteurs qui le souhaitent créent leur espace personnel dans lequel ils peuvent rédiger leurs commentaires, recommander des liens vers d'autres sites, exprimer leurs opinions et inviter leurs amis. Ils peuvent participer à des forums ou commenter les oeuvres proposées par l'éditeur. Ils peuvent encore s'abonner à la lettre d'information pour être tenu au courant des nouveautés.
Les éditions 00h00.com sont dirigées par Jean-Pierre Arbon, ancien directeur
général de Flammarion, et Bruno de Sa Moreira, ancien directeur de Flammarion
Multimédia. Dans son courrier électronique du 31 juillet 1998, Bruno de Sa
Moreira expliquait:
"Le site a ouvert le 18 mai dernier, la gestation du projet: brainstorming, faisabilité, création de la société et montage financier, développement technique du site et informatique éditoriale, mise au point et production des textes et préparation du catalogue à l'ouverture a duré un an."
Dans quelle mesure Internet a-t-il changé sa vie professionnelle?
"Radicalement, puisqu'aujourd'hui mon activité professionnelle est 100% basée sur Internet. Le changement ne s'est pas fait radicalement lui mais progressivement (audiovisuel puis multimédia puis Internet)."
Comment voit-il son avenir professionnel avec Internet? "Difficile de répondre, il s'agit du présent, nous faisons un pari, mais cela me semble un média capable d'une très large popularisation, sans doute grâce à des terminaux plus faciles d'accès que le seul micro-ordinateur."
Outre-Atlantique, des éditeurs ont choisi de mettre en accès libre sur le Web le texte intégral de leurs publications et, loin de baisser, les ventes ont au contraire augmenté. La MIT Press (MIT: Massachussets Institute of Technology, USA) par exemple a vu ses ventes doubler pour les titres disponibles sur Internet.
Autre exemple, celui de la National Academy Press (NAP), qui publie environ 200 livres par an, principalement dans les domaines scientifique, technologique et médical:
"A première vue, cela paraît illogique. Un éditeur de Washington, la National Academy Press, qui a publié sur Internet 1.700 titres de son catalogue actuel, permettant ainsi à tout un chacun de lire gratuitement ses livres, a vu ses ventes augmenter de 17% l'année suivante. Qui a dit que personne n'achèterait la vache si on pouvait avoir le lait gratuitement?"
Dans un article du Courrier international de novembre 1997, Beth Berselli, journaliste au Washington Post, explique que l'éditeur a choisi depuis 1994 de mettre sur Internet le texte intégral d'un certain nombre de livres pour que les lecteurs puissent les "feuilleter", comme ils l'auraient fait dans une librairie, avant de les acheter ensuite s'ils le souhaitent. Si d'autres éditeurs rejettent cette solution du fait des coûts d'installation excessifs, des problèmes liés au droit d'auteur ou d'une concurrence qu'ils estiment nuisible à la vente, la NAP a choisi d'offrir ce service moyennant une dépense allant de 250.000 à 400.000 dollars (1,5 à 2,4 millions de FF) par an.
En ce qui concerne le copyright, ce sont les auteurs eux-mêmes qui, pour des raisons publicitaires, demandent à ce que le livre soit disponible sur le site. Pour l'éditeur, le Web est un nouvel outil de marketing face aux 50.000 ouvrages publiés chaque année aux Etats-Unis. Sur un chiffre d'affaires annuel de 5,5 millions de dollars (33 millions de FF) sur l'exercice 1997 (clos en juin), la somme de 275.000 dollars (1,65 millions de FF), soit 5%, provenait de commandes passées sur Internet. La présence de l'éditeur sur le Web a entraîné également une augmentation des ventes par téléphone. Début janvier 1998, le site disposait de 1.000 livres avec contenu intégral sur le Web. Par ailleurs, une réduction de 20% est accordée pour toute commande effectuée en ligne.
4.2. Répertoires d'éditeurs
Les répertoires d'éditeurs ne manquent pas. Biblio On Line, diffuseur français de l'information culturelle sur Internet, gère un répertoire Editeurs. ClicNet, site culturel et littéraire francophone proposé par l'Université de Swarthmore (Pennsylvanie, USA), recense 2.500 liens à des ressources francophones, y compris des éditeurs.
Editeurs francophones se présente comme le site convivial de tous les éditeurs de langue française:
"Imaginez un espace convivial où vous, lecteurs du monde entier, pourrez faire connaissance avec les maisons d'édition, découvrir un univers où la culture francophone a toute sa place: actualités du livre, dossiers thématiques, rencontres avec des écrivains… de multiples opportunités pour susciter l'intérêt et la curiosité. Bien d'autres domaines encore seront progressivement développés en coopération avec les éditeurs, avec en perspective des échanges passionnants autour des grands sujets culturels pour vous."
Edilib répertorie les éditeurs, libraires et diffuseurs francophones. La gestion de cette liste est assurée par Benoît Thiriou, de la bibliothèque médicale du CHU (centre hospitalier universitaire) de Rouen (Normandie). L'indexation est réalisée à l'aide du répertoire RAMEAU (répertoire d'autorités matières encyclopédique et alphabétique unifié) par Dominique Benoist, de la Bibliothèque universitaire de la Faculté de médecine de Rouen. La recherche est possible par ordre alphabétique ou bien par sujets. Le site propose aussi des liens hypertextes avec d'autres sites ayant trait à l'édition française et internationale.
Financé notamment par le ministère de la Culture, France Edition, organisme de promotion de l'édition française, organise l'espace de l'édition française lors de foires du livre, congrès ou colloques, ainsi que des expositions thématiques, des stages, des missions d'audit et des programmes d'échanges destinés aux libraires. Lors de ces manifestations, un espace multimédia est spécifiquement aménagé pour effectuer des démonstrations de CD-Rom.
France Edition publie le mensuel La Lettre, des études et des dossiers sur différents pays, les partenaires potentiels et l'évolution du marché, des catalogues thématiques, des listes de nouveautés et des annuaires d'éditeurs français par secteur: sciences, techniques, médecine, droit, etc. Par ailleurs, une antenne de France Edition à New York (auparavant appelée Bureau du Livre Français) propose aux éditeurs français les services d'une agence de droits pour la langue anglaise: sélection de titres, prospection des éditeurs locaux, soumission des ouvrages et négociation des contrats.
FrancoAcquiNet est un répertoire d'éditeurs francophones avec liste alphabétique et liste géographique pour les pays suivants : Autriche, Belgique, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Liban, Luxembourg, Pays-Bas et Suisse. Conçu par Julie Filion et Isabelle Bourgey dans le cadre d'un travail de recherche à l'Ecole de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l'Université de Montréal (Québec), il se veut le complément francophone de l'AcqWeb Directory of Publishers and Vendors, qui est un répertoire international des éditeurs. Il est complété par trois répertoires destinés aux bibliothécaires: associations professionnelles, listes de discussions francophones et périodiques électroniques francophones traitant de bibliothéconomie.
Livre.net propose à ses abonnés, essentiellement des professionnels du livre, une base de données bibliographique contenant plus de 300.000 notices et la consultation de cinq annuaires professionnels (bibliothèques, diffuseurs, distributeurs, éditeurs et librairies). En décembre 1998, Livre.net comprenait plus de 300.000 notices de livres, 5.037 notices d'éditeurs, 2.137 notices de libraires, 435 notices de diffuseurs, 390 notices de distributeurs et 3.120 notices de bibliothèques, le tout étant accessible par le biais d'une recherche à partir de critères diversifiés (titre, auteur, éditeur, date de parution, ISBN, etc.). Un certain nombre d'informations sont également disponibles en libre accès : conseils pour écrire et publier, revues littéraires, concours littéraires, etc.
Plusieurs sites proposent des répertoires d'éditeurs internationaux. En voici trois.
L'AcqWeb's Directory of Publishers and Vendors est un répertoire des éditeurs et vendeurs situé sur le site de la bibliothèque de l'Université de Vanderbilt (Tennessee, USA).
Les Publishers' Catalogues sont gérés par Peter Scott de Northern Lights Internet Solutions, une société située à Saskatoon, dans le Saskatchewan (Canada). A titre d'exemple, voici la liste des éditeurs français répertoriés en décembre 1998: Actes Sud, Anako, Arnette Blackwell, Casterman, Cepadues, Culture d'Oc, CyLibris Editions, Dunod, Editions Complicités, Editions Dalloz-Sirey, Editions du Choucas, Editions Du Juris Classeur, Editions Eyrolles, Editions et Librairie Oberlin, Editions Hermès, Editions Jakin, Editions littéraires et linguistiques de Grenoble, Editions Marshall Cavendish, Editions Massin, Editions Michel Lafon, Editions Milan Presse, Editions Odile Jacob, Editions Phi, EDP sciences, Fata Morgana, Gallimard, Gauthier-Villars, Fabrice Gueho, Masson, Presses Universitaires de France et Telesma Publishing.
Gérée par la WWW Virtual Library, la Publishing Companies Online est une liste d'éditeurs classés selon les catégories suivantes: éditeurs universitaires, éditeurs de livres informatiques, éditeurs scientifiques, techniques et médicaux, éditeurs électroniques, projets d'édition en ligne, et autres éditeurs commerciaux.
4.3. Edition traditionnelle et édition électronique
Depuis trente ans, la chaîne traditionnelle de l'édition est soumise à de nombreux bouleversements.
Dans les années soixante-dix, le marché de l'imprimerie traditionnelle avait d'abord été ébranlé par l'apparition des machines de photocomposition. Le coût de l'impression a ensuite continué de baisser avec les procédés d'impression assistée par ordinateur, les photocopieurs, les photocopieurs couleur et le matériel d'impression numérique. L'impression est maintenant souvent assurée à bas prix par des ateliers de PAO (publication assistée par ordinateur) et des entreprises d'arts graphiques. La numérisation a également accéléré le processus de rédaction, puisque le rédacteur, le concepteur artistique et le personnel chargé de la mise en page peuvent maintenant travailler simultanément sur le même ouvrage.
Au Royaume-Uni, les fonctions de correction d'épreuves et de rédaction s'effectuent désormais à domicile, le plus souvent par des travailleurs qui ont pris le statut d'indépendants par suite de fusions d'entreprises, délocalisations ou licenciements. "Or cette forme d'emploi tient plus du travail précaire que du travail indépendant, car ces personnes n'ont que peu d'autonomie et sont généralement tributaires d'une seule maison d'édition", analysait Peter Leisink, professeur associé d'études sociales à l'Université d'Utrecht (Pays-Bas) lors du Colloque sur la convergence multimédia de janvier 1997 à Genève.
Pour la publication d'ouvrages et de périodiques éducatifs et scientifiques, dans lesquels l'information la plus récente est primordiale, la numérisation conduit à repenser complètement la signification même de publication, et à s'orienter vers une diffusion en ligne qui rend beaucoup plus facile les réactualisations régulières. Autre exemple, les universités américaines diffusent des manuels "sur mesure" composés d'un choix de chapitres sélectionnés dans une très importante base de données, choix complété par des articles et par les commentaires des professeurs. Pour un séminaire, un très petit tirage peut être effectué à la demande à partir de textes scientifiques transmis par voie électronique à un imprimeur.
Dans L'édition savante à l'ère de la bibliothèque virtuelle: publication d'un livre en SGML sur le World Wide Web, mémoire de maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l'information (MBSI) de l'Université de Montréal (Québec) daté de novembre 1996, Guy Teasdale démontre les avantages de l'édition électronique pour les presses universitaires. Il présente les implications de l'édition électronique sur le Web tout en examinant les rôles et intérêts respectifs du bibliothécaire et de l'éditeur dans l'édification de la bibliothèque numérique. Suite à la crise affectant la publication d'ouvrages spécialisés par les presses universitaires, il voit l'édition électronique sur Internet comme la solution pour alimenter les bibliothèques universitaires et de recherche.
L'avenir de l'édition électronique est également lié à la manière dont pourra être résolu le paiement du droit d'auteur sur le Web. L'Association of American Publishers (AAP) par exemple travaille à un nouveau système d'identification d'un objet numérique, appelé DOI System (DOI: digital object identifier), dont le but est à la fois d'identifier le document soumis au copyright et de relier l'usager aux propriétaires du copyright.
Il est vraissemblable que, pendant plusieurs années, l'édition électronique et l'édition traditionnelle seront complémentaires, comme seront complémentaires les librairies en ligne et les librairies traditionnelles, ou bien les cyberbibliothèques et les bibliothèques traditionnelles. Il reste toujours pratique d'avoir la version papier d'un livre ou d'un magazine pour lire sur son divan, dans son lit, au café, dans une salle d'attente, dans un train ou dans un avion. Par contre, à terme, les fonctions de l'édition traditionnelle devront certainement être redéfinies en profondeur face au développement de l'édition électronique et aux immenses perspectives que celle-ci représente, à commencer par sa rapidité d'accès et son coût.
Concernant la fiscalité, un accord-cadre entre les Etats-Unis et l'Union européenne a été conclu en décembre 1997, et cet accord devrait être suivi d'une convention internationale. Internet est considéré comme une zone de libre-échange, c'est-à-dire sans droits de douane pour les logiciels, les films et les livres électroniques achetés sur le réseau. Les biens matériels et autres services sont soumis au régime existant, avec perception de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) par exemple sans droits de douane supplémentaires.
4.4. Les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?
Internet a considérablement renforcé les relations entre auteurs et lecteurs. Grâce au Web, ils peuvent faire connaître directement leurs oeuvres, et le courrier électronique leur permet de discuter avec leurs lecteurs. En définitive, les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?
Professeur de lettres, poète et peintre, Silvaine Arabo a créé le site Poésie d'hier et d'aujourd'hui, sur lequel elle propose de nombreux poèmes, y compris les siens. Que peut apporter ce nouvel outil qu'est Internet à un poète? Dans son courrier électronique du 9 juin 1998, Silvaine Arabo répondait:
"L'utilisation d'Internet a-t-elle changé quelque chose pour moi en tant que poète? Pour répondre à votre question, disons que la gestion d'un site Internet - si l'on veut qu'il demeure vivant - requiert beaucoup de temps. Mais je fais en sorte que ma création personnelle n'en souffre pas. Par ailleurs, Internet m'a mise en contact avec d'autres poètes, dont certains fort intéressants… Cela rompt le cercle de la solitude et permet d'échanger des idées. On se lance des défis aussi… Internet peut donc pousser à la créativité et relancer les motivations des poètes puisqu'ils savent qu'ils seront lus et pourront même, dans le meilleur des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects positifs à la promotion de la poésie par Internet: tant pour le lecteur que pour le créateur."
Le quotidien Libération du 27 février 1998 donne aussi l'exemple de Barry Beckham, romancier américain qui a inauguré une formule originale pour diffuser son roman You Have a Friend : The Rise and Fall and Rise of the Chase Manhattan Bank, portrait de la grande banque Chase Manhattan sur deux siècles, entre 1793 et 1995. Ce sujet a été inspiré par la vie professionnelle de l'auteur qui fut rédacteur dans le service des relations publiques de cette banque. Moyennant un abonnement de 9,95 dollars (environ 60 FF), le lecteur reçoit un épisode par courrier électronique toutes les deux semaines et pendant six mois. Barry Beckham pense être le premier à adopter cette formule de roman-feuilleton sur le Web, dans la lignée de Dostoïevski, Dumas ou Dickens en d'autres temps. Parlant de lui-même, il déclare:
"Un auteur du 20e siècle utilise la même démarche [la publication de romans par épisodes dans les journaux du 19e] pour atteindre des lecteurs à une époque où l'édition littéraire est dominée par des conglomérats obsédés par des titres ayant un fort potentiel commercial mais peu de substance intellectuelle."
Esther Dyson est la présidente d'EDventure Holdings, une société spécialisée dans l'étude des nouvelles technologies de l'information au niveau international, et elle fait également partie du comité directeur de l'Electronic Frontier Foundation (EFF). Depuis 1982, elle publie Release 1.0, lettre d'information mensuelle très prisée des spécialistes et souvent appelée la lettre intellectuelle du monde informatique. En 1997, elle publie son premier ouvrage: Release 2.0: A Design for Living in the Digital Age (Londres, Viking, 1997). Organisé en neuf chapitres (communautés, travail, enseignement, administration, propriété intellectuelle, contrôle du contenu, vie privée, anonymat et sécurité), l'ouvrage explore l'impact et les implications du cyberespace : son effet sur la vie quotidienne, les responsabilités liées aux nouveaux pouvoirs qu'il nous donne, et les problèmes de fond posés par Internet. Il expose aussi les conflits fondamentaux liés au développement de la communication numérique: les conflits entre la vie privée et l'ouverture sociale, la sécurité et la liberté, le commerce et la communauté. Parallèlement à la publication simultanée de son ouvrage par plusieurs éditeurs dans le monde, Esther Dyson a ouvert le site Release 2.0 pour dialoguer avec ses lecteurs. Elle compte tirer à profit tous ces échanges dans une nouvelle édition de son livre.
S'il est maintenant fréquent qu'un livre ait son correspondant numérique sur Internet, le cas contraire ne l'est pas, comme l'explique Christian Aubry, rédacteur en chef de Multimédium, dans sa présentation de L'état du cybercommerce 1998-1996, ouvrage lancé le 25 février 1998 lors du Forum québécois sur l'Internet.
"Il est devenu assez banal de numériser un livre afin de le rendre accessible sur le réseau mondial. Mais le contraire - un site Internet transposé dans un livre - est un phénomène suffisamment inusité pour attirer notre attention. Que peut gagner le Web, ce médium virtuel, universel, interactif et instantané, à revenir ainsi en arrière et à se figer dans un simple objet de papier?"
Ecrit par Vallier Lapierre et Yves Leclerc, journalistes associés de Vianet, et co-édité par Fortune 1000 et Communications Vianet, l'ouvrage est un recueil de textes tirés du site CLÉS du commerce électronique, et il recense les tendances et stratégies récentes en matière de commerce électronique et de cyberéconomie.
Pour clore ce chapitre, voici le commentaire de Jean-Paul, internaute amateur de musique et d'écriture, qui déclarait dans son courrier électronique du 21 juin 1998:
"Mon avenir sur la toile est plus personnel que professionnel. L'Internet va me permettre de me passer des intermédiaires: compagnies de disques, éditeurs, distributeurs… Il va surtout me permettre de formaliser ce que j'ai dans la tête (et ailleurs) et dont l'imprimé (la micro-édition, en fait) ne me permettait de donner qu'une approximation. Puis les intermédiaires prendront tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, là où l'herbe est plus verte…"
5. LA PRESSE EN LIGNE
[Dans ce chapitre:]
[5.1. La presse en ligne francophone / 5.2. La presse étrangère / 5.3. La presse électronique / 5.4. L'avenir de la presse en ligne]
Les premières éditions électroniques de journaux ont été disponibles par le biais de services commerciaux tels que America Online ou CompuServe. Puis les éditeurs de ces journaux ont créé des serveurs web. De nombreux journaux et magazines sur papier ont maintenant leur site et proposent sur celui-ci la version intégrale de leur dernier numéro en ligne - qu'il est possible de consulter librement ou moyennant un abonnement gratuit ou payant - ainsi que des dossiers et des archives. D'autres journaux et magazines sont purement électroniques. L'avenir de la presse en ligne est également lié à un débat de fond sur le métier de journaliste.
5.1. La presse en ligne francophone
Comme on le verra dans les lignes qui suivent, plusieurs journaux se disputent la paternité du premier site sur le Web.
Libération a débuté son site web à la fin de l'année 1995, peu après le lancement de la version papier de son Cahier Multimédia, inclus dans l'édition du jeudi. Le site de Libération propose la Une du quotidien, le Cahier Livres complété par Chapitre un (les premiers chapitres de livres récents), et bien d'autres rubriques. Indispensable pour qui veut se tenir au courant de l'actualité d'Internet, la rubrique Multimédia inclut les articles du Cahier Multimédia papier hebdomadaire et les archives des numéros précédents.
Sur le site du Monde, créé en 1996, on trouve des dossiers en ligne, la Une du Monde en version graphique à partir de 13 h, l'intégralité du journal avant 17 h, l'actualité en liaison avec l'AFP (Agence France Presse), et des rubriques sur la bourse, les livres, le multimédia et les sports. L'abonnement au journal complet en ligne est de 5 FF par jour, soit 30% de moins que l'édition papier qui coûte 7,50 FF. S'ils concernent le multimédia, les articles du supplément papier hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont disponibles gratuitement en ligne dans la rubrique Multimédia, rebaptisée ensuite Nouvelles technologies.
Le site du Monde diplomatique permet l'accès à l'ensemble des articles de la revue depuis janvier 1994, par date, sujet et pays. L'intégralité du mensuel en cours est consultable gratuitement pendant les deux semaines suivant sa parution. Un forum permanent de discussion en ligne permet au journal de discuter avec ses lecteurs. Dans son courrier électronique du 17 juin 1998, Philippe Rivière précisait:
"Monté dans le cadre d'un projet expérimental avec l'INA (Institut national de l'audiovisuel), début 1995, le site était le premier site d'un journal français. Depuis il a bien grandi, autour des mêmes services de base: archives et annonce de sommaire. [Grâce à Internet,] le travail journalistique s'enrichit de sources faciles d'accès, aisément disponibles. Le travail éditorial est facilité par l'échange de courriers électroniques; par contre, une charge de travail supplémentaire due aux messages reçus commence à peser fortement."
En septembre 1996, L'Humanité a été le premier quotidien français à proposer la version intégrale du journal sur le Web. Classés par rubriques, les articles sont disponibles sur le serveur entre 10 h et 11 h du matin, à l'exception de L'Humanité du samedi qui n'est généralement mise en ligne que le lundi. L'archivage est automatique.
Dans son courrier électronique du 23 juillet 1998, Jacques Coubard expliquait:
"Le site de L'Humanité a été lancé en septembre 1996 à l'occasion de la Fête annuelle du journal. Nous y avons ajouté depuis un forum, un site, en partenariat, pour la récente Coupe du monde de football, et des données sur la Fête et sur le meeting d'athlétisme, parrainé par L'Humanité. Nous espérons pouvoir développer ce site à l'occasion du lancement d'une nouvelle formule du quotidien qui devrait intervenir à la fin de l'année ou au début de l'an prochain. Nous espérons également mettre sur site L'Humanité hebdo dans les mêmes délais. Jusqu'à présent on ne peut pas dire que l'arrivée d'Internet ait bouleversé la vie des journalistes faute de moyens et de formation (ce qui va ensemble). Les rubriques sont peu à peu équipées avec des postes dédiés, mais une minorité de journalistes exploitent ce gisement de données. Certains s'en servent pour transmettre leurs articles, leurs reportages. Il y a sans doute encore une 'peur' culturelle à plonger dans l'univers du Net. Normal, en face de l'inconnu. L'avenir devrait donc permettre par une formation (peu compliquée) de combler ce handicap. On peut rêver à un enrichissement par une sorte d'édition électronique, mais nous sommes sévèrement bridés par le manque de moyens financiers."
Le site des Echos présente l'information financière en continu, un moteur de recherche par nom de société, un atlas régional des activités économiques, une sélection de sites, etc. La consultation du quotidien est payante, soit par numéro, soit par abonnement (215 FF par mois). Le site de La Tribune, gratuit, propose La Tribune du jour et les archives du journal, ainsi qu'une sélection d'articles en anglais.
Infos On Line, le service en ligne des publications du Groupe Havas, a vu son ouverture retardée pour des raisons administratives, et le site n'était toujours pas ouvert en décembre 1998. Il devrait diffuser les articles de 01 Informatique Agro-distribution,L'Entreprise, L'Expansion, L'Express, La France agricole, Le Moniteur des travaux publics et du bâtiment,La Revue de l'éleveur laitier, La Revue de l'industrie agro-alimentaire, L'Usine nouvelle, La Vie française et La Vigne, auxquels s'ajouteraient les articles de l'hebdomadaire Le Point et ceux du quotidien Les Echos. 100.000 articles seront accessibles grâce à un moteur de recherche multicritères proposant une liste d'articles, avec titre du périodique et résumé. L'abonnement minimal sera de 50 FF pour 10 articles. Il s'effectuera directement en ligne par carte bancaire ou par abonnement. Les personnes réfractaires au paiement en ligne pourront choisir d'effectuer le règlement par l'intermédiaire de CompuServe, fournisseur d'accès à Internet, et la somme correspondant aux achats d'articles sera ajoutée à la facture mensuelle envoyée par CompuServe.
