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Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Chapter 80: ASTÉRIQUE.
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About This Book

An alphabetical critical dictionary that identifies and explains incorrect or contested French usages, providing corrected forms, concise commentary, and illustrative examples. Designed for readability by non-specialists, it purposely complements denser treatises by focusing on frequently observed faults of grammar, orthography, and idiom and on when popular practice diverges from prescriptive norms. Entries offer quick judgments about acceptability, note instances where official or literary usage differs from common speech, and aim to spare readers long searches by resolving recurrent linguistic doubts. A prefatory essay argues for the importance of solid grammatical knowledge as the foundation of clear expression.

Je serai marié, si l’on veut, en Alger.

L’usage, qui se joue parfois des règles les plus sensées, n’a pas toujours respecté le principe que nous venons de développer, et nous ferons remarquer que cette locution en Alger, quoique bonne dans le sens indiqué plus haut, et quoique souvent employée d’une manière officielle par le gouvernement, n’en est pas moins, à l’heure qu’il est, une expression que l’usage dédaigne. Que le gouvernement se console de cet échec; la raison n’est pas mieux traitée que lui.


ALLER.

Locut. vic.   Il s’est en allé.
Il a plusieurs endroits à aller.
Je m’en vas lui parler.
Mon frère est allé en ville ce matin, et en est revenu ce soir.
 
Locut. corr.   Il s’en est allé.
Il a plusieurs endroits où aller (et mieux: il doit aller dans plusieurs endroits).
Je vais lui parler.
Mon frère a été en ville ce matin, et en est revenu ce soir.

—Dans la conjugaison du verbe s’en aller, le relatif en doit toujours être placé immédiatement après le second pronom personnel comme dans ces phrases: nous nous en sommes allés, vous vous en étiez allés, ils s’en seront allés, et non nous nous sommes en allés, vous vous étiez en allés, ils se seront en allés. Cette dernière manière de parler est unanimement condamnée.

—On doit sentir que cette phrase: il a plusieurs endroits à aller, est mauvaise, par la raison qu’on ne peut pas aller un endroit, des endroits, mais dans un endroit, dans des endroits.

Je m’en vas lui parler nous paraît contenir deux incorrections: la première est le pléonasme que présente l’emploi du relatif en, lequel est fort inutile ici puisqu’on peut dire dans un sens tout aussi complet je vas lui parler; la seconde est l’emploi de vas au lieu de vais, que l’on doit préférer, parce que la grammaire et l’usage l’ont définitivement adopté. C’est de plus une orthographe étymologique. Autrefois on disait: je voys, je voyse qu’on prononçait comme la première personne du verbe voir, je vois. Quand vint la révolution opérée, vers le milieu du 16e siècle, dans notre prononciation nationale, par l’influence de la suite italienne de Catherine de Médicis, la diphthongue oy, oi, finit par avoir le son de l’è ouvert, et l’on prononça alors je vays. Enfin plusieurs changemens successifs nous léguèrent l’orthographe je vais, qui est aujourd’hui généralement suivie. Je vas est préféré par certaines personnes à cause de son analogie avec les deux autres personnes tu vas, il va. Pour que cette opinion soit excellente, il ne lui manque que d’avoir l’usage pour elle.

Allé ne peut pas être employé dans une phrase qui implique le retour de la personne partie. C’est le participe été qu’il faut dans ce cas. Il est allé à Paris est une phrase correcte; elle ne l’est plus si vous ajoutez et il en est revenu. Cependant s’il y avait un autre verbe après allé, ce serait bien ce participe qu’il faudrait employer. Ainsi cette phrase, il a été le voir à Paris, et il est revenu, est défectueuse quoiqu’il y ait idée de retour. Il faut dire, il est allé le voir à Paris, et il est revenu. La raison en est que le participe été ne peut pas correctement se joindre à un autre verbe. Voyez à l’article Être les réflexions si judicieuses de M. Ch. Nodier à cet égard.


ALLUMER.

Locut. vic. Allumer la lumière.
Locut. corr. Allumer la bougie, la chandelle.

La faute que nous signalons ici est assez grossière; on en trouve cependant des exemples dans des ouvrages imprimés. En voici un: «Je m’étais assuré par une répétition faite deux jours auparavant, que j’avais beaucoup plus de temps qu’il ne m’en fallait pour me lever, allumer de la lumière et passer dans mon cabinet, etc.» (Louis XVIII. Relation d’un voyage à Bruxelles et à Coblentz en 1791.)

Il est un autre emploi du verbe allumer qui, moins mauvais sans doute que le précédent, a cependant été blâmé par quelques grammairiens, et que nous désirerions contribuer à faire disparaître. On le trouve dans les locutions: allumer du feu, allumer le feu, que nous considérons comme entachées de pléonasme. L’Académie s’exprime ainsi à ce sujet: «On dit allumer le feu, allumer du feu, pour dire allumer le bois qui est dans le foyer.» Mais pourquoi ne dirait-on pas faire du feu? Cette manière de parler est fort bonne, et l’Académie elle-même l’approuve apparemment, puisqu’elle la met dans son Dictionnaire.


