VOTRE. (Voyez NOTRE.)
VOULOIR.
| Locut. vic. | Oh! ne m’en voulez pas! | |
| Croit-on que nous veuillons reculer? | ||
| Locut. corr. | Oh! ne m’en veuillez pas! | |
| Croit-on que nous voulions reculer? | ||
«Quoique l’Académie, et d’après elle plusieurs grammairiens, aient décidé que le verbe vouloir n’a point d’impératif, l’usage a établi le mot veuillez pour seconde personne de ce mode; on le trouve dans plusieurs écrivains distingués, et on le dit journellement dans la conversation.
«D’après ces autorités et l’usage, on peut, je pense, donner un impératif au verbe vouloir, et employer le mot veuillez.» (Laveaux, Dict. des diff.)
On trouve souvent veuillons et veuillez employés comme personnes du subjonctif. C’est une énorme faute. Il faut dire: Ne croyez pas que nous voulions, je ne crois pas que vous vouliez. Les phrases suivantes sont condamnables: Votre impartialité ne me laisse aucun doute que vous ne veuillez bien donner place, etc.—J’espère que personne ne pourra penser que, lorsque nous sommes accusés nous-mêmes, nous veuillons méconnaître le caractère de ceux qui nous accusent. (Casimir Périer, Séance du 26 nov. 1831.)
Il fallait: Que vous ne vouliez, que nous voulions.
VOUS, TE.
| Locut. vic. | Nous vous le tancerons vertement. |
| Locut. corr. | Nous le tancerons vertement. |
Je vous le ferai joliment courir; je te le secouerai joliment. Dans ces phrases, et autres semblables, employées journellement, par des gens instruits même, quel rôle peut-on grammaticalement assigner à ces pronoms vous et te? Qu’ajoutent-ils au discours sous quelque rapport que ce soit? Lui donnent-ils plus d’élégance, plus de clarté, plus d’énergie? Nous ne le pensons pas; bien plus, nous ne considérons ces pronoms que comme des mots parasites qui nuisent au style, loin de l’embellir, et nous recommandons à ceux qui tiennent à s’énoncer purement de ne jamais en faire usage.
Un ancien grammairien, l’auteur des Réflexions sur l’usage présent de la langue française (année 1689), a déjà relevé cette faute. «Une personne, spirituelle d’ailleurs, tenait un jour ce discours, en bonne compagnie, à un homme de la première qualité, à qui il parlait des formules de la justice pour convaincre les criminels: Premièrement, monsieur, disait-il, on vous fait mettre sur une cellette; quand vous êtes là, on vous questionne; on vous demande souvent les mêmes choses sous divers termes, pour vous faire couper, en cas que vous ne disiez pas la vérité; et quand on ne peut plus rien tirer de votre bouche, on vous donne la question jusqu’à ce que vous ayez tout avoué. Après quoi on fait votre procès selon les formes ordinaires. Il fut interrompu à ces mots; mais si on l’eût écouté davantage, je ne doute point qu’après un si beau début, il n’eût continué de la même force, et qu’il n’eût enfin terminé son discours par dire: On vous pend, ou on vous fouette par la ville. La compagnie cependant s’en divertit, et notre homme apprit à se servir une autre fois plus à propos du mot de vous.» Notre grammairien, Andry de Boisregard, trouve, comme on le voit, dans son anecdote un exemple de quelque chose de bien plus grave qu’une inconvenance grammaticale. Ce qui le frappe et le préoccupe, c’est le manque de respect pour un homme de qualité, et sa vénération pour le rang est telle, que, dans le même article, il qualifie d’excès de grossièreté la demande: Comment vous portez-vous? faite directement à un homme de qualité, au lieu d’être exprimée fort indirectement comme: Oserais-je m’informer de la santé de Monsieur?
VRAI.
| Locut. vic. | Je l’ai fait, vrai. | |
| Il est sorti, pas vrai? | ||
| Locut. corr. | Je l’ai fait, en vérité. | |
| Il est sorti, n’est-ce pas? | ||
Vrai est quelquefois employé comme substantif, mais il ne l’est jamais comme adverbe dans nos bons auteurs. L’Académie autorise cette locution: Cela est conclu? vrai? Nous aimerions infiniment mieux là l’adverbe vraiment.—Quant à pas vrai, c’est une expression d’une si grande trivialité, que personne, à notre connaissance du moins, n’a encore osé la défendre. C’est bien heureux!
WISK.
| Locut. vic. | Faisons une partie de Wisk. |
| Locut. corr. | Faisons une partie de Whist. |
Nous préférons la dernière orthographe, suivie par Boiste, à la première, qui est celle de l’Académie, parce que nous sommes assez disposé à reconnaître l’étymologie généralement assignée à ce mot. Whist dérive de l’interjection anglaise Whist! silence! Dans tous les cas, ce nom de jeu s’écrit ainsi en anglais, et cela doit nous suffire pour en déterminer l’orthographe; car il est, nous croyons, reconnu que nous avons emprunté et le jeu et son nom à l’Angleterre. La question d’étymologie est donc purement ici de la compétence du philologue Bayley, c’est-à-dire du Ménage anglais.
Y.
| Locut. vic. | Plaignez le malheureux qui n’y voit goutte. | |
| Je crois qu’il y ira. | ||
| Locut. corr. | Plaignez le malheureux qui ne voit goutte. | |
| Je crois qu’il ira. | ||
L’Y doit être supprimé dans ces deux phrases. Dans la première, il est complètement inutile, parce que ne voir goutte signifie là tout autant que n’y voir goutte. Mais si l’y est superflu dans la première phrase, il n’en est pas de même dans la seconde, et si on le retranche ici, c’est uniquement pour éviter un hiatus assez désagréable, quoiqu’on en ait trouvé des exemples dans le correct et élégant Fénelon.
«Quand le verbe qui suit le pronom y, dit Laveaux, commence par un i, on supprime ce pronom pour éviter la rencontre des deux i, qui formeraient un son désagréable. Ainsi, au lieu de dire: il m’a dit qu’il y irait, on dit: il m’a dit qu’il irait.» (Dict. des diff.)
Si l’on voulait dire que quelqu’un ne comprend rien à une affaire, on dirait cependant: il n’y voit goutte, parce que cette phrase équivaudrait ici à: il ne voit goutte à cela, là-dedans.
YEUX.
| Locut. vic. | Ce bouillon, ce fromage a des yeux. |
| Locut. corr. | Ce bouillon, ce fromage a des œils. |
Plusieurs grammairiens ont pensé que, dans plusieurs cas, le substantif œil doit avoir pour pluriel œils et non pas yeux. Nous nous rangeons à cet avis, parce que nous désirons contribuer à faire disparaître la déclinaison hybride de ce mot, comme dit M. Ch. Nodier. Quand il s’agit d’ouvrir la porte à la raison, il faut se garder de se faire prier.
On dit aussi des œils de bœuf (terme d’architecture) et non des yeux de bœuf. Œil fait yeux au pluriel, dans le sens propre, et œils dans le sens analogique.
YEUX.
| Prononc. vic. | Zieux noirs, que je vous aime! |
| Prononc. corr. | Hieux noirs, que je vous aime! |
Bien des gens, en lisant ce mot placé au commencement d’une phrase, comme dans un signalement par exemple: front haut, yeux noirs, etc., le prononcent zyeux, parce qu’ils sont accoutumés à le trouver presque toujours précédé d’un s ou d’un x, comme dans ces locutions: mes yeux, tes yeux, ses yeux, vos yeux, leurs yeux, les yeux, aux yeux, etc. Un peu de réflexion doit faire voir que le mot yeux doit être prononcé hyeux, toutes les fois qu’il n’est pas précédé d’un s on d’un x.
ZÉRO.
| Locut. vic. | Il est là comme un zéro en chiffre. |
| Locut. corr. | Il est là comme un zéro sans chiffre. |
Nous pensons comme M. Marle que l’expression zéro sans chiffre offre un sens plus raisonnable que l’expression zéro en chiffre. Un zéro sans chiffre qui le précède, n’a effectivement aucune valeur.
ETC.
| Locut. vic. | Il y avait là Jean, Simon, Pierre et cetera. |
| Locut. corr. | Il y avait là Jean, Simon, Pierre et autres. |
Et cætera ne peut se rapporter qu’à des choses. Cætera est un adjectif neutre qui se rapporte au substantif neutre negotia, sous-entendu, et qui ne peut, par conséquent, avoir aucune relation avec des personnes.
FIN.