FEU.
| Orth. vic. | Feue la reine. | |
| La feu reine. | ||
| Orth. corr. | Feu la reine. | |
| La feue reine. | ||
«Ce mot n’a point de pluriel, et même il n’a pas de féminin lorsqu’il est placé avant l’article ou avant le pronom personnel.» (Acad.) Feu ma tante, ma feue tante.
FIBRE.
| Locut. vic. | De longs fibres. |
| Locut. corr. | De longues fibres. |
Le genre de ce substantif, resté long-temps douteux, ne l’est plus aujourd’hui. Le féminin a prévalu.
FILS.
| Locut. vic. | Le fils Durand est parti. |
| Locut. corr. | Durand fils est parti. |
Le père Michaud, la mère Roger, sont des personnes d’un âge mûr, qu’on nomme ainsi seulement à cause de leur âge, et qui peuvent ne pas avoir d’enfans. Michaud père, madame Roger mère, sont vraiment un père et une mère, et si l’on ajoute à leurs noms ces mots père et mère, c’est afin de les distinguer de leurs enfans. C’est par analogie avec ces deux dernières locutions que l’on doit dire Durand fils, puisque fils est ici un véritable titre de relation, qui ne peut recevoir l’acception détournée qu’on attribue aux mots père et mère dans ces locutions, le père Michaud, la mère Roger.
Prononcez fi partout ailleurs que devant un mot commençant par une voyelle. Dites un fi reconnaissant et un fi zingrat.
FIXER.
| Locut. vic. | Vous le fixez assez long-temps pour le reconnaître. |
| Locut. corr. | Vous le regardez assez long-temps pour le reconnaître. |
Si ce verbe, dans le sens de regarder fixement, n’est pas reçu dans la langue, ce n’est cependant pas un de ces mots que frappe une réprobation universelle. Les grammairiens n’en veulent pas, il est vrai, mais en revanche il compte dans la littérature quelques protecteurs, au nombre desquels nous citerons Crébillon fils, Fréron, madame de Genlis, Delille, etc. M. Charles Nodier, qui assure que cent autres auteurs s’en sont servis, a voulu aussi prêter son patronage à ce verbe que l’Académie a toujours repoussé jusqu’à présent, et qui ne nous paraît réellement pas avoir des droits suffisans pour être admis dans la langue. Et cependant, comme le dit M. Ch. Nodier, il est certain que cette acception nouvelle du verbe fixer ne manque pas d’énergie.
Voltaire dit à ce sujet (Quest. Encyclop.): «Quelques Gascons hasardèrent de dire: j’ai fixé cette dame, pour je l’ai regardée fixement, j’ai fixé mes yeux sur elle. De là est venue la mode de dire fixer une personne. Alors vous ne savez point si on entend par ce mot: j’ai rendu cette personne moins volage, ou je l’ai observée, j’ai fixé mes regards sur elle. Voilà une nouvelle source d’équivoques;» et voilà pourquoi, ajouterons-nous, il est nécessaire de bannir cette expression.
FLAMME.
Ce mot, comme celui de feu, dans le sens d’amour, est devenu si trivial, qu’on ne l’entend guère maintenant sans éprouver quelque envie de rire. Comment se fait-il que nos poètes modernes s’en servent encore si souvent?
Supposez (et la supposition ne doit pas coûter beaucoup) qu’un acteur un peu froid ait souvent à débiter cette chaleureuse expression de flamme, variée de temps en temps par celle de feu, qui n’est pas moins chaude, et l’effet de ce contraste sera certainement tel, que si vous, auteur, vous n’avez pas eu le dessein d’exciter l’hilarité, vous aurez obtenu un résultat fort opposé à celui que vous vous promettiez.
FLANQUETTE.
| Locut. vic. | C’est à la bonne flanquette. |
| Locut. corr. | C’est à la bonne franquette. |
Il est aisé de voir que franquette a pour racine le mot franc; à la bonne franquette signifie donc: tout franchement; flanquette ne signifierait rien.
FIN.
| Locut. vic. | Prenez cette bille fine. |
| Locut. corr. | Prenez cette bille fin. |
Fin est ici un adverbe, comme l’est le mot dru dans ces phrases: les balles tombent dru, ces blés sont semés dru. Fin et dru ne qualifient pas les substantifs, ils modifient les verbes, et signifient conséquemment avec finesse, d’une manière drue.