ALMANACH.

Pronon. vic. Almanac, almena.
Pronon. corr. Almana.

Féraud prétend qu’on doit faire sentir faiblement le c quand ce mot est au singulier. Nous croyons qu’il vaut mieux avoir une prononciation uniforme pour les deux nombres, et ne prononcer almanac que lorsque ce mot se lie à un autre mot commençant par une voyelle: un almanach intéressant, prononcez un almana kintéressant.


ALORS.

Locut. vic. Ce jeune homme vient de publier un ouvrage; jusqu’alors il avait été inconnu.
Locut. corr. Ce jeune homme vient de publier un ouvrage; jusqu’à présent il avait été inconnu.

Jusqu’alors, employé pour désigner un temps présent, est un solécisme. Nous avons été surpris de le trouver dans un plaidoyer d’un de nos meilleurs avocats. «C’est aujourd’hui, pour la première fois, qu’on lui reproche d’avoir offensé la personne du roi. Il a quelque droit, Messieurs, de s’étonner de cette prévention d’un délit que jusqu’alors il avait ignoré.» Lisez: que jusqu’à présent il avait ignoré.

Alors ne doit pas être prononcé alorce mais alor.


AMADOU.

Locut. vic. Cette amadou est mauvaise.
Locut. corr. Cet amadou est mauvais.

AMATEUR.

Locut. vic. Elle est amateur de tableaux.
Locut. corr. Elle est amatrice de tableaux.

Le féminin amatrice est un mot fort bon et fort utile, qui a éprouvé et qui éprouve encore de grandes difficultés pour s’introduire dans notre idiôme. Ces difficultés proviennent en grande partie des femmes, et nous avouerons franchement que leur susceptibilité n’est que trop bien justifiée. M. de Bièvre a laissé tant de successeurs! Quoi qu’il en soit, ce mot que l’abbé Féraud qualifie à tort de mot nouveau, car c’est un archaïsme (V. Archéologie française, t. 1), ce mot, disons-nous, commence à se trouver appuyé par un assez grand nombre d’autorités. Amyot, Brantôme, Linguet, J. J. Rousseau, s’en sont servis, et Domergue, Féraud, l’Académie, Ch. Pougens, Boiste, etc., l’approuvent.


AMBITIEUX.

Quelques grammairiens prétendent que cet adjectif ne doit jamais avoir de complément comme dans cette phrase: il est ambitieux de gloire. Sur quoi fondent-ils leur opinion? Nous n’en savons rien, et peut-être ne le savent-ils pas eux-mêmes. C’est du moins ce que leur silence à cet égard nous permet de croire. Quant à nous, nous pensons que l’adjectif ambitieux, dérivant d’un verbe actif, doit pouvoir admettre le complément qu’admettrait ce verbe. Puisqu’on dit ambitionner la gloire, la puissance, etc., pourquoi ne dirait-on pas ambitieux de gloire, de puissance, etc.? Quoi! vous direz qu’un homme est ambitieux, et vous ne pourrez pas ajouter sur quoi porte son ambition. Quelle susceptibilité! rend-elle vraiment un service à notre langue? Nous croyons le contraire.

Louis Racine dans ce vers:

Ils sont ambitieux de plus nobles richesses,

Boileau dans cet hémistiche:

Ambitieux de gloire,

ont bravé avec raison une critique peu fondée.

Notre vieux langage donnait aussi un complément à ambitieux.

De vous l’accueil et l’honneste salut
Du premier jour envers moy tant valut,
Et le langage exquis et gracieux
Que mon esprit devint ambitieux
D’avoir du mal pour le bien qui lui pleust.
(Mellin de St. Gelais.)

AMBROISIE.

Locut. vic. Je croyais boire de l’ambroisie.
Locut. corr. Je croyais manger de l’ambrosie.

Le Dictionnaire de Trévoux après avoir défini l’«ambrosie: viande exquise dont les anciens feignaient que leurs dieux se nourrissaient, ajoute un peu plus loin: figurément on appelle ambrosie quelque manger ou boisson excellente.» Nous ne concevons pas cette contradiction. Les dieux payens, qui avaient déjà le nectar pour breuvage, devaient certainement avoir aussi un manger, et ce manger c’était l’ambrosie.

Nous avons adopté pour ce mot l’orthographe étymologique suivie par Trévoux, Féraud, etc., quoique peut-être un peu moins harmonieuse, un peu moins poétique que l’autre. Marot a dit cependant:

Car toute odeur ambrosienne y fleurent.

Les Anglais disent ambrosia, les Espagnols ambrosía.


AME.

Orth. vic. L’ame est immortelle.
Orth. corr. L’âme est immortelle.

