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Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Chapter 730: QUART.
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About This Book

An alphabetical critical dictionary that identifies and explains incorrect or contested French usages, providing corrected forms, concise commentary, and illustrative examples. Designed for readability by non-specialists, it purposely complements denser treatises by focusing on frequently observed faults of grammar, orthography, and idiom and on when popular practice diverges from prescriptive norms. Entries offer quick judgments about acceptability, note instances where official or literary usage differs from common speech, and aim to spare readers long searches by resolving recurrent linguistic doubts. A prefatory essay argues for the importance of solid grammatical knowledge as the foundation of clear expression.

Le bois le plus funeste et le moins fréquenté
Est au prix de Paris un lieu de sûreté.
(Boileau.)
Mais un gueux qui n’aura que l’esprit pour son lot,
Auprès d’un homme riche à mon gré n’est qu’un sot.
(Destouches), (Man. des Amat. de la langue fr., p. 212.)

PROMENER.

Locut. vic. Allons promener.
Locut. corr. Allons nous promener.

«Vaugelas autorise promener, neutre, au lieu de se promener, réciproque: mais l’usage a changé depuis.» (Féraud, Dict. crit.)

«Ce verbe, dans le sens de marcher, d’aller, soit à pied, soit à cheval, s’emploie toujours avec le pronom personnel, ainsi on ne doit pas dire: Allons promener, il est allé promener; il faut dire: Allons nous promener; il est allé se promener.

«Il est vrai que l’on dit: Je l’enverrai bien promener, je l’ai envoyé promener; mais, dans ces façons de parler familières, on sous-entend se.

«Si promener était pris dans la signification de conduire, faire marcher, soit un homme, soit une bête, alors on l’emploierait activement, et l’on dirait: Il a bien promené ces étrangers par la ville.—Il est bien de promener un cheval échauffé avant que de le mettre à l’écurie.» (Girault-Duvivier, Gramm. des gram.)


PROMETTRE.

Locut. vic. Je vous promets que je l’ignore.
Locut. corr. Je vous assure que je l’ignore.

«Quelques personnes disent promettre pour assurer: Je vous promets que cela est ainsi que je l’ai fait. Promettre ne regarde que le futur, et assurer se dit de tous les temps.» (Féraud, Dict. crit.)


PUIS ENSUITE (ET).

Locut. vic. Il se leva, et puis ensuite il sortit.
Locut. corr. Il se leva, et ou puis, ou ensuite il sortit.

Trois copulatives pour une! Il y a là double pléonasme; le premier étant cependant autorisé par l’usage,

Quelques momens après, l’objet devint brûlot,
Et puis nacelle, et puis ballot.
(La Fontaine, liv. IV, f. 10.)

Nous ne prononçons d’exclusion absolue qu’à l’égard du mot ensuite, qui doit être employé seul.


QUA, QUE, QUI.

Pron. vic. Kadrupède, kesteur, kintuple, etc.
Pron. corr. Kouadrupède, kuesteur, kuintuple, etc.

Qua, que, qui, se prononcent comme koua, kué, kui, dans les mots suivans: aquatile, aquatique, équateur, équation, quadragénaire, quadragésime, quadrangle, quadrangulaire, quadrature, quadricolor, quadriennal, quadrifolium, quadrige, quadrilatère, quadrinôme, quadrupède, quadruple, quadrupler, in-quarto, quaterne, quaterné, quaternaire, quaternité, quinquagénaire, quinquagésime, liquation, questeur, questure, équestre, quinquennal, quinquennium, liquéfaction, à quia, quindécagone, quintuple, équiangle, équidistant, équilatéral, équimultiple.


QUADRILLE.

Locut. vic. Il y a d’habiles danseurs dans cette quadrille.
Locut. corr. Il y a d’habiles danseurs dans ce quadrille.

«Ce mot est féminin dans les dictionnaires, et masculin dans l’usage.» (M. Ch. Nodier, Examen crit. des dict.)