Co-édité par Havas Interactive et l'Agence JSI depuis le printemps 1998, Infos Graphiques On Line a pour but de diffuser l'information expliquée en images. Disponibles par abonnement, des centaines d'infographies sont regroupées selon les thèmes suivants: culture, économie, France, monde, sciences, social, société, sports, vie quotidienne, clin d'oeil, comment ça marche. La recherche est possible par thème ou par période: jour, semaine, mois, ou archives plus anciennes.
Le Canard Enchaîné, hebdomadaire satirique, n'a malheureusement pas de site officiel sur le Net, mais un site officieux lui est consacré: La Crème de Canard, qui propose chaque semaine une sélection d'articles et de dessins, avec une semaine de retard par rapport à l'hebdomadaire, et des archives remontant à août 1995.
Les journaux régionaux sont également représentés sur le Web, par exemple Le
Républicain lorrain, Le Dauphiné libéré, les Dernières nouvelles d'Alsace ou
Ouest-France.
Outre l'intégrale de l'édition du jour, le site des Dernières nouvelles d'Alsace (DNA) propose des services comme le cours de la bourse et le calcul des impôts, et il offre aussi une édition abrégée en allemand. Dans son courrier électronique du 16 juin 1998, Michel Landaret précisait que DNA, "créé en septembre 1995 [et qui compte] actuellement 5.500 lecteurs par jour [est le] premier journal français a avoir mis son contenu sur le Web".
France-Ouest, site du quotidien Ouest-France, a été créé en juillet 1996. Dans son courrier électronique du 17 juin 1998, Bernard Boudic expliquait:
"[A l'origine, l'objectif était de] présenter et relater les grands événements de l'Ouest en invitant les internautes à une promenade dans un grand nombre de pages consacrées à nos régions (tourisme, industrie, recherche, culture). Très vite, nous nous sommes aperçus que cela ne suffisait pas. Nous nous sommes tournés vers la mise en ligne de dossiers d'actualité, puis d'actualités tout court. Aujourd'hui nous avons quatre niveaux d'infos : quotidien, hebdo (tendant de plus en plus vers un rythme plus rapide), événements et dossiers. Et nous offrons des services (PA [petites annonces], guide des spectacles, presse-école, boutique, etc.). Nous travaillons sur un projet de journal électronique total: mise en ligne automatique chaque nuit de nos quarante éditions (450 pages différentes, 1.500 photos) dans un format respectant typographie et hiérarchie de l'information et autorisant la constitution par chacun de son journal personnalisé (critères géographiques croisés avec des critères thématiques).
[Internet a changé ma vie professionnelle] d'abord parce que j'en suis devenu le responsable éditorial… Les retombées sur le travail quotidien des journalistes d'OF [Ouest-France] sont encore minces. Nous commençons seulement à offrir un accès Internet à chacun (rédaction d'OF = 370 journalistes répartis dans soixante rédactions, sur douze départements… pas simple). Certains utilisent Internet pour la messagerie électronique (courrier interne ou externe, réception de textes de correspondants à l'étranger, envoi de fichiers divers) et comme source d'informations. Mais cette pratique demande encore à s'étendre et à se généraliser. Bien sûr, nous réfléchissons aussi à tout ce qui touche à l'écriture multimédia et à sa rétroaction sur l'écriture imprimée, aux changements d'habitudes de nos lecteurs, etc. […]
[Internet est] à la fois une menace et une chance. Menace sur l'imprimé, très certainement (captation de la pub et des PA [petites annonces], changement de réflexes des lecteurs, perte du goût de l'imprimé, concurrence d'un média gratuit, que chacun peut utiliser pour diffuser sa propre info, etc.). Mais c'est aussi l'occasion de relever tous ces défis, de rajeunir la presse imprimée."
Bel exemple de multilinguisme, le site du quotidien belge Le Soir offre une présentation du journal en français, allemand, anglais, espagnol, italien et néerlandais. Le site du Courrier international permet de retrouver les articles de la presse internationale sélectionnés et traduits par le Courrier, et de consulter ses sources au moyen de nombreux liens.
Présent sur le Web depuis le 14 septembre 1995, Webdo, premier journal électronique suisse, est issu de L'Hebdo, magazine d'information publié à Lausanne (Suisse). On y trouve son édition de la semaine et ses archives, ainsi qu'un répertoire quasi-exhaustif de la presse non spécialisée sur le Web.
Le Journal officiel est en ligne depuis début 1998. Le site est accessible soit directement, soit par le biais de Légifrance qui propose plusieurs autres documents officiels: le Code civil, le Code pénal, la Constitution de la Ve République (1958), la Déclaration universelle des droits de l'homme, des textes de lois et des arrêts de jurisprudence. La page d'accueil offre cinq grandes rubriques: la Constitution, la loi, la jurisprudence, le droit européen et l'actualité juridique. Une grande "première" puisque les textes législatifs n'étaient jusque-là accessibles que par Minitel ou par le biais de bases de données à la facturation élevée.
Dans le domaine informatique, l'excellente revue professionnelle Le M@nde informatique est mise à jour tous les vendredis. ZDNet, site du plus grand éditeur mondial de magazines informatiques, propose ZDNet France, un magazine électronique axé sur la micro-informatique. Il contient des articles de la rédaction de ZDNet ou bien publiés dans PC Direct et PC Expert.
Plusieurs répertoires permettent de "naviguer" sur la presse francophone.
Outre la diffusion de l'information mondiale en français, anglais, allemand, espagnol et portuguais, le site de l'Agence France-Presse (AFP) propose des liens hypertextes à la fois avec la presse française (titres nationaux, journaux régionaux, chaînes de télévision, radios et journaux électroniques) et avec la presse francophone des pays suivants : Belgique, Canada, Haïti, Madagascar, Maroc, Réunion (DOM-TOM), Suisse et Tunisie.
Biblio On Line, serveur français d'informations culturelles sur Internet, propose dans BiblioPresse 80.000 références d'articles dans plus de cent titres de la presse française. La recherche est possible par titre d'article, thème, revue et année.
PageFrance présente l'actualité française multimédia, l'actualité française en général avec des liens pour trouver l'information, une sélection de sites web francophones, une recherche de coordonnées en tous genres, et un guide pour acheter en ligne sur Internet.
5.2. La presse étrangère
Voici quelques exemples aussi pour la presse étrangère.
Aux Etats-Unis, le Wall Street Journal possède environ 100.000 abonnés payants en ligne. La version en ligne du New York Times est disponible sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l'actualité quotidienne en ligne et une banque de données d'articles, le tout avec images, sons et vidéos. Pathfinder est le site web du groupe Time-Warner, éditeur de Time Magazine, Sports Illustrated, Fortune, People, Southern Living, Money, Sunset, etc. On peut y lire la presse en ligne et rechercher des articles par date ou par sujet.
Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font Web commun, avec possibilité de créer une édition personnalisée. The Economist, magazine économique anglais qui fait référence, est également disponible en ligne, comme le sont aussi le grand quotidien espagnol El Pais ou les magazines allemands Focus ou Der Spiegel, parmi tant d'autres.
Concernant la presse informatique, on a par exemple le mensuel Wired, créé en 1992 en Californie, une revue culte qui fut le premier magazine consacré à la culture cyber et qui se veut aujourd'hui le journal du futur à l'avant-garde du 21e siècle.
Plusieurs répertoires recensent la presse internationale, à commencer par l'excellent Les journaux sur le Web, tenu à jour par Gérald Verdon sur le site de Webdo. Il recense tous les sites web de quotidiens et magazines non spécialisés du monde entier, ainsi que les magazines électroniques et les chaînes ou les émissions de télévision.
AJR/NewsLink (AJR : American Journalism Review) propose des liens avec un grand nombre de journaux et magazines, associations de journalistes, ressources pour les journalistes, etc. Electronic Newstand offre des liens avec des centaines de magazines et permet aussi la recherche d'articles. Tenu à jour par Oxbridge Communications, MediaFinder gère des annuaires regroupant 90.000 magazines, lettres d'information, catalogues, périodiques, etc., et il est aussi fournisseur d'abonnements ou d'annonces publicitaires.
Plusieurs bibliothèques ont également créé des répertoires exhaustifs de la presse sur le Web, par exemple la section sur l'actualité, les médias et les périodiques créée par la Michigan Electronic Library (MEL).
5.3. La presse électronique
S'ils ont eux aussi commencé à circuler par le biais de services commerciaux tels que America On Line (AOL) ou CompuServe, les journaux électroniques ont connu un essor important lorsqu'ils ont été disponibles sur le Web.
Fondé en avril 1997 par deux journalistes français de la grande presse, Anna Alter et Max Casmurri, Le Petit Bouquet est le premier quotidien francophone exclusivement électronique. Un système d'abonnement gratuit permet à 25.000 francophones du monde entier de le recevoir quotidiennement.
ZazieWeb est une revue littéraire en ligne conçue et réalisée par Isabelle Aveline, avec un graphisme d'Olivier Cornu. Club des libraires multimédias, manifestations culturelles, atelier d'écriture et billets d'humeur, toute l'actualité du livre est présentée avec punch et humour.
Pagina, magazine hebdomadaire de l'édition, fait le point sur l'actualité littéraire. Magazine bilingue français-anglais, The (virtual) Baguette donne toutes sortes de nouvelles humoristiques sur le monde d'Internet.
Le Micro Bulletin Actu (LMB Actu) se présente comme "l'hebdomadaire Internet immatériel et francophone", et il est la référence dans le domaine des technologies de l'information. Diffusé gratuitement par messagerie électronique chaque jeudi matin, il est ensuite archivé sur le site web. Réalisé par la Délégation aux systèmes d'information du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), avec la collaboration de Tektonika, il complète la revue papier Le Micro Bulletin, destinée aux utilisateurs de l'informatique dans la recherche.
Très apprécié de toute la communauté francophone, l'excellent cybermagazine québécois Multimédium est le "quotidien des nouvelles technologies de l'information". Il présente l'actualité internationale à base d'articles courts renvoyant aux sources et à des informations complémentaires sur d'autres sites. Infos technos propose une sélection de revues informatiques francophones, complétée par quelques titres anglophones.
A la consternation de ses lecteurs, les Chroniques de Cybérie, bulletin hebdomadaire lui aussi très prisé des cybernautes francophones, avait dû cesser sa parution en octobre 1997 pour des raisons budgétaires. Pionniers dans ce domaine, Jean-Pierre Cloutier et Mychelle Tremblay ne pouvaient continuer sans un appui publicitaire qui ne s'est pas présenté: "Au Québec, […] les annonceurs des secteurs public et privé et les commanditaires ne sont pas au rendez-vous, du moins pour l'instant, pour assurer la viabilité du modèle économique d'une prétendue industrie québécoise du contenu sur les inforoutes."
Le 22 avril 1998, les Chroniques de Cybérie étaient de retour grâce à leur alliance avec le Webdo de Lausanne qui, pendant les deux semaines suivant leur publication, en détient l'exclusivité sur le site créé à cet effet. Elles rejoignent ensuite le site québécois initial, qui contient les archives et le répertoire actualisés, le moteur de recherche interne et la liste d'abonnement.
Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, Jean-Pierre Cloutier, auteur des
Chroniques, expliquait son parcours professionnel:
"Il y a deux choses ici, dans mon cas. D'abord une époque où j'étais traducteur (après avoir travaillé dans le domaine des communications). Je me suis branché à Internet à la demande de clients de ma petite entreprise de traduction car ça simplifiait l'envoi des textes à traduire et le retour des textes traduits. Assez rapidement, j'ai commencé à élargir mon bassin de clientèle et à avoir des contrats avec des clients américains. Puis, il y a eu carrément changement de profession, c'est-à-dire que j'ai mis de côté mes activités de traduction pour devenir chroniqueur. Au début, je le faisais à temps partiel, mais c'est rapidement devenu mon activité principale. C'était pour moi un retour au journalisme, mais de manière manifestement très différente. Au début, les Chroniques traitaient principalement des nouveautés (nouveaux sites, nouveaux logiciels). Mais graduellement on a davantage traité des questions de fond du réseau, puis débordé sur certains points d'actualité nationale et internationale dans le social, le politique et l'économique. Dans le premier cas, celui des questions de fond, c'est relativement simple car toutes les ressources (documents officiels, dépêches, commentaires, analyses) sont en ligne. On peut donc y mettre son grain de sel, citer, étendre l'analyse, pousser des recherches. Pour ce qui est de l'actualité, la sélection des sujets est tributaire des ressources disponibles, ce qui n'est pas toujours facile à dénicher. On se retrouve alors dans la même situation que la radio ou la télé, c'est-à-dire que s'il n'y a pas de clip audio ou d'images, une nouvelle même importante devient du coup moins attrayante sur le plan du médium."
Dans les titres anglophones, on peut citer par exemple News.Com, qui présente des articles détaillés et des dossiers spéciaux sur la micro-informatique et Internet. Près d'un million d'utilisateurs sont abonnés à la lettre d'information quotidienne, envoyée gratuitement par courrier électronique.
La presse électronique est répertoriée dans E.Journal, dont la base de données comprend les catégories suivantes: journaux universitaires, lettres d'information par messagerie électronique, magazines et journaux, journaux politiques, journaux imprimés, journaux par sujets, journaux sur le monde des affaires et autres ressources.
Créée par John Labovitz, la E-Zine-List répertorie 3.000 magazines électroniques. A l'origine, un e-zine - abrégé de fanzine ou magazine - était en général produit par une personne ou un petit groupe, et il était uniquement distribué par voie électronique. Le plus souvent, il ne contenait pas de publicité, ne visait pas un profit commercial et n'était pas dirigé vers une audience de masse.
Sur le site, John Labovitz explique qu'il a débuté la E-Zine-List durant l'été 1993. A l'origine, son intention était de faire connaître Crash, un zine imprimé pour lequel il souhaitait créer une version électronique. A la recherche de répertoires, il n'a trouvé que le groupe de discussion alt.zines, et des archives comme le WELL et ETEXT. Il eut alors l'idée d'un répertoire organisé. Il commença avec douze titres classés manuellement dans un éditeur de textes. Puis il écrivit sa propre base de données pour générer automatiquement le texte, les liens et les fichiers. En quatre ans, de 1993 à 1997, les quelques douzaines de zines sont devenus plusieurs centaines, et la signification même de zine s'est élargie puisque le terme recouvre maintenant tout type de publication publiée par voie électronique. John Labovitz constate cependant qu' "il subsiste toujours la frange originale et indépendante qui continue de publier suivant leur coeur ou de repousser les frontières de ce que nous appelons un zine".
5.4. L'avenir de la presse en ligne
Selon Henri Pigeat, président de l'Institut international des communications (cité dans Cyberplanète: notre vie en temps virtuel), "l'édition électronique représente un axe majeur de développement pour la presse". D'après lui, le Web remplit trois fonctions principales: il est un outil de promotion pour le journal parce qu'il attire de nouveaux lecteurs, souvent plus jeunes, il offre plus de précisions et d'exhaustivité que sur un support papier limité par la place, et enfin il "permet d'occuper le terrain, notamment face à la concurrence de services en ligne nouveaux ou de la télévision".
La vitesse de croisière va-t-elle remplacer la folle expansion de ces quatre dernières années? C'est ce que pense Eric K. Meyer, qui analyse la présence des journaux sur le Web dans un article très documenté de l'AJR/NewsLink (AJR: American Journalism Review).
En décembre 1997, le nombre de journaux publiant sur le Net était de 3.622, un chiffre correspondant à peu près à la prévision de 4.000 titres donnée par l'AJR/NewsLink en 1994. Les six mois précédents (juin-décembre 1997) avaient vu l'apparition de 1.702 nouveaux titres. 594 titres avaient vu le jour entre décembre 1996 et mai 1997, contre 471 titres pour les six mois précédents. 1.563 journaux en ligne étaient basés hors des Etats-Unis, ce qui représentait un pourcentage de 43%, alors que ce pourcentage était seulement de 29% un an auparavant. La forte augmentation de ce pourcentage correspondait à un développement rapide des journaux en ligne, notamment au Canada, au Royaume-Uni, en Norvège, au Brésil et en Allemagne. Fait non surprenant, les trois pays les plus représentés étaient les Etats-Unis (2.099 journaux), le Royaume-Uni (294 journaux) et le Canada (230 journaux).
En septembre 1998, le nombre de journaux publiant sur le Net était de 4.925, soit 1.300 titres de plus que fin 1997. Le site annonçait aussi la réactualisation des statistiques données dans l'article de décembre 1997, mais ces nouveaux chiffres n'étaient pas encore disponibles en décembre 1998.
Un autre élément nouveau dû au Web est la collaboration entre grands groupes de presse traditionnellement concurrents. Site rédactionnel commun qui a duré plus d'un an, entre février 1997 et mars 1998, NewsWorks proposait un service d'information quotidien géré par le News Century Network, qui regroupait neuf des plus grands groupes de presse des Etats-Unis: Advance Publications, Cox Newspapers, The Gannett Company, The Hearst Corporation, Knight-Ridder Inc., The New York Times Company, Times Mirror, The Tribune Company et The Washington Post Company, soit 140 titres à eux tous. La mésentente et le manque de cohésion entre les partenaires ont eu raison de cette alliance le 10 mars 1998. Même si le partenariat semble difficile, le fait que le Web ouvre la voie à une collaboration étroite entre différents groupes de presse pour proposer des serveurs d'information multinationaux et multilingues est un élément nouveau qui va profondément bouleverser les us et coutumes.
Un nouveau type de presse débute. Dans un article de Libération daté du 21 mars 1997, Laurent Mauriac insistait sur l'importance de la date du 28 février 1997 dans l'histoire de la presse, du journalisme et d'Internet. A 15 h 15, le Dallas Morning News, l'un des dix grands quotidiens américains, livrait en ligne une information exclusive: la reconnaisance de sa culpabilité par Timothy McVeigh, le principal suspect de l'attentat d'Oklahoma City. Pour la première fois, une information exclusive n'était pas livrée par une édition imprimée mais par une édition en ligne. Elle renversait les rapports d'un journal avec son site web, puisque, jusque là, l'édition en ligne se contentait d'être une copie de l'édition imprimée.
Moins d'un an après, le mécanisme était au point. Dans Libération du 30 janvier 1998, Pierre Briançon expliquait que le scandale provoqué par les relations sexuelles de Bill Clinton, président des Etats-Unis, avec Monika Lewinski, ancienne stagiaire à la Maison Blanche, était "le premier grand événement politique dont tous les détails sont instantanément reproduits sur le Web". Tous les grands médias d'information ont constitué une page web spéciale consacrée au scandale. "Pour la première fois, le Web apparaît ainsi comme un concurrent direct et brutal, non seulement des journaux - handicapés par leur périodicité - mais des radios ou télévisions."
Comme ces deux exemples le montrent, l'implantation du Web dans la presse, et inversement, a créé un nouveau type de presse en ligne, qui offre une information presque instantanée, ou en tout cas encore plus rapide que celle donnée par la télévision ou la radio. L'information est également beaucoup plus complète grâce à la possibilité de multiples hyperliens vers d'autres sources d'information et documents en tous genres.
Dans un entretien avec le magazine multimédia allemand Com! publié dans le numéro de mars 1998 (et relaté dans la dépêche AFP du 19 février 1998), Hermann Meyn, président du Deutscher Journalisten Verband (Fédération des journalistes allemands), proposait d'établir un code de déontologie professionnelle à l'intention des journalistes sur Internet afin d'éviter les dérapages vus lors de l'affaire Clinton-Lewinsky.
"Un tel code est nécessaire car le flux d'informations est beaucoup plus rapide sur Internet que dans les médias classiques, et 'les rumeurs et les fausses nouvelles se répandent beaucoup plus vite', a-t-il expliqué. […] Soulignant que des lois nationales ne suffiraient pas à combattre cette tendance sur le réseau informatique mondial qu'est Internet, il a jugé 'beaucoup plus sensé' d'établir un code de l'honneur pour les journalistes."
Dans la Tribune de Genève du 28 février-1er mars 1998, Antoine Maurice présentait les mutations technologiques ayant affecté le monde de la presse durant ces vingt dernières années: impression offset, photocomposition, informatisation progressive des rédactions et des opérations de production des journaux. La fin des années quatre-vingt voit "des rédactions complètement informatisées et dépourvues de papier - le tout écran - complètement en réseau et en flux immatériel de production, complètement détachées et détachables des lieux d'impression".
Nombre de métiers ont disparu. Les journalistes doivent maintenant compter avec des secrétaires de rédaction qui traitent les textes puis montent les pages sur écran, et avec des ingénieurs qui contribuent eux-aussi à la définition de l'information puisqu'ils réglementent les modalités du travail. Les techniciens de l'information et ceux qui l'écrivent sont tous deux "journalistes de plein droit, puisque des metteurs en page sur ordinateur sont autant responsables du contenu du journal que des rédacteurs". Les journalistes doivent aussi compter avec la concurrence d'Internet qui véhicule un très grand nombre d'informations et qui "court-circuite en partie le pouvoir d'informer, privilège jusque-là d'un milieu médiatique qui se serait bien passé de cette concurrence".
La convergence multimédia peut être définie comme la convergence des secteurs de l'informatique, du téléphone et de la radiotélévision dans une industrie de la communication et de la distribution utilisant les mêmes autoroutes de l'information. Si, dans certains secteurs, ce phénomène a récemment entraîné de nouveaux emplois, par exemple ceux liés à la production de films ou de produits audio-visuels, d'autres secteurs sont soumis à d'inquiétantes restructurations. Lors du Colloque sur la convergence multimédia organisé les 27-29 janvier 1997 à Genève par l'Organisation internationale du Travail (OIT), plusieurs interventions étaient particulièrement intéressantes, et elles sont toujours d'actualité.
Bernie Lunzer, secrétaire trésorier de la Newspaper Guild (Etats-Unis), était l'intervenant le plus pessimiste sur la rentabilité de la presse sur le Web. D'après lui, les espoirs de rentabilité, d'abord fondés sur les placards publicitaires, se sont ensuite reportés sur les petites annonces, sans garantie de succès jusque-là. L'instauration de l'abonnement payant sur le Web semble également voué à l'échec, parce qu'il prive le site d'une grande partie de son trafic. Bernie Lunzer insistait également sur les batailles juridiques faisant rage sur les problèmes de propriété intellectuelle. Ces batailles visent notamment à contrer l'attitude des directeurs de publications, qui amènent les écrivains indépendants à signer des contrats particulièrement choquants cédant tous leurs droits au directeur de la publication, avec une contrepartie financière ridicule.
Heinz-Uwe Rübenach, du Bundesverband Deutscher Zeitungsverleger (Association allemande de directeurs de journaux), ne pensait pas que, dans un proche avenir, les journaux puissent être évincés par les services de presse en ligne. Par contre ceux-ci concurrencent déjà la presse traditionnelle dans le domaine des annonces immobilières ou des offres d'emploi. Si un lecteur veut acheter des billets pour des manifestations exceptionnelles par exemple, le service en ligne est plus adapté que le journal parce qu'il permet la commande directe des billets et une mise à jour constante des informations. Tout comme Bernie Lunzer, Heinz-Uwe Rübenach insistait lui aussi sur la nécessité financière pour les entreprises de presse de gérer et de contrôler l'utilisation sur le Web des articles de leurs journalistes, afin de constituer les fonds nécessaires pour continuer à investir dans ce type de technologie.