D’Olivet et Féraud écrivent ce mot avec un accent circonflexe; M. Laveaux (Dictionnaire des Difficultés de la langue française) dit que cet accent suppose la suppression d’une lettre, et que l’on n’a jamais écrit asme; mais M. Laveaux est dans l’erreur sur la vieille orthographe du mot âme. On le trouve, dans nos anciens auteurs et dans les glossaires, écrit tour-à-tour arme, alme et asme. Nous dirons, pour constater cette dernière orthographe, que Rabelais ayant été accusé d’hérésie près de François Ier, par ce qu’il nomme un mangeur de serpens, à cause de ce passage de Pantagruel (liv. 3 ch. 22): «Il est herectique, bruslable comme une belle petite horologe. Son asne sen va a trente mille charetees de dyables. Sçavez-vous ou? Cor Dieu, mon amy, droict dessoubz la celle persee de Proserpine.» Rabelais, disons-nous, allégua pour sa défense (Epistre au cardinal de Chastillon) qu’il avait été «miz ung n pour ung m par la faulte et negligence des imprimeurs,» ce qui du mot asme avait fait le mot asne.


AMELETTE

Locut. vic. Manger une amelette.
Locut. corr. Manger une omelette.

On trouve amelette dans Ronsard, avec la signification de petite âme:

Amelette ronsardelette, etc.

Nous ne croyons pas que ce mot ait été ainsi employé ailleurs.


AMI.

Locut. vic. Être ami avec quelqu’un.
Locut. corr. Être ami de quelqu’un.

M. Ch. Nodier (Examen crit. des dict.) blâme avec raison cette phrase de Voltaire: «Claveret, avec qui il était ami, avait été celui qui avait fait courir cette pièce.»


AMOURS.

Locut. vic. Voilà mes dernières amours.
Locut. corr. Voilà mes derniers amours.

Ce mot était autrefois féminin au singulier comme au pluriel.

On ne doit dissimuler
Une amour vraye et entière.
(J. Passerat. Chanson.)
Ces pourtraictures déificques
Si pleines de doulces amours.
(Coquillard. Blason des armes.)

Plus tard le singulier est devenu masculin, mais le pluriel est toujours resté féminin, en dépit de la raison qui bien certainement devait exiger que les deux nombres d’un même substantif fussent du même genre. Cette disparate paraît être au moment de s’effacer. Quelques-uns de nos auteurs modernes ont dédaigné une règle ridicule, et, moins capricieux, ou, si l’on veut, moins sensibles à l’harmonie que leurs devanciers, ces écrivains n’ont pas craint de faire un pas hors du sentier de la routine. L’exemple est donné; il sera suivi: et en vérité il doit l’être.

Et mes premiers amours et mes premiers sermens.
(Voltaire. Œdipe.)
Ces dieux justes vengeurs des malheureux amours.
(Delille. Énéide.)
Et l’on revient toujours
A ses premiers amours.
(Étienne.)
Vient un danseur; nouveaux amours.
(Béranger. Les cinq Étages. Ch.)

AMULETTE.

Locut. vic. Il avait sur lui un amulette.
Locut. corr. Il avait sur lui une amulette.

L’Académie fait ce mot masculin. Trévoux dit aussi un amulette, mais plusieurs dictionnaires modernes disent une amulette, et nous croyons qu’ils sont ici d’accord avec l’usage. On a dit autrefois un amulet; c’est peut-être ce qui trompe sur le genre de ce substantif.

L’auteur des Remarques sur le Dictionnaire de l’Académie assigne le genre féminin à amulette. Féraud le lui a aussi donné.

Tous les mots terminés en ette (et ils sont au nombre de plus de 150) sont féminins, excepté squelette, trompette (celui qui joue de la trompette) et amulette, qu’on voudrait y joindre. De ces trois mots, les deux premiers sont d’un usage trop bien établi pour qu’on puisse songer à les soumettre à la loi de l’analogie, et à les ramener au genre féminin; mais nous croyons qu’il est très-facile de faire cet essai sur amulette dont l’emploi est assez rare, et nous le tentons. L’étymologie, nous le savons, veut le masculin; mais l’analogie, plus puissante, veut le féminin. Obéissons à l’analogie, qui d’ailleurs nous offre, en cette circonstance, un moyen de faire disparaître encore une exception de notre langue.


AMUNITION.

Locut. vic. Manger du pain d’amunition.
Locut. corr. Manger du pain de munition.

Amunition, comme le dit fort bien Féraud, est un barbarisme, et ce barbarisme est fort en usage parmi les militaires.


ANAGRAMME.

Locut. vic. Un anagramme bien fait.
Locut. corr. Une anagramme bien faite.

ANER.

Locut. vic. Comme vous avez âné ou hanné en lisant!
Locut. corr. Comme vous avez ânonné en lisant!

Anonner c’est lire ou répondre avec peine, en hésitant. «Mes pauvres lettres, dit madame de Sévigné, n’ont de prix que celui que vous y donnez, en les lisant comme vous faites; elles ne sont pas supportables quand elles sont ânonnées ou épelées.» La racine de ce mot est évidemment ânon; nous ne savons pourquoi l’auteur des Remarques sur le Dictionnaire de l’Académie veut qu’on écrive hanonner.