Le Dictionnaire de Boiste, revu par M. Ch. Nodier (édition de 1834), fait quadrille masculin, quand il signifie: Jeu d’hombre à quatre, division de quatre couples de danseurs, et féminin quand il signifie: troupe de chevaliers dans un carrousel.

On prononce kadrille.


QUADRUPLE.

Prononc. et Locut. vic. Ce kadruple est bien léger.
Prononc. et Locut. corr. Cette kouadruple est bien légère.

Les agens de change, dans leur Bulletin de la Bourse, font le mot quadruple féminin, des quadruples neuves; en quoi ils se conforment à l’usage du commerce qui, en cette circonstance, nous paraît fort raisonnable. On le trouve masculin dans nos anciens auteurs.

Ah! Merlin, je me trompe, ou ce quadruple est creux.
Je ne me trompe point, il est creux, oui sans doute;
Et je crois qu’il enferme un billet. Tiens, écoute.
(Boursault, Mercure galant; act. I, sc. 1.)

«Plusieurs le font féminin, et disent une quadruple, et l’analogie autorise ce genre; c’est comme qui dirait une (pistole) quadruple. Les dictionnaires, et même celui du citoyen, le marquent ou l’emploient comme masculin.» (Féraud, Dict. crit.)


QUAND.

Orth. vic. Quand à lui, il fera ce qu’il voudra.
Orth. corr. Quant à lui, il fera ce qu’il voudra.

On écrit quant avec un t, quand ce mot signifie pour ce qui concerne, pour ce qui a rapport à. Dans cette phrase: Cette personne garde son quant à soi, quant doit s’écrire par un t.

On trouve dans Malherbe quant et moi pour avec moi. Cette expression, usitée de son temps, ne l’est plus aujourd’hui. Quant et quant est aussi abandonné.


QUAND.

Prononc. vic. Donnez-le-moi, quante vous l’aurez.
Prononc. corr. Donnez-le-moi, quand vous l’aurez.

Le d ne doit se faire sentir que devant une voyelle, ou un h muet.


QUANTES (TOUTES FOIS ET)

Locut. vic. Venez nous voir toutes et quantes fois que cela vous conviendra.
Locut. corr. Venez nous voir chaque fois et autant de fois que cela vous conviendra.

«Ces façons de parler sont encore en usage; mais elles ne s’écrivent plus par les bons écrivains. Ce sont des mots qui sentent le vieux et le rance.» (Nouvelles remarques de Vaugelas, 1690.)


QUARRÉ.

Orth. vic. C’est un quarré.
Orth. corr. C’est un carré.

Quarré est une orthographe archaïque, abandonnée par les dictionnaires récens.


QUART.

Locut. vic. Il est quatre heures et quart, quatre heures un quart, quatre heures moins quart, moins le quart.
Locut. corr. Il est quatre heures et un quart, quatre heures moins un quart.

Nous pensons qu’il serait plus logique de dire trois heures et trois quarts que quatre heures moins un quart. Est-il, en effet, très raisonnable de préférer, à une idée qui est exacte et complète, une autre idée que l’on sait devoir soi-même bientôt modifier? Ne convient-il pas mieux d’énoncer l’unité réelle et la fraction qu’on y ajoute, que d’énoncer une fausse unité qu’il faut aussitôt détruire? Certainement cette manière de parler a dû être inventée par quelque gascon, qui, ayant intérêt à faire croire qu’il était quatre heures, aura dit avec assurance: Il est quatre heures, et qui, voyant que son mensonge était découvert, aura ajouté adroitement: moins un quart.

Quand les trois quarts sont passés, et que l’on compte par minutes, nous croyons cependant que l’énonciation de l’heure doit plutôt avoir lieu par soustraction que par addition, c’est-à-dire qu’il vaut mieux dire, quatre heures moins cinq minutes, moins dix minutes, que trois heures cinquante-cinq minutes, cinquante minutes, parce que la première manière de parler est un peu plus claire que la seconde, et que la considération de la clarté doit, en fait de langage, dominer toutes les autres.


QUASIMENT.

Locut. vic. Vous croyez quasiment à son retour.
Locut. corr. Vous croyez presque à son retour.