FLANQUÉ.
| Locut. vic. | Il m’a flaqué un coup de poing. | |
| Il m’a flanqué de l’eau sur la tête. | ||
| Locut. corr. | Il m’a flanqué un coup de poing. | |
| Il m’a flaqué de l’eau sur la tête. | ||
Pourquoi l’Académie décide-t-elle qu’on ne doit pas dire: flanquer un soufflet, mais flaquer un soufflet? Cette locution se trouve non seulement dans le Dictionnaire de Trévoux, il lui a flanqué un bon soufflet, un coup de pied, mais encore dans plusieurs dictionnaires, et notamment dans celui des onomatopées de M. Charles Nodier. «Du bruit d’un coup violent, dit-il, le peuple a fait le mot factice flan pour le représenter, et le verbe flanquer pour donner un coup dont le son est exprimé par flan.»
Flaquer, ne peut s’employer que pour signifier jeter, appliquer avec vivacité un liquide contre quelqu’un ou contre quelque chose, comme on peut le voir par cet exemple tiré de Labruyère: «S’il trouve qu’on lui a donné trop de vin, il en flaque plus de la moitié au visage de celui qui est à sa droite, et boit le reste tranquillement.»
Flanquer signifie appliquer avec force un corps solide sur un autre, comme flanquer un soufflet, un coup de pied, un coup de poing.—Flaquer vient de l’onomatopée flac; flanquer de l’onomatopée flan.
FLEUR D’ORANGE.
| Locut. vic. | Un bouquet de fleur d’orange. | |
| Boire de la fleur d’orange. | ||
| Locut. corr. | Un bouquet de fleurs d’oranger. | |
| Boire de la fleur d’oranger. | ||
Il faut dire fleur d’oranger, en parlant de fleur de l’arbre nommé oranger, puisque l’on dit fleur d’abricotier, fleur de prunier, fleur de cerisier, etc.; il faut encore dire fleur d’oranger en parlant de la liqueur connue sous le nom de fleur d’orange, puisque cette liqueur se fait avec la fleur de l’oranger et non avec l’orange.
Nous mettons un s à cette locution un bouquet de fleurs d’oranger, parce que, selon la remarque d’un grammairien, un bouquet étant composé de plusieurs fleurs, ce mot doit être suivi d’un pluriel.
FLEUR, FLEURER.
| Locut. vic. | Ce chien n’a pas de fleur. | |
| Ce chien a fleuré le gibier. | ||
| Locut. corr. | Ce chien n’a pas de flair. | |
| Ce chien a flairé le gibier. | ||
—Fleur, dans l’acception qu’on lui trouve ici, est un barbarisme.
—On employait indifféremment, il y a moins d’un siècle, fleurer pour flairer et flairer pour fleurer. La différence entre ces deux verbes est maintenant bien établie; flairer, c’est aspirer une odeur, flairez cette rose; fleurer, c’est au contraire l’exhaler, cela fleure comme baume. On flaire enfin ce qui fleure.
FLEURAISON.
| Locut. vic. | La gelée a retardé la fleuraison. |
| Locut. corr. | La gelée a retardé la floraison. |
«Quelques jardiniers prononcent fleuraison; mais le mot français est floraison.» (Rem. sur le Dict. de l’Acad.)
L’Académie (1802) donne aussi floraison, mais en renvoyant à fleuraison.
FLEURIR.
| Locut. vic. | Le commerce fleurissait. | |
| Cet arbre florissait au printemps. | ||
| L’empire est fleurissant. | ||
| Voyez ces florissantes prairies. | ||
| Locut. corr. | Le commerce florissait. | |
| Cet arbre fleurissait au printemps. | ||
| L’empire est florissant. | ||
| Voyez ces fleurissantes prairies. | ||
Au propre, le verbe fleurir est régulier dans tous ses temps; au figuré, il a l’imparfait de l’indicatif et le participe présent irréguliers, il florissait, florissant, malgré quelques exemples contraires trouvés dans certains auteurs.
FOIS.
| Locut. vic. | La fois que vous êtes venu me voir. | |
| Les fois que nous avons joué ensemble. | ||
| La fois précédente nous l’avions vu. | ||
| Locut. corr. | Cette fois que vous êtes venu me voir. | |
| Toutes les fois que nous avons joué ensemble. | ||
| La précédente fois nous l’avions vu. | ||
Le substantif fois ne peut jamais être employé avec l’article, sans qu’il y ait un adjectif entre ces deux mots. L’adjectif tout est le seul qui ne se mette pas à cette place. On le met devant l’article.—Les phrases suivantes doivent donc être condamnées: songez aux fois où il vous a battu. Je suis des fois obligé de me fâcher. Il faut: Songez aux nombreuses fois où il vous a battu. Je suis certaines fois obligé de me fâcher.
FOND, FONDS.
| Orthog. vic. | La pièce d’or tomba au fonds du puits. | |
| Voici un beau fond de commerce. | ||
| Orthog. corr. | La pièce d’or tomba au fond du puits. | |
| Voici un beau fonds de commerce. | ||
«Fond et fonds sont deux choses différentes: le premier est le fundum des Latins, c’est la partie la plus basse de ce qui contient ou peut contenir quelque chose, le fond d’un tonneau, d’un sac, etc.; l’autre est le fundus des Latins. Dans le propre, c’est la terre qui produit les fruits; dans le figuré c’est tout ce qui rapporte du profit: fonds de terre, faire fonds sur; etc.» (Féraud, Dict. crit.)
Ménage, Th. Corneille et Dumarsais, dédaignant cette distinction, veulent qu’on écrive fond sans s dans tous les cas possibles. Cette opinion nous paraît assez raisonnable; et nous sommes persuadé qu’elle sera un jour adoptée; mais nous devons, en attendant, prévenir le lecteur que l’orthographe indiquée par Féraud est encore aujourd’hui généralement suivie.
FORMES.
| Locut. vic. | Cet homme a les formes rudes. |
| Locut. corr. | Cet homme a les manières rudes. |
Formes, dans le sens qu’on lui voit ici, est un néologisme inutile et ridicule que nos lexicographes ont fort bien fait de ne pas accueillir. Qui pourrait garder son sérieux en entendant une dame dire d’un homme: Ce Monsieur a les formes polies? Moins on fournit d’aliment aux jeux de mots, plus on embellit une langue.
FORT.
| Locut. vic. | Cette femme se fait forte d’obtenir sa grâce. | |
| C’est un fort homme. | ||
| Locut. corr. | Cette femme se fait fort d’obtenir sa grâce. | |
| C’est un homme fort. | ||
—Dans le verbe composé se faire fort, fort doit rester invariable parce que c’est un adverbe.
—Fort, adjectif ne doit pas se placer devant le substantif homme, car il faudrait alors ou prononcer le t, ce qui serait fort désagréable à l’oreille et ferait croire qu’il est question d’un fort volume (fort tome) ou ne pas le prononcer, et dire en ce cas for homme, ce qui ferait penser au forum des Romains. Le mieux est donc de placer homme avant fort.
FORT DE.
| Locut. vic. | Fort de son droit, il a intenté le procès. |
| Locut. corr. | Sûr de son droit, il a intenté le procès. |
Voici une expression fort en vogue aujourd’hui, mais si l’on en croit quelques critiques, dont nous partageons au reste le sentiment, il vaudrait beaucoup mieux ne pas s’en servir. M. Laveaux, (Dict. des diff.) tolère l’emploi de fort de dans la conversation seulement, et M. Ch. Nodier (Examen crit. des Dict.), le traite de «locution emphatique qui a passé du néologisme du barreau au néologisme des brochures, des journaux et de la tribune. Notre temps, ajoute-t-il, est celui des discours forts de choses, et il n’est personne entre nous qui n’ait eu le bonheur d’entendre quelque part des avocats forts de la vérité de leurs moyens, et des orateurs forts de la pureté de leur conscience. Ce style n’est pas fort.»
Cent ans avant M. Nodier, l’abbé Desfontaines avait aussi signalé cette expression comme un néologisme, et en citant ces deux phrases: voilà qui est fort de café, cette liqueur est forte d’eau-de-vie, il avait ajouté ironiquement: On peut dire que le style de cet auteur est fort d’esprit.
FORTUNÉ.
| Locut. vic. | Ce luxe convient aux gens fortunés. |
| Locut. corr. | Ce luxe convient aux gens riches. |
«Bien traité de la fortune ou du sort; et comme cela signifie riche, dans la logique du peuple, un homme fortuné signifie nécessairement un homme riche dans sa grammaire. C’est un barbarisme très-commun dans la langue, et qui provient d’une erreur très-commune dans la morale.» (Ch. Nodier, Examen critique des Dict.)
Le Dictionnaire des quatre professeurs tolère, dans le genre familier, l’emploi de fortuné pour riche. Nous n’aimons pas cette tolérance. Qu’on se serve dans le style négligé d’expressions qui ne seraient pas assez élégantes pour un style soutenu, rien de plus naturel; mais qu’on puisse se permettre des barbarismes dans certains cas, c’est une doctrine qui nous semble, en vérité, quelque peu absurde.
FOSSAYEUR.
| Locut. vic. | C’est un fossayeur. |
| Locut. corr. | C’est un fossoyeur. |
On dit aussi fossoyer et non fossayer.
FOUCADE.
| Locut. vic. | Je le reconnais à cette foucade. |
| Locut. corr. | Je le reconnais à cette fougade. |
Une fougade, dit l’Académie, est une espèce de petite mine. La fougade joua et fit sauter les soldats. C’est par allusion à cette mine, qu’on nomme probablement fougade un accès de gaieté, de colère, de tristesse, qui vient à quelqu’un subitement et comme par explosion.
Le Dictionnaire de Trévoux donne aussi foucade, mais il renvoie à fougade.—Fougade appartient à la famille de fougue.
FOUDRE.
| Locut. vic. | Le foudre de l’Éternel l’écrasa. | |
| Les foudres de l’Église sont souvent impuissantes. | ||
| Locut. corr. | La foudre de l’Éternel l’écrasa. | |
| Les foudres de l’Église sont souvent impuissans. | ||
Foudre est ordinairement féminin au propre, et masculin au figuré. L’inobservation de cette règle ne se trouve guère que chez les poètes, dont la liberté d’expression va, comme on le sait, jusqu’à la licence, et qu’il ne faut pas généralement choisir pour guides dans la carrière grammaticale, quand on craint de s’égarer.
FOUET.
| Locut. vic. | Vous aurez le foua. | |
| On l’a fouaté. | ||
| Locut. corr. | Vous aurez le fouè. | |
| On l’a fouèté. | ||
L’usage, nous le reconnaissons, veut que l’on prononce foua, mais comme il veut aussi que l’on prononce fouèter, et qu’il y a ici une contradiction choquante, nous croyons, pour la faire disparaître, devoir adopter le sentiment de Wailly, de Féraud et de plusieurs autres grammairiens, qui auront sans doute pensé que les deux lettres et prenant le son de l’a, étaient une anomalie à l’introduction de laquelle il fallait s’opposer.
FRAICHE (A LA).
| Locut. vic. | Nous marcherons à la fraîche. |
| Locut. corr. | Nous marcherons au frais. |
A la fraîche est un barbarisme de marchand de coco.
FRANC.
| Locut. vic. | J’ai reçu votre lettre franc de port. | |
| L’ordre de la franc-maçonnerie. | ||
| Locut. corr. | J’ai reçu votre lettre franche de port. | |
| L’ordre de la franche-maçonnerie. | ||
L’adjectif franc est fort souvent employé sans aucun égard pour la règle de l’accord, et nous sommes étonné de voir que les grammairiens ne se soient pas plus occupés de relever cette faute. Il est cependant bien évident qu’une lettre ne peut être franc de port, mais franche de port, et que, dans le mot composé franche-maçonnerie, il est tout aussi nécessaire de mettre l’adjectif franc au féminin, parce qu’il qualifie un substantif féminin, qu’il l’est de mettre ce même adjectif au masculin pluriel, quand on dit les francs-maçons, parce que c’est à un substantif masculin pluriel qu’il se rapporte ici.
FRANCHIPANE.
| Locut. vic. | Aimez-vous la franchipane? |
| Locut. corr. | Aimez-vous la frangipane? |
Un marquis de Frangipani inventa, il y a quelques siècles, un parfum qui prit son nom, et dont la mode s’empara bientôt pour en saturer les gants des fashionables. Ce parfum entra ensuite dans la composition d’une espèce de pâtisserie qui est encore fort connue aujourd’hui.
FROID (PRENDRE).
| Locut. vic. | Prenez garde de prendre froid. |
| Locut. corr. | Prenez garde d’avoir froid. |
Cette expression, que nous n’avons pas trouvée dans nos bons auteurs, est principalement employée par les méridionaux.
On lit dans M. Defauconpret: «En leur exprimant son inquiétude qu’ils n’eussent pris froid.» (Fiancée de Lammmermoor, ch. XIII.) Il fallait: qu’ils n’eussent eu froid.
FROIDIR.
| Locut. vic. | Laissez froidir votre bouillon. |
| Locut. corr. | Laissez refroidir votre bouillon. |
«Froidir, né barbarisme, demeure barbarisme et mourra barbarisme.» (Rem. sur le Dict. de l’Acad.)
FROIDUREUX.
| Locut. vic. | Il est bien froidureux. |
| Locut. corr. | Il est bien frileux. |
«Froidureux est un barbarisme.» (Rem. sur le Dict. de l’Acad.)
GARANT.
| Locut. vic. | Cette dame sera garant de ma parole. |
| Locut. corr. | Cette dame sera garante de ma parole. |
M. Chapsal prétend que le substantif garant ne prend jamais le signe du féminin. Il est dans l’erreur. On lit dans le Dictionnaire de l’Académie cette phrase: la Suède s’est rendue garante du traité, précédée de cette remarque «dans le style de négociation quelques-uns ont employé garante au féminin.»
Rien, selon nous, n’est plus ridicule que ces distinctions capricieuses introduites par l’usage, et, dans le désir de contribuer à les faire disparaître, nous engageons beaucoup à donner ou à refuser (et surtout à donner) dans tous les cas possibles, au mot garant, la terminaison féminine.
GARE.
| Locut. vic. | Gare de devant. |
| Locut. corr. | Gare devant. |
Féraud dit gare de devant! L’Académie gare devant! Nous croyons cette dernière locution plus conforme à l’usage et à la grammaire. Gare est l’impératif du verbe garer; ainsi gare devant, gare derrière, sont mis pour (qu’on se) gare devant (moi); (qu’on se) gare derrière (moi). De ne peut s’employer avec le verbe garer que devant un nom de personne ou de chose à éviter: garez-le de sa colère; garez-vous des voitures; il faut se garer des fous.
GARNISAIRE.
| Prononc. vic. | Il a des garnissaires chez lui. |
| Prononc. corr. | Il a des garnizaires chez lui. |
L’analogie de ce mot avec garnison peut servir à en constater la prononciation.
GASTRIQUE.
| Locut. vic. | Il est malade d’une gastrique. |
| Locut. corr. | Il est malade d’une gastrite. |
Gastrique est un adjectif dont la signification est: qui appartient à l’estomac. Gastrite est un substantif qui veut dire: inflammation de l’estomac.
GATER.
| Locut. vic. | Il est allé gâter de l’eau. |
| Locut. corr. | Il est allé uriner. |
Gâter ne signifie pas répandre, et de l’urine n’est pas de l’eau. Le mot dont on se doit servir ici, le mot propre enfin, c’est uriner. Avant de songer à contenter la sotte susceptibilité d’une décence quintessenciée, il faut au moins songer à ne pas choquer le bon sens.
GAVIOT.
| Locut. vic. | Il en a plein le gaviot. |
| Locut. corr. | Il en a plein le gavion. |
Gavion est un mot assez trivial, employé pour signifier le gosier; mais comme plusieurs dictionnaires, celui de l’Académie entre autres, ont cru devoir l’accueillir, et qu’il appartient maintenant à la langue écrite, nous ne pouvons nous dispenser d’en indiquer la véritable orthographe.
GÉANE.
| Locut. vic. | C’est un géane. |
| Locut. corr. | C’est une géante. |
Le féminin de l’adjectif terminé en ant se forme en ajoutant un e muet au masculin. Béant, béante, bienséant, bienséante, etc.; géant doit donc faire au féminin géante.
GÉNIE.
| Locut. vic. | Il est officier d’artillerie ou de génie. |
| Locut. corr. | Il est officier d’artillerie ou du génie. |
Il est bien clair, puisqu’on dit un soldat, un officier d’artillerie, de marine, de cavalerie, etc., qu’on devrait dire, par analogie, un soldat, un officier de génie, et non du génie; mais, comme d’un autre côté, il est bien prouvé que tous les hommes appartenant à l’arme du génie ne sont malheureusement pas, et ne peuvent même pas être tous des hommes de génie, on a senti qu’il était nécessaire d’établir une différence entre des expressions qui rendaient des idées différentes. De là vient qu’on dit un officier du génie pour dire un officier qui appartient au corps du génie, et un officier de génie, pour dire un officier qui est doué de génie.
GENS.
| Locut. vic. | Les vieilles gens sont soupçonneuses. |
| Locut. corr. | Les vieilles gens sont soupçonneux. |
«Le substantif gens demande l’adjectif qui le précède au féminin, et au masculin l’adjectif qui le suit.
«Quand un adjectif de tout genre précède le mot gens, on met tous au masculin. Tous les honnêtes gens; tous les habiles gens. Lorsqu’un adjectif à terminaison féminine précède le substantif gens, on met toutes: toutes les vieilles gens; toutes les mauvaises gens.
«Qu’on ne pense pas, avec un grammairien, que ces irrégularités constituent en partie la beauté des langues; ce sont, au contraire, des taches, qu’un usage bizarre a rendues ineffaçables.»
(Chapsal, Nouv. Dict. gramm.)
GENTE.
| Locut. vic. | La gente irritable des poètes. |
| Locut. corr. | La gent irritable des poètes. |
Gente n’est français que comme féminin de gent, (joli.)
Il y a donc une faute dans cette phrase: «mais la gente dévote ne veut y croire, etc.» pour dire: mais les dévots ne veulent y croire. (Gaz. des Trib. 31 janv. 1834.) Cette phrase serait bonne si l’on avait voulu dire la gentille dévote, ce qui ne peut pas être, d’après le sens de la phrase entière.
GÉROMÉ.
| Locut. vic. | Du fromage de Géromé. |
| Locut. corr. | Du fromage de Gérardmer. |
Gérardmer est un bourg des Vosges (arrondissement de St-Dié), renommé pour ses fromages.
GÉROMIUM.
| Locut. vic. | J’aime l’odeur du géromium. |
| Locut. corr. | J’aime l’odeur du géranium. |
On prononce géraniome.
GESTION (Voy. DIGESTION).
GIBELOTTE (Voy. CIVET).
GIFFLE (Voy. CALOTTE).
GIGIER, GÉGIER.
| Locut. vic. | Un gigier, un gégier de poulet. |
| Locut. corr. | Un gésier de poulet. |
Gésier est, selon Ménage, une corruption de gigier. Ce mot, ajoute-t-il, vient de gigerium. Gigeria, intestina gallinarum. (Nonius Marcellus.) L’usage veut maintenant qu’on dise gésier, en dépit de l’étymologie.
GISSANT.
| Orth. vic. | On le trouva gissant sur la terre. |
| Orth. corr. | On le trouva gisant sur la terre. |
Le vieux verbe gir ou gésir n’est plus employé maintenant que dans les temps et personnes qui suivent: il gît, nous gisons, ils gisent, il gisait, gisant, qu’on écrit avec un seul s, mais qu’on prononce, dit la Grammaire des Grammaires, comme s’il y en avait deux.
GLISSADE.
| Locut. vic. | Un ruisseau gelé leur fournit une glissade. |
| Locut. corr. | Un ruisseau gelé leur fournit une glissoire. |
L’action de glisser est une glissade; un chemin frayé sur la glace, pour y faire des glissades, est une glissoire.
GLISSER.
| Locut. vic. | Comme le pavé glisse aujourd’hui! |
| Locut. corr. | Comme le pavé est glissant aujourd’hui! |
Le pavé est certainement trop bien retenu dans son encaissement pour qu’il puisse glisser; c’est donc nous qui glissons.
GODRON.
| Locut. vic. | Cela sent le godron. |
| Locut. corr. | Cela sent le goudron. |
Des godrons sont des plis ronds qu’on fait aux jabots, aux manchettes, aux coiffures des femmes, ou des façons qu’on fait aux bords de la vaisselle d’argent, vaisselle à gros godrons, à petits godrons, et aux ouvrages de menuiserie et de sculpture.
Du goudron est une espèce de poix, servant principalement à calfater les vaisseaux.
Il y a, comme on voit, assez de différence entre ces deux mots pour qu’on ne doive pas les confondre.
GRACE.
| Locut. vic. | Vous l’avez obtenu, grâces à moi. |
| Locut. corr. | Vous l’avez obtenu, grâce à moi. |
L’Académie, dans ces locutions grâce à Dieu, grâce à vos soins, etc., ne met point de s; elle en met un lorsque le substantif grâce est précédé du verbe rendre, rendre grâces. Nous croyons qu’on peut fort bien s’en dispenser.