Il existe en français un autre verbe qui a quelques rapports de signification et même de consonnance avec ânonner, mais qu’il ne faut cependant pas prendre pour ânonner. Ce verbe est ahanner, formé du vieux substantif ahan, peine de corps, grand effort. Ahanner signifie faire quelque chose péniblement, sous le rapport physique; ânonner, éprouver une difficulté sous le rapport de l’intelligence.


ANGAR.

Locut. vic. Mettez cette charrette sous l’angar.
Locut. corr. Mettez cette charrette sous le hangar.

Domergue veut la première orthographe, parce que ce mot vient du latin angara; Laveaux se déclare pour la seconde, parce que l’usage l’a consacrée. Nous pensons que l’opinion de Laveaux doit être suivie comme étant la plus raisonnable.

Feydel (Rem. sur le Dict. de l’Académie) écrit hangart. Pourquoi cette addition d’un t? nous n’en savons rien.


ANGLAIS.

Ce mot, dans le sens de créancier, ne se trouve ni dans le Dictionnaire de l’Académie, ni dans nos dictionnaires les plus récens. Cette omission, que nous ne pouvons regarder comme volontaire, pourrait faire croire à beaucoup de personnes que le mot anglais ne doit pas être ainsi employé; mais, comme il a pour lui un usage de quelques siècles, attesté par Borel et le Dictionnaire de Trévoux, et prouvé par des exemples pris dans nos vieux auteurs, nous croyons être suffisamment autorisé à en faire emploi.

Voici comment s’exprime à ce sujet le Dict. de Trévoux: «Anglois, créancier fâcheux. La puissance redoutable des Anglois en France, et les ravages qu’ils y firent pendant les longues guerres entre Philippe de Valois et Edouard III, pour la succession à la couronne, après la mort de Charles-le-Bel, donnèrent lieu à cette expression. Le peuple appela Anglois tout créancier trop dur et trop puissant. Marot s’en est servi dans ce sens. Pasquier atteste qu’on le disait encore de son temps, et il rapporte ces vers adressés au roi François Ier, par Guillaume Cretin:

Et aujourd’hui je fay solliciter
Tous mes Anglois pour mes debtes parfaire
Et le paiment entier leur satisfaire.

«C’est encore ce qui fait dire à Marot dans un rondeau:

Un bien petit de près me venez prendre
Pour vous payer, et si devez entendre
Que ne vy oncques Anglois de votre taille.»

ANGOLA.

Locut. vic. Un chat angola, un chat angora.
Locut. corr. Un chat d’Angora, un angora.

On ne doit dire ni un chat angola, ni même un chat angora, quoique l’espèce de chats dont il est ici question soit originaire d’Angora, ville de l’Anatolie, en Asie, et non du royaume d’Angola, en Afrique. Il faut dire: un chat d’Angora, comme on dit un chien de Terre-Neuve, un genêt d’Espagne, un cochon d’Inde, ou tout simplement un angora, comme on dit un canarie, que, par parenthèse, quelques dictionnaires, celui de Rivarol entre autres, écrivent à tort Canari. Les grammairiens qui tolèrent cette expression chat angora nous paraissent avoir tort. On trouve ici la même incorrection que dans les locutions suivantes: vingt bouteilles rhum Jamaïque, trois caisses café Martinique, qu’il est bien certainement impossible de justifier autrement qu’en alléguant le besoin de ménager le temps et le papier, raison excellente dans le commerce, à laquelle le commerce fait peut-être fort bien de se rendre, mais qui ne prouve absolument rien en grammaire.


ANTICHAMBRE.

Locut. vic. Un bel antichambre.
Locut. corr. Une belle antichambre.

Le prépositif anti, dans le sens d’opposition, comme dans celui d’antériorité, qu’on lui a mal à propos attribué, ne doit pas changer le genre du substantif auquel il est joint, et l’on dit: une antiphrase, une antithèse, une antistrophe, etc., par la raison que les composans phrase, thèse, strophe, etc., sont féminins.

On trouve dans La Baumelle: son antichambre fut désert; lisez déserte.


ANTÉDILUVIEN.

Locut. vic. L’opinion antédiluvienne, les pasteurs antidiluviens.
Locut. corr. L’opinion antidiluvienne, les pasteurs antédiluviens.

N’employez pas l’adjectif antédiluvien pour qualifier l’opinion qui nie le déluge. Il faut dire: l’opinion antidiluvienne. Mais, si vous vouliez parler des hommes ou des choses qui ont existé avant le déluge, ce serait le mot antédiluvien qu’il faudrait choisir; une histoire antédiluvienne. Dans le premier cas, il y a opposition marquée par anti, dans le second, antériorité marquée par anté. L’usage a malheureusement établi bien des dérogations à ce principe étymologique, comme dans les mots antidate, antichambre, antéchrist, etc., qu’on devrait écrire antédate, antéchambre, antichrist, etc.; mais il faut bien se résoudre à passer condamnation sur des abus consacrés par le temps, et qu’il est pour cette raison impossible de déraciner actuellement. Ce que peuvent faire au moins nos grammairiens, c’est d’empêcher cette confusion d’avoir lieu dans les mots qui s’introduisent actuellement dans la langue, et c’est ce que n’ont pas fait assurément nos modernes lexicographes qui en sont encore à trouver une différence entre les adjectifs antédiluvien et antidiluvien.