Quasiment n’est pas français, et ne se trouve dans aucun dictionnaire.

«Je commençais, Dieu me pardonne, à trembler quasiment.» (Mme de Genlis, Th. d’Éduc. La Rosière.)

Vaugelas et Ménage n’aimaient guère le mot quasi, et en vérité, avec sa mine hétéroclite, il n’est guère aimable. Qui voudrait aujourd’hui soutenir que, dans les phrases suivantes, l’adverbe quasi a meilleure grâce que l’adverbe presque: Les choses n’arrivent quasi jamais comme on se les imagine. (Mme de Sévigné.) Il n’y a quasi personne qui n’ait de l’ingratitude pour les grandes obligations. (La Rochefoucaud, Maximes.)

Ce mot pédant, qui doit sourire à tous ceux qui, comme Ronsard, aiment à parler grec et latin en français, était mort et bien mort, lorsqu’on s’est avisé, il y a quelques années, de le ressusciter pour le marier à certaine lourde et grave expression. Mais la résurrection de quasi a probablement eu lieu sous de fâcheux auspices, et le pauvre adverbe se meurt, une seconde fois, à l’heure qu’il est, sous un énorme poids de ridicule.


QUATRE.

Locut. vic. Si je le tenais entre quatre-s-yeux.
Locut. corr. Si je le tenais entre quatre yeux.

«Il est vrai de dire qu’il y a un certain usage en faveur de cette prononciation, proposée par Beauzée; mais c’est l’usage des personnes à qui notre orthographe est absolument inconnue. Deux hommes grossiers ont une querelle; ils se menacent: Si nous sommes jamais entre quatre-syeux, dit l’un d’eux, tu me le paieras. Comment l’homme instruit a-t-il pu conclure de là, que, pour la douceur de la prononciation, il faut dire, entre quatre-syeux? Si quatre yeux offre un son dur à l’oreille, quatre œufs n’offre pas un son plus doux; l’euphonie exigerait donc que l’on dît quatres œufs; et alors pourquoi, d’euphonie en euphonie, n’irait-on pas jusqu’à dire huit syeux? car enfin le s est plus doux que le t.

«Entre quatre-yeux est donc la seule prononciation qu’on puisse admettre; elle est d’ailleurs conforme à celle qu’ont adoptée Domergue, Lemare (p. 689 de ses Cours de langue fr.), la presque totalité des grammairiens et des littérateurs distingués.» (Girault-Duvivier, Gramm. des gramm.)


QUE.

Locut. vic. Je vous donnerai tout ce que vous aurez besoin.
Locut. corr. Je vous donnerai tout ce dont vous aurez besoin.

Il faut dont, parce qu’on ne dit pas avoir besoin une chose, mais avoir besoin d’une chose.

On lit dans un voyage récent: «Les nids d’oiseaux sont un mets qu’on mange beaucoup en Chine.» L’auteur a voulu dire que les Chinois mangent beaucoup de cette matière gluante et visqueuse, expectorée par des hirondelles qui en construisent leurs nids, et c’est évidemment dont qu’il devait employer à la place de que.

Cette phrase, ce que je vous prie, c’est de ne pas le gronder, est encore vicieuse. Il faut: ce dont je vous prie, etc.


QUE DE.

Locut. vic. Si j’étais que de lui, je le ferais.
Locut. corr. Si j’étais lui (et mieux, si j’étais à sa place), je le ferais.

«Si j’étais que de vous,» disait certain duc de Créqui à certain maréchal de France, «j’irais me pendre tout-à-l’heure.»—«Eh bien!» répondit ironiquement le maréchal, à qui semblable conseil paraissait sans doute aussi ridicule que les termes dans lesquels il était donné, «soyez que de moi, monsieur!»

Ce maréchal savait fort bien conjuguer le gracieux verbe composé, être que de lui.


QUEL.

Locut. vic. Cet homme brillera toujours, quel état qu’il prenne.
Locut. corr. Cet homme brillera toujours, quelque état qu’il prenne.

«C’est une faute familière à toutes les provinces qui sont delà la Loire, de dire, par exemple: Quel mérite que l’on ait, il faut être heureux, au lieu de dire: quelque mérite que l’on ait. Et c’est une merveille, quand ceux qui parlent ainsi s’en corrigent, quelque séjour qu’ils fassent à Paris ou à la cour.» (Vaugelas, Rem. 139.)

Croyez-moi, de quel nom que votre voix me nomme,
N’allons pas imiter Custine ni Prud’homme.
(M. Barthélemy, Justification.)

M. Barthélemy devait dire: de quelque nom.


QUELQUE.

Orth. vic.   Quelque soit leur fortune, ils doivent obéir à la loi.
Quelque torts qu’il ait, on les lui pardonne.
Quelques forts qu’ils soient, on les vaincra.
Quelques grands sacrifices que vous fassiez etc.
 
Orth. corr.   Quelle que soit leur fortune, ils doivent obéir à la loi.
Quelques torts qu’il ait, on les lui pardonne.
Quelque forts qu’ils soient, on les vaincra.
Quelque grands sacrifices que vous fassiez, etc.

Quelque est adjectif et variable:

1o Lorsqu’il est suivi d’un verbe au subjonctif; on l’écrit alors en deux mots, comme dans ces exemples: Quelles que soient leurs prétentions, quels que soient leurs motifs, qui équivalent à: que leurs prétentions soient quelles (vous voudrez), etc.; que leurs motifs soient quels (vous voudrez), etc.

2o Lorsqu’il est placé devant un substantif seul: Quelques richesses que vous possédiez, etc., ou devant un substantif suivi d’un adjectif: quelques amis dévoués qu’il ait, etc.

Quelque est adverbe et invariable:

Lorsqu’il est placé devant un adjectif seul: Quelque puissans qu’ils soient, ne sont-ils pas mortels? ou devant un adjectif suivi d’un substantif: quelque puissantes raisons que vous donniez, etc. L’invariabilité de quelque devant un adjectif suivi d’un substantif a été contestée par M. Girault-Duvivier et quelques autres grammairiens. Laveaux, qui l’a défendue, prétend avec raison, selon nous, que le mot quelque, modifiant un adjectif, ne peut être qu’un adverbe. Ainsi, dans cette phrase: Quelque savans auteurs que vous consultiez, etc. Laveaux écrit quelque sans s, parce que, dit-il, quelque est un adverbe qui modifie l’adjectif savans: quelque savans que soient les auteurs que vous consultiez, etc. Mais, dans cette autre phrase: Quelques auteurs savans que vous consultiez, il accorde quelques, parce que c’est ici comme si l’on disait: Quelques auteurs (savans) que vous consultiez, ou quels que soient les auteurs savans que vous consultiez. «L’esprit, ajoute-t-il, ne doit jamais rester dans l’incertitude sur le caractère d’un mot énoncé dans le discours. Or, si quelque, placé devant un adjectif, pouvait être tantôt adjectif et tantôt adverbe, il faudrait, ou y attacher d’abord au hasard l’un ou l’autre caractère, ou attendre le substantif qui doit déterminer ce caractère. Si, par exemple, voulant dire: Quelque belles qualités que l’on ait, on dit quelque belles, et qu’on s’arrête là, l’esprit est porté à attribuer à quelque le caractère d’adverbe, à cause de l’adjectif qui le suit, ou bien il faudra, pour s’en faire une idée juste, qu’il attende le mot suivant, afin de savoir si ce mot est un substantif. Dans le premier cas, il se sera trompé, et il faudra qu’il revienne sur ses pas lorsqu’il aura entendu ce substantif; dans le second, il aura entendu quelque suivi d’un adjectif, sans attacher une idée précise à ce mot. Or, rien n’est plus contraire au génie de la langue française que ce tâtonnement ou cette incertitude.» (Dict. des diff.)


QUELQUE.

Orth. vic. Il a quelques soixante ans.
Orth. corr. Il a quelque soixante ans.

Quelque, dans notre phrase d’exemple, ne peut pas être adjectif; car alors il signifierait plusieurs, et certes il n’est pas donné à l’homme, malheureusement (ou heureusement, comme on voudra) de compter plusieurs soixantaines d’années. Quelque est donc ici adverbe, et en cette qualité invariable. Il signifie à peu près, environ.

«C’était un fort vilain nègre de quelques quarante ans.» (Eug. Sue. Atar-Gull p. 57.) Lisez quelque.


QUELQUE CHOSE.

Locut. vic. Dites-nous quelque chose qui soit plaisante.
Locut. corr. Dites-nous quelque chose qui soit plaisant.
Quand on aura de vous quelque chose à prétendre,
Accordez-la civilement;
Et, pour obliger doublement,
Ne la faites jamais attendre.

Ce quatrain est fort bon sous le rapport moral; médiocre sous le rapport poétique, et mauvais sous le rapport grammatical.

«Quelque chose, dit Féraud, est masculin, quoique chose soit du genre féminin. On dit, par exemple: Ai-je fait quelque chose que vous n’ayez pas approuvé et non pas approuvée. On dit aussi quelque chose de bon, quelque chose de vrai. Le de est alors nécessaire devant l’adjectif, et il ne faut pas imiter Molière quand il dit: Quelque chose approchant pour d’approchant. Vaugelas prétend qu’on peut retrancher cette préposition devant un adjectif qui la régit lui-même, pour éviter la cacophonie de deux de, si voisins l’un de l’autre. Il est vrai que quelque chose de digne de lui est dur; mais, pour éviter de mauvaises consonnances, il ne faut pas changer une construction consacrée par l’usage. Il vaut mieux changer de tour, et dire, quelque chose qui soit digne de lui.» (Dict. crit.)


QUELQUEFOIS.

Locut. vic. Dépêchez-vous, quelquefois qu’il ne sorte.
Locut. corr. Dépêchez-vous, de peur qu’il ne sorte.

Quelquefois n’a, dans tous nos dictionnaires, que la valeur de parfois, de fois à autre.

Ceux qui emploient cet adverbe avec l’étrange signification qu’on lui trouve ici, ne sont généralement que des gens dépourvus d’instruction littéraire. Aussi doit-on s’étonner d’entendre une pareille cacologie en pleine chambre des députés: «Il faut attendre encore un quart d’heure, quelquefois qu’on se serait trompé.» (Séance du 19 avril 1833.)


QUELQU’UN (UN).

Locut. vic. C’est bon pour un quelqu’un qui a de la fortune.
Locut. corr. C’est bon pour quelqu’un qui a de la fortune.

Un quelqu’un est une expression battologique, qui n’est employée aujourd’hui que par des gens illettrés ou des gens à routine.


QUÈQUE.

Prononc. vic.   Quèque çà fait après tout?
Il y a quèques personnes qui le croient.
 
Prononc. corr.   Qu’est-ce que cela fait après tout?
Il y a quelques personnes qui le croient.

«Il se trouve des raffineurs, dit Richelet, qui soutiennent qu’il faut prononcer kécun et kèque: ces messieurs les raffineurs sont de francs provinciaux.»


QU’EST-CE.

Prononc. vic. Qu’est-ce qui vous a dit cela?
Prononc. corr. Qui est-ce qui vous a dit cela?

Qu’est-ce se dit des choses: Qu’est-ce que vous avez? c’est-à-dire, que (quelle chose) est-ce que vous avez? Qui est-ce se dit des personnes: Qui est-ce qui le saura? c’est-à-dire, quelle personne est-ce qui le saura?


QUEUE LEU-LEU (A LA).

Locut. vic. Allons-y à la queue leu-leu.
Locut. corr. Allons-y à la queue loup-loup.

Leu en vieux français signifie loup; la queue loup-loup n’est donc autre chose que la traduction de la queue leu-leu.

Queue loup-loup vaut mieux; car cette expression a au moins l’avantage d’être comprise de tout le monde.


QUI.

Locut. vic. Voici un acte à qui on peut adresser le reproche d’obscurité.
Locut. corr. Voici un acte auquel on peut adresser le reproche d’obscurité.

«Quand le pronom qui est précédé d’une préposition, il ne s’applique qu’aux personnes ou aux objets personnifiés: Vous êtes l’homme en qui j’ai mis toute ma confiance.

«Molière dit de l’avare: Donner est un mot pour qui il a tant d’aversion, qu’il ne dit jamais: Je vous donne le bonjour, mais je vous prête le bonjour. Il faut: Donner est un mot pour lequel, etc.

«En poésie, cependant, où l’on personnifie souvent les objets, où tout s’anime, le pronom qui, précédé d’une préposition, se dit également des êtres et des objets.»

Du haut de la montagne, où sa grandeur réside,
Il a brisé sa lance et l’épée homicide
Sur qui l’impiété fondait son ferme appui.
J.-B. Rousseau.
Je pardonne à la main par qui Dieu m’a frappé.
Voltaire.
Soutiendrez-vous un fait sous qui Rome succombe?
Corneille.

(Chapsal, nouveau Dictionnaire gramm.)


QUI.

Locut. vic. Ils se laissèrent tous gagner: qui par des menaces, qui par des présens.
Locut. corr. Ils se laissèrent tous gagner: ceux-ci par des menaces, ceux-là par des présens.
Qui casse le museau; qui son rival éborgne;
Qui jette un pain, un plat, une assiette, un couteau;
Qui, pour une rondache, empoigne un escabeau.
(Regnier, Sat.)

Peu de gens, à la lecture de ces vers, auront facilement saisi la signification que l’on y donne au pronom qui. Ceux qui l’auront pris pour un pronom relatif se seront trompés; car il est ici pronom démonstratif, et signifie celui-ci. Il y a cent ans que cette locution était déjà surannée, comme le témoigne ce passage du Dictionnaire de Trévoux: «Qui pour signifier les uns, les autres, n’est plus en usage chez les bons auteurs: alii, alii verò. On trouve dans les vieux écrivains: Qui crioit; qui fuyoit sur les toits; ils fuyoient qui çà, qui là: huc, illuc.» D’où vient donc que quelques-uns de nos écrivains modernes cherchent à ressusciter cette expression, qui plaisait peu à Vaugelas, et qui n’a en vérité rien de gracieux?


QUI.

Locut. vic. Vous parlez en hommes qui connaissez vos semblables.
Locut. corr. Vous parlez en hommes qui connaissent leurs semblables.

Qui est toujours de la même personne que le substantif auquel il se rapporte. Hommes étant de la troisième personne, le pronom relatif qui, le verbe et l’adjectif possessif qui le suivent doivent être employés à la troisième personne.

Domergue a relevé la faute qui se trouve dans le couplet suivant de Richard Cœur-de-Lion, opéra de Sedaine:

O Richard! ô mon roi!
L’univers t’abandonne;
Et sur la terre il n’est que moi
Qui s’intéresse à ta personne.

«Je demandai un jour à un chanteur de Lyon, pourquoi il disait: Il n’est que moi qui s’intéresse?—C’est qu’à Paris, me répondit-il, on ne dit pas autrement. Si je faisais la même question à un chanteur de Paris, il me répondrait: C’est le texte de l’auteur. Mais si je demandais à celui-ci pourquoi il pèche ainsi contre l’usage et la syntaxe, j’ignore ce que me répondrait l’académicien.» (Solut. gramm., p. 306.)


QUI (A).

Locut. vic. C’est à moi à qui ils se sont adressés.
Locut. corr. C’est à moi qu’ils se sont adressés.

C’est assez d’une préposition pour exprimer la relation, l’autre est superflue.

Un commentateur moderne de Boileau ne veut pas qu’il y ait une faute dans ce vers:

C’est à vous, mon esprit, à qui je veux parler.
(Sat. IX.)

Que de grammairiens alors auraient fait une injuste querelle au législateur poétique de la France! car cette faute a été si souvent relevée, que nous avons presque honte de la relever nous-même. Qui ne sait, au reste, qu’un commentateur est toujours pénétré pour son auteur des mêmes sentimens d’adoration outrée, qu’un Tatar pour son Grand-Lama, ou qu’un amant pour sa maîtresse?

Molière a dit, il est vrai: «Puis-je croire que ce soit à vous à qui je doive la pensée de cet heureux stratagême.» (L’Amour médecin; act. III, sc. 6.) Qu’est-ce que cela prouve? C’est que Molière a fait la même faute que Boileau, à une époque où, pour être juste, il faut avouer qu’elle était assez commune.


QUI PLANTE (ARRIVE).

Locut. vic. Faites votre devoir, arrive qui plante.
Locut. corr. Faites votre devoir, arrive que plante.

La synthèse de cette locution est: (qu’il) arrive (ce) que (l’on) plante, c’est-à-dire: n’importe quoi. Qui, à la place de que ne pourrait pas être expliqué.


QUIDAM.

Locut. vic. Nous rencontrâmes certain quidam.
Locut. corr. Nous rencontrâmes un quidam.

Un certain quidam est, comme le remarque fort bien M. Ch. Nodier (Exam. crit. des Dict.), une battologie ridicule. On doit dire un quidam. Nous trouvons cependant cette phrase dans un dictionnaire tout récent. On a appris de certains quidams que, etc., et dans Rhulière le vers suivant:

Il veut entrer, certain quidam, etc.

Nous ne savons trop pourquoi M. Laveaux veut que l’on prononce ce mot, kidan, et surtout qu’on lui donne un féminin, quidane. Nous ne croyons pas ce mot vraiment français, et le fût-il même, nous pensons qu’il pourrait tout aussi bien retenir sa prononciation primitive que beaucoup d’autres mots que nous avons aussi empruntés au latin, tels que quinquagésime, quindécemvirs, quinquennal, que nous prononçons cuincuagésime, cuindécemvirs et cuincuennal. Nous dirons donc: Prononcez cuidamme, et ne dites jamais une quidane, ni une cuidane, ni une cuidame, si vous ne voulez pas faire rire à vos dépens.


QUITTER.

Locut. vic. Je vous quitte, monsieur, de toute reconnaissance.
Locut. corr. Je vous dispense, monsieur, de toute reconnaiss.

Quitter, dans le sens de dispenser, a vieilli et ne s’emploie presque plus.

Demeurez, mon cousin, vous avez compagnie;
Je vous quitte aujourd’hui de la cérémonie.

On emploierait aujourd’hui dans ce vers un autre verbe.


QUOI.

Locut. vic. Je ne sais plus quoi dire.
Locut. corr. Je ne sais plus que dire.

C’est-à-dire: Je ne sais plus (ce) que (je dois) dire. «On n’emploie quoi à l’accusatif, dit l’abbé Féraud, qu’avec des prépositions. On ne doit pas dire avec un traducteur de Fielding: Si elle se taisait, ce n’était pas manque de savoir quoi dire.» (Dict. crit.)


QUOI FAISANT.

Locut. vic. Quoi faisant, vous ferez justice.
Locut. corr. En faisant cela, vous ferez justice.

«Quoi pour ce que, ne vaut rien, comme quand on dit: Quoi faisant, pour dire ce que faisant

L. A. Allemand, sur cette remarque posthume de Vaugelas, ajoute: «Il est certain qu’aujourd’hui ces deux façons de s’exprimer ne sont guère meilleures l’une que l’autre, ou, pour mieux dire, elles ne valent pas beaucoup à présent. On aime mieux dire, en faisant cela, et on a raison, car il y a plus de régularité dans cette dernière façon de parler que dans les deux autres.» (Nouvelles Rem. de Vaugelas, p. 460.)


QUOIQUE.

Orth. vic. On vous l’ôtera, quoique vous puissiez dire.
Orth. corr. On vous l’ôtera, quoi que vous puissiez dire.

Quoi que s’écrit ici en deux mots, parce qu’il n’est pas conjonction, et n’a pas, par conséquent, la signification de encore que. Quoi est un adjectif qui équivaut à quelle chose: Quoi (quelle chose) que vous puissiez dire, on vous l’ôtera.


QUOIQUE.

Locut. vic. Il me trompe; quoique ça je l’aime.
Locut. corr. Il me trompe; malgré cela je l’aime.

Quoique est une conjonction, et ne peut remplir dans le discours les fonctions de préposition, c’est-à-dire avoir un régime.


RABLU.

Locut. vic. C’est un garçon bien rablu.
Locut. corr. C’est un garçon bien râblé.

«RABLU. Bien fourni de râble. (Boiste.)—Je suis persuadé que ce serait là une assez bonne définition de râblu; mais je n’ai jamais entendu dire que râblé, ce qui n’est pas lui-même fort élégant.» (M. Ch. Nodier, Examen crit. des Dict.)

L’Académie et Boiste indiquent râblé comme meilleur que râblu.


RABOUTER, RABOUTEUR.

Locut. vic. On lui a rabouté le bras.
Locut. corr. On lui a rebouté (et mieux remis) le bras.

On dit raboutir ou abouter, pour signifier mettre bout à bout des morceaux d’étoffe.

On dit rebouter pour signifier remettre (bouter de nouveau) un os cassé, un membre démis.

Quant à rabouter, c’est un barbarisme, comme rabouteur.

«Il est prévenu d’avoir exercé la profession de rabouteur dans son village. Vous ne savez peut-être pas au juste ce que c’est qu’un rabouteur. C’est un homme qui vous raboute une jambe cassée, comme un tisserand vous raboute un fil rompu; avec cette seule différence peut-être que le fil du tisserand marche, et que la jambe du rabouteur (lisez: remise par le rebouteur) ne marche pas du tout.» (Gazette des Trib. du 9 mars 1835.)

Un rebouteur reboute, quand il réussit, les jambes et les bras; un tisserand aboute les fils de son métier.


RACOQUILLÉ.

Locut. vic. Voyez comme ce parchemin s’est racoquillé ou recoquillé au feu.
Locut. corr. Voyez comme ce parchemin s’est recroquevillé au feu.

L’action du soleil recroqueville les feuilles des plantes, comme celle du feu recroqueville le parchemin, le cuir, etc., c’est-à-dire que ces différens objets se dessèchent et se replient par l’effet de la chaleur.


RAGER, RAGEUR.

Locut. vic. Comme il rageait! Il est rageur.
Locut. corr. Comme il enrageait! Il est colère.

Rager et rageur sont fort usités; mais c’est dans le style le plus familier; car ceux de nos dictionnaires qui donnent le plus volontiers les mots qui appartiennent à ce style ne font aucune mention de ces deux expressions.


RAILLERIE.

Locut. vic.   Cet auteur est lourd dans son style et n’entend pas raillerie.
Votre ami a un mauvais caractère et n’entend pas la raillerie.
 
Locut. corr.   Cet auteur est lourd dans son style et n’entend pas la raillerie.
Votre ami a un mauvais caractère et n’entend pas raillerie.

Entendre la raillerie, c’est connaître l’art de railler. Entendre raillerie, c’est ne point se fâcher de la raillerie. Comme un petit article de plus ou de moins donne cependant une physionomie toute différente à une phrase! C’est là une de ces nombreuses délicatesses dans lesquelles se complaît notre langue.


RAISINS.

Locut. vic. Voulez-vous manger un raisin, des raisins?
Locut. corr. Voulez-vous manger du raisin?

On ne dit pas des raisins, parce qu’on ne peut pas dire: un raisin, deux raisins, trois raisins, etc. On dit: un grain ou une grappe de raisin, deux grains ou deux grappes de raisin, etc.

Un raisin serait trop vague, puisqu’on ne saurait pas si l’on parle d’un grain ou d’une grappe, et l’expression des raisins est au moins inutile, puisqu’elle ne signifie rien de plus que du raisin. Nous croyons donc que La Fontaine a fait une faute dans les vers suivans: