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Décadence et grandeur cover

Décadence et grandeur

Chapter 10: IX
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About This Book

The narrative follows Horace Planchet, a bank employee whose eccentric pastimes — organizing snail races and devising a numerical system for the casino game boule — lead him from a stifling office routine toward an impulsive journey to test his scheme. Balancing comic obsession, petty debts, and modest family support, the story unfolds in episodic scenes that satirize small‑bourgeois ambitions, gambling rationalizations, and the gap between fantasy and everyday work. Witty observation and light irony punctuate character interactions and domestic details, producing a sequence of humorous vignettes that examine human vanity, resourcefulness, and the pursuit of quick fortune.

 

O surprise ! Une vache, une vraie vache, là-bas, à l’ombre, derrière ce buisson ! Un bout de corde attache la bête à une racine. La personne qui accompagne dans le monde cette notabilité bovine s’est éloignée on ne sait où…

Traire les vaches, c’est du rayon de Catherine, et ça ne regarde pas la direction des grandes affaires (chef de service : M. Horace Planchet). Le litre en main, agenouillée auprès de la généreuse ruminante, Catherine voit avec satisfaction le blanc niveau s’élever dans la bouteille.

Ce lait est une pure merveille. Ils se passent la bouteille et boivent à la régalade, chacun sa gorgée : distribution équitable et polie, sans sacrifice de part ni d’autre.

Cependant, cet excellent lait une fois bu, M. Planchet s’avise qu’il faudrait le payer. Il a encore sur lui deux francs.

Mais où est la caisse ? Le vacher ou la vachère restent invisibles… M. Planchet pourrait déposer à terre, à côté de la bête passive, sa pièce de quarante sous. Hélas ! c’est toute sa fortune… D’autre part, il ne s’est jamais, au cours d’une existence parfois difficile, rendu coupable du délit de grivèlerie… Bien sûr, il doit à l’hôtel de Bront-les-Eaux une quarantaine de francs… Mais, tôt ou tard, il trouvera moyen de régler cette petite dette, que divers cas de force majeure l’ont empêché d’acquitter.

— Il faut tout de même payer ce lait, répète-t-il, à l’étonnement de Catherine…

En fouillant à nouveau dans son gousset, il sent un petit morceau de papier roulé… C’est un timbre… Un timbre-poste de vingt-cinq centimes… Sans hésiter, il le colle sur le flanc de la vache. Puis il s’éloigne, la conscience tranquille, suivi de Catherine qui n’en revient pas…

C’est à compter de ce moment que la jeune campagnarde commence à le regarder avec respect, comme un individu d’une autre condition, un monsieur peut-être, enfin un être pourvu de scrupules de luxe…

Mais cette déférence muette de Catherine n’augmente en aucune façon la situation matérielle de M. Planchet. Quand ils font leur entrée dans Belfort, le patrimoine dudit Horace ne s’est pas accru d’un centime. Par exemple, l’appétit de ces deux jeunes gens ne s’atténue pas… Le jeton de deux francs est entamé pour acheter du pain et du fromage, qu’ils vont manger sur un banc d’une promenade publique, réfectoire sans tralala, qui menace, sauf variation subite de la fortune, de devenir également leur chambre à coucher.