AOUT.

Prononc. vic. Le mois d’a-oûte.
Prononc. corr. Le mois d’.

Il n’y a plus aujourd’hui, parmi les gens qui ont une certaine connaissance de la langue française, que très-peu d’opposans à la règle qui fait prononcer le nom du huitième mois de l’année comme s’il était écrit oût. On donne pour cause de ce changement d’une vieille prononciation nationale cette réflexion comique d’un magistrat, le président de Bellièvre: «Je crois entendre miauler des chats, quand j’entends dire aux procureurs: la Notre-Dame de la mi-août (Mi-a-oût).» Voyez à quoi tient cependant cet usage qu’on nous représente comme une puissance si formidable. Le voilà qui tombe ici devant une plaisanterie.

Maintenant donc que la prononciation du substantif août ne fait plus qu’une seule syllabe, pourquoi s’obstiner à en donner deux au verbe aoûter (mûrir par le soleil d’août), lequel verbe vient évidemment du substantif août? La contradiction n’est-elle pas bien manifeste? Nous engageons les personnes qui font août d’une syllabe, à ramener tous les mots ayant la même racine, comme aoûter, aoûteron, à une prononciation uniforme, c’est-à-dire à prononcer oûter, oûteron, ou si elles persistent à faire août de deux syllabes, à prononcer en conséquence a-oûter, a-oûteron; car il serait en vérité trop absurde que la loi de l’analogie ne pût avoir au moins autant de puissance qu’une plaisanterie, quelque bonne qu’elle soit d’ailleurs.

«Il y a plus de cent ans, dit Féraud (Dict. Crit.) que l’a a disparu de la prononciation d’août, et il tient bon dans l’orthographe.»


APOSTUME.

Locut. vic. Une grosse apostume.
Locut. corr. Un gros apostume ou apostême.

Les deux mots apostume, apostême sont aujourd’hui d’un emploi aussi fréquent l’un que l’autre. Nous croyons cependant que les médecins emploient plus volontiers apostême, qui a une couleur un peu plus grecque que son concurrent, et que le vulgaire aime un peu mieux apostume, tout infidèle qu’il est à l’étymologie, mais qui, du reste, est fort ancien.

Ce vénérable hillot fut averti
De quelque argent que m’aviez départi,
Et que ma bourse avait grosse apostume.
(Marot, Épit. à François Ier.)

On voit ici qu’il était autrefois féminin. Il est masculin aujourd’hui.


APPELER.

Locut. vic. Comment appelle-t-on cette fleur?
Locut. corr. Comment nomme-t-on cette fleur?

Il ne faut pas employer indifféremment appeler pour nommer; appeler n’est pas nommer, et nommer n’est pas appeler. Appeler signifie faire venir; nommer, donner un nom, désigner. L’Académie a donc tort de dire: On appelle magie blanche la connaissance des choses naturelles les plus occultes. On appelle bouquins les satyres. Il faut dans ces deux phrases: on nomme. Feydel, qui relève cette faute, demande ironiquement dans quel pays on appelle les satyres.

Appelé, employé substantivement, comme dans la phrase suivante: je l’ai vu avec un appelé Richard, n’est pas tolérable. Dites: je l’ai vu avec quelqu’un nommé Richard, ou avec un nommé Richard. Cette dernière locution n’est pas très-correcte, mais elle a au moins en sa faveur l’autorité de l’usage.


APPENDICE.

Locut. vic. Lisez tous les appendices.
Locut. corr. Lisez toutes les appendices. (Prononcez appindices.)

«Appendice, de quel genre est-il? Les lexicographes le font, les uns, masculin; les autres, féminin. Dans cette incertitude cherchons quelques raisons qui nous déterminent. Le mot latin appendix, d’où l’on a formé appendice, est féminin, etc. Le sens et l’analogie me font adopter le féminin.» (Domergue. Manuel des Étrangers, etc.)


APPRENDRE.

Locut. vic. Je lui ai appris le latin.
Locut. corr. Je lui ai enseigné le latin.

Le verbe apprendre ne doit pas avoir pour régime direct un nom de science ou d’art, ni un verbe qui appartienne à la famille de ce nom, à moins que le verbe apprendre ne soit pris dans une signification intransitive. Dans le cas contraire, il faut employer le verbe enseigner. On ne peut donc pas dire correctement: j’apprends la lecture à mon fils, ni j’apprends à lire à mon fils, mais j’enseigne la lecture à mon fils, j’enseigne à lire à mon fils. La raison est, comme nous l’avons dit plus haut, que l’action exprimée par le verbe apprendre ne doit pas sortir du sujet; lorsqu’on veut l’en faire sortir, on doit se servir du verbe transitif enseigner. Conservons toujours avec soin aux termes la valeur qui leur est propre; un grammairien a dit avec beaucoup de justesse que c’était par la confusion des mots que commençait la décadence d’une langue.

Apprendre est cependant employé transitivement lorsque son régime est un substantif qui n’exprime aucune idée de science ni d’art. Il m’a appris une singulière nouvelle. C’est un abus; mais il a reçu la consécration de l’usage général; il faut s’y soumettre. Il n’en est pas de même de son emploi pour enseigner, qui n’est fondé que sur l’autorité insuffisante de quelques dictionnaires.


APPROCHE.

Locut. vic. Les approches de cette ville furent meurtriers.
Locut. corr. Les approches de cette fille furent meurtrières.

Ce mot se trouve très-rarement placé dans le discours de manière à en faire apercevoir le genre; aussi donne-t-il lieu à bien des erreurs.

Tous les dictionnaires le font féminin.


APPROCHANT.

Locut. vic. Il est approchant de huit heures.
Locut. corr. Il est près de huit heures.

M. Ch. Nodier (Examen crit. des Dictionnaires) reproche à cette phrase de Gattel: il est approchant de huit heures, de renfermer un solécisme: approchant de. Nous sommes de son avis. Nous eussions bien désiré avoir aussi le sentiment de ce savant critique sur la préposition simple approchant. Quant à nous, elle nous a toujours paru mauvaise, et nous pensons qu’il vaudrait mieux employer à sa place l’une des prépositions près de, à peu près, environ, qui ont la même signification, et sont beaucoup plus correctes.


APRÈS.

Locut. vic.   Votre frère est venu demander hier après vous.
Laissez la clé après la serrure.
 
Locut. corr.   Votre frère est venu hier vous demander.
Laissez la clé à la serrure.

Après n’est réellement bien employé que lorsqu’il exprime une idée de postériorité, de suite, comme dans ces phrases: la gendarmerie a été envoyée après eux; l’homme court toute sa vie après le bonheur. Nous pensons que le dictionnaire de l’Académie aurait assez bien fait de ne pas prêter l’appui de son autorité à certains exemples de diction, où après reçoit une signification que lui refuse bien certainement la grammaire. Quant aux deux phrases que nous avons blâmées plus haut, elles ne s’y trouvent pas.


APRÈS-DINÉE, APRÈS-MIDI, APRÈS-SOUPÉE.

Locut. vic. Comment emploierons-nous la première après-dinée, la première après-midi, la première après-soupée.
Locut. corr. Comment emploierons-nous le premier après-dîner, le premier après-midi, le premier après-souper.

Selon presque tous nos grammairiens, les trois mots qui figurent en tête de cet article sont féminins. La raison qui a déterminé ce genre est facile à saisir pour le premier et le troisième, par la seule inspection de ces mots, mais le second, d’où peut lui venir son genre féminin, quand il est bien notoire que midi est masculin, et que la préposition après, placée devant ce substantif, ne peut nullement en changer le genre? Nous pensons donc que le mot composé après-midi doit toujours être masculin: cet après-midi m’a paru bien court. Quant aux mots après-dinée, après-soupée, il est bien clair qu’étant écrits de cette façon, ils doivent être féminins; mais nous ferons la remarque que cette orthographe est maintenant bien surannée, que personne ne dit plus la soupée, qu’on dit rarement la dinée, et qu’on ferait beaucoup mieux d’écrire après-dîner, après-souper.

L’examen de ces expressions après-midi, après-dinée, après-soupée est assez curieux. Il fait voir 1o que l’Académie qui définit midi, substantif masculin, veut en le joignant à la préposition après en faire un substantif féminin; 2o qu’elle passe sous silence soupée à sa lettrine, comme n’étant pas français apparemment, et l’accole cependant à la préposition après; 3o enfin que le mot dinée signifiant un repas qu’on fait à dîner dans les voyages, ne peut point par l’effet de son adjonction à la préposition après changer complètement de valeur et signifier le repas ordinaire, nommé dîner, comme dans cette phrase: il a passé toutes ses après-dinées dans mon salon. N’avons-nous pas là trois absurdités?


ARBORISER.

Locut. vic. Nous irons arboriser.
Locut. corr. Nous irons herboriser.

Cette expression se trouve dans Rabelais: «Et, en lieu darboriser, visitoyent les bouticques des drogueurs, herbiers et apothecaires.» (Gargantua, liv. I. ch. XXIV.) L’usage qui, à ce qu’il paraît, voulait arboriser du temps du bon curé de Meudon, changea plus tard ce verbe en celui d’herboliser, qu’on lit dans Ménage (Orig. de la Langue fr.). Aujourd’hui ces deux mots sont également bannis de la langue; herboriser est le seul qu’on emploie.

Arboriser pourrait peut-être se dire; mais au lieu de signifier chercher des herbes, il faudrait qu’il signifiât chercher des arbres.


ARC-BOUTANT.

Prononc. vic. Un arque-boutant.
Prononc. corr. Un ar-boutant.

L’usage a véritablement annulé le son du c dans ce mot composé, mais Féraud nous paraît être dans l’erreur lorsqu’il croit qu’il faut prononcer ar-de-triomphe. Ce serait à la vérité se montrer conséquent; l’usage se soucie bien de cela.


ARCHE.

Locut. vic. Il passa sous une arche-de-triomphe.
Locut. corr. Il passa sous un arc-de-triomphe.

Arche ne s’emploie régulièrement que pour signifier:

  • 1o La partie d’un pont sous laquelle l’eau passe;
  • 2o Le vaisseau dans lequel Noé et sa famille échappèrent au déluge;
  • 3o Le coffre dans lequel les Hébreux gardaient les Tables de la Loi.

ARÉCHAL.

Locut. vic. Un bout de fil d’aréchal.
Locut. corr. Un bout de fil d’archal.

Si nous estropions encore aujourd’hui le nom du fil d’archal, on ne prétendra pas cependant que nous ne sommes pas, depuis Vaugelas, en progrès dans la prononciation de ce mot, car la 382e remarque de ce grammairien atteste que, de son temps, on disait assez généralement du fil de richar. Personne, que nous sachions, ne fait maintenant cette faute burlesque.


ARMISTICE.

Locut. vic. Une armistice fut proposée et acceptée.
Locut. corr. Un armistice fut proposé et accepté.

«Trompés par le dictionnaire de l’Académie, édition de 1762, quelques journalistes, ayant à parler d’une suspension d’armes, firent armistice féminin. Mais ce mot est masculin d’après tous les dictionnaires, et d’après la raison..... Du mot latin armistitium, neutre, on doit former le mot français armistice, masculin.»

(Domergue. Manuel des étrangers, etc.)


ARRIÉRAGES.

Locut. vic. Recevoir des arriérages.
Locut. corr. Recevoir des arrérages.

Autrefois on parlait correctement en disant des arriérages; aujourd’hui on fait une faute en employant cette expression. Il faut convenir qu’arriérages serait bien plus correct, en ce qu’il conserverait mieux l’orthographe de la racine arrière. Ce mot a été composé de la même manière que voisinage, parentage, entourage, etc.


ARTILLERIE.

Prononc. vic. Artilerie.
Prononc. corr. Artillerie.

On doit prononcer les deux l de ce mot comme on les prononce dans fille, famille, quille, etc.


ARTISTE.

Des gens, d’une susceptibilité que nous n’hésitons pas à taxer de ridicule, ont voulu trouver un vice dans l’extension donnée à la signification du mot artiste, lequel comprend aujourd’hui non-seulement les peintres, les musiciens, les dessinateurs, les graveurs, mais encore les acteurs, les chanteurs, les danseurs. Nous ne voyons dans cette extension rien que de fort raisonnable. Les acteurs, chanteurs, danseurs, etc., cultivent un art comme les peintres, les musiciens, etc., et ont dès-lors le droit de se nommer artistes. Nous plaignons le peintre, le musicien, etc., dont l’orgueil pourrait être blessé par cette phrase: Talma fut un grand artiste. Son raisonnement ne serait guère solide, s’il ne voyait combien l’acteur jette ici d’éclat sur le mot artiste. Une Mars, un Elleviou, une Taglioni sont-ils gens qui puissent faire rougir ceux auprès de qui ils se trouvent? Tous les acteurs, toutes les actrices ne sont pas, il est vrai, des Talma, des Mars; tous les chanteurs ne sont pas des Elleviou; toutes les danseuses ne sont pas des Taglioni; mais tous les peintres, tous les musiciens sont-ils donc des Raphaël, des Mozart, etc.? Nous pensons que la prétention de mettre en dehors du titre d’artiste les personnes qui cultivent la déclamation, le chant, ou la danse, n’a jamais pu exister que dans l’esprit étroit de certains prétendus artistes dont la vanité, peu accoutumée aux jouissances, eût désiré avoir au moins, comme fiche de consolation, celle de pouvoir se placer, de par l’autorité de la grammaire, devant un assez bon nombre de gens de mérite.


ASSEOIR.

Locut. vic. Je m’asseois, assois-toi, assis-toi, que je m’assoye, etc.
Locut. corr. Je m’assieds, assieds-toi, que je m’asseye, etc.

«Il n’y a point de verbe, dit la Grammaire des grammaires, qui ait éprouvé autant de variations dans sa conjugaison; mais enfin l’Académie (Dict. édition de 1762 et de 1798), Wailly, Restaut, Gattel, Levizac, Sicard, la plupart des grammairiens modernes, et enfin l’usage, ont décidé qu’il se conjuguerait suivant le modèle que nous indiquons. Je m’assieds, tu t’assieds, il s’assied, nous nous asseyons, vous vous asseyez, ils s’asseient.—Je m’asseyais, nous nous asseyions. Je m’assis, nous nous assîmes.—Je m’assiérai, ou je m’asseierai, nous nous assiérons ou nous nous asseierons.—Je m’assiérais ou je m’asseierais, nous nous assiérions, ou nous nous asseierions.—Assieds-toi, asseyons-nous.—Que je m’asseye, que nous nous asseyions.—Que je m’assisse, que nous nous assissions.—S’asseoir.—S’asseyant.—Assis, assise

«Quelques grammairiens, dit Laveaux, ont imaginé de débarrasser ce verbe des difficultés de cette conjugaison, et ils conjuguent ainsi: je m’assois, tu t’assois, il s’assoit, nous nous assoyons, etc. J’assoyais, J’assoirai, j’assoirai, assois-toi, qu’il s’assoie, que nous nous assoyions, qu’ils s’assoient, s’assoir, s’asseyant, assis.

«Il est certain que cette manière de conjuguer ce verbe est beaucoup plus commode, et qu’il serait à souhaiter qu’elle fût adoptée; mais elle ne l’est pas encore généralement.»


ASSOUVIR.

Locut. vic. Après avoir assouvi sa soif.
Locut. corr. Après avoir satisfait sa soif.

Il nous semble aussi incorrect de dire: assouvir la soif (le Temps, feuilleton du 25 janv. 1832), qu’il le serait de dire: étancher la faim. Que dans ces deux locutions on transpose les deux verbes, et chacun d’eux se trouvera alors à sa véritable place. Le Dictionnaire de Trévoux contient, il est vrai, cette phrase: Cet ivrogne n’est jamais assouvi de vin; et, ce qu’il y a de singulier, c’est qu’il rapporte cet exemple après avoir défini plus haut le verbe assouvir: rendre saoul et rassasié de viandes. Il faut alors que l’auteur ait eu l’intention de parler de ces vins épais dans lesquels on trouve, comme on le dit vulgairement, à boire et à manger.


ASSUMER.

La remarque que nous avons à faire sur ce verbe, c’est qu’il peut être employé sans que la conscience grammaticale du puriste le plus méticuleux puisse aucunement s’en alarmer. Il est bien vrai qu’on ne le voit accueilli par aucun de nos lexicographes, depuis Nicod jusqu’à M. Raymond, mais nous ne voyons là qu’un simple oubli de leur part. Comment s’imaginer qu’ils aient considéré ce mot si sonore et si régulièrement formé comme un membre indigne de notre élégant idiôme! Nous n’y voyons pas la moindre apparence. Il pourra donc être de quelque utilité que nous ayons constaté cet oubli.


ASSURER.

Locut. vic. Assurez-le que je ne l’oublierai pas.
Locut. corr. Assurez-lui que je ne l’oublierai pas.

«On dit assurer quelque chose à quelqu’un, et assurer quelqu’un de quelque chose. Assurer, dans la première construction, signifie donner pour sûr, et dans la seconde témoigner.

«On m’assure que les troubles qui agitent la Hollande ne seront pas suivis d’une guerre civile.

«Dans cet exemple assurer signifie donner pour sûr, et réclame après lui la préposition à.

«Il est agréable de n’assurer de son respect que ceux qu’on respecte réellement.

«Ici assurer signifie témoigner, et réclame un complément direct de personne.» (Domergue. Solutions Grammaticales.)


ASTÉRIQUE.

Locut. vic. Une astérique.
Locut. corr. Un astérisque.

Cet astérisque renvoie à une grande note. (Académie.)

Ce mot vient du grec asteriskos, petite étoile.


ATMOSPHÈRE.

Locut. vic. L’atmosphère est trop épais.
Locut. corr. L’atmosphère est trop épaisse.

Ce mot, que Linguet, Bailly et quelques autres auteurs ont fait masculin, et que Féraud aime mieux, nous ne savons pourquoi, écrire avec un h, athmosphère, doit, si l’on s’en rapporte à la double autorité, et de l’Académie, et de l’étymologie, prendre le genre féminin, et s’écrire comme nous l’avons fait en tête de cet article.


A TRAVERS,—AU TRAVERS.

Locut. vic.   Il passa à travers des flammes.
Nous passâmes au travers l’armée.
 
Locut. corr.   Il passa au travers des flammes.
Nous passâmes à travers l’armée.

Le Dictionnaire de l’Académie s’exprime ainsi sur ces deux locutions: «Phrases employées comme prépositions, dont la première est toujours suivie du régime simple, et l’autre de la préposition de. Aller à travers les bois, à travers les champs, à travers champs. Il se fit jour à travers des ennemis, à travers les ennemis.»

Nous ferons remarquer que l’Académie a commis dans cet article une double faute, d’abord en donnant à des prépositions le nom de phrases, et secondement en se mettant dans un exemple en opposition directe avec la règle qu’elle vient de poser, c’est-à-dire en donnant à la préposition à travers un régime composé: à travers des ennemis.

Cette faute se trouve quelquefois dans de bons auteurs: